‹ Études et notices historiquesChapitre 3 sur 20 · DON HENRI LE NAVIGATEUR · texte numérisé non relu

DON HENRI LE NAVIGATEUR

Le christianisme, et, par conséquent, la civilisation semblaient menacés de près par les conquêtes musulmanes; rOrient de TEurope tremblait devant les sauvages cohortes venues de TArabie ; encore quelques auDées^et Mahomet II entrait vainqueur dans Bizance ; allait crouler l'empire de Théodose sous les pas de son cheval qui, semblable à celui d'Attila, ne laissait plus rherbe pousser derrière lui ; mais à la même époque, de nouvelles découvertes poursuivies par le génie et la persévérance d'un homme, allaient ouvrir à la croix de Jésus-Christ et aux arts de l'Europe des pays encore inconnus.

Cet homme trop peu connu, prédécesseur de ChriS' tophe Colomb, de Vasco de Gama, hardi pionnier vers les régions ignorées, était Tinfant de Portugal, don Henri, fils du roi Jean I" et de Philippine de Lancaster. Il était né à Porto en 1394; élevé avec le plus grand soin, il profita singulièrement des leçons de ses maîtres : l'antiquité classique lui était familière et il avait puisé dans l'histoire des Carthaginois, dans celle des Grecs et des Romains le goût des études géographiqueset l'ardeur des découvertes; il lui semblait que le monde n'était pas borné dans l'étroit espace que les anciens et le moyen âge avaient connus. Les

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voyages du vénitien Marco Polo lui firent une vive impression, il étudiait sans cesse une carte, dressée par . son frère aîné, l'infant don Pedro sur laquelle, dit-on, la Guinée et la côte occidentale de TAfrique se trouvaient indiquées.

Nourri de ces connaissances qu^il augmentait chaque jour, Venfant suivit son père à la campagne de Ceuta, en 1415. Ceuta, l'antique Stripa, était occupée par les Maures et renfermait d'immenses richesses ; située de l'autre côté du détroit, en face de Gibraltar, cette ville ne cessait pas d'exciter une convoitise étemelle chez les Espagnols et chez les Portugais ; ils voulaient implanter sur le sol de l'Afrique la môme autorité que les Maures exerçaient à Grenade et qu'ils avaient jadis imposée au Portugal. L'expédition de Jean !•' eut des chances diverses ; Don Henri s'y montra à la fois intrépide soldat et habile iîapitaine ; à la lê"le des Chevaliers du Christ dont il était le huitième grandmaître, il chassa les Maures de Ceuta ; il prit Tétuan et il se présenta devant Tanger. Il fit des prodiges de valeur contre les armées réunies des Maures, et après des alternatives de fortune et d'infortune, le Portugal demeura possesseur de Ceuta, que l'on peut nommer la clef du détroit, et qui, aux yeux attentifs de don Henri, semblait un point de départ pour chercher, par des mers inconnues, la route des Indes orientales.

Il profita de son long séjour en Afrique pour agrandir ses connaissances et ses aspirations devinrent plus vives et plus ardentes ; il voulait chasser les Infidèles du détroit de Gibraltar, convertir à la foi les tribus païennes de l'Afrique, et joignant les travaux du ^éQ-

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graphe à ceux du missionnaire, doubler la pointe aus* traie du continent africain, rejoindre les Indes par mer, porter secours aux chrétientés orientales, et, attaquer la puissance musulmane à son berceau, ressaisir en un mot l'Orient, conquérir l'Afrique, délivrer Ja Grèce et l'Espagne du joug des Turcs et des Maures. Tels étaient les hardis et nobles projets qui enflammaient l'âme de don Henri. Il 'espérait recommencer les croisades, et 'avancer à la fois et le royaume du Christ et le domaine de la science. La première expédition de découverte eut lieu

en 1418 ; elle reconnut les côtes occidentales de l'Afrique, 70 lieues plus bas que le cap Noun que jusqu'alors on n'avait pas dépassé. L'année suivante, on découvrit l'île de Madère, où le prince fit planter des ceps de vigne, apportés de Chypre, et des cannes à sucre qu'il fit venir de Sicile. En 1433, il envoya une expédition aux Canaries. Les voyages continuèrent jusqu'en Tannée 1446, et permirent aux navigateurs de découvrir 450 lieues de côte au delà du cap Noun; Ces points étaient immédiatement marqués sur des cartes marines par ordre de l'infant.

Il naviguait lui-même avec ses chevaliers, et c'était sur ces petites barques, ces barinels, embarcations à rames, ou sur des caravelles à deux voiles latines que ces hommes de cœur tentaient des découvertes sur des mers inconnues et le long des promontoires africains, dont les courants rapides menaçaient les vaisseaux et les équipages.

, Don Henri apprit & ses hommes l'usage de l'astrolabe et du compas nautique : il leur avait communiqué

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