‹ Études et portraits d'autrefoisChapitre 10 sur 20 · LES AEROSTIERS DE LA REPUBLIQUE III · texte numérisé non relu

LES AEROSTIERS DE LA REPUBLIQUE III

charpeiiterie, serrurerie, peinture d'impression et chimie pneumatique », deux caporaux, un sergent, un sergent-major faisant fonctions de quartier-maître un lieutenant et un capitaine. L'uniforme était celui du génie : habit, veste, culotte d'étoffe bleue, passepoil roug-e au collet, parements noirs; comme armement « un sabre court et deux pistolets ».

Pour l'org-anisation et la solde, la compagnie était traitée « comme une compagnie de chasseurs » et recevait, ainsi que les autres troupes, un « supplément de campagne ».

Coutelle fut nommé capitaine de cette compagnie et Conté, par arrêté du i®"" floréal an II (20 avril 1794), Conté, dont « le zèle et l'intelligence avec lesquels il avait coopéré depuis plusieurs mois aux épreuves aérostatiques » était proclamé, fut chargé de la direction du parc de Meudon.

Le i4 floréal, C.-A. Prieur (Prieur, de la Côte-d'Or), le neveu de ce Guyton, qui dans son zèle écrivit de sa main presque toutes les minutes des décisions relatives aux aérostats, donna au nom du Comité l'ordre à la Compagnie de partir le 16 pour Maubeuge, alors assiégée par l'ennemi et, le 21, Guyton était envoyé à l'armée du Nordavec la mission spéciale de « surveiller et diriger les opérations de l'aérostat et de la compagnie des aérostiers », qui était directement placée sous ses ordres.

Le ballon, qu'on avait baptisé V Entreprenant, transporté par des charrois de réquisition, arriva devant Maubeuge, lorsque la place était débloquée d'un côté. Les aérostiers purent donc y pénétrer sans difficulté. On les logea dans l'ancien collège, dont les jardins furent transformés en usine. Rien n'était moins simple que de produire de l'hydrogène par le procédé de Conté : la décomposition de l'eau. On construisit donc un grand fourneau à réverbère, garni de deuxhautes cheminées à chaque bout. Dans ce fourneau en briques, on plaça sept tubes de fonte qu'on emplit de limaille et de tournure de fer ; ces tubes, scellés à chaque extrémité, communiquaient par des tuyaux à une cuve en fer placée en contre-haut qui les alimentait d'eau. On chauffait ces tubes au rouge : l'eau se décomposait ; l'hydrogène dégagé descendait dans une cuve inférieure saturée de chaux où il se purgeait de son carbone et de là, par des tubes flexibles, pénétrait dans le ballon qui se gonflait lentement sous une tente dressée très haut. Il fallait de 36 à 4o heures pour remplir l'aérostat.

Durant le siège on fit quelques ascensions. Le ballon portait, attachées à la corde qui l'enceignait, deux autres cordes, tressées exprès, d'une longueur variant de quatre à six cents mètres. Ces cordes, maintenues

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par deux groupes d'hommes dont l'action était indépendante et de sens contraire, assuraient la stabilité de l'aérostat. La première ascension permit de se rendre compte de la disposition de l'armée ennemie ; grâce à lui on s'avisa d'une supercherie alors fréquente, le camp avait plus de tentes qu'il ne comptait d'hommes. L'expérience fut répétée plusieurs fois et avec plein succès; les Autrichiens tirèrent sur le ballon ; ce fut en vain, le globe plana, se moquant des boulets et des balles.

En présence d'un pareil résultat, Guyton décida de faire concourir l'aérostat aux opérations du siège de Charleroi, investi par l'armée de Sambre-et-Meuse. Pour le conduire de Maubeuge à Charleroi on fit des prodiges ; on sortit, tout gonflé, V EntreprencwA de la place, en le faisant rebondir sur la triple enceinte de remparts et de fossés, puis on le conduisit, à la corde, sur la route de Namur. II arriva devant Charleroi pour assister, après une ascension qui révéla le désarroi de la garnison, à la capitulation de la place. Le soir, la compagnie s'en fut cantonner à Gosselies. Le lendemain, 8 messidor an II (26 juin 1794), se livrait la bataille de Fleurus.

Sous l'effort de cinq colonnes convergeant de trois points de l'horizon, les Autrichiens, dans cette célèbre journée, comptaient bien culbuter le faible demicercle des troupes françaises, commandées par Jourdan, qui s'offraient à leurs coups avec Charleroi pour

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centre. A trois heures du matin, l'action s'engageait ; à quatre heures, la compagnie d'aérostiers avec le ballon prenait position au moulin de Jumet, proche le quartier général. Aussitôt, on lui donne son vol ; Jourdan, le général en clief,etSaint-Just, le représentant du peuple, sont à ses pieds. Ils attendent le résultat des observations de Coutelle et du général Morlot, transmises par des billets insérés dans des petits sacs de sable dont l'envoi leur était annoncé par des signaux. A chaque missive, dit le baron de Selle de Beaumont, lieutenant de la compagnie des aérostiers, témoin oculaire, dans des Mémoires, si rares qu'on peut les considérer comme inédits, leurs figures se renfrognaient.

L'aérostat, toujours en l'air, se bornait à enregistrer le flottement de nos lignes et, à un certain moment, le commencement d'un mouvement de retraite.

Le feu ouvert sur les Autrichiens par les canons de Charleroi, qu'ils croyaient toujours en leur possession, changea la face des choses et à cinq heures du soir la bataille de Fleurus, d'abord perdue pour nos troupes, était gagnée par elles.

Sur la part de r Entreprenant dans cette journée, les militaires d'autrefois comme ceux d'aujourd'hui font des réserves formelles. Soult, Ghampionnnet, Jourdan déclarent unanimement que cette « machine » est fort embarrassante et inutile. Guyton, au contraire, envoya au Comité de Salut public cette lettre enthousiaste :

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J'ai eu la satisfaction de voir les généraux apprécier l'usage de cette nouvelle machine de guerre, au point d'v monter eux-mêmes pour observer. Le général Morlot y est resté deux heures la lunette à la main, hier matin. II a jeté de là deux avis qui ont été portés sur le champ au général en chef et il est persuadé qu'ils ont contribué à décider des dispositions utiles...

L'adjudant général chargé de la partie secrète m'informe de la déclaration des déserteurs sur l'impression qu'à faites sur les esclaves l'élévation de l'aérostat et ses longues stations à i5o et 200 toises pendant la durée d'une des plus grandes batailles qui se soient données.

De Selle donne la note exacte :

« Sans prétendre ridiculement, dit-il, qu'on devait au ballon le gain de la bataille, on ne peut nier que son effet matériel et moral n'eût participé au succès. Nous sûmes positivement que l'effet de cette magnifique tour avait porté une espèce de découragement parmi les soldats étrangers qui n'avaient nulle idée d'une chose pareille... Tous les prisonniers regardaient d'un œil stupide cette énorme machine... Quelques-uns~ étaient prêts à se jeter à genoux et à l'adorer, tandis que d'autres, lui montrant le poing d'un air farouche, répétaient en leur langue :« Espions, espions! Pendus si vous êtes pris. »

A la suite des premiers résultats obtenus au siège de Maubeuge, le Comité de Salut public augmenta l'effectif du corps des aérostiers. Le 5 messidor au II

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(23 juin 1794)5 il arrêta qu' « instruit par les épreuves faites à Maubeuge des avantages qu'une armée peut tirer du service d'un aérostat » six nouveaux ballons seraient exécutés, et qu'une seconde compagnie commandée par Conté serait constituée et exercée à Meudon. Le 4 messidor on mettait 3o.ooo livres à sa disposition et le i3 vendémiaire anlll chaque compagnie l'ut augmentée de six hommes.

Les ballons que construisit Conté affectèrent une forme nouvelle. Ils devaient être « cylindriques, terminés par deux hémisphères de même diamètre. Leur diamètre était de dix-sept pieds et la partie cylindrique avait seize pieds de longueur, » C'était un essai pour donner plus de stabilité à la machine ; mais cette forme était peu pratique; on l'abandonna et le 18 vendémiaire an III (9 octobre 1794) on poursuivit la construction d'un aérostat nouveau, l'Agile, dorit la conception rappelle celle qui prévalut chez Dupuy de Lôme et les ingénieurs contemporains : il devait être « de forme elliptique de quatorze pieds de grand axe et de huit pieds et demi de petit axe ». Une autre amélioration fut apportée à cette époque : jusqu'alors, les ballons étaient faits en baudruche, pellicule tirée de l'estomac du bœuf ou de celui du mouton; sur la proposition de Vandermonde, ancien membre de l'Académie des Sciences, en fructidor an III, on adopta le taffetas de soie, dont les coutures était collées à la gomme, pour en faire l'enveloppe des nouveaux

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aérostats. Vandermonde commanda à Lyon 5.ooo aunes d'étoffe pour cet usage.

Enfin, le i8 brumaire an III f3i octobre 1794) l'aérostation militaire prit définitivement rang- parmi les corps auxiliaires de l'armée par la création de « l'Ecole des aérostiers ». Cette école était placée à Meudon. Conté en était nommé directeur et Bouchard, sousdirecteur : les représentants du peuple Trullard et Rougemont étaient choisis pour commissaires. Les élèves, au nombre de soixante, divisés en trois sections de vingt hommes sous le commandement d'un souslieutenant, d'un sergent et de deux caporaux, recevaient une instruction destinée « à préparer par des études et des exercices appropriés » les jeunes gens se destinant à l'aérostation. Le programme comprenait « les mathématiques, la physique générale, la chimie, la géographie, le lever du terrain et les différents arts mécaniques relatifs à l'aérostation et les manœuvres militaires ».

Les études pratiques devaient porter « sur les travaux relatifs à la fabrication, à la réparation, aux dispositions et aux manœuvres des machines aérostatiques », ainsi que sur « la construction et la disposition des appareils ».

Les élèves, soumis au régime militaire, mangeaient et travaillaient en commun. Leur journée était ainsi réglée : après le premier appel à 7 h. 1 2 jusqu'à 9 heures, leçon de mathématique; jusqu'à 10 heures

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récréation, puis jusqu'à midi classe de g-éographie, qui débutait par la « lecture des Bulletins de la Convention » ; dessin et écriture jusqu'à 2 heures.

Venait alors le dîner, après lequel pendant i heure et demie se faisait « l'école d'armes, de position, de marche et de peloton: puis jusqu'à 6 heures, les élèves étaient laissés libres « pour réfléchir aux différentes leçons de la journée ». La retraite était battue à 8 h. I /4 et après la lecture des résumés de leçons faite par trois élèves choisis, on sonnait l'extinction des feux.

Le quintidi de chaque semaine était réservé aux expériences de physique et de chimie et aux exercices aérostatiques : « construction des fourneaux, les dispositions des appareils chimiques pour la décomposition de l'eau, la manœuvre de la tente ».

L'école, sous les ordres d'un directeur à 6.000 livres de traitement, et d'un sous-directeur à 4*000, était en outre pourvue d'un quartier-maître. Elle s'ouvrit le 29 brumaire an III et se recruta parmi les militaires en activité, des drag^ons, des chasseurs, des soldats de lig"ne, des élèves de l'Ecole de Mars ; quelques canonniers ; beaucoup de soldats venant de l'armée de Sambre-et-Meuse. Les sujets ag-réés comme élève^ touchaient une solde de 43 sols 6 deniers par jour. Il fallait qu'on y travaillât et dans les premiers mois quelques élèves furent renvoyés pour insuffisance ou pour paresse.

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