‹ Études et portraits d'autrefoisChapitre 12 sur 20 · M A IJ A M E I ) E STAËL EN 181 G · texte numérisé non relu

M A IJ A M E I ) E STAËL EN 181 G

(D'apirs une miniuluiv appartenant à M. le due do Broiilie.)

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époux se réfugièrent à Turin, dans les biens qu'il tenait des comtes de Sanfré. C'est là que naquit dom Pedro. Dom Alexandre, son père, vif, beau parleur, très sociable, adorant le monde, chéri des salons qu'il animait des saillies de son esprit et des sonores éclats de son rire, amateur passionné des belles choses, féru d'antiquité, blond, coloré, les yeux bleus, la bouche gourmande, alla de par le monde diplomatique, de Copenhague à Berlin, de Vienne à Rome, promenant sajoie de vivre en des postes qui furent surtout honorifiques. De lui, dom Pedro tiendra certaines qualités physiques qui ne furent point pour déplaire à M"® de Staël. Dona Isabelle, au contraire, petite femme mince, menue, énergique, brune, maigre, toute intelligence, créature de rêve après avoir été énergiquement femme d'action. C'est d'elle que dom Pedro hérita intellectuellement.

Lui, fils de Portugais, croisé d'Allemand, Italien par sa naissance, fut élevé par un Suisse, Monod, célèbre par delà les monts, qui, en 1 791, s'empara de l'enfant. Il en fit un homme et lui donna l'esprit clair, se gardant bien de lui défendre de s'exalter pour les grandes causes qui se débattaient alors en France. Pendant que sa mère, qu'il devait bientôt perdre, se faisait traiter à Genève par un disciple de Tronchin, dom Pedro habita la Suisse, et se réfugia à Morges, avec son précepteur, lorsque les Français menacèrent les cantons; puis, en 1794, ayant reçu l'ordre de rejoindre

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Lisbonne, il s'y rendit à petites journées, faisant un assez long- séjour en Angleterre, et n'aborda en Portugal qu'en 1796. De 1797 à 1802, suivant le mot de son biographe, la vie de dom Pedro « participe de la banalité de celle de son pays ». Il entre dans l'armée, sert pendant quelque temps dans l'état-major du duc de Lafoès et, après la campagne de 1801, son père ayant été nommé ambassadeur à Rome, il quitte l'armée pour la diplomatie; il fait un stage à Gênes et rejoint dans la Ville Eternelle son père qui venait de se remarier avec une de ses cousines, D.Balbine deSouza. Ce père, avec lequel dom Pedro, semble-t-il, ne sympathisait plus guère, meurt vers la fin de l'année i8o3. Un an après, arrive M""*^ de Staël avec son cortège desavants et d'amis: les deux Humboldt,Gay-Lussac, Schlegel, Sismondi.

Dom Pedro a vingt-quatre ans. C'est un cavalier accompli, aux cheveux noirs, aux yeux bleus ; peutêtre, à notre sens, peut-on lui reprocher d'avoir la peau un peu olivâtre, le nez un peu brusqué, la lèvre mal ourlée, mais il est élégant de corps, il a de belles manières ; il adore la musique, il chante d'une fort jolie voix; son esprit est cultivé, ses goûts sont d'un homme intelligent; il s'est fait apprécier de la meilleure société ; le s.alon de la comtesse d'Albany s'est ouvert pour lui et il y a brillé; il est enclin, comme il sied, à ce léger pessimisme qui ne déplaisait point alors ; il fait des vers et maudit Tamour :

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Elle est trop loin de nous cette essence si pure, Cette félicité que nous voulons saisir, L'amour même, l'amour, l'àme de la nature, Donne-t-il le bonheur qu'il parait nous offrir ?

]\jme jg Staël se trouva à point pour répondre à cette interrog-ation.

Où et quand se rencontrèrent-ils ?

Les tolérances que Napoléon accorda à M™® de Staël lui g^arantirent un parfait accueil de la part de tous les fonctionnaires impériaux. Ils donnèrent des fêtes en son honneur et rivalisèrent avec les académies. C'est à une soirée donnée le i4 février i8o5 (26 pluviôse an XIII) par l'Académie des Arcades — nous le savons par une lettre de Humboldt — que M. de Souza, élevé par son précepteur Monod dans le culte deCoppet, fut présenté à M™^ de Staël. Le lendemain, elle l'invita chez elle ; il parut, à son. entourage et à elle-même , un jeune homme « très agréable » (i). En mars, elle partit pour Naples et c'est pendant son second séjour à Rome (22 ventôse, i3 mars — 21 floréal, 11 mai) ([ue M™® de Staël et M. de Souza se lièrent.

S'il faut en croire M""® de Staël en des vers qui ne font guère honneur à son génie, et dont elle recon-

{i) « J'ai passé la soirée chez moi, avec les Arcadiens, le cardinal Consalvi, M. de Humboldt et un jeune M. de Souza qui est très agréable. » (Lettre de M™" de Staël à Monti, du i5 février.)

iSa ETUDES ET PORTRAITS d'aUTREFOIS

naît elle-même la faiblesse (elle voudrait, dit-elle, « une lang-ue plus flexible, une langue dont je serais plus maîtresse »), le deuil qu'ils portaient tous deux d'un père, mort la même année, les rapprocha.

Le destin, dans sa marche immuable, M'apprêtait à pleurer mon père auprès de vous.

Un malheur pareil vous arrachant des larmes

A d'un même chagrin fait un chagrin plus doux.

Mais il y eut d'autres raisons de rapprochement :1e culte de l'antiquité, l'amour du Colisée au clair de lune... et la jeunesse de dom Pedro. Cela ressort des vers suivants :

C'est avec vous surtout que j'aimais à goûter

Les nobles souvenirs de la grandeur passée.

Votre cœur m'a fait croire aux temps qui ne sont plus,

Votre jeune avenir aux antiques vertus.

Elle lui écrivait : « Les jours se passent et je suis bien peu seule avec vous; aujourd'hui à dîner, demain à Frascati, je ne vous parlerai pas une seconde du fond du cœur. Si vous reveniez ce soir à onze heures, nous pourrions aller ensemble voir le Colisée au clair de la lune. Je dis revenir pour vous laisser le temps de faire des visites; vous savez bien que la vie entière passée avec vous me paraîtrait encore plus courte qu'elle ne l'est. »

La gloire future de don Pedro, tout autant que ses

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qualités présentes, la troublait; elle voulait sa réputation haute et grande, et lui criait : « Tu, Marcellus eris. »

Dans un inonde désert cultivez le laurier,

Et soyez Marcellus sur les rives du Tage.

Poète, magistrat, ambassadeur, guerrier,

Tout est grand, tout est beau, lorsque notre âme est belle.

Quand le souffle du ciel inspire à notre cœur

Cet amour généreux pour la gloire immortelle.

Oui des ans passagers éternise l'honneur...

Ne laissez point périr un don si précieux

Que ce siècle avili vous approuve ou vous blâme,

C'est à vous qu'appartient d'évoquer dans l'histoire

Les jours choisis par vous pour sortir des tombeaux.

Cherchez vos compagnons dans les fils de la gloire.

Tout morts qu'ils sont, leur voix vous défend le repos.

Entre M™» de Staël et dom Pedro s'échang-èrent de menus présents, suivant le rite ordinaire des amoureux :

Ce n'est point mes cheveux, ce n'est point mon image Que je vous laisse ici pour garant et pour gage ; Par de plus sûrs garants, je veux vous retenir.

Puis c'est la vue prophétique de son avenir littéraire.

Quand un noble dessein vous touche et vous enflamme Pensez au cœur aimant qui sut vous pressentir ! Et sous ce froid dehors a deviné votre àme.

Cependant, M"^" de Staël savait que des pourparlers de mariage avaient été entamés pour faire épouser à don Pedro une jeune fille piémontaise, M"e du Perron. Ce n'était pas pour l'arrêter. Ne doutant

iZli

pas de son pouvoir, elle était assurée que don Pedro ne saurait l'oublier.

N'oubliez pas alors la sibylle étrangère

Dont le cœur fut prophète et gai dans ses adieux,

...Vous aima, vous bénit au nom de l'amitié.

. . .Lorsque l'amour charmera votre vie

N'oubliez point encore et Rome et votre amie...

Sur linvincible appui d'un cœur ferme et constant

Une autre appuyera sa jeune et frêle vie;

Mais pourrez-vous aimer sans songer à ces temps

Où, tous deux rappelant les plus nobles peintures.

Les vers les mieux sentis, les airs les plus touchants.

Nous aimions à parler de ces flammes si pures,

Qui, vers un ciel d'azur, élèvent votre cœur

Et font de la vertu le secret du bonheur?

En aimant perdrez-vous un souvenir si tendre

Pourriez-vousétre aimé sans croire encore m'entendrc?

Cette confession si curieuse nous fait saisir sur le vif la vraie nature de M™^ de Staël : ce mélang^e de préoccupations intellectuelles et de besoin d'aimer; cette personnalité développée au point qu'elle touche à l'égoïsme ; cette faculté de maternité amoureuse dont George Sand sera un autre exemple et cette superbe assurance que là où elle a passé, son souvenir est immortel. Elle supplia, plus tard, dom Pedro de lui rendre ses vers; il n'en fit rien, heureusement pour l'histoire (i).

De graves affaires d'intérêt, le recouvrementdes trois millions prêtés par son père à Louis XVI, la forcent

(i) En lui envoyant, elle lui disait :

« Gardez ces vers pour vous seul, ou jusque vers le temps où tout est égal à une femme, en Portugal ou dans dix ans. »

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à abréger sou séjour à Rome. li faut qu'elle soit à Milan, où sont les princes et les ministres après le couronnement de Napoléon, comme roi d'Italie, afin de les solliciter, de les intéresser à sa cause, de les apitoyer sur son sort.

Malg-ré qu'elle sût dom Pedro fiancé, le départ ne se fit pas sans déchirement. De chaque poste ce sont des billets tendres ou des lettres tristes, parfois l'exposé d'extravagantes conceptions; c'estsurtout l'expression constante du désir de le voir à Coppet, de le tenir près d'elle, dès que son successeur à l'ambassade de Rome, José-Manuel Pinto de Souza, y sera arrivé.

De Florence, elle lui mande, le 12 mai, qu'elle est venue « épuisée par le sacrifice » qu'elle avait fait.

Je me reprochais d'être partie, je me retraçais tous les mots que vous m'avez dits sur les probabilités de votre départ, enfin, les paroles de Bonaparte ne sont pas accueillies avec plus d'avidité par ses courtisans que les vôtres n'ont été retracées dansmon cœur. Je vous écrirai demain... que ce mot vous dise seulement que je vous aime et que je soutire...

Le surlendemain, et non le lendemain, le i4 mai, partait de Florence une longue lettre pleine de toutes sortes d'espérances et de regrets.

Je ne puis vous exprimer, disait-elle, je ne puis m'avouer à moi-même combien je suis malheureuse de vous avoir quitté. Je n'ai jamais nourri l'espérance de passer ma vie avec vous et je souffre comme si je m'étais confiée au bon-

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heur. Il y a, dans votre caractère et dans vos manières, je ne sais quel charme qui ag-it mystérieusement sur moi ; ce qui peut se dire, ce qui peut s'écrire sur vous ne rendra jamais cette délicieuse harmonie de tout votre êti^e qui me faisait trouver tant d'enchantement dans notre amitié. Mais que puis-je vous dire de plus que le triomphe que vous avez remporté sur ma propre nature V

Tout est mouvement en moi : tout est réflexion en vous ( i ) ; tout ce que je sens, je le dis; un voile couvre toutes vos impressions, et cependant j'étais plus attachée par les secrets de votre âme que par tout ce qui m'a jamais été révélé. Le temps prouvera si ce sentiment est une illusion di! l'imagination ou un instinct du cœur qui m'a fait vous deviner.

Cependant, elle paraît ne point trop se leurrer d'espérances.

Si vous êtes ce que je crois, vous m'aimerez quelque temps; pas toujours; car la destinée ne nous a pas fait contemporains, mais ce ne sera pas facilement que vous donnerez ma place dans votre cœur et vous ne ferez qu'un choix qui justifie mon enthousiasme pour vous. Alors, cher don Pedro, je vous donnerai une auti'e bag-ue sur laquelle seront inscrits ces vers de Monti, que je n'ai pu lire sans attendrissement :

Nome che dolce

N'eir anima mi siiona e sempre acerba

Cosi piacqae agli dei semjire onorata ■

Rimembranza sarammi.

(i) Elle écrit à Monti, de Chambéry, le 23 juin i8o5 : « Mon âme se répand au dehors, je ne peux cacher ce que jV'i)rouvc. »

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Et, tout de suite, après les enchantements de Rome, le désir de le revoir :

... Il faut que je vous revoie, il faut que nous passions au moins deux mois à Coppet et près de Paris, où je vous voie sans contrainte. Le ciel a quelques rapports intimes avec les sentiments de l'âme, et c'est dans un jour pur comme votre âme que j'aime à vous revoir. Je vous envoie d'ici toutes les fleurs dont mes enfants et Schleg"el ont décoré ma chambi'e ; je vous en promets pour décorer votre chambre à Coppet.

Aussitôt l'idée folle, — avouons-le — gênante, germe dans son esprit, et elle dit :

Ah ! venez ! venez ! et vous serez reçu avec toutes les afifections que l'enthousiasme et l'estime peuvent réunir. Votre espi'it et vos sentiments sont quelquefois prisonniers au dedans de vous-même,je serai le chevalier qui les délivrera : je vous apprendrai à vous connaître, à vous montrer tel que vous êtes, et quand vous serez plus aimable encore que vous ne l'êtes, vous partirez et ma chimère sera que vous serez un jour l'époux de ma fille. Savez-vous que cette petite m'a demandé hier si je croyais quelle avait fait votre conquête, dans ces propres termes.

Elle a appris tous les jours douze octaves de l'Arioste avec une étonnante facilité. Je vous assure qu'elle aura ce qui a pu me distinguer avec des avantages de plus et des défauts en moins. Cher don Pedro, ce n'est pas tout à fait folie que cette idée, crovez-moi. Vous aurez besoin d'une femme distinguée; votre supériorité naturelle unie à de l'indolence vous rend plus nécessaii^e qu'à personne d'être attaché à une femme d'esprit. Il se pourrait que vous lais-

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seriez s'endormir tous les dons de la nature si une société habituelle ne les réveillait pas en vous.

Par une brusque transition, oubliant sa fille et le bonheur futur de dom Pedro, elle revient au bonheur passé qu'il lui a fait goûter.

Et cependant qu'y a-t-il de mieux sur cette terre que de penser et de sentir? De s'élever autant qu'on peut par l'étude et l'enthousiasme! La raison, la morale sont déjà beaucoup, mais ce sont des lois pour la conduite, les jouissauces du cœur sont plus intimes, plus religieuses. Dans le sein d'un homme vertueux, dit un ancien, je ne sais quel Dieu, mais il habite un Dieu. Ah 1 je l'ai senti ce Dieu dans les ruines de Rome, que j'ai parcourues avec vous au clair de la lune, et jusqu'au moment de vous quitter. Toute mon âme était pénétrée de reg-ret, de tendresse et d'admiration : nous étions contemporains sur les débris des siècles, nous étions unis par le même culte envers tout ce qui est beau, et du haut du ciel mon père m'a pardonné un bonheur si mêlé de larmes, un bonheur tout couvert de nuag-es .

Que dire de cette dernière confidence où se nièle si étrangement le souvenir paternel? Elle poursuit en ces termes:

Rome et vous sont inséparables dans ma mémoire. Je n'ai compris que par vous les délices de ce séjour. Mon imagination n'avait point encore peuplé le désert, je vous ai aimé et tout s'est animé pour moi : les beaux-arts, la nature et jusqu'aux souvenirs du passé qui me faisaient mal et dont j'ai appris à jouir. Deux mois de ma vie sont votre

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ouvrage. Ne serez-vous pas tenté de me faire don de quelques mois semblables? Je demande partout en vain des nouvelles de M. Pinto... Si M. Pinto tardait, venez à Turin et à Genève; je serais capable de passer l'hiver suivant en Italie si vous y étiez. Sans vous tous ces lieux me causeraient une émotion trop douloureuse. Vous avez lu dans mon cœur.

Deux jours après (i6 mai), nouvelle lettre. Elle débute d'une manière plus calme par des renseig-nements littéraires, puis, brusquement, à propos de musique, le lyrisme passionné reprend :

J'ai entendu chanter hier, dit-elle, une dame Bellina qui m'a ravie par les duos d'Arioli. Les connaissez-vous? Chantez-les. En les écoutant je me représentai votre douce voix, vos reg-ards si sensibles et tournés vers le ciel, comme vers leur patrie.

Cher don Pedro, comme tout ce que je vois me fait encore mieux sentir ce que vous êtes. J'avais hier autour de moi une nuée déjeunes Italiens qui m'adressaient une nuée de compliments sans nombre. J'aurais fait de tout cela des pages autour de votre voiture, tant votre nobleexpression(i) de visage vous donne, selon moi, le droit de régner. De tous ces compliments un seul m'est resté dans l'esprit. C'est un Russe qui m'a dit qu'en entrant dans la g-alerie de Florence mon son de voix l'avait attiré entre tous les autres

(i) Elle écrit de Coppet, le 3 juillet de la même année, àMonti : « Le comte de Souza m'a écrit de Rome qu'en passant à Milan, pour venir ici, il doit vous voir : puisse-t-il ne pas vous trouver ! Cependant recevez-le comme un des jeunes hommes les plus honorables que vous puissiez rencontrer. Je veux que tout ce qui m'aime vous rende hommage ; tout ce qui est à moi doit être à vous. » Lettere inédite detla

signora di Staël à Vicenzo Monti. Livorno, 1876, p. agô.

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sons de voix des autres femmes qui étaient là. Cher don Pedro, vous l'aviez entendue cette voix vous répéter combien je vous aime. Croyez l'entendre encore quelquefois, quand vous êtes seul, quand vous vous promenez près du Colisée, dans tous ces lieux où nous avons été ensemble, dans ces lieux où je suis encore par mes regrets.

J'ai fait arranger le cœur avec les cheveux et je l'ai porté hier avec la pyramide de Cestius. Il me semblait que c'était l'emblème de ce que je souhaitais revoir : vous suivre à Rome et mourir là, près de vous...

Je ne sais si je pourrais entrer à Venise, j'ai espéré un moment qu'il faudrait revenir sur ses pas et je serais allée à Rome, ne fût-ce que pour deux jours. J'y serais allée, si je me croyais nécessaire à votre bonheur. Si jamais je pouvais le croire véritablement, le voyage même de Lisbonne me paraîtrait facile. Pour moi toutes les circonstances, toutes les convenances, tous les intérêts de la vie sont dans le cœur... Dites-moi quand nous nous reverrons et mettez quelque énergie à me rejoindre... Adieu, adieu! j'ai été ici constamment souffrante; je ne puis me remettre de cette séparation. Adieu.

Puis, le silence se fait. Par Milan, Turin, le Mont- Cenis, Chambéry, M'"« de Staël gagne Genève; en juillet, elle est à Coppet. Monti annonce qu'il y viendra, et dom Pedro promet de le remplacer. Mais il tarde, il va avec A. de Humboldt et Gay-Lussac en excursion à Naples et au Vésuve et néglige M'"® de Staël. Celle-ci le gourmande dans une lettre du 17 octobre.

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Voire silence, dom Pedro, m'a fait éprouver un cruel sentiment de peine ; j'ai été vivement inquiète devons pendant le tremblement de terre et je ne sais pas ce que je n'aurais pas donné de mon existence pour un mot écrit de votre main.

Je reste ici ou à Genève pour vous attendre. Donnezmoi le temps que vous m'avez promis ou rendez-moi les vers que je vous ai écrits de ma main, car si vous n'avez plus d'amitié pour moi, je ne veux pas qu'il vous reste des preuves de la mienne. Mais pourquoi donc m'avez-vous oubliée ? Les plus éloig-nées de mes relations en Italie m'ont écrit avec soin, avec intérêt et vous, qui m'avez inspiré un si profond intérêt, vous n'avez pas craint de m'affliger. Est-ce qu'on a moins de prix parce qu'on aime? ou mon amitié diminue-t-elle de ma valeur à vos yeux? Enfin, venez et vous serez pardonné.

Pourquoi dom Pedro l'avait-il négligée? Lui-même va nous le dire : il écrit dans son Diario à la date du 4 octobre i8o5 : « Je quitte Rome où j'ai une amie dont je connais bien le cœur et une amie qui n'aime que moi. » Cette amie ce n'est pas sa fiancée, INP^^ du Perron, qui habite le Piémont; depuis le départ de jyjme (jg Staël, il lui est venu une nouvelle passion, dont il a tu le nom. Ce qui l'a éloig-né, sans doute aussi, c'est la révélation de certaines autres intrig-ues de sa « Sibylle », peut-être la révélation de sa liaison avec Monti. En tout cas, sur ce point, c'est elle qui prend les devants et dans la même lettre où elle lui fait des reproches elle écrit cette phrase volontairement obscure :

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Monod va vous aller voir à Turin ; mais, je vous en prie, ne l'écoulez pas sur moi ; j'ai fait l'impossible à cause de vous pour ramener sa jalousie, je n'y suis pas parvenue. Ne lui parlez pas de moi, je vous prie.

Quoi qu'il en soit, dom Pedro, rappelé en Portugal, part de Rome le 4 octobre i8o5 et se dirige à petites journées sur Coppet.Il quitte Rome sous l'empire d'un grand sentiment de tristesse. « Quel est mon but, note-t-il dans son journal, en quittant Rome où tant de monde me voit d'un si bon œil? Je l'ignore moi-même ; je suis l'impulsion de mon étoile, qui, en me déplaçant de la position où j'étais, m'a tracé de loin la route que je dois suivre. »

Pendant qu'il est en chemin. M™'' de Staël reçoit la nouvelle prématurée et inexacte de son mariage. Elle ne renonce pas pour cela :

Je ne croyais pas, lui écrit-elle le 22 octobre, que vous fixeriez votre vie si tôt... Je vous demanderai de me rapporter les vers que je vous ai donnés et tout ce que vous avez en ce genre de moi. Vous vous souvenez que j'y ai mis cette condition et que vous l'avez acceptée. Je vous reverrai toujours avec plaisir, toujours avec intérêt. Venez ici, c'est peut-être la dernière fois que nous nous reverrons. Adieu, don Pedro, que votre bonheur n'éteigne pas en vous les souvenirs de Rome. Moi qui ne serai jamais heureuse, je ne puis rien oublier.

Le 26 octobre elle a déjà oublié M"® du Perron pour

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ne se souvenir que du danger que Monod peut lui faire courir.

J'ai peur que Monod ne soit pas bien pour moi, lui mandet-elle, quoique j'ai tout fait pour lui être ag-réable. Il est jaloux de mon amitié pour vous, dirais-je de la vôtre pour moi ? Gela je le voudrais. Je vous attends avec une extrême émotion, c'est à Genève que vous me trouverez.

Le 28, elle revient encore sur ce sujet — il fallait que ce fût grave.

Je suis très profondément occupée du bonheur de m'entretenir encore une fois, peut-être une dernière fois, ave c vous. Si Monod, comme je le crois, vous dit que je vous aime, il a raison, s'il disait tout autre chose, souvenez -vous de Rome et de mon éternelle amitié pour vous.

Le 12 novembre — dom Pedro est proche — elle ne tient pas d'impatience.

. . . Hâtez votre arrivée et mandez-m'en le jour pour que j'en jouisse à l'avance, vous dînerez et souperez tous les jours chez moi avec Monod... Soyez g-énéreux en jours, en semaines ; c'est là l'unique générosité que j'aie jamais sollicitée...

C'est en janvier 1806 que dom Pedro revit M'"^ de Staël : il passa trois mois (i) avec elle tant à Genève qu'à Coppet et il écrit dans son Diario que ces deux

(i) M™« de Staël écrit à Monti, de Genève, le i3 mars i8of» : « Les amis vous saluent, leur nombre est augmenté par le comte de Souza de Home, qui vous admire autant que je vous aime. »

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mois « furent parmi les plus agréables de sa vie ». i La « Sibylle » l'a reconquis. ;

De cette période datent, non plus des lettres, mais ' des billets où se marque toute sa sollicitude pour ' « son cher don Pedro w.ElIe est aux petits soins pour ; lui. 1

Un jour elle lui écrit : « Donnez-moi de vos nouvelles, je suis inquiète de votre santé. Si vous sortez ce matin pour dîner chez M"'^ de Chàteauvieux, faites venir une voiture parce que la mienne est à Coppet. Mais je suis d'avis que vous ne sortiez pas. » Jusqu'ici c'est de la politesse ; mais voici, dans la même lettr qui va plus loin : « Dites-moi pourquoi, il y a quelque] chose de voilé dans vos rapports sur votre santé, quii me tourmente. Je sors à 2 heures; j'irais dès ce ma-jj tin chez vous si je savais que ma présence vous fû un peu nécessaire. » Une autre fois : « Si vous sor tez, venez donc chez moi, mais rentrez à 7 heure chez vous ; c'est l'air du soir, dit Odier,qui peut fair|| du mal. » Et encore :« Je dîne chez ma tante, aujoui d'hui, qui vous invite; mais si vous craignez ce mai vais temps, j'irai vous voir ce matin... Votre toi me fait un mal physique et je crois qu'il faudra q^i je me fasse guérir de votre rhume, n A combien personnes et combien de fois a-t-elle paraphrasé ce) boutade de M"'« de Sévigné ?

Il lui arriva cependant d'être maladroite. En p? lant des Italiennes elle dut blesser dom Pedro qui S(

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g-eait soit à son amie de Rome, soit à M"® du Perron, et il le lui fit sentir.

Aussitôt, elle s'excuse par ce billet :

... Je vous observe que vous avez vous-même, en causant avec moi, traité d'une autre façon cette question, en analysant et le caractère des Italiennes et celui de la personne qui vous intéresse.

J'ai vu hier très rapidement que j'avais un peu trop compté sur notre intimité en me laissant aller à vous dire ce qui me passait par la tête ; c'est une erreur que vous devez pardonner puisqu'elle supposait qu'il n'y avait pas encore de tiers entre nous. Je ne la commettrai plus.

A la fin du printemps de 1806, M™'' de Staël partit pour l'Yonne, tout autant pour surveiller ses intérêts (i) que pour reconquérir Benjamin Constant qui lui échappait. Dom Pedro l'avait accompagnée, puis était reparti pour Paris ; de là il venait souvent la voir, soit à Auxerre, soit au château de Vincelles.

La correspondance reprend alors et toujours sur le même ton : « Dites-moi si vous me reg-rettez un peu et

(i) M°"= Récamier adresse à celle époque ce billel à Dom Pedro : « Je regrette vivement, Monsieur, de ne pas avoir eu l'honneur de vous voir hier soir; mais j'attends de voire complaisance que vous voudrez bien me donner un moment aujourd'hui. J'ai eu une longue conversation avec Murât sur M'"» de Staël qu'il est important qu'elle sache, et j'espère que vous voudrez bien vous charger de lui en apprendre les détails. Et, moi, Monsieur, je serai charmée de vous voir une fois de plus.

Juliette RiicAïuER.

Mardi malin.

J'y serai le matin jusqu'à trois heures et le soir depuis six heures jusqu'à minuit. »

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si VOUS me tenez la douce proraessede me revoir(i). » Et le 3 mai, dans une longue épître où elle rappelle la traduction de Camoëns qu'ils ont commencée ensemble, où elle se lamente sur son exil, sur l'impossibilité où elle est de ne pouvoir aller à Paris : « Je vous aime toujours de même : celte puissance d'aimer ne mourra qu'avec moi ! Oh! j'étais plus heureuse à Rome, il y a un peu plus d'une année, cher don Pedro 1 . . . Emmenez-moi en Espagne (2)... » Le 8 juin, elle écrit:

(i) Celte lettre se termine ainsi :

« Dites-moi ce que vous pensez de Paris, l'imyiression que vous en recevrez. Dites-moi si vous me regrettez un peu et si vous me tenez la douce promesse de me revoir. Je ne sais rien du tout sur mes affaires, peutH-tre en saurcz-vous plus long que moi à présent. »

(2) Voici cette lettre :

Le 3 mai.

« J'ai tout à fait aimé, mon cher Don Pedro, votre petite lettre sur du gros papier, birn qu'elle me soit parvenue un courrier troj> tard. Je vous ai même pardonné vos attendrissements portugais, mais n'oubliez pas que vous m'avez promis qu'ils ne passeront pas la mer. Je suis comme le premier jour dans la plus {)rofonde ignorance sur ma pétition et j'attends Prosper qui je l'espère me dira quelque chose. Remettezlui une lettre pour moi. Je ne sais encore le jour du retour de mon fils, il précédera Mathieu, à qui je dois de soutenir ma solitude si inquiète.

« Mon Dieu, être si près de vous, avoir des motifs si inoffensifs pour désirer d'aller à Paris et voir passer sur la rivière de l'Yonne ces radeaux sur lesquels je voudrais me placer comme une bûche pour arriver! Vous ne dites pas un mot de vos lettres de Portugal, est-il question d'une mission.' Que vous écrit-on de Turin? Toujours la même chose, j'en suis bien sûre, mais vous ne devinez pas la moitié des questions que je voudrais vous faire, répondez-moi sans être interroge. J'ai reçu de Cagliari une lettre de notre prince, lamentable tout à fait et lamentable en latin. Il y a beaucoup de citations. Il me charge de lui envoyer des livres. En vérité, je devrais le faire, mais je suis toute absorbée par ma propre situation. Vous sentez-vous le cœur de vous en mêler, je vous enverrai la liste. J'ai reçu une lettre de M. Humboldt tendrement indigné de votre silence envers lui, écrivez-lui donc, je vous prie. J'aime qui vous aime. Hélas! ce souhait a été trop bien rempli. Il m'envoye une élégie ([u'il a faite sur Rome en allemand, c'est cela qui est difficile à comprendre. Je l'entends à peu près comme le Camoëns, mais sons pour sons les vôtres me plaisent davantage. J'ai pourtant

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J'ai pris ce séjour dans une horreur nerveuse et je n'y vis un peu que depuis que je suis venue dans la chambre même où vous m'avez dit de si doux adieux: renouvelez-les donc et priez le ciel pour moi que je vive une fois dans la même ville que vous. » « Venez me voir tout de suite, cher dom Pedro, mande-t-elle le 26 juillet. Pour ne pas manquer les eaux de Yon, il faut que je parte le 4 août et j'ai bien besoin de quelques jours pour supporter la douleur de vous quitter. Ah ! je la sens bien amèrement. »

Suivant sa volonté, dom Pedro passa avec elle quelques jours en juillet et en août (ij. Sous son influence

aperçu des idées douces et ingénieuses, mais c'est un travail que ce genre de poésie et ji! faut lire la poésie comme elle a dû être composée malgré soi. Et notre pauvre sonnet ? Ne pourriez-vous pas dire à Fouché que vous avez besoin de moi pour le dernier tercet ? Cher ami, je plaisante mon malheur, mais c'est un sourire funeste, j'ai bien de la peine cette fois à ,1e supporter. Adieu, cher Don Pedro, aimez-moi, écrivezmoi et faites que nous passions beaucoup de notre vie ensemble; il est si rare de s'entendre, il faut l'aimer ce bonheur. Adieu.

Il est bien vrai que si vous voulez ine voir il faut vous hâter, car je ne peux pas rester ici; je m'ennuie trop profondément. M»" Récamier, qui est un ange de bonté pour moi dit qu'elle reviendra me voir. Je voudrais bien (jue vous fussiez ici en même temps qu'elle, car ma santé est si abimée par ce mois-ci que je ne suis plus aimable du tout. Je vous aime toujours cependant de même; cette puissance d'aimer ne mourra qu'avec moi! Oh 1 j'étais plus heureuse à Rome il y a un peu plus d'une année, cher Don Pedro. Que suis-je venue faire dans cette France où tout est de la peine pour moi? Emmenez-moi en Espagne. Sérieusement je trouverais bien triste de m'en aller sans vous revoir. »

(i) A ces deux séjours se réfèrent ces deux billets de Mathieu de Montmorency :

Mardi, lo juin.

J'ai l'honneur d'envoyer à M. de Souza une lettre dont je le prie de se charger pour notre amie triste et malheureuse. H se peut qu'elle aura une grande consolation en la voyant. J'aurais été la chercher encore aujourd'hui si je n'avais pas été obligé de partir pour la campagne avec mes parents.

Je prie M. de Souza de recevoir l'assurance de tous les sentiments

l48 ÉTUDES ET PORTRAITS d'aUTREFOIS

sa veine poétique se rouvrit. C'est, en ertet, d'août 1806 que date cet Hymne à la lune où le duc de Palmella s'écrie en terminant :

... Ah I puissai-je aussitôt après ma dernière heure Voler vers ton temple sacré !

Là, puisant dans ton sein une pure existence Tu nous accorderas dans ce séjour divin De sentir et d'aimer la sublime puissance Et sans obstacle et sans fin !

M""® de Staël devait être contente : ce souhait, elle l'avait souvent formulé .

A peine s'est-on quitté après « trois semaines si douces et si ineffaçables » — c'est elle qui le déclare — que la correspondance reprend active. De Dijon, 26 août, elle écrit :

« Faites, cher don Pedro, que je vive près de vous, laissez-moi compléter ce qui manque à d'autres et donner quel-

qu'il sait promptement inspirer et du désir que j'ai de faire avec lui une connaissance plus particulière (lu'unc amie commune m'a communiqué.

Mathieu de Montmorency.

Dampierre, jeudi 17 juillet.

J'ai été bien fâché, Monsieur, d'avoir été si conslaïament à la campagne et si rarement à Paris depuis votre retour d'Auxcrrc, ce qui m'a privé de l'avantage de vous rejoindre et de cultiver une connaissance très précieuse pour moi. Je viens d'apprendre (juc vous songez à une seconde course qui fera sûrement grand plaisir à notre amie exilée. Je projette aussi d'aller la voir vers lundi [)rocliain. Ne j)Ourrions-nous pas faire ensemble cette course ? Olte société me serait tout à fait agréable, si elle vous tente également et (|uc vos affaires vous le permettent, voulez-vous que nous nous donnions rendez-vous dimanche vers midi pour concerter cette marche?

Je vous prie de recevoir l'assurance que je serai empressé de vous renouveler de tous mes sentiments.

Mathieu de Montmorency.

OSWALD ET CORINNE I^Q

que agrément de plus à une vie dont le ciel ne m'a pas permis d'être la compagne. »

Dans une autre lettre, ce cri lui échappe.

... Adieu, adieu, admirable caractère, esprit au niveau de ce caractère, regard si noble et si doux ! Quoi ! je ne vous reverrais plus ! Non, c'est impossible! Cher ami, épargnez-moi cette douleur, je ne suis pas de force à la supporter... Prenez-moi avec vous ! Ah! pourquoi cela ne se peut-il plus ?

On se revit donc à Auxerre et on passa deux jours ensemble, le i4 et le i5 septembre. Après, il fallut se séparer définitivement.

D'Etampes, le 17 septembre, « cinq heures après votre départ », écrit-elle, elle griffonne ce billet :

J'espère que ce mot vous atteindra encore. Puisse-t-il vous dire combien j'ai pleuré hier en entendant vos chevaux s'éloigner et combien vous me rendrez heureuse en revenant. Je ne sais que cela; je ne sais que cela. Que votre cœur et votre générosité fassent le reste. Adieu, cher, cher don Pedro. Oh ! quand dirai-je ce nom avec un sourire ?

Enfin, de Rouen, 26 septembre, une lettre qui serait touchante si elle n'était pas mêlée de bavardages politiques, de commérages mêmes. Citons les parties touchantes :

...Vous avez dit à Hochet que vous seriez un an absent; vous m'avez donné des espérances plus douces. Que faut-il attendre 1 Oh ! quand vous êtes là on peut vous retenir

l5o ÉTUDES ET PORTHAITS I) AUTREFOIS

(c'est elle-même qui soulig-ne), mais Je nai que trop éprouvé combien il est difficile de vous rappeler. Enfin, vous ne pourrez faire pis que de vous marier ; si vous pouviez faire pis, ce serait de quitterle continent. Pensez à moi pour y rester, à moi qui vous aime de cœur plus que personne au monde, qui vous aime sans l'intérêt môme du bonheur, car qui sait si je parviendrai jamais à passer ma vie près de vous... Ah ! si vous redevenez libre, si... mais ne faut-il pas que la vie soit de façon qu'on puisse se consoler de mourir ? Je vous en prie, écrivez-moi, d'Espag-ne surtout, je serai inquiète de votre route dans ce pays-là. Cher, cher don Pedro, ah ! comme nous sommes déjà loin !

(i)Les textes intéressant M"» de Staël, rares ou inédits, sont tro[> importants pour que nous ne citions pas ces lettres dans leur intégra, lilé :

Dijon, le 26 août.

Que les premiers mots (jue j'écris soient pour vous, cher Don Pedro, à qui je dois 3 semaines si douces et si ineffaçables. Avec quelle simplicité vous avez sacrifié tout ce qui est luxe cl plaisir pour vous dévouer à tous les genres de privations, excepté celle du sentiment, car là, il n'y avait certes pas de privations puisque personne au monde ne peut ni vous aimer ni vous sentir comme moi ; ces pauvres octaves de Camoëns me manquent presque autant que leur auteur. C'était ma perspective du réveil et ma perspective à présent c'est de me débarrasser le plus vite que je peux de la longue journée. Schlegel est toujours assez faible et la tète est travaillée en tout sens d'une manière pénible. .T'ai trouvé ici l'hôtesse où je vais et je me suis hâtée de rendre Elzéar à ses 80 ans. Mon Dieu, n'csl-il pas bizarre que cet homme, libre de toutes ses actions, qui voudrait devenir mon ombre si cela ne me dégoiitait pas de moi-même, soit un homme qui me déplaît autant et que vous, vous si aimable, vous que j'aime tant, vous soyez entouré de tant de liens. Il y a sûrement une intention toute surnaturelle qui ne veut pas que la terre soit trop douce pour ses passagers. Je ne sais pourtant pas me résigner à vous écrire comme en vain. Faites, cher Don Pedro, que je vive près de vous, laissez moi compléter ce qui manque à d'autres et donner quelque agrément de plus à une vie dont le ciel ne m'a pas permis d'être la compagne. Surtout point de Brésil; i[nand il en serait question pensez à mes pleurs si j'en recevais la nouvelle et plaidez dans votre cœur pour l'absente. Adieu, au 9 n'est-ce pas? Avec des octaves? Et la paix, qu'en dit-on? Ce serait bien mieux ([ue le 9. Ecrivez-moi tout de suite ne fût-ce que quelques lignes; elles me feront du bien.

OSWALD ET CORINNE

Ils ne devaient plus se revoir et là s'arrête le roman. Dom Pedro suivit des fortunes diverses qui le menèrent

Fontaine-Française.

Vendredi, 5 septembre.

Je vous écrirai après-demain. Et ma route est toujours par Dijon et Auxerre.

Imaginez cher Don Pedro, que M. Schlegel a repris la fièvre et que me voici dans une société qui m'est étrangère avec cette inquiétude. Je ne sais absolument pas ce que je ferai si ce n'est qu'à tout prix je veux vous voir. Partirai-je demain? partirai-je dans 4 jours? C'est en vérité ce que je ne puis dire. Louis prétend que vous viendrez ici. Mais cela me semble bien loin et il me semble qu' Auxerre ou St vous conviennent mieux si cependant je suis retenue ici par cette fièvre... Enfin je suis bien tourmentée et ma pensée dominante est cette cruelle séparation indéfinie. Oh mon Dieu ! je ne fais que pleurer; à tout prix je veux vous revoir.

Le 3 septembre, mercredi.

Cher Don Pedro, avec quelle émotion j'ai reçu votre lettre par M.dela... On ne peut rien écrire sur tout cela ; on ne peut qu'être émue jusqu'à la dernière goutte de son sang. Benjamin prétend que vous passez par Auxerre; si cela est, sortez de Paris jeudi ii et venez à Auxerre. Nous resterons là deux jours ensemble. S'il se trompe donnez-moi l'ancien rendez-vous pour le i3 au lieu du g et dans le même lieu dont nous étions convenu. Mon valet de chambre ira chez vous prendre votre lettre. Songez bien que j'arrive jeudi ii à Auxerre et que je trouve là une lettre de vous qui me dise si vous arrivez en même temps que moi, ou si je dois passer outre, pour vous rejoindre. J'aimerais mieux perdre la moitié de mon sang que de ne pas passer deux jours au moins avec vous, pour verser toutes mes larmes dans votre sein. Oh ! que j'en ai sur le cœur pour cet adieu, cet adieu! Don Pedro jamais je ne vous conseillerai ce qui nous sépare ! Cher Pedro, ne le faites pas, les affections sont d'une plus haute origine que tout le reste ; c'est un titre factice que la politique, le cœur est la seule vraie nature qui soit au monde ! Je reviens à mon calcul; partez jeudi ii et soyez à Auxerre jeudi soir ou vendredi matin si votre départ est retardé. Alors donnez-moi rendezvous le i3 où nous avions dit et j'y resterai deux jours. Je pars d'ici le 9, mardi pour chercher votre réponse à Auxerre. Ce que je ne veux pas seulement c'est vous attendre à Auxerre, j'ai peur d'être là toute seule à cause des mauvais présages. Adieu. Adieu, admirable caractère, esprit au niveau de ce caractère, regard si noble et si doux! Quoi ! je ne vous reverrais plus ! non, c'est impossible, cher ami, épargnez moi cette douleur, je ne suis pas de force à la supporter. Prosper m'a écrit de Saint-Ildephonse. Il sera à Paris, dit-il, duT«'' au lo, mon fils est examine le lo. Prenez-moi avec vous. Ah ! pourquoi cela ne se peut-il plus ?

Je suis tentée de rabâcher encore sur ce petit coin de papier blanc.

102 ÉTUDES ET PORTRAITS d'aUTKEFOIS

au Congrès de Vienne et à la première place dans son pays; M°'* de Staël suivit sa nature, qui la mena à Rocca.

Soyez le 1 1 à Auxerre où de Lima pourrait vous y rejoindre deux jours plus tard, ou me supporter pendant ces deux jours. Ou bien soyez le i3 à l'endroit convenu et donnez -moi deux jours. A Auxerre deux jours pourraient se changer en 4, ailleurs cela ne se peut pas. Mais je ne veux pas attendre à Auxerre, c'est trop triste.

Fontaine-Fran^jaise, le 7 septembre, dimanche.

Cher Don Pedro, comme Scblegel est un peu mieux, voici ma marche nvariable à ce que j'espère. Je pars d'ici jeudi ii et je vous attends à Auxerre vendredi 12, ou samedi matin i3, si vous m'écrivez là que vous vous y venez. Si au contraire vous m'écrivez là que vous n'y venez pas je passe outre et je suis lundi i5 à la Ferme de Benjamin. (François passera chez vous jeudi matin (pour avoir le petit mot (jui décidera ma route). Ah ! quelle avidité j'ai d'un moment bien cruel, mais vous me mettrez, au désespoir si vous me manquiez. Je crois que j'irai partout plutôt que de ne vous avoir pas parlé encore une fois avant de vous quitter. Mais je suis bien sûre que a'Ous ne me ferez pas celte peine et j'espère aussi (jue vous partagerez un peu le vif mouvement (jui me le fait désirer. Vous qui êtes naturel et (jui devez l'être puisque rien ne serait mieux que vous. Adieu, adieu. Cette seconde fois encore, étudiez bien mes dates et ne me laissez pas, surtout, dans l'attente de l'incertitude.

J'espère que ce mot vous atteindra encore puisse-t-il vous dire combien j'ai pleuré hier en entendant vos chevaux s'éloigner et combien vous me rendrez heureuse en revenant. Je ne sais que cela, je ne sais que cela. Que votre cœur et votre générosité fassent le reste. Adieu, cher, cher Don Pedro, Oh 1 quand dirai-je ce nom avec un avenir? Etampes, cinq heures après votre départ, le 17 septembre.

Rouen, le 2G septembre.

Croiriez-vous, cher Don Pedro que votre lettre d'Auxerre ne m'arrive qu'à présent. Ecrivez-moi chez J/.lf. Bazin banquiers à Paris, c'est plus sûr. Et aussi bien il se peut que je me rapproche par une terre comme nous en avons parlé! Mais qu'est ce que cela me fait à présent? Je ne retrouve plus dans mon imagination ce Paris pour lequel j'avais cet été une ardeur si douloureuse. Ah ! que ce départ pour le Portugal m'afflige 1 Vous avez dit à Hochet que vous seriez un an absent; vous m'avez donné des espérances plus douces. Que faut-il attendre? Oh quand vous êtes là l'on peut oous retenir, ninis je n'ai que trop éprouvé combien il est difficile de vous rappeler. Enfin vous ne pourrez pas faire pis que de vous marier, si vous pouviez faire pis, ce serait de quitter le continent. Pensez à moi pour y rester, à moi qui

OSWALD ET CORINNE l53

Ce roman, quelque littéraire qu'il paraisse, serait de nature à provoquer — le ton des lettres y suffirait — une émotion tout à l'honneur de l'héroïne, si nous ne savions que, dans le même temps où sa plume traçait ces phrases enflammées en l'honneur du Portug^ais, cette même plume, avec les mêmes eff"usions, les mêmes cris du cœur, traçait les mêmes phrases, à l'adresse de deux Italiens, Monti et Alborg-hetti. Le malheur, c'est que les uns et les autres ont conservé leur correspondance amoureuse, et cela pour la grande confusion de M^e de Staël.

Mais sa douleur au départ de dom Pedro? Cette

vous aime de cœur plus que personne au monde, qui vous aime sans l'intérêt même du bonheur, car qui sait si je parviendrai jamais à passer ma vie près de vous. L'empereur est parti et M. de Champagny est chargé en son absence de négocier avec Lord Landerdale, ce qui fait croire que tout espoir de paix n'est pas perdu. Le prince Murât, dit-on, a écrit au roi de Prusse, Monsieur mon frère, ce que l'empereur a fortement blâmé... Il y a des gens qui disent que Jérôme et la princesse Wurtemberg seront rois de Suisse, mais je ne vous dis là les bavardages de Paris, moi habitante de Rouen. C'est une ville au moral toute aussi stupide que le reste de la France, Paris excepté. Mais le spectacle et la vie matérielle y valent mieux. 11 semble qu'en France on n'a que l'esprit animal, c'est-à-dire, celui qui sert à gagner de l'argent, comme les abeilles font de la cire, mais tout esprit désintéressé, tout esprit sans but n'y résiste pas. Schlegel m'a encore donné de l'inquiétude, mais il est mieux tout à fait. Hochet m'écrit que vous êtes le plus noble caractère qu'il connaisse et qu'il a pleuré en vous disant adieu. Prosper prétend qu'il ferait le voyage de TEspagne, uniquement pour vous voir. Enfin, vous voyez que l'on vous juge comme moi, mais aimer, je me le réserve- Comme je vous aime, au moins personne n'y arrivera. Benjamin vous regrette, il me semble enfin que votre cercle est ici ; revenez-nous I et les octaves 1 Pensez à moi en les faisant, ma préface est toute prète,elle est dans mon cœur. Ah! si vous redevenez libre, si... Mais ne faut-il pas que la vie soit de façon qu'on puisse se consoler de mourir? Je vous en prie, écrivez-moi d'Espagne surtout, je serai inciuiète de votre route dans ce pays-là. Cher Don Pedro. Ah! combien nous sommes déjà loin.

l54 ÉTUDES ET PORTRAITS d'aUTREFOIS

phrase d'une lettre à Alborg-hctti permet d'en mesurer la durée :« Vous voulez, écrit-elle le 4 décembre 1806, des nouvelles de dom Pedro ? Il m'a quittée, il y a deux mois, pour retourner en Portugal, où il est actuellement. Il doit toujours venir pour épouser sa Piémontaise; mais j'ai bien peur qu'il ne s'en fasse plus un très grand plaisir. Il avait entrepris cet été à la campagne, en Bourgogne, chez nous, une traduction de Camoëns en vers français, qui était vraiment étonnante pour un étranger. Mais que deviendra le Portugal? »

Et Corinne? Corinne fut écrite en janvier 1807, au château d'Acosta, près d'Aubergenville(i), qui appartenait aux Gastellane, alors que M"® de Staël était imprégnée des souvenirs d'Italie.

Que M'"^ de Staël ait voulu se peindre dans Corinne, le fait est certain jusqu'à l'évidence; nous n'aurions pas, pour en être sûrs, les fameux portraits où elle est représentée lyre en main que nous en aurions d'autres preuves. La célèbre coiffure qu'elle affectionnait et qu'elle a pris soin de décrire dans le roman (elle était vêtue comme la Sybille du Dominiquin, un chàle des Indes tourné autour de sa tête, et, ses cheveux, du plus beau noir, entremêlés avec

(i) Canton de Mantes, département de Seine-el-Oise.

OSWALD ET CORINNE

ce châle); le nom même de« Sibylle » qu'elle se donne dans ses lettres à dom Pedro ; la peinture qu'elle fait de Corinne et qui détaille ce qu'il y a de mieux en elle : (« Ses bras étaient d'une éclatante beauté ; sa taille grande, mais un peu forte, à la manière des statuer grecques... Son regard avait quelque chose d'inspiré ))); tout nous indiquerait qu'elle s'est complaisamment reproduite sous les traits de son héroïne. Et puis, il n'y a que M""® de Staël cherchant à se peindre qui ait pu déguiser Corinne en une sermonneuse débitant des tranches de lieux communs historiques, entremêlées de détails et de précisions dignes de paraître dans un guide ; qui lui ait prêté son amour des pièces jouées entre soi; sa passion pour le clair de lune : cet étrange mélange de lyrisme surabondant et de vulgarités; la facilité avec laquelle elle saute d'un sujet à un autre ; il n'y a qu'elle, avec le souvenir idéalisé qu'elle s'était plu à imposer de M. Necker; qui ait pu concevoir un caractère de père, comme celui du père de lord Nelvil .

Si enthousiaste qu'ait été la réception dont elle a été l'objet en Italie, M"*® de Staël n'est jamais montée au Capitole et ne s'est point avisée d'improviser ni sur le rocher sacré, ni au cap Misène, et l'on se demande d'où lui est venue l'idée de parer de semblables traits sa Corinne. Une phrase d'une de ses lettres à dom Pedro nous fait assister à l'évolution qui s'est opérée dans son esprit.

l5G ÉTUDES ET PORTRAITS DAUTREFOIS

Le i6 mai i8o5, elle lui écrit de Florence :

Il y a une signora Landi, M""^ Matzei à présent, qui est tout à fait cxti-aordinairo. Elle improvise sans chanter, sans s'arrêter une minute et avec un talent très supérieur. Elle improvise une scène de tragédie. Je lui ai donné la reconnaissance d'Iphig-énie en Tauride avec Oreste et je vous assure que c'était une scène qu'on pouvait écrire telle qu'elle l'a dite. Mais, imag-inez-vous une énorme personne qui, à ving-l-lrois ans. a l'air de quarante, des yeux louches, point de physionomie, point de gestes, qu'un mouvement d'éventail, dans le moment le plus intéressant, enfin une idole égyptienne, une statue de Memnon sur laquelle on dirait que l'inspiration tombe, mais qu'elle ne reste pas. C'est un fait curieux à voir et unique à entendre.

Si curieux en effet (ju'il frappa fortement son imag-ination et que, très habilement, elle en tira un excellent parti littéraire.

Il est plus difficile de déterminer la part que M""' de Staël a faite au souvenir de dom Pedro. Le i4 mai i8o5, dans toute Teffusion (juisuivitla première séparation, elle lui disait :

J'ai écrit quelques-unes des choses que vous m'avez dites ce jour-là [le jour où ils parcoururent les ruines de Rome au clair de lune] ; je n'inventerai jamais mieux et j'aime cette intelligence secrète qui s'établira entre nous quand vous lirez Corinne. [Le titre était donc déjà arrêté à cette date.] Vous vous y reconnaîtrez tel que vous êtes et tel que vous serez si vous soutenez votre esprit et votre âme à la hauteur (pii lui .sont naturelles.

OSWALD ET CORINNE IO7

Corinne soignant Oswald rappelle, il est vrai, M""^ de Staël soiçnant la toux de dom Pedro ; le caractère indécis et mélancolique qu'elle attribue à son héros est tout fait dans la note qui convient au diplomate portug-ais, cosmopolite enfant d'un siècle désabusé. Quant à retrouver dans Corinne, quel que soit le clair de lune où l'on s'arrête, les discours de dom Pedro notés parM"°^ de Staël, c'est une tâche bien difficile, car, à part quelques lettres nécessaires au développement de l'action, tout au long- de l'ouvrage, c'est Corinne, c'est-à-dire M""" de Staël, qui parle tout le temps (i).

Admettons donc, jusqu'à ce qu'il nous soit donné de connaître le texte des lettres de dom Pedro à M™^ de Staël, que ce soit lui qui ait été l'inspirateur de Corinne, et que le commun amour pour l'antiquité dont ils brûlaient en ait jalonné le plan. Mais un autre amour les rapprocha : celui-là, la correspondance de M""^ de Staël nous le révèle; et il faut ajouter le nom de dom Pedro de Souza e Holstein au martyrologe de ceux que la volcanique et tyrannique fille de Necker rangea sous sa loi. Lui, au moins, avait le Brésil pour échapper à la terrible étreinte — et il y fut; — Benjamin Constant et bien d autres n'ont eu que l'Europe et ils sont demeurés esclaves.

(il Elle se plaît à faire aussi à .Monti les honneurs de Corinne. « Je travaille à Corinne, dans la campagne où je suis, lui ('crit-elle de Paris le i3 février 1807, et vous la verrez avec votre nom dans trois ou quatre endroits différents. Comment pourrais-je parler de l'Italie, sans songer à vous à qui j'ai dû les plus nobles plaisirs que j'y ai goûtés ? »

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