LES AÉROSTIERS DE LA KEPUBLIOUE
sig-né de Robespierre, de Garnot, de G. -A. Prieur, de Collot d'Herbois, de Billaud-Varenne et de Barère, le Gomité de Salut public décrétait en ces termes qu'on eût à sortir de la théorie pour entrer dans la pratique :
Il sera préparé le plus promptement possible un ballon capable de porter deux hommes pour faire, sans corde, des observations à l'armée du Nord; les préparatifs de cette machine seront faites de manière qu'elle puisse, sous huitaine, être employée au quartier général...
Il sera remis à cet effet une somme de 5o.ooo livres entre les mains du citoyen Coutelle pour subvenir à toutes les dépenses... Il sera alloué aux citoyens sus dénommés (Coutelle, Conté et Lhomond) un traitement de 2olivres par jour indépendamment de leurs frais de voyage.
Enfin il sera délivré à chacun un passeport et une commission ostensible, afin que l'objet de leur fonction demeure inconnu, excepté au général de l'armée du Nord et aux représentants du peuple à qui ils seront tenus de les communiquer et dont ils prendront les ordres.
Coutelle partit le 8 brumaire, Lhomond devait le suivre avec les charrois, contenant les dix grands tuyaux de fer, pris aux Invalides par réquisition du 6 et nécessaires à la production de l'hydrogène par la décomposition de l'eau.
On l'accueillit fort mal à l'armée du Nord. Le représentant Duquesnoy écrivit au Gomité : « Je crois qu'un bataillon nous vaudrait mieux qu'un ballon» ; ajoutant : « il nous est arrivé, hier, de votre part un citoyen nommé Coutelle, en qui je n'ai pas beaucoup
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de confiance et je crois qu'il est du nombre de ceux qui ont sans cesse cherché à tromper la Convention et ses comités. » L'aérostier revint à Paris, lit son rapport au Comité et on décida d'abandonner, pour cette fois, l'entreprise projetée. Dans son arrêté (4 frimaire an II, 24 nov. lygS) le Comité déclare que « la campagne est trop avancée », que les « obstacles de la saison » sont un empêchement. Bien qu'elles aient une part de vrai, ce n'était pas là les véritables raisons.
On s'était trompé, mais on ne voulait pas l'avouer officiellement. L'aérostat fut, de nouveau, transporté au Petit-Meudon et utilisé comme ballon captif. Non plus libre, mais « sous cordes », il devait être monté par « deux observateurs qui essayeraient la correspondance des sig-naux, s'exerceraient à faire la reconnaissance du pays et à dessiner la carte dans cette position ».
On n'avait pas, pour cela, abandonné l'idée d'utiliser les ballons libres; on étudiait à Meudon ce délicat problème et on y accueillait les propositions d'inventeurs qui envoyaient au Comité les résultats de conceptions souvent utopiques. On se souvint que le Général Meusnier, qui avait été membre de l'ancienne Académie des sciences et qui venait de mourir à Cassel des suites de blessures reçues devant Mayence, avait fait, disait le Comité de Salut public, « un travail considérable sur les aérostats et les moyens d'en faire
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d'utiles applications ». On rechercha ses papiers, on fit perquisitionner à son domicile, place Saint-Sulpice, puis dans sa maison à Cherbourg' pour retrouver les manuscrits où étaient consig-nés les résultats de ses expériences.
Meusnier était de la Touraine. Enfant, c'était un petit prodige ; il avait fait à son examinateur d'entrée à l'Ecole de Mézières, qui lui demandait « Que savezvous ? » cette fière réponse : « Interrogez-moi sur ce que vous savez. » Devenu lieutenant du génie, il s'était passionné en rySS pour les découvertes aérostatiques. Le surlendemain de l'ascension de Charles et de Robert, il avait lu à l'Académie des Sciences un « Mémoire sur l'équilibre des machines aérostatiques, sur les différents moyens de les faire monter et descendre et spécialement sur celui d'exécuter ces manœuvres sans jeter de lest et sans perdre d'air inflammable, en ménageant dans le ballon une capacité particulière destinée à renfermer de l'air atmosphérique », mémoire dans lequel il expose des règles de manœuvre encore suivies et découvre l'utilité du ballonnet à air compensateur qui assure les mouvements du ballon, garantit de l'instabilité verticale, sans perte de gaz.
L'année suivante, élu mendjre de l'Académie des Sciences à trente ans, Meusnier reprenait ses travaux et les complétait par les trois mémoires que recherchait le Comité et qui sont aujourd'hui aux Arclii-
ves nationales (i) : les sept pag-es de « Précis des travaux faits à l'Académie des Sciences pour le perfectionnement des machines aérostatiques », qui contient une esquisse de la possibilité de diriger les ballons, en s'appujantsur la théorie du « métacenlre » ; les treize pages de l'Etat général des poids des différentes parties d'une machine aérostatique calculée pour porter six hommes et calcul de la stabilité de la machine et des moments d'inertie de toutes ses parties pour déterminer son métacenlre et la durée des oscillations, tant dans le sens de tangage que dans celui de roulis » ; et enfin les plans de construction de cette machine; le devis estimatif, qui s'élevait à 373.462 livres, et les labiés de résultats et d'expériences. Lorsqu'on eut tout cela, on travailla d'arrache-pied pendant quatre mois. II fallut renoncer à employer des ballons « sans cordes >) et revenir aux aérostats « sous cordes ».
Après une dernière expérience faite à Meudon le 9 g-erminal an II (29 mars 1794), on décida, le i3 germinal (2 avril), la création d'une « Gompag-nie d'aérostiers » pour ce le service d'un aérostat portant deux observateurs ».
Les cadres de la Compagnie de nouvelle création étaient restreints : 22 hommes « dont la moitié au moins aura un commencement de pratique dans les arts nécessaires à ce service, tels que maçonnerie,
i) AF" 220, plaquette 1894, ?• 56.