‹ Études et portraits d'autrefoisChapitre 7 sur 20 · DUPUY · texte numérisé non relu

DUPUY

On 'fit droit a cette demande ; et Dupuy, demeurant à la tête de la fameuse 82', fut cantonné à Milan, où il commandait la place.

C'est là qu'ainsi que tous les autres régiments de l'armée la célèbre demi-brigade reçut le i4 juillet 1797 le drapeau, portant la parole historique dont Bonaparte l'avait honorée : « J'étais tranquille, la brave 32« était là );.

Dupuy s'en montra très fier ; il voulut qu'à ses frais la cravate du drapeau de sou régiment fût plus étoffée et aifectât la forme de cocarde, ornée « de franges en graine d'épinard et nœuds de riche cordelière », disant « que, les drapeaux étant l'honneur d'un corps, ils ne sauraient être ni assez riches ni assez décorés ».

LE GENERAL DOMINIQUE DUPUY QO

Il fit répéter la glorieuse inscription sur tous les fanions des bataillons et lorsqu'il quitta la 82®, il les emporta. Ils ont été réunis en un seul morceau conservé dans sa famille et figurèrent à l'exposition militaire rétrospective de igoooùjSurle blanc de l'étoffe, on put lire, non sans émotion, ces mots si souvent cités :

« J'étois tranquille. La Brave 82® étoit Là. Bataille de Lonnato. »

A la bataille de Bivoli, la 82® soutint sa vieille réputation, et Dupuy s'y conduisit en brave. Bonaparte, dans le choix qu'il fit des troupes qu'il emmenait en Eg-3'pte, n'oublia ni Dupuy, ni la 82® demi-brigade.

A la bataille des Pyramides, à son ordinaire, il fit des prodig"es de valeur, et le lendemain, pour la troisième fois, il fut nommé g'énéral de brigade et gouverneur du Caire (11 thermidor an VI, 19 juillet 1798), et commandant d'un corps de troupes turques de cinq compagnies. « Cette place était trop belle pour moi, écrit-il à son ami Carlo, pour que je puisse refuser le nouveau grade que Bonnaparté m'a offert, w

Cette lettre débute par un intéressant résumé de la part qu'il prit aux combats de l'expédition.

Sur terre comme sur mer, en Europe comme en Afrique, dit-il, je suis sur les épines. Oui, mon cher, à l'arrivée devant Malte, je fus en prendre possession et détruire la chevalerie. A notre arrivée à Alexandrie et après l'avoir prise d'assaut, je fus nommé commandant de la place. Au-

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jourd'hui après vingt jours d'une marche des plus pénibles, dans les déserts, nous sommes arrivés au grand Kaire. Cependant après avoir battu les Mamelucks, c'est-à-dire après les avoir rais en fuite, car ils ne sont pas dig-nes de notre colère, me voilà donc, mon ami, revêtu d'une nouvelle dignité que je n'ai pu refuser. . . La conduite de la brigade à l'affaire des Pyramides est unique. Elle seule a détruit 4ooo Mamelucks à cheval, pris lio pièces de canon (|ui étaient en batterie, tous leurs retranchemeuls, leurs magnifiques chevaux, leurs riches bagages, puisqu'il n'est pas de soldat qui n'ait loo louis sans exagérer et il y en a plusieurs qui en ontôoo.

Et il lui dépeint en termes de romance sa nouvelle situation, en même temps qu'il nous révèle le commencement d'un roman d'amour avec une ligurienne.

J'occupe aujourd'huy le plus beau sérail du Caire : celui de la sultane favorite d'Hibrahlm-Bey, Soudan d'Egipte. J'occupe son palais enchanté et je respecte au milieu de ses niniphesla promesse que j'ai faite à ma bonne amie d'IIeurope. Ouy, je n'y ai pas fait une infidélité et j'espère que cela tiendra.

Cette ville est abominable. Les rues y respirent la peste par leurs immondices. Le peuple est affreux et abruti. Je prends de la peine comme un cheval et ne puis encore parvenir à me reconnaître dans cette immense cité plus grande que Paris, mais bien différente. Ah ! qu'il me larde de revoir la Ligurie. Oui, mon cher, quoique j'aie beaucoup d'agrément, que rien ne me manque, où sont mes amis, où est larespectable Marina! Je pleure sur noti'e séparation, mais espère que bientôt je serai auprès, oui bientôt, car je m'ennuie diablement d'auprès d'eux.

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Notre passage du désert et nos diverses batailles ne nous ont presque rien coûté. L'armée se portebien ; on l'habille dans ce moment et je ne sais pas où j'irai. Enfin, nous sommes prêts... Adieu mon bon ami, croyez-moi pour la vie le plus dévoué de vos amis.

Dupuy n'avait que quelques jours à jouir de « ce palais enchanté » et il ne devait plus revoir Marina.

Le 4' jour complémentaire de l'an VI (20 septembre 1798), Bonaparte, avisé que Mourad-Bej avait essayé de nouer des intellig-ences dans la place, fit faire par Dupuy des perquisitions au Caire et ordonna des arrestations. Sur l'ordre du général en chef, la femme d'Osman-bey fut condamnée à verser 10.000 talari et à demeurer en prison jusqu'à leur complet payement. Dupuy était chargé de l'exécution de cet ordre.

Les mesures de rigueur que prenait le général en chef, c'était à Dupuy qu'incombait le soin de les exécuter; c'est lui qui dut faire connaître à l'aga que Bonaparte était « très mécontent des propos que l'on tient dans la ville contre les Français » ; c'est lui qui dût faire couper la tête aux espions saisis et la faire promener dans la ville « avec un écriteau, pour faire connaître que ce sont des espions du pays »,

Aussi lorsque, le 3o vendémiaire an VII (3o octobre 1798), une sédition éclata au Caire, Dupuy fut la victime désignée aux fureurs de la populace. Les maisons des Français furent pillées ; les membres de la

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commission des Arts, assiégés dans leurs log'is, se défendaient mal contre une émeute qui menaçait d'être terrible ; les rues étaient barricadées.

A la première nouvelle du mouvement, Dupuy mil sur pied plusieurs détachements et prit le commandement des troupes, accompag-né d'un aide de camp, d'un interprète et de quinze drag^ons. Il arriva jusqu'à la rue des Vénitiens et essaya de haranguer la foule. On ne l'écouta pas. Un policier turc tira alors un coup de fusil. Aussitôt le peuple, mis en fureur, se rua sur Dupuy. Avec son escorte, il le chargea et s'ouvrit un passage. Mais au momentoù il tendait la main à son aide de camp qui venait d'être désarçonné, un Arabe le frappa d'un coup de lance au-dessous de l'aisselle gauche. Le fer coupa l'artère et Dupuy tomba baigné dans son sang. On le transporta dans la maison de Junot, où il mourut huit minutes après.

En apprenant sa mort, Bonaparte s'écria, dit-on : rt J'ai perdu un ami, l'armée un brave, et la France un de ses plus généreux défenseurs. » En tout cas, il écrivit au Directoire : « L'armée sent vivement la perte du général Dupuy, que les hasards de la guerre avaient respecté dans cent occasions. » Il donna son nom à l'un des forts du Caire et montra par la suite qu'il ne l'avait point oublié.

La nouvelle de sa mort parvint assez vite en France. Ses trois sœurs, Dupuy-Gailhard, Dupuy-Dorliac, Dupuy-Bringuet, mères de sept enfants, écrivirent au

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Directoire, le 28 pluviôse an VII, la lettre suivante :

Citoyens Directeurs,

Les trois sœurs du citoyen Dominique Martin Diipuy, chef de la 82' demi-brig-ade d'infanterie de bataille, parti en cette qualité avec son corps sous le commandement du g"énéral Buonaparte pour l'expédition de Malte, d'où en Egypte, où il a été promu au g^rade de g"énéral et nommé au commandement de la ville du Caire a été désig"né sur divers papiers publics comme ayant été victime d'une insurrection qui a eu lieu vers la fin de vendémiaire dernier dans la susdite ville du Caire. Nous ne savons inen de positif sur le sort de notre frère qui nous est très cher sous le double rapport de la nature et de son dévouement à la défense de la patrie et de la liberté.

... Nous avons perdu depuis que notre frère est reparti pour l'armée notre père et par conséquent le sien, étant héritiers ég-aux de sa petite fortune, nous n'avons pas cru devoir la partager jusqu'à son retour.

L'intérêt qui les guidait n'avait point de part à l'émotion que ressentait la vieille mère de Dupuy, qui demeurait à Toulouse, rue de la Pomme, n° i48, et ne voulait pas croire que son fils ne fût plus.

Le 7 frimaire an VIII, elle demanda la vérité au ministre, disant :

Sy je n'ai peu répandre aucune larme sur sa tombe je ne discontinuerai pas d'en arroser le sein qui l'a nourri et le berceau qui l'a vu naître.

La nouvelle n'était que trop vraie : on la notifia officiellement à la famille.

Un arrêté des consuls ordonna l'érection à Toulouse d'un monument à Dupuy par un décret ainsi libellé :

Considérant que le chef de brig'ade Dupuy a commandé pendant cinq campagnes la 82' demi-brig-ade qui, dans chaque bataille où elle a donné, a décidé la victoire par sa bravojre. une colonne de g-ranit sera élevée au milieu de la place de Toulouse et portera l'inscription : « A Dupuy et aux braves de la 32^ demi-brig-ade morts au chamd d'honneur. »

Enfin, Napoléon, par un décret donné « à son palais impérial de Toulouse, le :29 janvier 1808 », accorda à la mère du général une pension viag^ère de trois mille francs.

La pension fut payée durant son règ'ne, mais le monument qu'il avait consacré à sa gloire ne fut élevé que dans les premières années du règne de Louis-Philippe, tardif mais juste hommage à la mémoire d'un homme, qui fut un brave.

LES AÉROSTIERS DE Lk REPUBLIQUE ]

LES AÉROSTIERS DE LA RÉPUBLIQUE (i)

Après avoir jeté les Volontaires aux frontières, converti le bronze des cloches en canons, le plomb des faîtages en balles ; après avoir arraché le salpêtre nécessaire à la poudre aux vieux murs, aiix voûtes des caves humides ; après avoir mobilisé pour la défense du sol de la patrie tous les savants de la République, siégeant en commissions permanentes et travaillant sans relâche dans des laboratoires, la Convention demanda aux éléments mêmes une aide contre l'étranger. Pour un peu, elle eût ravi la foudre au ciel pour la lancer contre l'envahisseur.

Une science nouvelle était née dans les dernières années du règne de Louis XYI : celle del'aérostation; on s'était engoué pour elle. Montgolfier, Pilâtre de Rozier, Charles, Robert, Blanchard avaient été les protagonistes fêtés d'une découverte, dont la mode s'empara. Des esprits fertiles et d'habiles plaisantins profitèrent de l'engouement général pour lancer les

(i) BiRLioGaAPiiiErArch.nat. A. F^i , nao.etc, AvLARD,Iiecueil des actes du Comité de Salut public ; Bauon de Selle de Beacchamp, Souvenirs de la fin du xviu" siècle ; Dagonbau, Notice sur Coutelle. Bulletin de la Société des lettres du Mans, t. II : Darboux, Notice sur le général Meusnier: Cazalas. Sabrelache, 190g.

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idées les plus saugrenues qu'on accueillit sans sourciller: les uns préconisaient <( une dilig^ence aérienne » ; les autres, comme Blanchard, qui se contenta de lexposer, mais ne l'expérimenta jamais, construisirent une machine à voler.

Dans le domaine de la pratique, les ascensions avaient été assez nombreuses, assez coordonnées, assez étudiées, pour qu'on pût, scientifiquement, songer à tirer parti des ballons pour sauver la Patrie en danger. En l'an II, une commission fut nommée pour rechercher de quelle utilité ils pourraient être aux armées en campag-ne. Elle se composait de Monge, de Berthollet, de Fourcroy et de Gu yton de Morveau ; ce dernier, passionné pour les nouveautés aérostaliques, en fut le rapporteur.

Guy ton, ancien avocat général au parlement de Dijon, était un chimiste remarquable. Il s'était, comme toute la Bourg-ogne, passionné pour les nouveautés aérostatiques et, par deux fois, en 1788 et en 1784, il avait fait, la dernière fois avec un aérostat à rames, des ascensions libres qui avaient eu le plus grand succès. Il était donc qualifié mieux que personne pour rédig^er les conclusions de la commission. Elles furent d'autant plus favorables que, depuis longtemps, son attention avait été attirée sur l'utilisation des aérostats aux armées. Carnot écrivait, le i5 février 1793, à son ami, Antoine Bussard, un avocat d'Arras qui préconisait ce moyen d'observation en campagne :

LUUIS-lii:iiN A 11 U (,r V|iiX-.\[(il! VEAU Né à Dijon le 4 jaii\ ier 1737.

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