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LES ROIS

S’EN VONTI...

Il y a matière à philosopher longuement dans la révolution qui vient de s’accomplir au Brésil. En France, on a pris l’aventure par son côté plaisant, et l’on s’est extasié sur la prestesse avec laquelle le tour a été joué I Que nous sommes loin des tumultueuses et sanglantes révolutions d’autrefois ! Ici pas de bruit, pas de trouble, pas de lutte, pas d’effusion de sang. On proclame la république à Rio- de- Janeiro avec la même tranquillité que si l’on annonçait un changement dans le spectacle du jour. Personne ne s’y oppose, et personne ne s’en émeut. On fait poliment savoir à l’empereur, qui académisait à quinze lieues de là, qu’il a cessé de plaire : on lui offre

même, paraît-il, une douzaine de millions pour le dédommager du dérangement qu’on lui cause, et on l’embarque pour l’Europe, en s’excusant de la liberté grande. En vérité, ces républicains du Brésil font galamment les choses, et méritent les compliments qui leur sont venus de notre dilettantisme.

Mais je doute que les souverains d’Europe, s’ils sont capables de réfléchir sur leur propre fortune, aient pris aussi gaiement l’aventure. Cette révolution, si lestement accomplie et si facilement acceptée, est pour eux un avertissement autrement sinistre que le memento mori des trappistes. On a beau se dire que le Brésil est trop loin pour que ses agitations aient leur contre-coup chez nous, que les royautés européennes, tirées de la chair même des peuples sur lesquels elles régnent, et consacrées par les siècles, n’ont pas la fragilité de ces empires exotiques, artificiels et fondés d’hier, ce sont là de pauvres raisons qui ne font illusion à personne. Les peuples sont les mêmes partout, et partout ils obéissent aux memes lois. La foi monarchique est morte, et devant les jeunes générations éprises de nouveautés, nos souverains d’Europe jouent le rôle ingrat des vieillards en amour. Ils sont le passé, et l’on se tourne, d’instinct, vers l’avenir.

Begardez autour de nous ! L’Allemagne, toute

puissante qu’elle apparaisse dans son appareil militaire, n’est, en réalité, qu’un anachronisme. Tout est archaïque, factice, éphémère dans son économie présente. Le socialisme la ronge, et l’aventure la menace. L’empire est à la merci d’une guerre malheureuse. Qu’il perde une bataille, il s’effondrera sous le choc, et quatre ou cinq républiques grouilleront sur ses ruines.

En Italie, il n’y a de royalisme qu’en Piémont. Partout ailleurs, c’est l’esprit particulariste ou républicain qui anime la population italienne. La royauté paraît populaire, parce qu’elle est l’instrument servile des passions nationales et des ambitions extravagantes qui affolent en ce moment l’Italie. Mais tout cela n’est qu’une enflure que le moindre insuccès dégonflera, et le trône ne résisterait pas à l’épreuve.

En Espagne, règne une femme admirable qui a réalisé ce miracle de conquérir, elle étrangère, l’âme du peuple espagnol. On l’aime, on la respecte, on l’acclame. Elle continue, dans la mêlée des partis, l’œuvre de relèvement et de réparation qu’avait inaugurée le roi Alphonse XII. Il faut se souvenir de l’abîme de ruine et de honte où l’Espagne avait ' roulé lorsque Don Carlos soulevait les provinces du Nord, que la Commune occupait Carthagène, que la mano negra ravageait l’Andalousie, que toute vie

était suspendue, pour savoir ce que ces quinze années de monarchie représentent de bienfaits. Cependant, la révolution la guette, et il sufïit de l’ambition démesurée d’un Lopez Dominguez ou d’un Cassola pour la replonger dans les horreurs d’où elle est si brillamment sortie.

En Autriche, l’empereur François-Joseph est vénéré de tous ses sujets. Mais ce culte universel ne s’adresse qu’à lui seul. Lorsqu’il aura disparu, il est à prévoir que les conflits de race, chaque jour plus nombreux et plus ardents, qui divisent son empire, se résoudront par une dislocation. Allemands, Hongrois, Tchèques, Slaves, Roumains, Croates se grouperont, suivant leurs aflinités, en principautés indépendantes, ou peut-être en républiques fédératives.

En Angleterre, le loyalisme dynastique se défend mieux, parce que le génie propre du peuple anglais est inaccessible à la griserie des mots et à la piperie des formules. Là, la verroterie révolutionnaire n’éblouit personne. Sa longue pratique de la liberté, son respect inné et orgueilleux de la tradiiion mettent naturellement l’Anglais en garde contre les innovations hasardeuses. Il fait de la politique comme il fait le commerce. Avant d’adopter une opinion, il regarde ce qu’il y a dessous, et son infaillible

bon sens lui révèle que sous la révolution il n’y a que des bêtises. Cependant ses vieilles institutions craquent et s’émiettent; la Chambre des lords se dépopularise à vue d’œil, et devra bientôt disparaître; le suffrage universel arrive à grands pas et les idées de Bradlaugh font des adeptes. Il y aura bientôt si peu de différence entre la république, telle qu’il peut la concevoir, et sa monarchie, et le pas lui paraîtra si court qu’il pourra bien le franchir.

La Russie seule paraît pour longtemps encore à l’abri de ces accidents. Ses peuples ont conservé pour le czar, pontife et roi, le culte mystique des vieux âges, et leur âme restera longtemps encore impénétrable à la propagande insidieuse et dissolvante qui a miné partout ailleurs l’affection et la foi.

Cette évolution démocratique des peuples, qui a pour terme fatal la république universelle, paraît être une loi de l’esprit humain. L’effort des hommes peut l’interrompre ou la précipiter; il ne peut la faire dévier ou la conduire vers d’autres fins. La démocratie est instinctivement niveleuse. L’esprit qui l’anime procède des moins nobles aspirations de l’âme humaine. C’est l’impatience ou l’ennui de toute supériorité, l’envie, la rancune jalouse du passé, la manie égalitaire qui est la revanche des

déshérités, le goût irréfléchi de l’innovation et tous les sophismes et toutes les chimères qui l’entretiennent. Joignez-y Tintrigue des politiciens, des déclassés, des bacheliers, comme on dit au Brésil, des brouillons et des chercheurs de places, et vous comprendrez l’irrésistible poussée des sociétés démocratiques vers la révolution indéfinie.

Il convient d’y joindre l’influence souveraine de l’exemple, et l’exemple vient de chez nous. Certes on doit aux républicains de notre temps la justice de reconnaître qu’ils s’abstiennent de toute propagande au dehors. Les temps sont passés où, dans les banquets démocratiques et dans les journaux, on jetait l’anathème aux trônes, en appelant les peuples à l’émancipation révolutionnaire. Les républicains les plus intempérants font aujourd’hui grâce aux gouvernements étrangers de ces invocations sinistres, et c’est peut-être en France que l’éviction de dom Pedro a été accueillie avec le plus de décence et de discrétion. Mais cette réserve de nos républicains n’a rien ôté à la puissance expansive de la république et à son rayonnement.

M. de Bismarck faisait preuve d’une diplomatie singulièrement bornée et d’une sagesse bien courte lorsqu’il recommandait à son ambassadeur de France, dans les dépêches fameuses révélées par le procès

d’Arnim, de favoriser le maintien de la République parce que la république, disait-il, nous vouait à risolement. Oui, la république nous isolait peutêtre du concert des puissances et permettait à sa haine toujours en éveil de nouer toutes sortes d’alliances contre nous ; mais il ne prenait pas garde que la république pouvait conquérir TAllemagne h son tour. Grœcia capta ferum victorem cepit... Les Allemands sont faits de la même argile que nous, et ils sont moins que nous disposés à s’accommoder longtemps d’une viande aussi creuse que la gloire militaire, surtout depuis qu’elle est devenue le prix de l’outillage et non plus de l’héroïsme. Il n’avait pas prévu que la France, en dépit de la république, se relèverait et reparaîtrait, aux yeux des nations, grande, prospère, puissante, admirée, d’autant plus belle qu’il l’avait plus humiliée, et que la république aurait tout l’honneur et tout le profit de son relèvement.

Il n’avait pas prévu que l’Exposition universelle mettrait le monde en extase devant nous, et cette extase des peuples est une soustraction terrible au prestige des rois. Si l’on me disait que c’est l’Exposition française qui a déterminé la révolution du Brésil, je n’y ferais pas d’objection. Depuis les grandes guerres de la république et de l’Empire,

l’Exposition est le plus puissant appel qu’on ait jamais adressé à la révolution. Tous les milliers d’étrangers qui sont accourus la visiter s’en sont retournés éblouis, troublés, déjà républicains ou tout prêts à le devenir, lis n’ont pas aperçu ce que cet éblouissant décor masquait de misères ; ils n’ont pas réfléchi que les seules choses qui méritent d’être admirées chez nous sont l’œuvre du génie français et que la république n’a point de part dans la production de ces merveilles; ils ont jugé de la France par son enseigne, et c’est l’enseigne qui leur a fait l’âme républicaine !

Je constate ces fatalités sans parti pris. Je ne suis républicain ni par principe ni par réflexion. Je tiens la république pour un système de gouvernement inférieur, dans sa théorie comme dans sa pratique, et je déplore que la démocratie contemporaine n’ait pas assez de clairvoyance et de vigueur dans l’esprit pour se garder du sophisme républicain. La république est ainsi faite que ses vices constituent sa propre essence et qu’elle ne pourrait les perdre sans cesser d’être. Ces vices, c’est son instabilité constitutionnelle, c’est le renouvellement périodique de ses pouvoirs, c’est cette mobilité incessante qui, sous couleur de satisfaire aux exigences changeantes de l’opinion, n’est, en réalité, qu’une prime offerte à

l’intrigue électorale, au charlatanisme et à l’agitation.

Il y a pour les sociétés, comme pour les individus,

un avantage immense à placer leurs destinées sous

la garde d’une force qui ne change jamais, qui

assure à l’existence nation^le^^* bienfait

sans lequel la vie des /peuples ÿi’est qÜ/mae série

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continuité dans l’action. Ê’esx fa pxécisément 5a ‘fonction monarchique par ^^celléiice. Elle rgE^^d et suffît à tout. Il n’est pas^ne liberté, p5L^'7‘un progrès, pas un droit qui ne soiV^tomj^tiBJja^Yec elle^'< et sans elle il n’est rien qui demeure et ^:^'Jdtire.

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La place qu’elle occupe, le rôle qu’elle respect qui l’entoure sont une défense permanente contre l’un des pires fléaux qiiî tf^fis éprouver un peuple : je veux dire la briguà«d^ ticiens. Lorsqu’elle a disparu, la politique n’eèt qu’un champ livré à l’aventure, à l’accident, aux sophismes, aux chimères, aux appétits, et Dieu sait ce qu’il en résulte I

Malheureusement, cette politique comparative a plus de valeur que de succès. On ne l’enseigne plus guère et on la goûte encore moins. La mode est aux nouveautés. Ne voit-on pas, dans les provinces les plus reculées et jusqu’ici les plus originales,

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l’habitant rejeter le costume traditionnel des aïeux, aux formes pittoresques, aux couleurs éclatantes, pour endosser le paletot uniforme et coiffer le chapeau noir? Il est plus laid ainsi, lourd, emprunté, banal, sans physionomie et sans tournure. Mais il est l’égal des plus huppés de sa commune, et cette vaniteuse jouissance lui fait oublier ce qu’il perd en aisance et en grâce. Il semble que le costume national soit la livrée du passé, et il a hâte d’afïîcher son affranchissement.

C’est ainsi que nous dépouillons peu à peu l’esprit et les mœurs des vieilles générations pour nous conformer à la loi brutale du progrès. Nous sentons vieillir nos croyances à mesure que les temps s’écoulent.

Tempora mutantui\ et nos mutamur in illis.

Les institutions qui ont été pendant une série de siècles l’honneur et la sauvegarde des peuples deviennent caduques et tombent en poussière, non parce qu’elles valent moins que l’empirisme qui leur succède, mais parce qu’on n’a plus au cœur l’affection et la foi qui les nourrissent. Et c’est pour cela que les trônes s’effondrent et que les rois s’en vont. Ce que gagneront les peuples à les remplacer

par des bacheliers, comme au Brésil, par des avocats, des journalistes ou des médecins, comme chez nous, je l’ignore. Mais l’expérience est fatale et elle s’achèvera partout. Peut-être, après tout, faut-il que les monarchies aient disparu de la surface de la terre pour que les sociétés commencent à reconnaître l’utilité et la grandeur de leur fonction.

26 novembre 1889.

Vous souvient-il de vous être échauffe jadis pour la conquête des « franchises municipales » ? C’était au temps déjà lointain de l’Empire, alors que le pays, crevant de santé et las d’une sécurité trop monotone, commençait à s’éprendre des balivernes variées que M. Thiers appelait « les libertés nécessaires ». M. Haussmann, à lui tout seul, transfigurait Paris, sans rendre compte à personne de l’œuvre qu’il accomplissait. L’œuvre, à vrai dire, était bonne et magistralement dirigée : peu d’hommes en ce siècle auront • laissé derrière eux une gloire plus solide, fondée sur un pareil labeur. Mais Paris enrichi et paré par cette main puissante, comblé d’espace,

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d’air pur et de soleil, regimbait contre les bienfaits qui lui venaient d’un maître. Cette autocratie insolente, qui ne prenait conseil que d’elle- même, exaspérait ses aspirations nouvelles. Il voulait être le dispensateur de ses propres jouissances et, comme premier terme de son émancipation, il réclamait le droit d’élire son Conseil municipal.

C’est le châtiment des républicains devenus les maîtres du pouvoir de se voir contraints d’appliquer les sottises qu’ils traitaient en principes, du temps qu’ils n’étaient encore qu’une opposition irréfléchie et tapageuse, sans crédit et sans espoir. Ils seraient plus à l’aise au gouvernement, s’ils avaient été moins téméraires dans l’opposition. Mais si légers de scrupules qu’ils nous apparaissent, leur passé les oblige, et au premier rang de ces servitudes de parti se trouve la religion de Paris. Paris était jadis leur forteresse, la ville d’élection, le temple de toutes les vertus civiques, le foyer rayonnant de l’idée, le cerveau de la France, et quelques-uns ne laissaient pas d’ajouter : le cerveau du monde. La réaction pouvait occuper le reste ; mais le reste n’était que routine, ignorance et frivolité. On ne régnait qu’à Paris, et ceux qui possédaient Paris pouvaient se vanter d’être les prophètes élus de la patrie.

Ce fut notamment une des plus lyriques turlutaînes de Victor Hugo de célébrer en strophes échevelées la Ville-Lumière, de prêter à Paris son propre cerveau, et d’enseigner au peuple qu’à Paris était réservé l’honneur de purger la terre de toutes les tyrannies, parce qu’il était l’autel universel d’où venait toute lumière et toute vérité. Et les écornifleurs politiques traduisaient en prose électorale cette apocalyse parisienne. Car tous rêvaient d’être conseillers municipaux, députés et ministres, et il leur fallait conquérir la faveur populaire pour donner vent à leurs ambitions. Ce que Paris a fait éclore de ces dentistes est incalculable. Quiconque était candidat à quelque chose se croyait obligé de traiter l’électeur parisien en depii-dieu, et cette flagornerie durerait encore si l’idole saturée d’encens n’avait eu, un beau matin, la fantaisie inattendue de se jeter dans les bras de Boulanger.

Ah I l’on déchanta le lendemain, et ce fut un spectacle franchement comique que de voir avec quelle désinvolture les journaux orthodoxes rattrapaient leurs dithyrambes. Cette population d’élite passait du coup à l’état d’écume, et on lui signifiait durement que les temps étaient loin où Paris pouvait se flatter de faire la loi partout. On rajeunissait les anathèmes des prophètes bibliques contre

Israël vendu aux faux dieux, et la Ville-Lumière ne fut plus qu’une ville de camelote et de camelots.

Je n’aurais que peu de chose à redire à ce jugement, s’il était l’expression d’une justice impartiale et réfléchie, et non pas seulement un cri de dépit. Rien n’est, en somme, plus immérité et plus absurde que la longue adulation dont Paris a bénéficié, jusqu’à son pronunciamiento boulangiste. Rien n’est plus choquant que le sophisme si longuement entretenu par les politiciens, qui consistait à faire de Paris la ville d’élection de l’esprit humain, et du peuple de Paris le premier peuple du monde. S’il y avait une échelle pour mesurer l’esprit et le caractère d’un peuple, la population parisienne, prise dans sa collectivité, y occuperait le dernier échelon. Ce qui est vrai, c’est que Paris est un centre intellectuel, un centre rayonnant comme le furent autrefois Athènes et Rome. Mais ce n’est pas à sa population qu’il faut faire hommage de cette gloire. Elle en serait plutôt l’étouffoir, si l’esprit pouvait être étouffé.

Il y a quelques centaines d’hommes d’élite, de génies divers qui constituent, en se rapprochant, et alimentent mutuellement ce foyer lumineux qui fait que Paris s’élève et brille comme un phare au-dessus des sociétés. Ils sont venus de tous les points de la

France : Paris est le creuset magique où leur esprit a pris sa forme définitive et sa splendeur. Leur action rayonne sur les deux millions d’hommes qui les entourent, mais elle ne les pénètre pas. Il n’est pas d’ignorant ou d’imbécile que le voisinage d’un homme de génie ait guéri de son ignorance et de son imbécillité. Paris est la Ville-Lumière, si l’on tient à cette appellation : seulement cette lumière n’a jamais éclairé d’une lueur particulière l’esprit de sa population.

A parler net, le Parisien, dans son ensemble, est le bipède le plus absurde qu’il y ait en France. Sa bêtise n’est pas simple, elle est superposée. Elle se complique de toutes les incongruités politiques, philosophiques, scientifiques et banales qui hantent les esprits mal équilibrés. Le cerveau du Parisien est ouvert à toutes les folies ; il n’est pas d’idée fausse qui ne trouve à s’y accrocher et n’y fructifie. 11 n’a pas l’ignorance simple et naïve de l’homme de la campagne ; il a le faux savoir, il ale sophisme, il a la présomption, il a la vanité des gens qui prétendent enseigner ce qu’ils n’ont jamais appris.

Paris est l’exutoire delà province. Pour un homme d’esprit solide et de valeur réelle qui vient y prendre sa place, il y entre des milliers d’esprits insuffisants, brouillons, difformes, extravagants, incapables de

s’accommoder de la vie étroite et simple de leur foyer, plus incapables encore de réaliser les vagues ambitions qui les agitent. Tout cela pullule et grouille dans la grande cité, et c’est ainsi que le frottement continu de ces ignorances fanfaronnes, de ces incapacités aigries fait du peuple de Paris un peuple à part, crédule, badaud, superficiel et vain, aussi redoutable dans ses engouements que dans ses colères, au demeurant, le plus sot peuple du monde.

Pour l’apprécier à sa valeur, il suffit de considérer la qualité des représentants qu’il se donne. On pourrait citer, dans sa représentation politique, une demi-douzaine d’hommes de talent qui, abstraction faite des idées qu’ils professent, sont égaux au mandat dont ils sont investis. Les autres sont de simples politiciens qui valent ce que vaut au juste le charlatanisme électoral dont ils procèdent. Rien ne les désigne et rien ne les recommande, ni l’éclat des services ni l’éclat des talents ; ils ne seraient rien du tout s’ils n’étaient députés, et ils ne sont députés que parce qu’ils se sont rapetissés à la mesure de la clientèle qui les élit : le mandat qu’ils détiennent est simplement le prix de leur obséquiosité . Mais ni l’art, ni la science, ni la culture intellectuelle dans ses manifestations diverses, ni aucune des hautes situations qui sont l’honneur et la vie des sociétés n’ont

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