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Jusqu'ici, le véritable caractère de la reine Marie- Antoinette a été enveloppé d'une certaine obscurité; la baine des révolutionnaires, qui voulaient justifier leur crime, Ta représentée sous des traits odieux ; le culte respectable et touchant de ses amis a exagéré ses qualités morales ; il était malaisé de distinguer le véritable visage sous ces voiles divers dont on le couvrait.
De nouvelles publications, la plupart puisées dans les arcbives de Vienne, restituent à Marie-Antoinette ses traits, son esprit et son cœur. Le cbevalier d'Arneth vient de mettre au jour toute une correspondance inédite entre Marie-Thérèse et sa fille, entre la grande impératrice et le comte Mercy d'Argenteau, ambassadeur d'Autriche à Paris. Dans ces trois volumes, la figure de Marie- Antoinette renaît avec ses grâces enfantines (elle n'avait pas quinze ans quand elle épousa le dauphin), avec sa gaieté, son entrain, parfois môme son étourderie, et cette ouverture de cœur qui attire l'afl'ection, cette dignité de race qui ne l'abandonna jamais, ni dans la dissipation des temps heureux, ni dans les dures épreuves de ses derniers jours.
Marie-Thérèse avait conçu les plus justes et les plus maternelles inquiétudes en envoyant sa fille loin d'elle,
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dans une cour où dominaient de funestes exemples, et elle avait ordonné à l'ambassadeur, qui était son ami et son serviteur fidèle, de la tenir au courant, de la manière la plus stricte, de toutes les démarches de la dauphine et des remarques auxquelles elles pouvaient donner lieu, et en répondant aux lettres de sa fille, cette mère vigilante ne manquait pas d'appuyer sur les différents points que le comte Mercy d'Argenteaului avait signalés.
« Je ne puis assez répéter, dit l'ambassadeur dans « un de ses messages secrets, que madame l'archidu- « chesse est douée d'un caractère si excellent, d'un « esprit si juste, que Votre Majesté peut être assurée « qu'elle ne commettra jamais de fautes essentielles, « ni qui puissent porter à certaines conséquences.,. « Ainsi, il n'est point à craindre que Son Altesse Royale « se laisse entraîner à des cabales dangereuses, surtout « quand elle sera avertie de se méfier. Il est vrai que (( les amusements ont beaucoup de prise sur elle, mais « cela n'empêche pas qu'elle n'apprécie les personnes « qui cherchent à Tamuser, et qui, par ce moyen seul, « réussiraient difficilement à la séduire. »
La vie entière de l'infortunée reine justifie la prophétie du vieux serviteur de sa maison. Elle ne fit pas de fautes essentielles^ mais elle eut le goût des plaisirs, et n'étant pas du tout heureuse, elle se livra aux distractions extérieures, plus que ne l'aurait permis la majesté du trône, et assez pour prêter le flanc aux plus horribles calomnies.
Ce qui frappe dans l'étude de la vie de Marie-Antoinette, c'est la tristesse qui y règne, même en ses jours
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les plus brillaûts. Bile arrive presque eufant en France 5 dès la frontière, on la prive de ses serviteurs et de ses dames ; elle n'est entourée que d'étrangers ; les plus sinistres présages éclatent de toutes parts, comme un avertissement céleste qui Rengage à se défier des joies trompeuses ; elle est reçue par Louis XV, qui la traite avec bonté, avec douceur, mais rien de plus ; le dau» phin, pendant de longues années, est le plus froid et le plus indifférent des époux ; elle ne trouve à la cour de France, en fait de femmes, que Mesdames, filles de Louis XV, qui nourrissaient, on ne sait trop pourquoi, une profonde antipathie contre la maison d'Autriche ; des deux frères du dauphin, l'un, qui fut Louis XVIII, était trop politique, Tautre, qui fut Charles X, trop frivole et trop léger pour que leur jeune belle-sœur pût les aimer d'une fraternelle amitié ; elle était donc seule, étrangère, ravie à son pays, à sa famille, sans qu'on lui eût rien donné en échange que la promesse d'un trône. Quelle destinée, et qui voudrait l'accepter pour son enfant !
Cet isolement profond qui pesa sur l'âme affectueuse de Marie- Antoinette explique très-bien les deux fautes que l'Histoire peut lui reprocher : ses amitiés compromettantes pour des favorites qui exploitèrent sa bonté, et ce besoin violent de distraction, de luxe, de plaisirs qui s'éveilla en elle lorsqu'elle fut toute-puissante. Sa mère ne vit pas Tapogée de sa fortune, elle ne vit pas les effroyables malheurs qui suivirent ces courtes années de joie; seulement, elle semble quelquefois pressentir la tempête, et Ton dirait qu'elle n*a pu oublier le mot du savant italien, à qui l'on deman-
dait l'horoscope de Marie-Antoinette, et qui répondit : — Il y a des croix pour toutes les épaules.
Mais revenons au début de ces intéressantes révélations, et voyons quels conseils la plus sage des princesses allemandes donna à la plus infortunée d'entre elles ; l'impératrice écrivait à sa fille en 1771 (la dauphine avait alors seize ans) :
« Tâchez de tapisser votre tête de bonnes lectures ; (( elles vous sont plus nécessaires qu'à une autre... Je « crains que vous ne vous aurez guère appliquée : les « ânes et les chevaux auront emporté le temps requis « pour la lecture ; mais à celte heure, en hiver, ne « négligez pas cette ressource, qui vous est plus né- •( cessaire qu'à une autre, n'ayant aucun autre acquis, « ni le dessin, ni la musique et autres sciences agréa- « blés... J'attends donc avec impatience vos lectures « et applications ; il est permis, surtout à votre âge, « de s'amuser, mais d'en faire toute son occupation « et de ne rien faire de solide ni d'utile, et tuer le « temps entre promenades et visites, à la longue, vous « en reconnaîtrez le vide, et serez bien aux regrets de « n'avoir pas mieux employé votre temps... Tout cela « me fait trembler : je vous vois aller avec une cer- « taine nonchalance, à grands pas, à vous perdre ; au « moins vous égarer. »
Marie- Thérèse voulait que sa fille complétât par la lecture son instruction, qui n'était qu'ébauchée; elle voulait aussi qu'elle s'abstînt de certains plaisirs qui lui semblaient, avec raison, peu convenables :
« J'ai vu, lui dit-elle, que vous avez été à cheval
« plusieurs jours de suite, et deux et trois heures ; « c'est trop, vous en conviendrez un jour, mais ce sera « trop tard. Quelle raison aurais-je de vous priver « d'une chose qui vous fait plaisir, si je n'en connais- « sais pas les conséquences... »
La jeune dauphine ne s'est pas montrée aimable, elle n'a pas parlé, par timidité, dit-elle. Aussitôt sa mère la gronde, et lui dit, dans son langage tudesque, qui, s'il exclut l'élégance, n'exclut ni la force ni le sens :
« Comment, l'Antoinette à treize ans savait recevoir « très-joliment son monde, et dire à chacun quelque tt chose de poli et de gracieux : celte vérité, tout « Vienne, l'Empire, la France, la Lorraine l'ont vue, « et la Dauphine, à cette heure, pour un simple parti- « culier, aurait de l'embarras ? Ne vous accoutumez pas « à ces frivoles excuses : embarras, crainte, timidité, « chimères 1 Ce n'est que mauvaise coutume de se « laisser aller sans réflexion et sans se gêner pour « rien. »
On voit que la pauvre petite Dauphine n'était pas gâtée par sa mère. Privée à la cour de France de tout appui moral, il fallait que sa mère cherchât de loin à l'éclairer et à la diriger. Elle était très-jeune, très-vive; monter à cheval, monter à âne, sauter, courir, rire au besoin de l'étiquette, s'ennuyer avec les gens graves, c'étaient là les instincts de son âge : Marie-Thérèse la blâmait ; ses reproches étaient sages, avisés, maternels, et cependant Marie- Antoinette nous semble très-excusable. Plus de bonheur lui eût donné plus de sagesse ; elle s'étourdissait sur ce qui manquait à sa vie.
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Mahe-Antoinelte avait viagt ans lorsque Louis XVI monta sur le trône^ et sa grandeur ne rendit pas sa situation plus facile. Elle eut plus de liberté et davantage d'ennemis. Le roi avait pour elle de la bonté, des complaisances, mais il ne lui montrait pas ces sentiments qui gagnent et charment le cœur. Il lui donnait de Targent et lui accordait des faveurs, non pour elle assurément, mais pour les amies qui exploitaient si adroitement cette royale amitié. Mercy appelle des grâces utiles ces dons qui pleuvaient, par exemple, sur une seule personne, 400,000 livres pour payer ses dettes, une terre du revenu de 35,000 livres, 800,000 livres pour la dot de sa fille ; grâces utiles I déshonorantes pour qui les reçut, dangereuses pour qui les donna I C'était pour ces favorites et leur clientèle que la reine augmenta à l'excès les dépenses de sa maison, qu'elle accabla le trésor déjà si obéré, et qu'elle prêta une apparence de vérité aux calomnies qui se répandaient sourdement contre elle, car les favorites nuisaient à Marie-Antoinette, non -seulement par les dons dispendieux qu'elles arrachaient à sa faiblesse, mais au point de vue de la dignité et de la réputation. Marie-Thérèse l'avertissait en vain, elle était sous le charme. Mercy signale le jeu de la Cour, les gains ou les pertes de la reine, il ne tarit pas là-dessus.
« Il prit envie à la reine de jouer au pharaon. Elle « demanda au roi qu'il permit que Ton fît venir des « banquiers-joueurs de Paris. Le monarque observa « qu'après les défenses portées contre les jeux deha- « sard, même chez les princes du sang, il était de mauu vais exemple de les admettre à la cour ; mais, avec
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A 8a douceur ordinaire, il ajouta qu$ sans doute cela « ne tirerait pas à conséquence, si Ton ne jouait qu'une « seule soirée* Les banquiers arriyèrent le 30 octobre « et taillèrent toute la nuit et la matinée du 1*' no- «vembre, jour de la Toussaint; elle joua elle- « même jusqu'à près de trois heures du matin. Le (( mal était qu'une pareille yeillée tombait dans la « matinée d'une fête solennelle,et il en est résulté des « propos dans le public. La reine se tira de là par une « plaisanterie^ en disant au roi qu'il avait permis une « séance de jeu sans en déterminer la durée« qu'ainsi « on avait été en droit de la prolonger pendant trentece six heures. Le roi se mit à rire et répondit gaiea ment : « Allez, vous ne valez rieui tous tan^ que (c vous ôtes. n
Au milieu de cette dissipation, engendrée par Tennui et le vide de son existence, Tâme de Marie- Antoinette restait pure. Elle s'amusait par amour du mouvement, elle cherchait des distractions dans la société de ses amies, des émotions dans le jeu ; elle fournissait à la malignité de ses ennemis mille occasions de la perdre, elle mécontentait le peuple par ses dépenses, et cependant le fond de son âme n'était pas atteint. Marici-Thérèse, qui connaissait bien sa fille, ne cesse de oondamner ses goûts futiles, ses habitudes légères, l'insouciance, le mépris de l'étiquette ; elle voudrait la voir vivre en reine, la voir même s'occuper de politique : elle ne réussit pas ; là où la maternité vigilante échoua, l'infortune marâtre réussit ; le malheur sacra Marie-Antoinette. L'impératrice lui écrivait :
« L'esprit de mutinerie commence à devenir fami- (( lier partout ; c'est donc la suite de notre siècle « éclairé ; j'en gémis souvent ; mais la dépravation des « mœurs, cette indifférence sur tout ce qui a rapport « à notre sainte religion, cette dissipation continuelle « sont la source de tous ces maux.
« Toutes les nouvelles de Paris annoncent que vous « avez fait un achat de bracelets de 250,000 livres ; que, « pour cet effet, vous avez dérangé vos finances et « vous êtes chargée de dettes, et que,pour y remédier, «vous avez donné vos diamants à bas prix, et qu'on « suppose que vous entraînez le roi à tant de profusions inutiles, qui augmentent et mettent TËtat « dans la détresse où il se trouve... Ces sortes d'anec- « dotes percent mon cœur, surtout pour Tavenir... (( Une souveraine s'avilit en se parant, et encore plus « si elle pousse à des sommes si considérables, et en « quel temps I... » La tendresse et la prudence de Marie-Thérèse sondent ici les profondeurs de l'avenir ; ce furent, en effet, les dépenses inconsidérées de la pauvre reine qui donnèrent à ses ennemis Toccasion de la frapper mortellement. Sans ce goût de la parure et des bijoux, qui avilit les reines, sans cet entourage d'amies et de complaisantes, Taffaire, la désastreuse affaire du collier aurait-elle pu prendre une ombre de vérité? Sefigure-t-on Marie-Thérèse d'Autriche, Marie Leczinska, ces reines si pieuses, si modestes, si sages, calomniées d'une si diabolique façon? Leur existence au grand jour, la simplicité de leurs habitudes ne permettaient pas même le soupçon, et auraient déconcerté les plans les plus audacieux. Il n'en fut pas ainsi
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de la'malheureuse épouse de Louis XVI, et quand elle devint grave, quand elle fut mère, quand elle voulut être reine, il était trop tard. Ce chemin que décrit si bien son protégé Beaumarchais, la calomnie l'avait fait.
Marie-Thérèse, heureusement pour elle, mourut neuf ans avant la Révolution (29 novembre 1780); elle ne vit pas la naissance de Théritier de la couronne, qu'elle avait tant souhaité ; elle ne vit pas non plus la désaffection croissante qui creusait l'abîme sous les pas de sa fille ; elle ne connut pas l'afTaire du collier, qu'elle avait en quelque sorte pressentie par le dégoût et rhorreur que lui inspirait le cardinal de Rohan ; elle n'assista pas aux premiers accès si cruels déjà de la fureur populaire ; elle ne sut ni Taffreux retour de Versailles, ni le déplorable voyage de Varennes ; Fécho ne lui apporta point le bruit des outrages de juin ni des horreurs du 10 août ; elle n'entrevit pas du fond de son palais les murs sinistres du Temple, la terrible soirée du 20 janvier, le cachot de la Conciergerie ; elle n'entendit pas Fouquier-Tinville insultant sa fille ; elle ne fut pas du nombre des témoins qui se sont rappelé toute leur vie le spectacle hideux de la matinée du 16 octobre 1793, l'ignoble charrette, les liens, la place de la Révolution et Téchafaud ! elle dormait paisiblement dans le cercueil qu'elle s'étaitpréparé elle-môme, près de l'époux qu'elle avait uniquement aimé ; mais il semble que les restes de cette femme courageuse ont tressailli de douleur et de joie au retentissement des souffrances de Marie-Antoinette et de la grandeur d'âme avec laquelle elle les affronta.
Les nouveaux documents recueillis sur Marie-An-
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toinette la font connaître et la justifient des inventions que ses ennemis ont propagées contre elle, et parmi ses ennemis, nous comptons les historiens révolutionnaires et les romanciers, légers de cœur, qui n ont pas craint de profaner cette noble mémoire, en la mêlant à des historiettes d'amour et d'intrigue. Marie-Antoinette eut le triple malheur d'être jeune, sans amis et de n'avoir pas un grand fonds de piété ; il lui eût fallu une religion pratique, une foi vive et intérieure pour se résigner à son isolement, pour résister à la tentation des plaisirs, à la séduction des vaines amitiés, à cet inexorable ennui dont elle était accablée. La foi qui dormait dans son cœur se réveilla aux jours funestes ; elle sut, au nom de Dieu, pardonner et souffrir; mais si cette divine compagne l'eût guidée dans la vie, on peut croire que la calomnie ne l'eût pas atteinte, que la dignité de sa vie et de son caractère eût été sauvegardée, quelle eût trouvé plus de bonheur et que peutêtre elle eût évité la prison et i'échafaud. Pour résister aux efforts de la Révolution, il eût fallu une armure impénétrable, un bouclier de diamant ; en abdiquant les grandeurs de la royauté chrétienne, cette reine infortunée s'offrit désarmée à ses cruels ennemiSé
CHARLOTTE OORDAY.
Le 13 juillet, an II de la République (1T93), une immense clameur remplissait la rue de rÉGole-de-Méde* cine et les rues voii^nes; des gens du peuple, le bonnet rouge sur la tète, accouraient; des femmes, la cocarde au bonnet, pleuraient, péroraient et criaient, et on entendait répéter dans les groupes :
a L*ami du peuple vient d'être assassiné I une femme l*a frappé d*un coup de couteau l c'est une ci-devant qui vient de la province : Marat l'avait reçue avec confiance, elle Ta égorgé I
— Oh 1 le monstre l la guillotine est trop bonne pour elle ! »
Les patriotes, les sans -culottes, les tricoteuses restèrent longtemps devant la maison de Marat, et quand la nuit fut venue, ils purent voir enfin le redoutable assassin. Ils virent s'avancer entre les gardes, une femme, ou pour mieux dire une jeune fille, de la plus éclatante beauté, et dont tous les mouvements respiraient la dignité, mêlée à la grâce.
Voici sous quels traits enchanteurs une de ses amies Ta décrite : « Elle était d'une blancheur éblouissante et de la plus éclatante fraîcheur. Son teint avait la transparence du lait, rincarnat de la rose et le velouté de la pêche. Le tissu de sa peau était d'une rare finesse ; on croyait voir circuler le sang sous un pétale
de lis. Elle rougissait avec une facilité extrême, et devenait alors vraiment ravissante. Ses yeux, légèrerement voilés, étaient bien fendus et très-beaux ; son menton, un peu proéminent, ne nuisait pas à un ensemble charmant et plein de distinction. L'expression de ce beau visage était d'une douceur InefFable, ainsi que le son de la voix. Jamais on n'entendit un organe plus enchanteur, plus harmonieux ; jamais on ne vit un regard plus angélique et plus pur, un sourire plus attrayant. Ses cheveux châtain-clair s'accordaient très-bien avec son visage ; enfin, c'était une femme superbe I »
Celte jeune fille, type de beauté, de douceur, de distinction aristocratique, qui s'avançait, les mains enchaînées, sous les injures brutales et cyniques des gardes et de la populace, n'était pas accusée à tort : elle venait de frapper Marat, en pleine poitrine, d'un coup de couteau. Son nom était Marie-Anne-Gharlotte de Corday d'Armont. Elle descendait de Pierre Corneille.
Charlotte Corday (c'est le nom que l'histoire a adopté) était née d'une famille noble, elle avait été élevée à l'Abbaye-aux-Dames de Caen ; elle annonçait dès son enfance de rares qualités, elle était soumise, laborieuse, dévouée aux autres, dure à elle-même ; mais cette nature si noble fut dévoyée de bonne heure par de mauvaises lectures qui égarèrent son esprit, et firent aboutir ses facultés énergiques à une action extraordinaire, mais aussi profondément inutile que réellement coupable. Elle avait lu Raynal, Rousseau, les philosophes du dix-huitième siècle ; ils avaient
anéanti la foi dans son cœur, et quand vint la tempête^ ce cœur, enivré de sa propre force et de ses trop justes fureurs, se trouva sans fanal et sans pilote pour le diriger. On avait obscurci à ses yeux la vraie lumière : elle marcha, agit et frappa dans les ténèbres, et, créée pour être une martyre de la foi, elle fut simplement rhéroïne et la victime d'une terrible tragédie.
11 y avait en Pierre Corneille , son aïeul, deux hommes : le tragique, tout nourri des traditions romaines, âpre, fier, et qui prêtait à ses héros les sentiments de grandeur barbare que le paganisme a montrés à la terre : ces sentiments qui mettaient le poignard aux mains de Lucrèce, de Virginius et de Brutus ; c'est à ces sources qui ont coulé des mamelles de la louve romaine, que s'abreuvait l'intelligence de Corneille ; mais son âme était profondément chrétienne ; Polyeucte nous le dit assez. Charlotte, qui aimait son aïeul, qui était orgueilleuse de compter ce nom célèbre parmi ceux de ses ancêtres, qui lisait avec passion ses tragédies, qui s'enflammait de cette musique intellectuelle, vibrante comme le clairon des batailles, Charlotte négligea absolument la foi qui avait consolé Pierre Corneille dans les disgrâces de sa vie, et qui avait honoré et soutenu sa vieillesse et ses infortunes. Elle ne lut pas Vlmitatiorif traduite par son aïeul, elle lui préféra les dangereux auteurs du dix-huitième siècle, ceux qui avaient préparé la Révolution et semé celte ivraie qui étouffa, sous ses mortels embrassements, les antiques institutions de la France. Charlotte approuva la Révolution dès ses débuts ; elle ne connaissait pas les réformateurs du
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jôtir ; son idéal sô trouvait chez les Grecs et les Rolâaiûs ; elle rêvait une République aux vertus grandes et austères, celle que les rêveurs croient voir dans le passé, qu'ils espèrent dans Tavenir, dont ils doutent dans lé présent; et le goût qu'elle montra ouvertettient pour cette forme de gouvernement, la brouilla avec son père et Féloigna de la maison paternelle.
Elle tint à Gaen, che2 une parente, madame de Brétteville, qui n'exerça aucune influence sur cette tèteetaltée, etneput l'empôcher de lire les journaux, les broôhurôfe politiques du moment et les œuvres philosophiques de J.-J. Rousseau. Elle se passionna pour les Girondins, elle haït les montagnards ; son âme ébranlée perdit de vue ces notions morales qui sont le phare de notre vie ici-bas, et, le moment venu, elle se crut le droit d'immoler le plus cruel et le plus ignoble ennemi des Girondins, en sacrifiant sa propre existence, et croyant ainsi sauver la patrie. Corneille n'a-t-il pas mis dans la bouche d'Emilie ces maximes qui armèrent le bras de sa petite-fille ?
Qui méprise sa vie e«t maître de la sienne; Plus le péril est grand plus doux en est le fruit. La vertu nous y jette et la gloire le suit.
Regarde le malhi^ur de Brute et de Gaseie, La splendeur de leurs noms en est-elle obscurcie ? Bônt^ils morts tout entiers avtc leurs fn*ands desseine ? N« le» compte-t>oa plus pour les derniers Romains ?
La mort du roi lui arracha des cris d'indignation, toute républicaine qu'elle se crût ; elle écrit à une amie, en parlant des hommes de la Convention : c Us ont assassiné la liberté ; ce ne sont que des bourreaux ; » elle aimait en théorie cette République, qu'elle haïs-
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sait quand elle voyait les hommes qui agissaient en son nom ; mais, toujours enivrée de ses songes, lorsque les Girondins furent proscrits, elle oublia la part qu'ils avaient prise à la mort de Louis XVI, elle épousa leur cause, elle vit en eux Tespoir de sa République idéale, et elle détesta en Marat le tyran, qui avait poursuivi de sa haine la Qironde. Dès le mois de mai 1793, date de la mort et de Texil des Girondins» la résolution de Charlotte fut arrêtée dans son âme ; elle espéra, en poignardant Marat, délivrer la France et lui restituer la liberté.
Elle quitta Gaen pour Paris le 10 juillet 1793; avant de partir elle embrassa un enfant qu'elle caressait quelquefois, et lui dit : « Ne m'oublie pas, lu ne me reverras plus. » Elle arriva le 11 à Paris, Elle employa la journée du 12 à écrire une Adresse aux Français amis des Lois et de la paix : « Déjà, dit-elle, devan- « çant son action, déjà Marat, dont le nom seul préce sente l'image de tous les crimes, en tombant sous « le fer vengeur, ébranle la montagne et fait frémir « Danton et Robespierre, les autres brigands assis sur (( ce trône sanglant... France ! ton repos dépend « de l'exécution de la Loi : je n'y porte point atteinte « en frappant Marat : condamné par l'univers, il est « hors la Loi. Quel tribunal me jugera? Si je suis « coupable, Alcide l'était donc en détruisant les « monstres? mai:$, en rencontra-t-il de si odieux?.. . a Si je ne réussis pas dans mon entreprise. Français, « je vous ai montré le chemin : vous connaissec vos « ennemis, levez-vous, marchez, frappez 1 »
On le voit : c'est une héroïne païenne qui écrit ceci
et qui fera cela : c'est Rodogune, c'est Emilie, c'est Camille, et Tétincelle du christianisme ne jetait plus aucune lueur dans cet esprit vigoureux, charmant et dévoyé. Après avoir parlé, elle agit.
Le 13 juillet, elle sortit de grand matin, elle acheta un fort couteau de table, très-pointu, et elle se fit conduire chez Marat, qui était malade. Il lui fit indiquer une entrevue pour le soir à sept heures, et il la reçut quoiqu'il fût au bain. Charlotte s'assit auprès de la baignoire et lui dit qu'elle arrivait de Caen ; aussitôt il lui demanda ce que faisaient les députés Girondins. — Ils lèvent des troupes, répondit-elle ; tout le monde s'enrôle pour délivrer Paris des anarchistes. — Donnez-moi les noms des députés. Elle les lui donna. — C'est bien, dit-il, ils serenttous guillotinés I
Cette parole mit le sceau à la résolution de Charlotte; elle se leva, et, d'une main ferme, elle lui enfonça son couteau dans la poitrine. — A moi ! s'écria-t-il. On accourut : il était mort.
Quoique Charlotte eût fait le sacrifice de sa vie, elle chercha à fuir, mais le cri de Marat avait été entendu, etàpeine eut-elle franchi le seuil du cabinet, qu'un porteur de VAmi du Peuple et deux ou trois femmes se jetèrent sur elle. Elle fut terrassée, accablée de coups et d'insultes ; elle endura tout avec un calme dédaigneux ;seulement,lorsqu'on lui mit les menottes, elle demanda l'autorisation de mettreses gants. Elle fut sur-le-champ interrogée; elle ne nia rien, mais lorsqu'on la confronta avec le cadavre de Marat, elle s'évanouit à la vue de la plaie sanglante...
On la conduisit à l'Abbaye. La nuit tout entière
du 13 au 14 juillet fut troublée par reffervescence de la populace. Des bandes armées et portant des torches parcouraient les rues en criant : — Peuple ! Marat est mort I Marat vient d'être assassiné ! Pendant ce temps, la Convention entendait, de la bouche d'Hébert, réloge funèbre de TAmi du Peuple, et prenait des dispositions pour ses funérailles au Panthéon, et David promettait de peindre Marat assassiné. Il le fit, il le fit avec talent, et la vue de ce masque ignoble et funèbre à la fois, remplit d'horreur ceux mêmes qui admiraient le génie du peintre.
Le 16 juillet, Charlotte Corday subit son second interrogatoire, et le 17, elle fut jugée en audience publique. Avant d'aller au Tribunal, elle écrit à Barbaroux une lettre très-calme, très-enjouée même, oîi Ton remarque ce passage :
a C'est demain que Ton me juge. Probablement, « à midi, j'aurai vécu, pour parler le langage romain... (( J'ignore comment se passeront mes derniers mort ments : c'est la fin qui couronne l'œuvre. Je n'ai « pas besoin d'affecter d'insensibilité sur mon sort, « car, jusqu'à présent, je n'ai pas la moindre crainte « de la mort. Je n'estimai jamais la vie que par l'uti- « lité dont elle devait être. »
« Elle écrivit à son père : Pardonnez-moi, cher a papa, d'avoir disposé de mon existence sans votre « permission. J'ai vengé d'innocentes victimes, j'ai « prévenu bien d'autres désastres... J'espère que vous « ne serez pas tourmenté ; en tous cas, je crois que a vous auriez des défenseurs à Caen. J'ai pris pour « avocat Gustave Doulcet (de Pontécoulant). Un tel
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^ attentat ne permet nulle défense. C'est pour la forme» « Adieu, mon oher papa. Je vous prie de m'oublier, ou « plutôt de vous réjouir de mon sort : la cause en est (( belle. J'embrasse ma sœur que j'aime de tout mou « cœur, ainsi que tout mes parents. N'oublier pas ce i vers de Corneille :
« Le crime fait la hoQte, et non pas l'échafaud. »
(( C*est demain à huit heures que Ton me juge, ce t( 46 juillet. »
Elle apporta devant les juges, altérés de son sang, une profonde tranquillilé. Elle répond aux questions sur les motifs qui Tout poussée à ce crime : — Je n'ai pas cru tuer un homme, mais une bête féroce. J*ai tué un homme pour en sauver cent mille*
Aux instances pour lui faire nommer ses prétendus oômpliues, elle répond : — Je n aurais jamais commis cet attentat d'après le conseil d'aulrui : ma haine me suffisait*
Fouquier^Tinville soutint Taocusation ; Tayocat choisi par Charlotte ne s'étantpas présentéi Chauveau la aarde le remplaça i il défendit Charlotte en homme dé cœur ; elle fut satisfaite de lui, et le contentement qui brillait sur son visage ne fut nullement altéré par rarrftt qui la condamnait à la peine de mort.
Bile fut, du tribunal, conduite à l'échafaud. L'exéouteur ooupa ses beaux cheveux et la couvrit d'un manteau rouge : elle adressa un dernier adieu à son défenseur, et elle oflrit une boucle de ses cheveux à un peintre qui, pendant raudience,avait esquissé ses traits.
Le cortège funèbre mit une heure à traverser
CHARLOTTE GORDAJ. 183
Paris ; la populace éclatait en applaudissements sauvages, mais rien ne troublait la sérénité de Charlotte; elle HIgaidait la foule avec une inexprimable douceur. Elle monta à Téchafaud sans appui ; le bourreau lui découvrit les épaules : elle rougit, et sa belle tête, le calme de son attitude, produisirent sur tous une profonde impression. Un silence absolu régnait... Le bourreau fit son office, et la tête de la petite-flUe (Je Corneille tomba... On dit que le valet de l'exécuteur }a releva... et la souffleta.
Un jeune homme, nommé Adam Lu:ç, qui ne connaissait pas Charlotte, l'avait suivie du Tribunal révolutionnaire à l'échafaud, et il s'éprit si violemnient de cette fille héroïque qu'il fit tout pour la rejoindre. Il publia réloge de Charlotte Corday ; il fut arrêté, condamné, exécuté, et il dit, en voyant Tinstrument du supplice : — Enfin, je vais mourir pour Charlotte.
Chénier la chanta dans de beaux vers ; elle eut bientôt un nombre immense d'admirateurs , mais pourtant, quelque sympathie qu'on éprouve pour la pureté, le courage, la générosité de Charlotte, on ne peut amnistier lacté sanglant qui Ta rendue célèbre. Nul n'a le droit de s'ériger en juge et de frapper le coupable, excepté la loi, Le paganisme seul peut admirer les Brutus. Si Charlotte n'eût pas oublié les enseignements de l'Évangile, sa conscience ne se serait pas pervertie, et Ton n'aurait pas à plaindre cette âme si grande et si étrangement égarée.
Nous empruntons les détails qui vont suivre, sur ces pures et malheureuse jeunes filles,à l'éminent historien de la Terreur^ M. Mortimer-Ternaux, qui a éclairé par des documents nouveaux l'histoire sanglante de ces jours funestes.
• « L'armée austro-prussienne avait franchi la frontière de France le 20 août 1792 ; elle s'était emparée sans coup férir de Longwyet elle était venue occuper les hauteurs qui entourent Verdun. La place ne pouvait opposer aucune résistance à Tennemi. Les fortifications étaient faibles et mal entretenues, la garnison insuffisante ; le duc de Brunswick, commandant Tarmée prussienne, somma les habitants de Verdun de se rendre; le commandant Beaurepaire refusa, au nom des habitants et de la garnison, et aussitôt (30 août) le bombardement de la ville commença. Il fut terrible ; après quinze heures, une seconde sommation fut faite par Tennemi ; elle trouva les habitants au désespoir : des groupes nombreux s'était formés sur la place de l'Hôtel de Ville et suppliaient le comité défensif de ne pas prolonger une lutte inutile et d'épargner à Verdun les horreurs d'un assaut. Le commandant Beaurepaire, désespéré à son tour, se retira dans une chambre à l'Hôtel de Ville et se fit sauter la cervelle. Les soldats accoururent et le trouvèrent
mort, avec sa croix de Saint Louis sur la poitrine et son épée au côté. La garnison emporta son corps et se retira à Sainte- Menehould, d'où elle rejoignit Tavantgarde de l'armée de Dumouriez.
Le duc de Brunswick fit occuper la ville, mais il la traita avec de grands égards, et la curiosité attira au camp prussien bon nombre d'habitants, toutefois il n'y eut, remarquons ceci, ni bal donné, ni députation de jeunes filles envoyée, ni harangue prononcée. Tout se borna à la visite de quelques personnes curieuses.
Bientôt les chances de la guerre tournèrent contre l'armée austro-prussienne ; arrêtée à Valmy par les dispositions habiles de Dumouriez, par l'énergique résistance de Kellermann, en proie à une misère affreuse, à des maladies terribles, elle se mit en retraite par la même route qu'elle avait suivie trois semaines auparavant et qu'elle jalonnait cette fois de cadavres. Elle évacua Verdun le 14 octobre et Longwy le 30.
Aussitôt que les troupes françaises eurent repris possession de Verdun, on vit s'abattre sur cette malheureuse ville les hommes de sang qui , à cette époque, suivaient nos armées victorieuses comme les hyènes suivent nos troupes, dans les déserts de l'Afrique, pour se jeter sur des cadavres. Une commission fut formée par les soins des représentants du peuple pour rechercher les ennemis de la Révolution et de la République, Un grand nombre de personnes furent arrêtées ; de nombreux témoins comparut ent devant la commission, composée de prêtres défroqués et d'hommes de loi de bas étage, et les interrogatoires des prévenus et des témoins portèrent surtout :
4* sur le bal qui, prétendait-on, avait été offert aux officiers de l'armée envahissante ; 2° sur la députation composée de jeunes filles appartenant aux premières familles de Verdun, et que Ton disait avoir été processionnellement au camp féliciter le roi Guillaume.
Pas un seul témoin ne put dire ni quand, ni où ce bal avait été donné. Quant au fait relatif à la procession de jeunes filles vêtues de blanc, il avait été complètement dénaturé. L'enquête constata que beaucoup de personnes étaient allées au camp par groupes différents et à des jours divers, mais que le roi de Prusse n'avait reçu aucune députation officielle et qu'il n'avait parlé qu'à une seule dame, nommée madame Bouviller-Catoire.
Toute rinstruction fut envoyée à Paris au Comité de sûreté générale, et quoique la vérité fût si clairement exposée, le rapporteur de l'affaire demanda l'arrestation des jeunes filles, accusées d'avoir insulté à la liberté. « Il faut donc, dit-il en finissant, que la <( loi cesse de les épargner et que des exemples de se- (( vérité les avertissent que l'œil du magistrat les sur- « veille et que le glaive de la loi est levé pour les (( frapper, si elles se rendent coupables. »
Les femmes et les jeunes filles accusées et déjà arrêtées en octobre 1792 furent maintenues en prison durant près d'une année. Ce ne fut qu'au commencement de frimaire an II, que les pièces de l'instruction faite par les soins de la commission de Verdun furent demandées par l'accusateur public (30novembre 1 793).
Le ministre de la justice, Gohier, fit transférer les
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accusées à Paris ; ce contingent des victimes promises à l'échafaud se composait de sept jeunes filles et de vingt-huit autres personnes, leurs parents, leurs amis, parmi lesquels se trouvaient des vieillards de soixante-quinze ans ; on les entassa tous dans des charrettes et ils quittèrent Verdun sous la conduite d un détachement de gendarmerie. Une des jeunes filles écrivait des notes qui lui ont survécu et qui ont été révélées pour la première fois par M. Guvillier- Fleury : « Le voyage, dit-elle, dura quatorze jours et <( se fit assez gaiement. Nous savions le sort qui nous <( était réservé, et cependant nous n'en étions pas (( troublées. Nous étions paisiblement résignées à tout « ce que le Seigneur permettrait. »
A leur arrivée à Paris, les trente-cinq accusés furent envoyés à la Conciergerie. On enferma les trois sœurs Fieury, madame de la Lance et deux autres dames dans un cachot où il n'y avait que trois bois de lits, fixés dans le mur, avec une paillasse et une couverture pour chaque lit. Elles passaient leur temps en prières, et quand elles étaient conduites dans le préau, elles y trouvaient de nombreuses compagnes d'infortune dont les unes venaient de perdre un père, les autres un mari, des enfants ; d'autres une famille entière.
Rioufi'e, dans ses Mémoires d'un Détenu^ parle de l'effet que produisit l'apparition de ces belles jeunes filles dans le sombre préau de la Conciergerie ; mais beauté, jeunesse, enjouement, tout devait être abattu sous la terrible faux du tribunal révolutionnaire.
L'interrogatoire des accusés ne fut pas Igpg. Voici
celui de la jeuae Barbe Fleury ; tous les autres sont presque identiques. La jeune fille avait quinze ans et demi.
D. — N avez-vous pas, par vos intrigues, forcé les autorités constituées de la garnison à rendre une place de guerre aux ennemis de la France ?
R. — Non.
D. — Depuis la prise de la ville, ne vous êtes-vous pas transportée au campement pour féliciter les ennemis de leurs succès et leur offrir des dragées ?
R. — J'ai été au camp par pure curiosité. J'ignore si on y a porté des dragées, mais je n'en ai vu aucune.
D. — Avez-vous fait choix d'un conseil?
R. — • Non.
Le Bulletin du tribunal révolutionnaire^ ce journal rédigé par les bourreaux ou du moins sous leur inspiration, ne fournit aucun détail sur les faits qui se passèrent à l'audience du 5 floréal. On n'y trouve que le réquisitoire de Fouquier-Tinville.
Le public de ces effroyables assises était blasé sur les tragédies qui tous les jours se jouaient sous ses yeux; des vieillards, des femmes, des princesses, des reines avaient passé successivement à la barre du tribunal, pour être insultées et condamnées. Mais un essaim de jeunes filles, belles, naïves, serrant dans leurs bras leurs mères, leurs parents, entrelaçant leurs mains de peur que la mort ne vînt les séparer, avouant ingénument ce qui pouvait être à leur charge, s'efforçant de prendre pour elles ce qui pouvait inculper leurs sœurs oïL^urs compagnes, voilà ce qui ne s'était pas
encore vu, voilà ce qui émut jusqu'au fond du cœur, ce qui remua jusqu'au fond des entrailles les plus féroces des spectateurs. Seul, le procureur de la Commune ne put être touché.
L'accusation, si peu fournie de preuves pour les autres jeunes filles, tombait d'elle-même pour les trois demoiselles Wattrin, car l'une d'elles n'avait pas paru au camp, et les deux autres y étaient allées un autre jour que les demoiselles Fleury et Tabouillot; restait seulement pour elles l'accusation d'avoir donné quelque argent à un ami émigré, tombé dans la détresse. On n'avait contre les accusées que leur aveu même, mais ch*acune d'elles, jalouse d'assumer sur sa tête une responsabilité terrible, déclara avoir, seule et à l'insu de ses sœurs, prélevé sur sa modeste fortune le secours ofTert à un ami malheureux.
Dumas et Fouquier-Tinville cherchèrent vainement à lutter contre la force d'âme de ces sept jeunes filles. Ils voulurent arracher à la jeune Barbe Fleury l'aveu qu'elle avait été entraînée dans cette fatale visite au camp par ses jœurs et par sa tante ; cette jeune fille, pour toute réponse, alla tomber dans les bras de ses sœurs bien-aimées.
On l'a dit, il n'y a pas de plus beau spectacle sur la terre que celui du juste luttant contre l'adversité ; mais ce spectacle n'est-il pas mille fois plus magnifique, lorsque le juste est une jeune fille à peine sortie de l'adolescence, entourée de gendarmes et de bourreaux, torturée moralement par les magistrats obligés h la protéger par toutes les lois divines et humaines I
Le tribunal, habitué h ces feux de file (c'était Tex-
190 LiùH VIERGES DE YERDUN.
pression consacrée), prononça trente-trois condamnations à mort ; mais attendu Tâge peu avancé de Barbe Pleury et de Glaire Tabouillot, il ordonna qu'elles subiraient un supplice cent fois pire que la mort : l'exposition pendant six heures sur un échafaud, avec un écriteau infamant attaché sur leur tête, ensuite vingt années de réclusion 1
A peine le jugement fut-il rendu que, par un mouvement soudain, les demoiselles Wattrin y répondent en applaudissant à Tarrôt qui les réunit toutes trois dans la mort; leur exemple gagne les autres jeunes filles, et toutes, dans un étrange enthousiasme, applaudissent à l'iniquité de leurs juges et se jettent en pleurant de joie dans les bras les unes des autres.
Parmi les condamnés se trouvaient cinq ecclésiastiques vénérables par leur âge et par leurs vertus sacerdotales : ils préparèrent les victimes à la mort. Le soir, à la lueur des torches, on les conduisit tous à la place de la Révolution, et le sanglant sacrifice fut accompli.
Le lendemain, un huissier conduisit Barbe Pleury et Claire Tabouillot, en habits de deuil, sur un échafaud dressé exprès. Le bourreau les fit asseoir sur la sellette d'infamie et mit au-dessus de leurs têtes un écriteau annonçant que les deux innocentes créatures avaient livré la ville de Verdun aux ennemis en leur fournissant des vivres et des munitions de toute espèce. Les passants haussaient les épaules de pitié, et la foule, plus humaine que les juges, n'insulta pas une seule fois les victimes pendant les six heures que dura leur supplice.
Voici les noms des sept victimes immolées à la Terreur :
Suzanne Fleury, âgée de vingt-six ans.
Gabrielle Fleury, âgée de vingt-cinq ans.
Barbe Fleury, âgée de dix-sept ans.
Anne Wattrin, âgée de vingt-cinq ans.
Henriette Wattrin, âgée de vingt-trois ans.
Hélène Wattrin, âgée de vingt-deux ans.
Glaire Tabouillot, âgée de dix-sept ans.
Victor Hugo, aux jours de la Restauration, a chanté les Vierges de Verdun, comme il a chanté les victimes de Quiberon et TEnfant royal, mort au Temple. Nous citerons quelques-uns de ses vers dédiés à des mémoires si pures :
O Vierges, encor quelques heures. . .
Ah I priez sans effroi, Toire âme est sans reniord.
Couj^ez ces longues chevelures, Où la main d'une mère enlaçait des fleurs pures Sans voir qu'elle y mêlait les pavots de la mort. Bientôt des fleurs encor pareront votre tôte ; Les animes vous rendront ces symboles touchants ; Votre hymne de trépas sera l'hymne de fête Que les Vierges du ciel rediront dans leurs chants. Vous verrez près de vous dans ces chœurs d'innocence, Charlotte au cœur d'airain qui vous vengea d'avance, Gazotte, Elisabeth, si malheureuse en vain.
Et Sombreuil, qui trahit par ses pâleurs soudaines Le sang glacé des morts circulant dans ses veines, Martyres, dont l'encens plaît au martyr divin !
Ces vers ne sont pas irréprochables, mais ils témoignent du souvenir ineffaçable que, parmi la foule des victimes, avaient laissé les Vierges de Verdun,
Qiian<i 1 1 Restii ration ramena en France Tillustre f lin lie (ie i »s aacieu- rois, l,^ baillante souche des Coudés n éfaitplus représentée qie ar deux vieillards, le frère et la sœur, dernier^ rejetons des héros de Gérisoles, de Lens, de Rocroy ; dernières et pâles effigies de cette longue lignée de princes, aussi spirituels que braves; tous deux sans postérité, les derniers de leur race, et qui avant que de descendre dans leur propre tombeau, avaient vu tomber sous des coups cruels tout ce qui leur était cher. Le frère était le prmce Louis de Gondé. qui pleurait depuis douze ans la mort de son fils, assassiné dans les fossés de Vincennes; la sœur était la princesse Adélaïde -Charlotte- Louise de Condé, religieuse bénédictine, qui ne demanda au royaume de Henri IV et de Louis XIV qu'un asile où elle pût prier et expier pour les pécheurs; cet asile lui fut donné, et Ton choisit pour elle la tour du Temple, que Louis XVI avait quittée pour l'échafaud et le ciel.
C'est à Chantilly, dans cette royale et charmante demeure dont Bossuet a loué les beautés, que naquit Louise de Condé; c'est là qu'elle passa les années de joie qui lui furent accordées sur la terre, auprès d'une mère aimable et pieuse, morte trop tôt, et d'un père qui avait Tesprit brilUat et le caractère
chevaleresque de sa famille. Elle-même avait une intel- \ ligence très-ouverte, avide d'instruction, et un caractère où la fermeté la plus stoïque (sa vie Ta prouvé) s'unissait à la plus grande douceur. Ses portraits nous la montrent très-jolie : des traits aquilins, une bouche fine et bonne, des cheveux blonds, abondants et crêpelés, des yeux expressifs et charmants ; elle plaisait à tous et ne voulait plaire qu'à Dieu. Elle se prêtait aux fêtes du monde, mais ses fêtes à elle, c'étaient ses relations d'amitié avec madame Clotilde, avec madame Elisabeth ; c'était la visite assidue des pauvres, c'étaient ses courts séjours au Chapitre de Remiremont, c'était surtout la présence de son père et de son frère, qu'elle aimait tous les deux d'une affection inexprimable. On a trouvé dans ses papiers des prières pour le salut et le bonheur de ce frère chéri et de son neveu, le duc d'Enghien, supplications touchantes qui ne furent pas exaucées sur cette terre. L'orage qui allait frapper les Bourbons, les Coudés et la France, s'allumait déjà ; la Bastille était tombée sous les coups de la populace ; le malheureux Louis XVI se voyait entraîné vers l'abîme par une force à laquelle il n'opposait pas d'énergie, par d'infernales intrigues qu'il ne savait pas déjouer : le prince de Condé pensa, et d'autres avec lui, que le trône des lys, Tantique monarchie et même la paix future de l'Europe ne pouvaient être sauvés que par les armes; il quitta la France, suivi de ses enfants et d'un grand nombre de gentilshommes qui voulaient combattre comme des hommes, et non pas être menés à l'abattoir comme des moutons. Il fut, oh
le sait, le chef de l'émigration militante. Pendant
qu'il essayait d'organiser sa petite armée, madame Louise se retira à Turin, auprès de madame Clotildei princesse de Piémont. Là, dans ce premier exode de son émigration, elle n'était occupée que des malheureux français, émigrés comme elle, et sans ressources ; elle se priTait de tout pour les secourir, et elle mettait dans ses ofirandes toute Tingénieuse délicatesse de son âme. Si l'amour de Dieu avait été le grand moteur de ses actions et de ses pensées, à Chantilly, dans la Tie douce et brillante qu elle y avait menée, combien, au sein de Texil, à la vue des malheurs et des dangers de sa famille et de sa patrie, cet amour devint plus dominant, cette pensée divine plus incessante encore! Le goût de la vie religieuse s^éveilla en elle, et à mesure que les crimes se multipliaient en France, elle se sentait plus vivement pressée d'expier, par le sacrifice de sa liberté, de tout son ètrCi les meurtres et les impiétés qui offensaientle Seigneur. Trois têtes royales étaient tombées sous le couteau : Tinnocent rejeton des rois,
Chère et dernière fleur d'une tige si belle.
était mort de misère au Temple; on était en 1795, quand la princesse écrivit à son père pour solliciter la permission de disposer d'elle-même.
« Mon père, écrit-elle, c'est du plus profond de mon « cœur que je sollicite votre autorisation; j'en aï « besoin. vous qui, avec raison, n'hésitez pas à « sacrifier vos deux fils à l'honneur, hésiterez-vous à « sacrifier votre fille à son Dieu, à votre Dieu, au Dieu « qu'aimait et servait si bien ma respectable mèrel G'est
LOUISE DE GONDÉ. 195
« lui^ e*est lui seul qui in*appelle à l'état saint que je « suis résolue d'embrasser. Il n*y a que Dieu qui puisse (( avoir la préférence surtout ce que j'ai de plus cher... « Mon père, je me jette dans vos bras ; je vous presse « contre mon cœur ; je ne puis vous en dire davan- « tage ; partout, partout votre fille vous aimera ; mais « c'est au pied des autels qu'elle brûle de vous prouver (( cette vérité, si profondément gravée dans son « cœur... ))
Le consentement obtenu, Louise de Gondé entra au monastère des Capucines de Turin ; elle avait choisi Tordre religieux le plus pauvre, le plus humble, le plus austère, et pendant toute Tannée du noviciat, cette princesse qui avait alors plus de trente ans, fut la plus petite, la plus soumise des novices. Elle croyait faire ses vœux dans cette maison, mais les armées françaises menaçaient lej Piémont, et, chassée de son pays par la Révolution, elle fut chassée également de cette indigente Bethléem, de ce cloître franciscain où elle avait choisi un refuge. Elle espéra se réunir aux religieuses trappistines qui commençaient à former un établissement dans le Valais, et, fleine de courage, elle se mit en route. Les armées républicaines lui fermèrent le chemin ; sur toutes les routes de TAllemagne, les malheureux émigrés se voyaient traqués, renvoyés de ville en ville, de royaume en royaume ; la princesse subit ces infortunes, et elle arriva ainsi à Vienne. Aussitôt elle entra au monastère de la Visitation, elle y passa une année, vivant en religieuse des plus ferventes, des plus austères, mais ne trouvant pas encore là le lieu de son repos ; la Trappe, avec son
196 lOmSB DE CONDÉ.
inviolable silence, son travail, ses rudes pratiques attirait sa volonté, cette partie supérieure de nous-mêmes, qui sait s'isoler des sens et du cœur pour n'écouter que le devoir, et le devoir, pour la princesse, c'était sa vocation religieuse. Elle voyait tous les inconvénients de la vie qu'elle allait embrasser ; elle les décrit dans ses lettres avec une justesse de coup d'œil extraordinaire; elle avoue que les longs jeûnes effraient la nature, que la vie de labeur et de pénitence, sans trêve, sans relâche, toujours, jusqu'à la mort, épouvante les sens, mais e le ajoute :
« Le devoir, le vœu, le besoin de mon cœur sont « d*être à Dieu sans réserve ; voilà le sentiment pro- « fond et invariable dont je suis pénétrée depuis « quatre ans... Ce n'est pas l'austérité même qui (c m'appelle à la Trappe, mais les vertus dont elle se « trouve le résultat. L'entière séparation du monde, le « silence, des occupations toujours pieusement utiles, « Tesprit de ferveur et de régularité primitive, l'ex- « trême diminution, toujours par ce bienheureux i< silence, des occasions de manquer à la charité, à la (( discrétion, à la prudence ou de celles de mettre en « valeur le germe de Tamour-propre que Ton porte en « soi-même, tout cela me semble autant de moyens « réunis de s'approcher de Jésus-Christ. On reproche « à la Trappe l'excès ; ehl Jésus-Christ ne nous a-t-il « pas aimés jusqu'à l'excès ? »
Elle s'ensevelit donc dans cette Trappe redoutée ; elle confessa qu'elle s'y trouvait heureuse autant qu'on peut l'être; elle écrivait à son directeur : « J'aime « tout ce que nous faisons, au point que je prétends,
<( et c'est très-vrai, que je mène une vie très-agréable « et que je m'amuse. Ce mot est bien ridicule, je « le sens, mais mon vrai père m'a toujours dit que (( j'étais un peu ridicule, et pas comme les autres... » Son noviciat, avec de semblables dispositions ne fut qu'un long acte de ferveur ; mais Dieu, qui semblait vouloir éprouver sa patience et sa fidélité, permît que la guerre troublât encore cet asile de paix et de prière. Le supérieur des trappistines, Dom Augustin de TEstrange, résolut de passer en Amérique avec les deux communautés qu'il dirigeait; madame Louise trouva ce projet contraire à la prudence; le cœur déchiré, elle se dépouilla de Thabit de Saint Bernard, qui lui était si cher, et elle se réfugia en Lithuanie. Toujours préoccupée d'une unique pensée, elle cherchait, s'informait et demandait à Dieu où elle devait consumer sa vie pour lui, comme la lampe se consume devant Tautel, lorsqu'on lui parla d'un monastère de bénédictines del'adoration du Très-Saint Sacrement, institut fondé au dix-septième siècle, par la mère Catherine de Bar, Française, et protégé à sa naissance, par Marie de Médicis et Anne d'Autriche. Tout ce qu'on dit à la princesse des pratiques et de l'esprit de cette congrégation répondait singulièrement aux besoins de son âme, et le 21 septembre 1802, elle eut enfin le bonheur de faire les vœux solennels qui la liaient à son Dieu. Elle prit le nom de Marie Joseph, et dorénavant elle n'en porta plus d'autre.
Elle était à peine entrée dans ce repos d'esprit et d'âme auquel elle aspirait depuis tant *d'années, lorsque une affreuse nouvelle vint broyer son cœur.
Traîtreusement enlevé, lAchement et juridiquement assassiné, le duc d'Engbien léguait à Napoléon une honte que les lauriers d*Iéna et d'Austerlitz n'ont pu cacher; il léguait à sa famille un deuil éternel. On apprit à madame Louise ce tragique événement : elle se prosterna le front contre terre, en criant : — Miséricorde! mon Dieu, miséricorde! Faites-lui miséricorde! Depuis ce moment terrible jusqu'à la fin de sa vie, elle ne cessa de prier et de pleurer devant Tautel pour la victime et pour le meurtrier. Au comble de sa fortune, couronné par la victoire, triomphant, Bonaparte ne se doutait pas que dans un obscur couvent de Varsovie, la dernière fille du grand Gondé ne cessait de prier pour lui, parce qu'il avait frappé l'ôtre qui lui était le plus cher : s'il a trouvé miséricorde à l'heure suprême, n'est-ce pas cette prière héroïque qui a fait violence au Ciel?
Elle avait passé trois ans à Varsovie, lorsqu'elle apprit qu'une Française, madame de Mirepoix, dirigeait en Angleterre une maison de bénédictines du Saint-Sacrement, et qu'elle y avait rétabli la sévère et primitive observance; c'était lace qu'elle avait toujours désiré, ce qu'elle n'avait pas trouvé en Pologne ; et avec la fermeté qu'elle mettait à ses résolutions, elle alla chercher en Angleterre ce royaume de Dieu qu'elle avait entrevu sans le rencontrer encore. Elle se réunit donc, après un long voyage, aux dignes religieuses françaises, qui, fidèles à leurs vœux, avaient fondé ce monastère; elle vécut de la vie la plus intérieure et la plus parfaite; elle n'avait de rapports avec le monde que lorsqu'elle recevait à la grilla son père et «on
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frère; dix années passèrent comme un jour, et elle touchait aux portes de la vieillesse lorsque la Restauration la ramena en France.
Louis XVIII voulut offrir à sa parente un asile digne d'elle; on hésita longtemps : le Val-de-Grâce, les anciennes abbayes qui avaient échappé à la bande noire furent to ur à tour discutés ; enfin, quelqu'un dans le conseil du roi, nomma le Temple... Un silence de saisissement succéda à l'agitation (jui avait tenu les esprits en suspens ; on comprit les desseins de la divine Providence, qui voulait que les crimes des régicides fussent expiés dans ces mêmes murs qtft avaient vus captifs Louis XVI et sa famille, et d'où le roi, la peine et madame Elisabeth étaient sortis pour réchafaud...
Madame Louise embrassa avec ardeur cette pensée : elle alla au Temple; elle trouva peut-être encore gravés sur les murs ces mots, ces exclamations, que la fille de Louis XVI y avait tracés durant les heures solitaires de sa captivité :