AUX PRONEURS DE SECTION
POUR VŒL'X SEULEMENT
Pour seul Dieu tu adoreras Ton ambition seulement.
Le peuple tu flagorneras.
Afin qu'il soit ton partisan.
Les lundis tu t'as^iteras.
Pour réussir certainement.
Les assassins honoreras
Et défendras humainement.
Homicide tu commettras
Quand tu le pourras sûrement.
L'assassinat tu prêcheras
A haute voix journellement.
La liberté tu prôneras
En la violant tout doucement.
Les biens du peuple retiendras,
Sans rendre compte aucunement.
Faux témoignage tu diras,
Pour te venger impunément.
Ta vie et mœurs tu cacheras,
Et tu feras très prudemment.
Sans cesse tu dénonceras,
Sans savoir ni pourquoi ni comment.
Du peuple instruit tu médiras.
Pour tromper le peuple ignorant.
Comme traître tu désigneras,
Brissot, Condorcet et Roland.
Dans les tribunaux beugleras.
Quatre fois par jour (seulement).
La vérité tu ne l'auras
Que dans la bouche seulement.
Le mot peuple répéteras,
Pour avoir applaudissement.
Ses faveurs lu recueilleras.
Tôt ou tard infailliblement.
C'était inofîensif et surtout intime. Au garde national zélé, au citoyen respectueux de tous ses devoirs, il était bien permis, rentré chez soi, de se soulageren rimaillant quelque peu. Mais l'accusation de Lenoble
était là, et tout ce qu'on découvrait la précisait tellement que Charles Langlois fut arrêté et écroué dans la maison de détention de Versailles.
11 y demeura quatre mois. Grassous, représentant du peuple et commissaire de la Convention dans les départements de Seine-et-Oise et de Paris, prit un arrêté, le 20 messidor an II, aux termes duquel Charles Lang-lois, Vinfrais, la Toufflinière, Sevin, Raoul, Varennes, Autié dit Léonard, devaient être conduits à la Conciergerie comme d prévenus de conspiration et d'être les ennemis du peuple ».
Langlois fit agir. Lenfant, « l'un des agents généraux des subsistances militaires », écrivit à Fouquier- Tinville en sa faveur : « Ce citoyen, dit-il, qui est père de famille, s'est montré, dès le commencement de la Révolution, sous l'aspect d'un bon citoyen; parents, amis, tous affirment qu'il n'a jamais rien fait ni signé de contraire à la liberté. »
Sa fille aînée, Pauline, écrivit, elle aussi, à l'accusateur public : « Le citoyen Langlois, limonadier, père de cinq enfants, a donné, dès le commencement de la Révolution, des preuves de son amour pour la liberté; il lui a fait tous les sacrifices qui caractérisent un bon citoyen. Cependant, il gémit sous l'accusation vague de fanatisme, accusation ridicule contre un homme que, dans l'ancien régime, on aurait pu regarder comme irréligieux. »
D'autres que Pauline avaient écrit et parlé. Fou-
quier-Tinville l'inculpa cependant avec les motifs suivants :
« Langlois, limonadier à Versailles, est aussi notoirement connu dans cette commune pour son incivisme et son aristocratie. Sa maison était le repaire de tous les royalistes et des gens les plus suspects. On Ta souvent entendu se répandre en propos injurieux contre les membres de la société populaire dans le temps qu'ils demandaient l'anéantissement du tyran. A l'époque où on a planté l'arbre de la liberté au local de l'ancien district, il insulta à cette cérémonie en disant : « On va donc vendre du vin dans cet endroit, car on y plante un bouchon. » Lors de la levée de ses scellés, on y a trouvé une pièce aristocratique en vers intitulée :<(Aux prôneurs de sections )),qui n'estautre chose qu'une infâme diatribe contre la Révolution. »
Le 7 thermidor an II, il passa devant le tribunal révolutionnaire avec ses coaccusés : Vinfray, « ancien garde de Stanislas Xavier » ; la Toufflinière, employé dans l'artillerie ; SevinJ.-B., ancien premier commis de la guerre; Raoul, « fournisseur et contrôleur pour la fourniture des comestibles delà maison des Tantes de Capet, émigré avec elles à Rome, et rentré sous le nom de négociant»; Varennes, ancien capitaine de cavalerie au régiment de Bauffremont; Autié, dit Léonard, employé dans les charrois de rarlillerie. Seuls, Charles Langlois et Vinfray furent acquittés ; les autres furent condamnés à mort et exécutés.
A sa sortie de la Concierçerie, Langlois revint à Versailles. Il demanda des subsides au comité des secours, « ses facultés ayant été absorbées par une aussi longue détention w.La municipalité de Versailles fournit d'excellents certificats, mais le comité, sur le rapport de R. Ducos, « passa à l'ordre du jour » et renvoya le pétitionnaire « à se pourvoir auprès de sa commune pour participer aux secours communs ». Obtint-il ces secours ? Des rentrées inespérées lui vinrent-elles ? [\emonta-t-il son comm.erce et retrouval-il des ressources? Tout cela est probable, mais nous n'avons pas de données certaines sur ce point. Peu importe, d'ailleurs. Quand vint le Directoire et son besoin de fêtes, de lieux de plaisirs et de réunion, Charles Langlois, qui voyait l'Elysée transformé en hôtel garni et ses jardins changés en guinguettes; Bagatelle devenir aussi un centre de plaisirs et un café, eut une idée qu'on dut trouver admirable autour de lui.
A deux pas, un local superbe, le petit Trianon, s'offrait à sa spéculation ; les pièces, coquettes et peu abîmées, s'ouvraient sur d'admirables terrasses, et non loin, dans les allées capricieuses du jardin anglo-chinois, toutes les pittoresques constructions du hameau de Marie-Antoinette se prêtaient à merveille à de fructueuses opérations.
Il loua le petit Trianon, et, comme il ne voulait ou ne pouvait en assurer seul l'exploitation, il le sousloua à un nommé Brunet pour cinq mois, du i^r floréal au 3o thermidor an IX, en se réservant certains droits.
Il lui céda, d'après le bail, « dans le château du petit Trianon, l'appartement de la reine, l'appartement du roi, trois chambres au-dessus; l'appartement dit Bonnefoy et les chambres des femmes, donnant sur l'avenue; une écurie, une remise, une pièce pour serrer le fourrage, la cuisine qui est sous le château, le garde-manger, l'ofâce, trois caves ; deux salles par en bas et un salon donnant sur le jardin ».
Langlois conservait la jouissance du « boudoir de la reine, ses deux cabinets de garde-robe » et celle d'une partie de la cave « qui donne sur le palier de l'escalier ».
Il laissait à Brunet « tous les ustensiles de cuisine qui s'y trouvent, ainsi que la verrerie, la faïence, bouteilles, chantier, tables et autres objets » à lui appartenant; ce qui prouve que Langlois avait commencé l'exploitation du petit Trianon, ou, tout au moins, l'avait meublé à cet effet. Brunet reconnaissait que tout était en bon état, « tant par la fermeture que papier de tentures, que le marbre des cheminées », sauf « dans l'appartement du roi où il y a un chambranle de mutilé ».
Le prix du bail et de la location du mobilier n'était
point très élevé, « i.ooo livres pour cinq mois, pour faire audit petit Trianon Fétat de restaurateur, et louer les appartements g-arnis », — douze ans après que Marie-Antoinette l'avait habité pour la dernière fois!
En homme pratique, Langlois se faisait garantir par son bail « tous les jours son dîner, savoir : le potag'e et deux plats, et du vin... Le soir, une demi-bouteille de vin et un petit morceau ». Il avait, en outre, le droit d'amener, sans payer, un invité avec lui. De plus, sur chaque personne « venant manger » chez Brunet, et entrant au jardin, il prélevait la somme de 12 sous, car il n'avait pas aliéné l'usage des jardins. « Il ne pourra entrer aucun individu dans le jardin, est-il dit dans l'acte, que du consentement du citoyen Langlois », et ce consentement c'est un droit d'entrée, le grimoire stipulant que « toutes personnes seront tenues de payer tous les jours » pour pénétrer dans le jardin « ou s'abonneront ».
Durant cette exploitation, Langlois eut de nombreux visiteurs. Il en fat quelques-uns d'illustres.
L'ambassadeur de Russie y fit un séjour assez prolongé ; puis il eut des hôtes officiels. Le 3o messidor an IX, Goulard, « directeur national du domaine national de Versailles et dépendances », avisa le «locataire du petit Trianon » que le ministre de l'Intérieur lui ayant adressé « Son Eminence le cardinal Consalvi et Monsieur le comte Braschi », il lui enjoignait de « lui donner tous les moyens de voir en détail l'inté-
rieur des apparlemens du petit Trianon et les jardins ». Consalvi et Brasclii n'étaient pas des clients pour Lançlois. D'ailleurs, le temps n'était pas éloigné où tout « le domaine national » allait redevenir le domaine de la couronne impériale.
Les appartements que Lang-lois s'était réservés, il les louait à son tour, faisant ainsi concurrence à Bninet ; il les louait fort cher et les étrangers qui trouvaient ses prix excessifs firent quelquefois appel à la justice pour les modérer. C'est ainsi qu'il advint avec un Anglais qui a conté lui-même sa mésaventure (i). Il fut d'abord émerveillé du logis qu'on lui donna :
« Nous dinâmes, dit-il, dans une petite chambre, qui était le boudoir de la reine (c'est donc bien de l'appartement demeuré en propre à Langlois qu'il s'asrit et c'est bien à lui qu'il eut affaire, bien que son nom ne fut pas prononcé), jouxtant immédiatement sa chambre à coucher. Elle est maintenant tout à fait dépouillée de son splendide ameublement d'autrefois, et n'a plus rien du palais que le nom ; en même temps, elle est extrêmement jolie... Nous dinâmes au Pelil- Trianon et nous y couchâmes; la chambre qui m'échut en partage était celle que l'infortuné Louis XVI occupait jadis, et la clef de la porte avait une étiquette
(i) Ce récit est extrait d'un livre paru en i8o3 sous ce titre Esquisse grossière du Paris moderne ou Lettres sur la société, les mœurs, les curiosités publiques, les amusements dans cette capitale et que M. Fierre-Gauthiez a analysé dans un article de l'Echo de Paris du 16 juillet 1910 après que cette étude était écrite et imprimée.
attachée à son anneau sur laquelle on pouvait encore déchiffrer, bien que les lettres fussent à demi effacées, les mots : « appartements du roy. »
Quand vint le moment de régler, on lui fit présenter par la fille de l'hôtelière, « une fort jolie personne )> (serait-ce Pauline Langlois?),une note fort élevée qui se décomposait ainsi : « trois appartements de maître : 36 fr. ; boug-ie, 6 fr. ; bois, 9 fr. ; quatre lits de domestique, 12 fr. : total, 63 fr. L'Anglais poussa les hauts cris; l'hôte refusa de rien rabattre; on alla devant le juge de paix de Versailles, qui modéra l'addition et la réduisit à 36 fr.
Langlois mourut avant le retour des Bourbons ; mais son fils, celui-là même qui, en l'an II, « servait dans un bataillon de Paris », se souvint en 18 19 que son père avait été « fourrier des Ecuries de Monsieur » et que Monsieur était devenu Louis XVIII.
Il adressa au duc de Berry une supplique, dans laquelle il rappelait que son père n'avait point été remboursé de sa charge et qu'il n'avait point été payé des deux premières années de son traitement. Il ajoutait : (( Sa fidélité envers le feu roi et son inviolable attachement aux princes de son auguste famille lui firent éprouver toutes sortes de persécutions de la part des révolutionnaires, ayant été incarcéré pendant cirifi
mois et demi dans les prisons de l'infâme tribunal, aux jug-ements iniques duquel il n'échappa que par le sacrifice de tout ce qu'il possédait. »
C'était oublier un peu vite le mémoire au tribunal révolutionnaire, dans lequel son père alig-nait avec une si parfaite sérénité la liste de tous les gages qu'il avait donnés à la république.
En conséquence de cette fidélité, « sa mère ne jouissant d'aucune pension de Sa Majesté », il sollicitait un des deux emplois de garde-chasses à cheval des forêts royales, vacants alors.
On ne fit sans doute aucune enquête, et si le fils Langlois n'eut pas la charge qu'il rêvait d'avoir, du moins sa mère, lé 16 avril 181 9, reçut-elle du comte de Pradel, « directeur général, ayant le portefeuille du roi », l'avis de l'octroi d'une pension viagère de 5oo francs, à dater du i" avril de la même année.
La Fontaine n'a-t-il pas dit :
En toute chose, il faut coasidérer la fin '?
LAMENNAIS ET M^e CLEMENT
Une femme qui a beaucoup connu et beaucoup aimé Lamennais, M"e Adélaïde Yemeniz, confiait au comte de Montalembert en parlant de son ami : « Un témolg-nage d'affection lui fait un indicible bien ; si vous saviez combien il est sensible à l'attachement qu'on lui porte ! » Une lecture même s uperficielle de sa correspondance prouve à quel point M™" Yemeniz avait vu juste : par là s'explique combien Tâme inquiète ettendredea Féli » rechercha, sans arrière-pensée — admettons-le, quoi qu'en ait dit Bérang-er — les amitiés féminines. Celle qu'il noua avec M"e Clément est une des dernières contractées par Lamennais que l'on puisse citer (i).
M™«Z. Clément nous est connue par quelques lettres de Bérang-er et surtout par un petit opuscule de souvenirs que le pasteur Napoléon Peyrat publia sans le sig-ner, il y a quarante-huit ans, sous le titre; Béranger et Lamennais.
(i) Une partie des lettres qu'ils échangèrent a été publiée par M. Christian 'MaTéiihail Aa.n?,\a Revue d'Histoire littéraire de la France (avriljuin 1900) d'après le manuscrit SsSa de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, où elles avaient été déposées en 1878.
Celles qu'on va lire sont inédites ; elles vont de février iSSg à juillet i85o et comblent ainsi la lacune du recueil de la Bibliothèque Sainte- Geneviève.
On aura ainsi, par la publ ication de M. Maréchal et par la nôtre, l'histoire à peu près complète des relations entre Lamennais et M™' Clément dont le nom, dans la liste de ses amitiés féminines, vient s'ajouter à ceux de M'''' de Cornulier-Lucinière, de M"<= de Trémereuc, de ]\[mc Yemeniz, de M""= Lacan, puis baronne Cottu.
C'était une femme d'une santé délicate, d'un tempérament frêle, qui, mariée à un homme fortoccupé, ne pouvait dirig-er l'éducation de son fils unique Charles.
Par l'intermédiaire de Béranger, de Sainte-Beuve et de F. Denis, Peyrat entra comme précepteur dans la famille. La santé de M™® Clément exigeait de fréquents déplacements, soit aux environs de Paris, soit dans le Midi ; Peyrat l'accompagnait avec son élève. Dans la belle saison, elle habitait Paris et donnait des dîners littéraires. La Fayette était un de ses amis et c'est àsa table que Peyrat vit réunis Lamennais, Mignet, Ampère, Mauguin et Charles Didier. C'est de juillet i836 que datent les relations entre la famille Clément et Lamennais ; à partir de cette date, l'intimité s'établit avec M^^^ Clément. Les Clément demeuraient 10, rue d'Alger; Lamennais vint habiter au coin de la rue du Vingt-neuf-Juillet et de la rue de Rivoli. Comme il souffrit toute la vie de la solitude, il adopta le ménage comme une seconde famille. En 1887, il s'installa avec eux au château de Frescu, près de Sézanne (Marne).
« Il se levait, raconte Peyrat, après le soleil, écrivait jusqu'au déjeuner, et c'était là son meilleur travail, et puis reprenait son labeur jusqu'à cinq heures, où nous dînions. Il mangeait solidement ; il est vrai que, dépourvu de dents, il ne faisait que sucer les viandes dont il rejetait les détritus par petits pelotons. Il aimait les viandes fortes, les vins chaleureux, les épices brûlantes... Tous les jours, après le déjeuner, il faisait un tour dans le parc. Avec sa toque noire et sa longue robe brune, chamarrée de rouge, on eût pris ce petit vieillard décharné pour un magicien, un descendant de Merlin, l'enchanteur breton, ou l'époux de quel- (jue fée armoricaine. »
M™^ Clément, ainsi que le confiait Béranger à Benoît-
Ghampy (12 juin 1887), était « une femme très bonne ». II prévoyait qu'elle se ferait « un bonheur d'entourer Lamennais de soins qu'une femme seule sait donner », et celui-ci en avait le plus g-rand besoin. Mais Lamennais était une natire soupçonneuse : « La moindre gêne inquiétait son amour d'indépendance », comme Bérang-er le mandait à Pejrat (9 juillet 1887) .
Elle comblait Lamennais « de soins en quelque sorte re.ig-ieux », suivant l'expression dePeyrat, et s'affligeait de son caractère mobile, défiant et ombrag-eux. Elle confia sa ^eine à Bérang-er et lui demanda conseil. Béranger répond de Tours à M""* Clément une fort belle lettre, le 28 juillet 1887, où il excusait, par avance, les inconséquences possibles de son ami : « Gomment pouvez-vous croire, Madame, qu'il ne soit profondément touché de voir les soins que vous prenez de son bonheur? Vous ne connaissez donc pas encore bien cette âme si aimante et si relig-ieuse ? Le conseil que N. (Peyrat) vous a transmis ne m'a été inspiré que parce que je sais combien souvent les personnes même les plus disting-uées de votre sexe oublient les oblig^ations qu'un homme de la trempe de Lamennais a à remplir ici-bas. Il a reçu de Dieu, Madame, une mission qui exig-e de g-rands travaux, un dévouernent sans bornes et qui doit maintes fois le plong-er dans des préoccupations qui l'arrachent aux charmes du monde et que ses amis ne doivent jamais troubler, qu'ils doivent môme respecter plus que d'autres. Tout cela, vous vous l'êtes dit. Madame, et pourtant vous parais, sez vous effrayer d'une froideur apparente qui n'est sans doute que le signe du travail Intérieur des pensées qui le saisissent. Mais, j'en suis sûr aussi, vous vous habituerez aux mouvements irréguliers de celte grande machine qu'on appelle Génie et vous finirez par vous réjouir de ce qui vous
afflig-e aujourd'hui, en pensant que tout cela est de la g-loire pour votre respectable ami. »
Lorsque Lamennais quitta Frescu pour le Faîte, en Bourg-og-nc, où il passa l'automne chez M™* Champy-Boiserand, les relations étaient des plus cordiales. Pendant tout le mois de septembre, les lettres qu'il adresse à .M"^ Clément sont pleines d'entrain et d'affection : il sig-no « pour la vie ; tout à vous ; croyez à mon affection aussi tendre qu'inaltérable ». Il forme mille projets : les Clément doivent louer un hôtel aux Champs-Elysées ; Lamenna\s habitera avec eux ; « il me tarde, écrit-il, le 8 septembre 1887. que nous y soyons établis afin d'être près de vous et de me remettre à mon travail^ qui est fort en retard. »
Brusquement, le 3o septembre 1887, alléguant son manque d'argent dans une lettre fort digne, il reprend sa parole et déclare ne pouvoir plus accepter de log-er chez les Clément. Peyrat, qui trouve son refus « exprimé sans explication, sans ménagement et d'une dureté farouche » et qui mande la « rupture » à Déranger, paraît s'être mépris. Le poète lui répond en rééditant sa théorie des génies et en ajoutant : « Ce sont les oiseaux les plus capricieux du monde. Lorsqu'on les croit bien apprivoisés, ils échappent... Je n'en plains pas moins vos hôtes qui n'ont eu que le tort d'être trop bons. Tâchez pourtant qu'ils n'en perdent pas l'habitude. »
Les lettres de Lamennais du début de i838, si elles sont plus froides, moins tendres que les précédentes, ne trahissent pas du tout la rupture et d'ailleurs les relations reprirent bientôt aussi amicales que par le passé.
Le solitaire mena alors la vie errante qui convenait à son caractère inquiet ; en décembre i838, il quitte le logement qu'il occupait pour vivre en chambre garnie ; en 1889,
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