ETUDES E T I‘ O U T R A I T S
lède, qu’un pianiste qui joue la musique des autres !
H y avait pourtant, ce me semble, autre chose à faire : c’était de mettre sous ses pieds ces considérations de parti qui ont tout faussé, tout perdu, tout sali, et qui nous mènent fatalement de l’imbécillité plate à la guerre civile; c’était d’inaugurer, après tant de promiscuités malfaisantes et malpropres, une politique de pacification et d’assainissement, qui réponde enfin aux besoins et aux vœux de la nation ; c’était de rappeler que dans l’esprit de ceux qui l’ont enseignée, qui ont combattu et quelquefois sont morts pour elle, la république est un idéal de paix, de liberté, de justice et d’honneur, et d’opposer cette revanche du bien aux mœurs déshonorées du régime actuel.
Avec une conscience un peu plus haute de ses devoirs, M. Kibot eût formulé ce programme, sans se préoccuper du nombre ni de la qualité de ceux qui devaient l’applaudir ou le condamner. S’il triomphait, c’était pour lui une gloire immortelle, et pour la patrie le salut depuis si longtemps cherché; s il succombait, c’était toujours l’honneur. « Il y a, dit Montaigne, des défaites triomphantes à l’cnvy des victoires » ; mais pour en juger ainsi, il faut mettre à plus haut prix l’orgueil du sacrifice que la jouissance du pouvoir. Ce qui mesure au juste
les hommes d’État, ce n’est point leur façon de conquérir un ministère, mais leur façon de le quitter. Tel n’est pas le souci de M. Ribot. Plutôt que de s’exposer à une sortie honorable, mais qu’il juge prématurée, il s’est assuré, par la concentration républicaine, contre ce genre d’accident, et il a pleinement réussi. Il n’a plus de chute à craindre : au niveau où il est descendu, on ne court plus le risque de tomber.
24 février 1893.