‹ Études et notices historiquesChapitre 15 sur 20 · DE CB MONASTÈRE DU TEMPLE · texte numérisé non relu

DE CB MONASTÈRE DU TEMPLE

LIEU d'expiation d'ÉTERNëLLE MÉMOIRE.

Sa foi et son amour la soutinrent dans le malheur ;

Sa naissance releva son humilité;

Son sacrifice consola la religion ;

Son zèle lui fit élever un temple au Seigneur.

Victime adoratrice du Saint-Sacrement,

Sa vie se consuma dans ce saint exercice.

Les écrits de la princesse Louise ont été donnés au public ; on y sent la candeur la plus touchante et la piété la plus haute y respire.

Qui de nous n'a entendu, dans son enfâncBi au foyer paternel, ce nom funeste de la Bérézina, de ce ruisseau fangeux auquel les immenses désastres accomplis sur ses bords ont donné presque des proportions épiques ? Qui de nous n'a vu couler les larmes d'une aieule ou d'une mère au souvenir déjà lointain d'un fils ou d'un frère, parti plein d'ardeur et d'espérance, et qui a trouvé au sein des flots glacés, dans le froid mortel d'une nuit de Russie une mort sans gloire.

« flots ! que vous savez de lugubres histoires! » Toutes les horreurs de l'enfer étaient rassemblées dans cet espace où agonisait la grande armée ; mais là aussi se rencontrèrent ces dévouements qui élèvent l'homme au-dessus de la chair et du sang, cette abnégation sublime qui pour le salut d'autrui, triomphe de la soufiTrance et brave la mort, cette vertu enfin, cette force qui rendent l'homme plus fort que les éléments ennemis ; quand dans une armée se trouvent des hommes comme Drouot, Ney, Eblé, Corbineau, c'est assez pour l'honneur de l'humanité. On sait la calme énergie de Drouot, l'âme trempée d'acier du maréchal Ney, l'héroïque dévouement d'Eblé et de ses pontonniers : le service que rendit Gorbineau

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n*est pas assez connu ; et on en aura ici le récit en peu de mots.

La grand armée, ombre d'elle-môme, était amenée sur les bords de la Bérézina, ayant sur ses flancs, et non loin de son arrière- garde, les troupes dePlatow et de KutusofT, et voyant devant elle, comme un infranchissable obstacle, la rivière longée sur la plus grande partie de son parcours' par ces marécages où les troupes ne pouvaient s*engager sans périr, sans être livrées, comme une proie fa^flb, à des ennemis implacables. Quelques officiers généraux affirmaient cependant que la Bérézina était guéable sur un de ses points^ ce qui pouvait être le salut de Tarmée, mais comment le trouver?

Le général Juvénal Corbineau, qui^ la. veille, avait soutenu un combat avec succès, se trouvait à une certaine distance de l'armée ; il désirait la rejoindre et lui ramener sept cents cavaliers qu'au milieu des désastres de la retraite il avait su maintenir en bon état, il se mit à côtoyer la rive droite de la Bérézina au-dessus de Borisow, cherchant si il n'y aurait pas un passage praticable, lorsqu'il aperçut en traversant un fourré, un paysan qui était mouillé des pieds jusqu'à la ceinture, mais la ceinture seulement. Corbineau le suivit de loin et le vit entrer dans une pauvre hutte. Il frappa à son tour à cette porte ; une femme ouvrit, et il vit le paysan, assis auprès du poêle, ayant ses petits enfants groupés autour de lui. Le général demanda en langue allemande la permission de s'asseoir et de se chauffer un peu. Le paysan qui était lithuanien, lui répondit avec cordialité, et bientôt les

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enfants, un doigt dans la bouche, vinrent regarder l'étranger et toucher les broderies de son uniforme usé et la poignée de son épée. Il les regarda à son tour, les caressa, et fouillant dans ses poches, il y trouva quelques morceaux de sucre, dernière ressource qu*il avait gardée contre la faim. Il les donna aux enfants qui coururent montrer ce trésor à leurs parents. Le cœur du père et de la mère s'ouvrit à cette marque de bonté. Ils causèrent, et Corbineau enfin, d*un ton libre et familier 411 au paysan, c Vous êtes mouillé ? vous avez donc traversé la rivière — Oui. — Mais oîi donc?

Le lithuanien hésita un instant, et puis se levant, il dit au général : — Venez je vous le montrerai...

Ils sortirent ensemble, et le général vit un gué ou les chevaux pouvaient passer avec de Teau seulement jusqu'au ventre. 11 rejoignit ses cavaliers qui l'attendaient, et courut vers le maréchal Oudinot en lui révélant sa découverte. Oudinot le dépêcha à l'Empereur.

« Napoléon, a écrit M. Thiers, connaissait et aimait les frères Corbineau dont Taîné avait été tué à côté de lui à Eylau (1). Il accueillit Juvénal comme un envoyé du ciel, lui fit décrire minutieusement les lieux bien expliquer la possibilité de passer la rivière à

(I) On lit à son sujet au tome III des Rues de Paris ^ Biographies et Légendes, (Bray et R taux, 1872.) Il sabrait u Eylau un corps de Russes, lorsque tout à coup l'arme échappe de ses mains. « Ramasse-moi mon sabre, et rends-le moi » cria-t-il mu russe qui se trouvait le plus près de lui. Stupéfait, le soldat ennemi cjui peut-être ne comp enait pas notre langue, mais cédait à 1 éloquence du geste et à la faecinatioa du regard > se baisse ramasse le sabre et le remet à Constant Corbineau, et celui*al continue à charger,,.

Siudianka sur de simples ponts de chevâlet, et résolut sur le champ de l'essayer. Il envoya sans différer le général à Oudinot, avec ordre de commencer de suite et très secrètement les préparatifs de passage à Studianka au-dessus de Borisow, mais en faisant des démonstrations très-apparentes au-dessous de cette ville de manière à tromper ThitchacofT et à détourner son attention du véritable point où l'on voulait passer. Ce n'était pas tout, en eflet, que d'avoir miraculeusement trouvé un point, où grâce au peu de profondeur de la Bérézina, des chevalets suffiraient pour la franchir, il fallait que le travail auquel on allait se livrer restât assez longtemps inaperçu de l'ennemi, pour que l'on pût porter sur l'autre rive des forces capables d'arrêter les russes et de les empêcher de s'opposer au passage. »

Dieu permit en efTet que le travail d'Eblé et de ses pontonniers demeurât inaperçu des Russes ; celui qui avait donné la sagacité au général Gorbineau, donna la force et la persévérance aux ouvriers soldats, qui, plongés dans Teau glacée, travaillèrent pendant un jour et une nuit entière à enfoncer les chevalets et à fixer les rondins sur lesquels l'armée entière devait passer. De ces trois cents pontonniers, héroïques victimes dévouées au salut de tous douze seulement survécurent, et en arrivant à Kœnisberg le vieux compagnon des gloires de Masséna, le digne Ëblé, succomba à son tour sur le poids des fatigues et l'excès du froid qu'il avait enduré. Plus heureux, Gorbineau revit la France et la servit longtemps encore. Presque jamais il ne parlait du service qu'il avait rendu à ses compa-

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gnons d'armes. Mais l'empereur Napoléon ne l'avait pas oublié et dans son testament daté de Sainte- Hélène, il léguait cent mille francs au général Juvénal Corbineau ou à ses descendants directs. Ce legs ne put recevoir son exécution, car le général était mort sans autre postérité que des neveux, et madame Napoléon de Ghampagny sa nièce, la fille du plus jeune de trois vaillants frères.

MADAME RÊCAMIER.

La vie de madame Récamier a été très-simple, trèsunie, et cependant elle n*est semblable à aucune autre. Douée de cette beauté suave et souveraine, qui jadis faisait lever les vieillards de Troie à l'aspect d'Hélène, qui rassemblait le peuple de Toulouse sous le balcon de la belle Paule, elle se vit, dès ses premières années, placée sur une espèce de piédestal ; elle attirait les yeux, elle enlevait les cœurs, et, dans une situation si dangereuse, au milieu d'un monde très-peu austère, n'étant pas défendue par de vives aûections domestiques, elle eut cependant le rare bonbeur d'observer la modestie au milieu des triomphes^ de conserver sa réputation au milieu de la fougue des passions que son regard excitait, et elle eut Tart de convertir en amitiés pures et fidèles les sentiments trop vifs qu'elle avait inspirés. Elle ne joua de rôle ni politique, ni littéraire ; toute Tbistoire de sa vie est renfermée dans celle de ses amitiés.

Juliette Bernard était née à Lyon, rue de la Gage, d'une famille de négociants. Son angélique figure d'enfant promettait tout ce qu'elle devint plus tard, et malgré cette beauté qui semblait lui réserver un sort brillant et romanesque, elle fut mariée, toute jeune, à un bomme qui aurait pu être son père> et qui la traitait en fille chérie. On le sait, sa beauté était mer-

203 MADAME RÉGAMIBR.

veilleuse : la taille la plus élégante et la plus souple, une peau éclatante de blancheur, un port de tête noble et un peu fier, un ovale parfait, des yeux lumineux et caressants, de longs cheveux châtains, un nez délicat, une bouche charmante, formaient un ensemble qui attirait tous les yeux ; cette figure idéale et suave rappelait plutôt les chefs-d'œuvres de la peinture que les beautés les plus célèbres dont l'Histoire ait gardé la mémoire ; aussi, dès son apparition dans les salons de Paris, la jeune femme du banquier fut-elle accueillie avec admiration, saluée avec transport, et suivie partout d'un cortège d'admirateurs. Elle faisait sensation lorsqu'elle se montrait dans une promenade ; la toilette n'ajoutait rien au charme virginal de ce beau visage. Madame Récamier ne portait habituellement que des robes blanches, dont elle variait Tétoffe et les ornements ; jamais, dans le temps de sa grande fortune, elle ne porta de diamants ; elle possédait de très-belles perles fines et s'en paraît de préférence à tous autres bijoux. Une femme célèbre aussi à cette époque par sa beauté madame Méchin, parut dans un bal, la tète entourée d'un nuage de mousseline. Madame Récamier adopta cette coiffure qu'elle portait encore à 1 Abbaye-aux-Bois.

Tel était l'extérieur de cette personne dont la beauté était presque une dignité, ainsi qu'on le disait autrefois de la bure de mademoiselle de la Vallière ; la grâce et la douceur qu'annonçait cette noble figure n'étaient point trompeuses, la duchesse de Devonshire, qui se connaissait en mérite, disait agréablement en parlant de madame Récamier : « D'abord elle est

bonne, ensuite elle est spirituelle, après cela elle est très-belle. » Cette proposition, qui semble renversée, explique le charme invincible qu'elle a exercée sur les plus brillants esprits de notre ère : madame de Staël, Ballanche,Ghateaubriand. Elle avait un esprit aussi attirant que ses traits ; peu à peu, la une douceur de sa conversation faisait oublier sa beauté. Ceux qu'elle admettait dans son intimité, la trouvaient indulgente, dévouée, sympathique, ardente pour la gloire de ses amis, vigilante à leur inspirer, dans les grandes crises de la vie, les résolutions les plus fières et les plus honorables. Ce que les autres femmes, plus heureuses peut-être que cette femme célèbre, donnent de dévouement à leur mari, à leurs enfants, à leur famille, elle, sans lien et sans postérité, elle le prodiguait à ces quelques amis éprouvés qui venaient s'asseoir à son foyer, et Chateaubriand, si orgueilleux et si irascible, pouvait, à la fin de sa vie, lui dire avec quelque vérité : ^ « Vous m'avez transformé. »

Parmi ces amitiés auxquelles elle fut si fidèle, la première en (iate fut celle du duc Mathieu de Montmorency. « Je ne sais, dit la plume aimable qui a mis en ordre les souvenirs de madame Récamier, je ne sais si on pouvait dire de Mathieu de Montmorency qu'il était ce qu on est convenu d'appeler un homme d'esprit ; il avait assurément l'âme plus haute et plus grande que son esprit n'était étendu, mais il y avait dans ses jugements, dans ses sentiments, dans son langage, une délicatesse et une distinction rares. Le souvenir des entraînements de sa jeunesse tempérait sa sévérité, et l'austérité de vie qu'il s'était imposé

s 1 fl ItADAHE RÉG AHIER .

depuis sa conversion ajoutait par le respect à Tautorité qu'il prenait facilement sur tout ce qui rapprochait. » Son amitié pour madame Récamier fut d'autant plus vive qu elle ne fut jamais exempte d'inquiétude. Il vivait dans la préoccupation constante des périls que faisaient courir à cette âme si précieuse un désir de plaire dont il ne pouvait la guérir, et tant d'hommages frivoles, mais enivrants, intéressés à sa perte. Il l'aimait en père, il l'aimait comme Fénelon aimait ses amis, c'est tout dire. Yoici une de ses lettres qui prouve cette constante préoccupation de son cœur.

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