DON HENRI LE NAYI6ATEUR
son zèle ardent pour la propagation de la foi, tous voulaient chercher la gloire et la mort pour le service de Dieu. Les biens de Tinfant et ceux de Tordre du . Christ avaient fourni aux frais des premiers voyages, mais le succès de ces tentatives, la poudre d'or qu î fut envoyée d'Afrique en Portugal, appela bientôt sur ces bords, hier inconnus, des compagnies de spéculateurs. Les vues intéressées de ces nouveaux navigateurs contristèrent plus d'une fois le cœur noble de Don Henri : il sut qu'on vendait en Portugal de malheureux nègres, et il put voir à son aurore, une des plus grandes infamies que la civilisation ait commises, la traite de l'homme par l'homme. Elle naquit, comme un champignon vénéneux, sur l'arbre magnifique de ses généreuses entreprises.
Sa pensée, toujours persévérante, le poussait vers le Sud ; le pavillon du Christ avait pénétré jusqu'au jgolfe de Guinée, que quelques-uns croyaient la pointe méridionale de l'Afrique ; il voulait poursuivre plus avant et trouver enfin cette route au Sud, qu'un autre Portugais devait découvrir, mais les travaux d» ce soldat de Jésus-Christ étaient finis sur la terre, il termina sa glorieuse carrière le 13 novembre 1460, et ses restes furent transportés aux tombeaux des rois, dans le monastère de Batalha : on y voit encore sa statue, la tête ceinte de la couronne royale : à ses pieds on lit sa devise :
Talent de bien faire
qu'il réalisa si bien par ses hauts faits ; trois écussons ornent le monument : le premier porte les armes de
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38 DON HBITHI LE NATIOAÏEUR.
Portugal, le second, le collier de la Jarretière, le troisième, la croix de Tordre du Christ.
L'Europe dut à ce prince la connaissance d*une partie considérable de TAfrique occidentale ; le Por-> tugal lui dut rimpulsion qu'il donna aux sciences et aux découvertes qui firent la grandeur de la nation : il avait créé une école de marine et il devint le restaurateur des connaissances nautiques, qui lui ont justement valu le nom de Navigateur. Ce grand homme, à la gloire de qui un Gamoèn» a manqué, réunit en lui l'austère piété du religieux, le zèle de l'apôtre, Tintrépidité du chevttlir'T, et la sagacité de l'explorateur; toutes ses œuvres tendaient à la gloire de Dieu, au bien de son pays et de l'humanité, et seul de son temps en Europe, il avait hérité de Tesprit généreux des croisades, anéanti dans les guerres du quatorzième siècle.
Son frère Don Ferdinand avait ce même esprit noble et chrétien : fait prisonnier par les Maures, ils proposèrent de lui rendre la liberté contre la reddition de Geuta : il s'y refusa, et pendant dix ans de captivité, il tourna la meule chez ses vainqueurs et mourut, accablé de misère et de mauvais traitements. Il est honoré comme martyr dans sa patrie, qui lui dut la conservation de Ceuta, gage de l'avenir maritime du Portugal.
Cette noble race finit en Don Sébastien, qui mourut sur le champ de bataille d'Alcazar-Kébir, et avec lui finit la gloire de la Lusitanie.