‹ Études et portraitsChapitre 9 sur 24 · II J · texte numérisé non relu

II J

Sismondi „ la comtesse d'Albany et madame de Staël '.

Voici un livre amusant, écrit par quelqu'un qui n'a jamais voulu l'être et qui peut-être y a réussi. Il n'y a pas dans l'œuvre entière de Sismondi le plus petit mot pour rire, et son œuvre a plus de quarante volumes. Sismondi visait à l'instruction de ses lecteurs ; il a eu raison de ne pas trop sacrifier à leur agrément. Mais le jour où, sans songer au public, et à la postérité encore moins, il s'est mis à écrire des lettres familières, même à des reines, Sismondi a été ce que nous sommes tous (plus ou moins), quand nous nous piquons de sincérité et d'abandon : il a été amusant, j'entends par là cette sorte d'intérêt attrayant qui tient au laisser-aller du style, à son négligé, à son imprévu, sous la plume d'un homme célèbre.

Le public est indiscret ; c'est son droit. Sa passion est d'être amusé. Rien ne l'amuse plus que les contrastes.

1 Lettres inédites de Sismondi à madame la comtesse d'Albany, publiées avec une introduction par M. Saint-René Taillandier. 1 vol., chez Michel Lévy,

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Surprendre les grands hommes en robe de chambre, quel bonheur ! Savoir les folies des sages, les emportements des philosophes, les secrètes convoitises des désintéressés, les faiblesses des magnanimes, quelle joie ! Un de mes amis ayant à placer un jour quelques titres de livres simulés sur une des parois de sa bibliothèque, y mit celui-là : « Les Etourderies des hommes sérieux. » Par malheur, le livre n'a pas été fait. II y faudrait un Montaigne, pour le moins. Ne concluez rien contre le caractère ni contre la bonne renommée de Sismondi des réflexions qui précèdent. Si je traduis peut-être un peu légèrement l'impression que j'ai éprouvée, j'en demande pardon à la mémoire de l'illustre historien des Républiques italiennes. Ses lettres m'ont procuré un plaisir d'esprit que je n'ai jamais trouvé dans la lecture de ses histoires. Ses histoires sont des œuvres d'admirable érudition. Cette lumière vous guide sans vous réchauffer. L'art n'y manque pas ; il est sans charmes. Les lettres de Sismondi sont écrites au courant de la plume. L'auteur, qui travaillait beaucoup ses livres, n'avait pas le temps de raffiner sa correspondance. Ces lettres, d'ailleurs, ne nous apprennent rien de nouveau, si ce n'est peut-être, comme le remarque 11. Saint- René Taillandier1, ce projet peu connu qu'entretint longtemps madame de Staël de se retirer (vers 1809) aux États-Unis. Le bruit pourtant finit par s'en répandre en Amérique : « J'ai vu, écrit Sismondi, un journal américain dans lequel son arrivée était déjà annoncée : c'est une femme fort riche, y disait-on, et qui vit d'une manière fort noble dans son château. Elle a aussi écrit plusieurs livres qui, étant beaucoup lus en Europe, lui rapportent assez d'argent... »

Hormis ce fait et quelques autres d'une moindre importance, la correspondance de Sismondi avec la comtesse

1 La comtesse d'Albany, p. 225. Michel Lévy, 18G2,

d'Albany n'a qu'une médiocre valeur comme information historique ; — elle en a une considérable par les réflexions qu'inspirent à un si solide esprit les événements contemporains, pendant une période de seize ans (1807-1823). Elle n'est pas moins curieuse par les reflets qu'y projettent par instants quelques noms diversement célèbres, madame de Staël, Benjamin Constant, Chateaubriand, Bonstetten, et cette comtesse d'Albany surtout, objet d'une récente et spirituelle controverse, la femme de Charles-Edouard, presque la veuve d'Alfieri, et qui, morte en 1824, laissait à un peintre français, royaliste comme un Stuart et classique comme une tragédie, sa fortune, ses tableaux, ses archives, et la correspondance même qui, grâce à M. Taillandier, vient de rajeunir inopinément sa mémoire. Ajoutons, pour compléter l'idée qu'on doit se faire de ces lettres, qu'elles offrent par intervalles un tableau vivant delà société élevée soit à Florence, soit à Paris, soit même à Genève, à une époque où la seule opposition qu'on osât faire au pouvoir était dans les salons ; et encore n'était-elle pas bien redoutable. Disons enfin que si M. de Sismondi ne nous apparaît pas là sous un jour absolument nouveau, et si la plupart des traits de sa physionomie, si vivement peinte par M. Mignet dans une notice qui remonte à 1845t se reproduisent dans cette correspondance, alors inconnue, la forme, le style, la couleur, les accessoires du tableau, tout est changé. Voilà la nouveauté de ces lettres : elles ne nous donnent pas un Sismondi refait à neuf. Le beau portrait peint par M. Mignet reste vrai. La correspondance, qui en confirme tous les traits, y ajoute une sorte de commentaire agréable, inattendu et parfois amusant.

Oh! les contradictions des hommes sérieux, quelle mine inépuisable ! quel prétexte à la moquerie des esprits légers ! Si j'avais à raconter l'histoire de Sismondi, c'est-

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à-dire si cela était possible après M. Mignet, avec quel plaisir, au contraire, j'aimerais à chercher, dans sa vie connue, le témoignage de cette unité de sentiments qui était dans son âme ! Comme j'aimerais à le montrer partout semblable à lui-même, sage quand il était jeune, désintéressé dans l'âge de l'ambition, libéral même en vieillissant;

. . . . Servetur ad imuin Qualis ab incœpto processerit, et sibi constet.

La constance dans les opinions et les sentiments n'a pas été inventée pour amuser la galerie. Elle n'en est pas moins parmi les plus rares spectacles que puisse donner l'humanité. La vie publique de Sismondi a ce genre de beauté correcte, d'uniformité conséquente, de persévérance raisonnée dans les principes qui commande l'estime même à ceux qui ne donnent leur admiration qu'au génie. Essayez de le prendre en défaut dans sa longue carrière. Si vous trouvez qu'il change bien souvent de place et de patrie, ce n'est pas tout à fait sa faute. Le malheur des temps y est pour beaucoup plus que sa volonté. M. Mignet dit de lui en très-bonne part : « Il a les sentiments d'un cosmopolite; » cela est vrai, il a le cosmopolitisme dans le sang. Mais pourquoi ? Une révolution chasse les Sismondi de Pise en 1524 ; la révocation de l'édit de Nantes les chasse du Dauphiné à la fin du dix-septième siècle; la victoire du parti populaire les chasse de Genève en- 4794 ; le mal du pays leur fait quitter l'Angleterre deux ans plus tard ; et quant à Sismondi lui-même, celui qui nous occupe, après avoir partagé sa vie entre la Suisse, la France et l'Italie, hier sujet de l'empire, aujourd'hui de la république genevoise, demain exilé plus ou moins volontaire dans cette riante Yaucluse italienne, qui fait songer à celle de Pétrarque, son illustration même ne garantit pas sa vieillesse

d'un dernier et cruel mécompte ; tout près de mourir, c'est à un autre voyage qu'il se prépare : « Je n'aurai plus rien à regretter, écrivait-il, en m éloignant d'ici : presque tous mes amis genevois sont mort, et je me sentirai soulagé en détournant mes regards de tant de ruines et de tant de tombeaux l. »

Ne reprochons pas trop à Sismondi cet adieu désespéré qu'il adresse en mourant à son pays natal; il a, suivant une expression de M. Mignet, le patriotisme de la civilisation; il n'a pas trop celui de la patrie. Celui-là est le bon. Tant pis pour ceux qui ne l'ont pas ! Tant pis pour M. de Bonstetten, ce Bernois insouciant, ce vieillard étourdi et spirituel, « qui avait tellement oublié s'a patrie, écrit Sismondi, qu'il l'observe à présent comme une ville étrangère... )) Les hommes d'esprit ont de ces licences. N'est-ce pas Joseph deMaistre qui disait : « Je suis né à Chambéry ; dans ce genre-là, on se permet tout. »

Sismondi a été surtout un libéral et un pbilanthrope ; il l'a été toute sa vie, j'entends sa vie publique et connue. Il aime les hommes, et il les aime non pas en philanthrope de comédie, mais en « économiste généreux ; » il les aime avec une passion toute moderne, et même, écrit-il quelque part : « J'aime beaucoup les animaux, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, à la réserve du seul tigre impérial. » La lettre est sans date (vers 1813). Sismondi ne l'eût pas écrite deux ans plus tard, après sa célèbre visite à l'Elysée. Jusqu'en 1814, sa correspondance est remplie d'allusions désobligeantes pour le glorieux maître de la France et de l'Italie. L'Empereur lui-même n'est jamais nommé. Lapremière fois que son nom paraît, c'est le 20 février 1814, à propos des canons braqués contre la belle bibliothèque de la comtesse d'Albany, pour la protection de Florence. Fiévéedi-

1 Notices historiques, par M. Mignet, t. Il, p. 76.

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sait: « Dans les gouvernements absolus, l'opinion publique c'est ce qu'on ne dit pas. » Dans la correspondance de Sismondi, le nom présent partout est celui qui n'est jamais prononcé. Je le répèle, Sismondi est sincèrement libéral dans sa vie historique ; il l'est aussi, quoiqu'un peu moins, dans ses lettres. Il approuve, sans trop d'effort, les révolutions qui, depuis 1789, ont changé la face du monde et la condition du peuple. Il a même une page admirable (210à212) où il fait avec beaucoup de sens et d'éloquence la philosophie de la Terreur ; c'est bien là le grand historien qui parle. Ailleurs, c'est plutôt le correspondant de madame d'Albany, le Suisse de vieille race froissé par les démocrates de Genève, le Français protégé par les lois de l'Empire, puis compromis par la chute du trône dans ses intérêts et son repos ; c'est l'hôte tranquille et studieux du val de Nievole que la réaction italienne contre le régime impérial vient troubler au milieu de ses livres et de ses rosiers. Dans ces momenis-là, le philanthrope fait bon marché de l'humanité. « De toutes les nations, dit -il, je n'estime hautement que l'anglaise ; » et encore ne s'y fierait-il pas. Le libéral n'est pas moins ébranlé. La petite ville qu'il habite essayeune émeute contre l'autorité française (février 1814). Le pauvre philosophe est aux champs...

« Un charpentier et un faiseur de paniers sont à présent les rois de Pescia ; comme on croit qu'ils peuvent ameuter ou apaiser à leur gré leurs compagnons de cabarets, on les encense, on leur fait des présents, on se réjouit lorsqu'ils font les bons princes ou qu'ils mettent des bornes à leurs menaces, et, parmi les propriétaires qui les craignent, il n'a pas été possible d'établir une garde nationale ou le moindre moyen de compression et de défense des personnes et des propriétés. Dieu sait comment nous traverserons la crise qui commence ! »

« Comment, dit-il ailleurs (1815), ne pas trembler surtout d'un jeu où l'on ne joue point, hélas ! quitte ou double, car il n'y aura de quitte pour personne, et chacun pourra se dire heureux s'il n'a fait que doubler sa perte à la fin delà partie. Cette idée ne me laisse point de repos... Beaucoup seront ruinés et je ri ai point de prétentions à la philosophie sur le malheur de perdre son bien. J'y ai passé il y a plus de vingt ans pour plus des trois quarts du mien, et je m'affligerais très-sérieusement si je perdais ce qui reste... »

C'est dans un de ces moments d'alarme pro domo suâ que notre auteur s'écrie, d'un style un peu suisse et avec un accent que la gravité du sujet n'empêche pas d'être assez comique : « Bon Dieu! que la paix fait besoin, pour mettre un terme aune si fâcheuse comédie! » La comédie, ce sont les Italiens qui la donnent ; Sismondi raconte en effet que quand les Napolitains entrèrent dans le val de Nievole, les Français, surpris, battirent en retraite ; puis, ajoute-t-il, « impatientés d'être chassés comme des polissons, ils firent une décharge sur les lanciers qui les chargeaient, en tuèrent deux et blessèrent un troisième. Toute la colonne fit aussitôt volte-face en criant : Tradimento l tradimento! arrnatevi, citladini ; siamo traditil... Pour moi, je n'aurais pas laissé que de trouver l'histoire bouffonne, si j'avais eu envie de rire ; à vrai dire, je n'en étais alors nullement entrain ; le tocsin sonnait... » Nous trouvons tout simple qu'on se moque des Italiens quand ils le méritent. Mais c'est en se moquant d'eux depuis trois siècles qu'on les a tenus sous le joug. Se débattre entre les serres de l'aigle française ou chasser l'aigle autrichienne, c'est tout un. La domination de l'étranger est funeste, quel que soit son drapeau ; la civilisation elle-même n'en est pas une rançon suffisante. Sismondi, qui a dû dire

cela vingt fois dans ses livres, ne l'entend pas toujours ainsi dans ses lettres ; il regrette pour la Suisse, pour son pays, la domination de la France. « La révolution de la Suisse me fait autant de peine que son invasion ; la Constitution, fondée sur l'acte de médiation, est la meilleure qu'ait eue la Suisse depuis qu'elle existe; celle qu'on lui rend par force ne pouvait se maintenir que par son antiquité ; elle est détestable dès qu'elle est redevenue neuve ...» Cela est bien dit et spirituel; le véritable esprit, c'était de se réjouir quand on n'avait plus un préfet français à Genève, ce préfet fût-il un Barante, c'est-à-dire le meilleur de tous.

Je ne cherche pas, on le croit sans peine, le plaisir puéril de mettre un homme illustre en contradiction avec luimême et d'abaisser une grande renommée de penseur en faisant le procès à une âme timide. Non, j'essaye de me retrouver dans l'inévitable confusion de cette correspondance où l'homme le plus droit, le plus logique, le plus exact qui fût sur la terre, a pourtant mis plus de singuliers contrastes qu'il n'a voulu. Mais cherchez donc un homme célèbre (pour les autres, cela n'importe guère) qui puisse supporter, après sa mort, cette épreuve de sa correspondance ainsi ouverte au grand jour, même celle qu'il n'a écrite que pour une seule personne? Dans les effusions épistolaires d'un correspondant quelconque, pour peu qu'il soit sincère, il y a tout ce que la passion du jour, l'intérêt du moment, le caractère de l'homme qui écrit y peuvent mettre de vrai ou de faux, sans que le vrai soit très-méritoire ni le faux très-odieux. Si telle est la correspondance du premier venu, que dire de celle des hommes illustres? « Ces lettres, dit-on, n'étaient pas destinées à l'impression. » Qu'importe? Il n'est pas un homme célèbre qui ne regarde un peu, en écrivant une lettre privé \ par-dessus la

personne à qui elle s'adresse. Si peu que ce soit, il a la prévoyance d'un certain effet à produire et comme un souci de renommée éventuelle. Nous rions quelquefois des grands hommes quand nous les voyons dans la coulisse. Nous avons tort. Toute renommée se prend au sérieux, depuis Vestris jusqu'à Sismondi. Tout homme de grande réputation laisse donc beaucoup du sien dans les confidences écrites de sa vie privée, mais il s'y trahit aussi bien qu'il s'y manifeste. Que n'a-t-on pas trouvé, en cherchant ainsi, dans les correspondances les plus célèbres ! Pline le Jeune, le correspondant et l'ami de Tacite, était-il un stoïcien par sa morale ou un complaisant par sa politique, ou un sensualiste par ses goûts privés? Quelle âme multiple, insondable et indéfinissable, Cicéron écrivait à Atticus! On discutera éternellement sur le caractère, sinon sur l'esprit de madame de Sévigné, ses lettres à la main. A-t-on assez abusé de celles de Voltaire contre lui-même! C'est le danger de ces publications posthumes. C'en est le charme. Le métier d'un critique n'est pas de s'agenouiller devant la gloire, mais de regarder les idoles dans les deux yeux, quand on prend la peine, comme l'a fait M. Taillandier avec tant de bonheur, de les faire parler dans des correspondances remplies de renseignements inédits et de témoignages irréfragables.

Pour en revenir à la correspondance de Sismondi, Sismondi conserve, dans ses confidences privées, tous les caractères d'un esprit éminemment libéral ; il les a tous, hormis un seul : il n'est pas ferme devant les périls et les égarements de la liberté ! Sismondi aime la liberté en théorie; dans la pratique, il s'en méfie. Aussi, le jour où il peut croire qu'elle va fleurir et pousser de vigoureuses racines sous le fauteuil impérial, il fait le commentaire de l'Acte additionnel. On l'a fait bien des fois depuis, ce com' mentaire, en bien ou en mal. M. Mignet appelle l'Acte

additionnel « la meilleure constitution qu'on eût encore donnée à la France. » M. Thiers a consacré à cet acte un de ses chapitres les plus judicieux. Mais autre chose est apprécier la constitution de 1815, à cette distance, pour ce qu'elle apportait d'amendement sérieux à un régime si ahsolu, autre chose était s'associer, de sa personne et de sa plume, dans le journal officiel, à la politique nouvelle d'un souverain qu'on avait passé sa vie à détester et à combattre. Refuser la croix d'honneur, pour un républicain de Genève, c'était bien peu, quand on acceptait cette laineuse entrevue à l'Elysée. Le fait était connu. La correspondance de Sismondi n'y ajoute rien ; je dirai plutôt qu'elle le dissimule autant qu'il est en lui, et il a raison ; la comtesse d'Albany n'entendait pas cette langue-là. Elle abhorrait Napoléon, quoiqu'elle eût une loge au théâtre des Tuileries pendant son séjour à Paris, et Sismondi aurait été mal venu à l'entretenir de son enthousiasme de fraîche date. Elle gardait ses vieilles rancunes. Qu'avait-il fait des siennes?

« Dans la crise où nous vivons, écrivait-il autrefois (en 1809) à la comtesse d'Albany, à propos d'un désagrément de fortune que son beau-frère avait éprouvé, dans la crise où nous vivons, ce serait une grande folie que de s'inquiéter de l'avenir ; qui peut savoir à qui il appartiendra? Rien de ce qui nous entoure ne porte un caractère de durée. Nous sommes arrivés aux extrêmes de tout. Ce n'est qu'à présent qu'on commence à sentir les effets de la Révolution, parce qu'à présent seulement ceux qui sont nés pendant ses premières années entrent dans l'âge de la force et des combats : un vide énorme se présente dans la population ; le nombre des mariages est réduit d'une manière effrayante, les ouvriers manquent à l'agriculture ; les denrées ne trouvant

plus d'acheteurs, les fermiers sont obligés de résilier leurs baux et d'abandonner le travail des campagnes; le commerce et les manufactures sont depuis longtemps en ruine; tout s'épuise, tout finit, et cependant, avec cette misère et cette dépopulation, la guerre va recommencer du nord au midi. Nous serons bientôt réduits à l'état où nous voyons la Valaehie et la Bulgarie. Avons-nous des titres pour y échapper? L'Europe était la patrie naturelle des loups et des oins, pourquoi la leur a-t-on enlevée? // me pu mît que les bêtes féroces se vengent... »

Que dites-vous de cet étrange langage? Et la singulière préparation aux apologies libérales de 1815 !

« Vous savez quel est le poids des souffrances publiques, écrit-il ailleurs, toujours à madame d'Albany (1809)... Vous pouvez juger quelle est notre détresse habituelle. Aucun de nous n'a plus le courage de travailler. 11 prend un dégoût de la littérature, de l'étude, de la pensée, lors, que la vie est si pesante ; il prend un sentiment de mort universelle, et je coudrais dormir toujours, pour m'ôter à la fois et aux nouvelles des événements du jour, et aux retours sur moi-même, qu'une philosophie impuissante nous fait faire sans résultat. .. »

A travers la confusion et la négligence de ce langage, comme l'âme se montre! comme l'antagonisme éclate! Passe pour l'opposition à l'Empire ; c'est le découragement que je ne pardonne pas au libéral ; c'est la fréquence et la vivacité de ses anathèmes contre cette grande nation qui le trouvera sympathique, je le sais, le jour du malheur; mais pourquoi cetteliaine injuste eleette colère déclamatoire pour tout ce qui est France cl Français?K ... Jen'aijamaisvuParis (1809), niais je le clétésle par avance, et déplus je le crains,

car je ne voudrais pas qu'un peu de plaisir, que j'y trouverais peut-être, diminuai mou aversion pour la ville et ses habitants, et la nation dont c'est la capitale. Il faudra bien qu'une fois j'y fasse un voyage, ma\sc'est une fâcheuse nécessitéque je repousse autant que je puis. » Chose singulière! quand Sisraondi fait celte puérile sortie contre Paris et les Parisiens, c'est encore à madame d'Albany qu'il écrit; mais celte fois madame d'Albany est à Paris. Elle ne s'y déplaisait pas trop, à ce qu'il semble, quoiqu'elle y fût « internée » par ordre de l'Empereur, et Sismondi avait raison de lui dire : « Vous ne demanderez que bien mollement un retour que je désire vivement... » Malgré tout, il fallait entretenir dans l'esprit de la comtesse cette antipathie qu'elle avait emportée en France pour les Français ; il fallait la préserver de toute faiblesse. Aliieiï ne vivait plus ; son âme était restée dans la maison ; le peintre Fabre se montrait, dit-on, presque aussi violent que son prédécesseur, et la correspondance de Sismondi n'y nuisait pas.

Alfieri n'est pas un libéral, et je ne me donnerai pas la peine de mettre son cœur en contradition avec son esprit, ses tragédies avec ses Mémoires, le Traité de la tyrannie avec le Miso-Gallo. Politiquement, l'ami de madame d'Albany n'a pas le sens commun; moralement, il n'est pas très -bon; littérairement, il est un orgueilleux habile ; l'espèce est rare. A force de croire à son génie, Alfieri en avait communiqué la croyance et le culte, d'abord à sa princesse, puis à tout son monde, et enfin ses compatriotes avaient accepté « sa gloire. » Un illustre critique, M. Villemain, écrit ce grand mot-là, à propos de lui ' ; il faut bien le répéter après un tel juge. Malgré tout, je dirai d' Alfieri ce que Juvénal disait de Séjan

1 Cours de littérature (rauçuiae, 9,; leçon, p. 58 ,1828}.

m ÉTUDES ET PORTRAITS

(comparaison à part) : « Je n'ai jamais aimé cet hommelà. » Il nous aimait encore moins. Lui aussi, il avait jugé tout une génération de Français sur les crimes de quelques misérables II avait vu toute la Révolution française dans la diminution de son revenu, dans la confiscation de sa riche bibliothèque et dans le risque que la dormeuse de madame d'Albany avait couru d'être pillée au moment où elle quittait Paris. C'était là de grands malheurs assurément ; mais il ne faut pas que notre intérêt personnel soit trop visiblement mêlé à nos opinions. « Pendant ce dernier séjour à Paris, non plus que dans le précédent, écrit Alficri,je ne voulus jamais fréquenter ni connaître, même de vue, un seul de ces innombrables faiseurs de prétendue liberté, pour qui je me sentais la répugnance la plus invincible, pour qui j'avais le plus profond mépris. Aujourd'hui même où j'écris, depuis plus de quatorze ans que dure celte farce tragique, je puis me vanter que je suis encore à cet égard vierge de langue, d'oreilles et même d'yeux, n'ayant jamais vu ou entendu, ou entretenu aucun de ces Français esclaves qui font la loi, ni aucun de ces esclaves qui la reçoivent l... »

Sismondi, si nous rapprochons de ces lignes du poêle italien celles que nous avons empruntées tout à l'heure à la correspondance que nous étudions, Sismondi n'était pas, sur le fait des antipathies nationales, plus philosophe qu'Alfieri. Il l'était moins, étant plus éclairé. De même qu'Alfieri ne voit dans la France révolutionnaire qu'un peuple qui lui prend ses rentes et qui lui vole ses éditions-/;? we/w, Sismondi ne voit guère, dans les premiers efforts de l'indépendance italienne en 1814, que les polissons qui troublent ses nuits. C'était avoir la vue trop courte ou le sommeil

1 Mémoires de Victor Alfleri, écrits pnr lui-même et traduits de l'italien par A. de Latour, p. 420. (Paris, Charpentier, 1840.)

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trop léger. Hâtons-nous de dire que le célèbre écrivain a bien noblement réparé ces torts de sa prévention et de sa faiblesse, quand il a rendu justice plus tard, et dans cette correspondance même, à l'aimable société parisienne et à la généreuse race française ; quand il a si sympathiquement adopté en 1814 notre cause devenue malheureuse et notre drapeau vaincu ; quand enfin il a élevé à l'histoire de notre nation ce grand mouimenf, plus solide que brillant, et moins fait pour plaire que pour durer, vrai chefd'œuvre d'érudition, de conscience, d'infatigable recherche, j'allais dire de patriotisme. M. deSismondi, en racontant notre histoire, était devenu un des nôtres. L'Institut l'avait adopté; il avait fini par accepter la croix de la Légion d'honneur, et il aimait à se retrouver avec celte société de Paris dont il disait déjà, dans une de ses crises de galloplioble les plus intenses, écrivant à madame d'Albany, le 8 juillet 1813, de Genève, où il s'ennuyait:

«... L'ennui est peut-être à présent une chose naturelle en moi; je me suis trop amusé, j'ai trop joui, j'ai trop vécu en peu de temps. Après cinq mois d'une existence si animée, d'un festin continuel de l'esprit, tout me parait fade et décoloré ; je ne pense qu'à la société que j'ai quittée, je vis de souvenirs, et je comprends, mieux que je n'eusse jamais fait, ces regrets si vifs de mon illustre amie (madame de Staël), qui lui faisaient trouver un désert si triste dans son exil... C'était une folie que de vivre ainsi, je le sais bien. Comment travaillerait-on? comment fixeraiton sa pensée si l'on donnait tant au monde? Je me trouve bien jeune, bien faible pour mon âge, de m'y être livré avec tant de passion ; je sens bien que c'est un carnaval qui doit être suivi tout au moins parde longs intervalles de sagesse, mais... j'aimerais bien recommencer. »

Nous aimons tous à recommencer ce qui nous plaît. Oui,

les philosophes, les sages, les gens laborieux, ils aiment, comme de simples mortels, à s'amuser quelquefois.

— 2 G 30VEMBRE 1SGÔ. —

On l'a vu ; la correspondance de Sismondi avec madame d'Albany nous a fait trouver, sinon un portrait nouveau de cet homme célèbre, du moins quelques nuances inaperçues, que la biographie pouvait recueillir sans péril sérieux pour sa renommée. JXous en dirons autant des recherches que nous entreprenons aujourd'bui. En étudiant, dans les lettres adressées par Sismondi à la veuve de Charles-Edouard, les reflets brillants qu'y jettent sans cesse le souvenir et le nom d'une autre femme bien autrement illustre, nous prétendons, sans ôter toujours à ces révélations du correspondant son mérite le plus habituel, qui est la bienveillance, n'en pas faire honneur à sa discrétion.

La discrétion? Qui donc y a manqué? Est-ce Sismondi, qui écrivait à la comtesse d'Albany des lettres confidentielles sous la garantie du secret? Est-ce la comtesse, qui les a léguées à Xavier Fabre, le successeur d'Alfieiï dans son cœur et dans sa maison? Est-ce le directeur du musée- Fabre, qui en a laissé prendre copie! Est-ce M. Saint-René Taillandier qui les a publiées? Vous verrez que c'est nous finalement qui aurons manqué de discrétion, parce que, ces lettres qu'on nous livre, nous en aurons parlé sans ambages, en y cherchant ce que tout le monde y peut trouver.

La publication des lettres privées, difficile question que nous ne nous chargeons pas de débattre, encore moins de résoudre.

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Nous sommes volontiers de l'avis du public ; les indiscrets ne nous font pas peur. Craignons plutôt de décourager, comme critiques, des indiscrétions qui peuvent nous amuser comme curieux. Curieux, nous le sommes tous. Chaque fois que, dans une édition des Lettres de madame de Sévigné, nous tombons sur quelque restitution du texte, nous nous en réjouissons, fût-elle un peu vive. On viendrait nous prouver aujourd'hui, un autographe de la célèbre marquise à la main, qu'elle a aimé quelqu'un plus que de raison, elle qui n'aimait déraisonnablement que sa fille, nous laisserions faire. Nous ne dirions pas que cela annonce la fin du monde. La difficulté n'est donc pas simple. Est-ce seulement question de temps? M. Saint- René Taillandier accorde cinquante ans au respect des secrets de famille. « Attendez, dit-il, qu'une génération ait passé ! » Ne comptons pas. Donnons-en deux. Au lieu de fils indignés, vous aurez des petits-fils mécontents. Il n'est pas de si grande renommée qui ne laisse plus ou moins, après elle, des affections privées, d'étroits liens de famille, des souvenirs domestiques, de secrètes attaches dans la vie et le cœur de quelques hommes, que la mort ne brise pas si vite que les éditeurs le croient. Est-ce là ce qui, après une génération, tombe dans le domaine public? D'accord; le public est quelquefois plus pressé ; parfois aussi les familles se défendent mieux. Tantôt c'est un heureux hasard qui les protège. Pourquoi n'avons-nous pas les lettres de madame d'Albany? dit quelque part M. Taillandier; et il nous apprend à ce propos qu'un certain M. Gâche, « un janséniste des plus timorés et des plus sombres, » étant devenu, je ne sais comment, possesseur des lettres d'amour de la comtesse, il les brûla sans pitié. 11 ne reste donc rien, ajoute l'auteur1 « de

1 La comtesse d'Albany, par M. Saint-René Taillandier, p. 186» (Michel Lévy.)

toutes ces pages tracées par la femme qui ne rougissait pas de ses faiblesses, et à qui Sismondi pourra dire un jour sans lui causer d'embarras : « Vous avez connu, madame, « tous les orages du cœur... »

Ainsi tantôt, je le répète, c'est le hasard qui épargne à la postérité le scandale de certaines confidences. Tantôt c'est une sorte de répugnance traditionnelle à lui livrer ses secrets, même les plus respectables, qui se perpétue dans une famille. Madame de Staël avait, en matière de correspondance privée, des principes qui lui ont survécu parmi les siens. « Je l'ai souvent entendue parler avec une juste indignation, écrit madame Necker de Saussure, de la coutume qui s'est dernièrement introduite de publier, .sans respect pour les morts et sans égards pour les vivants, les correspondances intimes des personnages célèbres1. » Madame de Staël n'attachait d'ailleurs qu'une importance médiocre, sous le rapport littéraire, à ses correspondances de toute sorte. «Depuis que j'ai visé ouvertement à la célébrité par mes livres, disait-elle, je n'ai plus donné aucun soin à mes lettres. » C'était peut-être en faire le plus grand éloge. Montaigne, parlant des célèbres correspondances de Cicéron et de Pline, les qualifie avec autant de dureté que d'injustice : « Sied-il pas bien à deux consuls romains, souverains magistrats de la chose publicque emperiere du monde, d'employer leur loisir à ordonner et fagotter gentiement une belle missive, pour en tirer la réputation de bien entendre le langage de leur nourrice? Que feroit pis un simple maistre d'escbole qui en gaignast sa vie1... » Montaigne est injuste pour Cicéron. Mais n'eût-il pas approuvé madame de Staël d'écrire négligemment des lettres admirables? « Jamais peut-être, nous dit madame deSaus-

1 Notice sur le caractère et ! es écrits de Madame de Staël; 1" volume des Œuvres complètes publiées par son fils. (Paris, 1820.) - Essais, I.iv. I, ch. 3U.

sure à propos de la correspondance de mademoiselle Necker avec son père, jamais on ne verra rien de pareil... » Et rien n'en reste! One reste-t-il aussi de tant d'autres pages « qu'elle entassait sans y songer, » toutes brillantes d'une prodigieuse éloquence? Madame de Saussure, à qui ces pages étaient adressées, ne les avait sans doute pas détruites. Honorons et respectons le scrupule qui nous en prive encore aujourd'hui.

Le code qui doit régler les droits de la publicité (car elle en a) en matière de correspondance privée, n'est pas fait. Une se fera jamais. M. Saint-René Taillandier propose d'attendre qu'une génération ait disparu. J'ai montré le peu de valeur d'une telle garantie, et d'un autre côté elle, peut devenir un ajournement fatal à la découverte de la vérité. Non, point de règle absolue ; car le public est un maître si redoutable, sa curiosité a des besoins si impérieux, la vérité historique elle-même a de telles exigences, que nul ne saurait fixer une limite invariable à l'exercice de ce droit souverain. Reste une question d'honneur dont tous les honnêtes gens sont juges : toute correspondance a deux maîtres : celui qui l'a écrite, celui qui l'a reçue. Que l'un se défende contre l'autre au besoin. A défaut des auteurs des correspondances menacées, que les familles interviennent. Je ne prêche pas la guerre; je n'aime pas les procès. Pour ma part je n'en conseillerai jamais de cette sorte. Si peu que la vérité historique soit intéressée à ces indiscrétions privées, supportons-les. Aimons-les encore, quand elles aident à comprendre une destinée illustre. Ce n'est pas assez de dire, comme M. Taillandier, qu'il suffit qu'elles nous donnent, « sur le développement secret d'une âme, des détails qui intéressent la philosophie. » Il faut que cette âme en vaille la peine, et il ne faut pas que cette philosophie soit la dissection matérialiste des plus fragiles et des plus mystérieuses fibres du cœur humain. Nous tombons

par là dans la physiologie, presque clans la médecine. L'intérêt moral disparaît où le scandale commence.

Revenons à Sismondi.

Sismondi n'a publié aucune lettre autographe de son vivant. Je doute qu'il eût beaucoup approuvé la publication des siennes. Il a un genre d'indiscrétion sur lequel je me suis déjà expliqué, et qui consiste à se trahir souvent lui-même. Je voudrais le montrer aujourd'hui en trahison moins avouable vis-à-vis des autres. Je me hâte de dire que ce dernier genre de trahison a besoin, pour être découvert en lui, d'être étudié au microscope. Mais c'est l'amusante amorce de ces publications de lettres inédites, qu'on nous donne comme un moyen de connaître « sur le mystère des âmes, des détails qui intéressent la philosophie; » c'est leur mérite de nous attirer dans toute sorte de subtilités psychologiques; on va dire, après m'avoir lu, que c'est peut-être aussi leur défaut.

Expliquons-nous : pendant les dix premières années de la période qu'embrasse la correspondance publiée par M. Taillandier (1807-1 825), Sismondi était en même temps l'ami de deux femmes diversement célèbres; mais de l'une, madame de Staël, il était véritablement l'ami, l'hôte très-souvent; de l'autre, la comtesse d'Àlbany, il n'était que le correspondant soigneux, attentif et respectueux. Sismondi pousse si loin le respect pour la veuve deCbarles- Edouard, qu'il n'oublie jamais en finissant ses lettres d'offrir « ses hommages » à M. Fabre. Madame d'Albany était une princesse de vieille race; elle avait pu être reine; elle en gardait le titre dans sa maison ; elle avait d'ailleurs un caractère agréable et un esprit distingué. Son palais, à Florence, était le rendez-vous de la société polie. Celle qui en faisait les bonneurs avec tant de bonne grâce était naturellement avide de le remplir d'hommes éminerits dans tous

les genres, et d'y faire aboutir les informations les plus diverses. Sismondi, outre sa célébrité qui était déjà assez grande en 1807, mêlé au meilleur inonde à Genève, à Florence, plus tard à Paris, Sismondi, bote habituel et commensal très-recherché du château de Coppel, était pour la comtesse un des plus utiles correspondants qu'elle pût avoir.

Là était le piège pour l'hôte de madame de Staël. Sacrifierait-il « son amie, » comme sans cesse il la nomme, à la légitime curiosité de sa royale correspondante? Ferait-il du boudoir de la Casa d'Alfieri (c'est ainsi qu'on appelai! le palais de madame d'Albany) l'écho du salon de Coppet? Comment parierait-il de « la femme illustre? » Quel témoignage lui rendrait-il devant ce juge difficile, une rivale, sinon d'esprit (madame d'Albany n'y songeait pas), du moins d'influence sociale et de patronage littéraire? Parler de madame de Staël à madame d'Albany comme tout le monde en parlait, ce n'était pas la peine. Une reine, qui l'était doublement, puisqu'on l'appelait la reine de Florence, demandait à être mieux servie. Il y fallait de 1 inconnu, de l'imprévu, des confidences « sur le développement secret des âmes, « comme dil M. Taillandier, quelque chose qui ne fût pas l'écho du bruit public et ne ressemblât pas à des articles de journaux, de ces révélations, en un mot, qu'un homme d'esprit sait faire quand il a bien vu, et qu'il invente, s'il n'y a rien, pour peu qu'il y mette de complaisance. Là était l'écueil de la correspondance de Sismondi avec l'aimable et altière comtesse, exigeante parcequ'elle était reine, curieusepai ce qu'elle était femme; et où était l'écueil était la trahison. Encore une fois, je prends le mot dans le sens le plus adouci et le plus innocent qu'il soit possible de lui donner; d'autant que Sismondi n'y met, on le voit bien, aucune intention hostile ni même désobligeante. Peut-être même n'a-t-il pas trop

la conscience de ce qu'il fait. Il a une princesse à amuser, et il l'amuse. « 11 est probable, écrit M. Taillandier, que madame d'Albany adressait maintes questions à Sismondi sur les hôtes de Coppet ; les lettres de celui-ci, pendant les années 1808 et 1809, contiennent à ce sujet des détails ou des indications que l'histoire doit recueillir l. »

Les questions de la reine de Florence à Sismondi, je ne veux pas les croire malveillantes, quoique ce soit encore M. Taillandier qui nous dise :

« Madame d'Albany, dans les périodes précédentes, s'était montrée plus d'une fois injuste pour l'auteur de Corinne; madame de Staël était une nature généreuse, toujours prête à aimer et à se dévouer pour ceux qu'elle aimait. De même qu'elle glorifiait Gœthe et Schiller dans toute l'effusion de son cœur, sans remarquer seulement que les deux poètes l'avaient assez mal accueillie à Weimar, elle se donnait tout entière à madame d'Albany, sans soupçonner que la comtesse, un peu altière parfois, avait dédaigné en elle la fille de Necker et de la Révolution... »

Non, malgré tout, je ne crois à aucun parti pris de désobligeance de la part de la comtesse d'Albany, quand elle adresse à Sismondi des questions sur les hôtes de Coppet. .le crois à l'infirmité de la nature humaine qui a des malices réservées dans ses admirations les plus sincères, et qui aime le dessous des cartes dans toute partie jouée de haut et applaudie avec éclat.

Sismondi montrait innocemment le dessous des cartes, et même y mettait du sien. Sa parfaite innocence ne suffit pas à l'absoudre ; car nous ne sommes pas ici juge des intentions, mais des actes. Les actes, c'étaient les lettres

1 La comtesse d'Albany, p. 502.

SISMOHDI 12!

de Sisraondi qu'on nous donne aujourd'hui. On y peut trouver, tant la louange y est, malgré tout, abondante, de quoi dresser à madame de Staël une statue d'or; mais le correspondant de la Casa d'Alfieri ne se refuse pas à y ajuster des pieds d'argile. Cela était-il dans son rôle, quand il était, lui, Sismondi, l'ami, le confident, le compagnon de voyage, un des habitués et des familiers de cette femme célèbre ? C'est ce qu'il nous reste à examiner.

Je ne voudrais prêter à Sismondi aucun ridicule. Il aimait le commerce des femmes distinguées; il avait bien raison; mais il l'aimait trop. Il y perdait un peu la tête. « Hélas ! disait-il de lui-même (juillet 1815), je ne suis pas devenu si sage sur Paris que vous l'espérez de ma philosophie. C'est qu'il faut dire que j'aime éperdument In société des femmes, et celle-là est, je crois, aussi bonne qu'elle ait jamais été, si celle des hommes a déchu... » Il aimait donc les femmes. Élait-il capable d'amour, comme il l'était d'engouement? Dans ces lettres qui respirent la bienveillance, le dévouement et l'affection, je ne vois que de rares traces d'un sentiment plus tendre. Il y a même une sorte de fatalité attachée aux passages de sa correspondance qui pourraient, sur ce point délicat, le comprometire, celui-ci par exemple, où on dirait que ce bon M. Gâche a mis la main : « L'ennui, la tristesse, le découragement m'accablent, écrit-il, dès que je suis loin d'elle (de madame de Staël) ; une amitié si vive est bien au-dessus... (ici des mots enlevés par la rupture du cachet) ; car il m'est arrivé plus d'une fois d'en ressentir pour d'autres femmes, depuis... (même parenthèse), sans que les deux

sentiments méritassent seulement d'être comparés »

C'est là, avouons-le, parler un peu lestement de l'amour; la comtesse d'Albany s'y connaissait, et il est à parier qu'elle n'était pas de l'avis de son platonique corres-

pondant. Mais platonique, il ne l'était pas toujours. Il lui arrive une fois d'assister, eu diligence, au dénoûment d'un roman bourgeois dont il nous fait un récit fort agréable :

« ... Vous n'avez jamais éprouvé, écrit-il assez singulièrement à la vieille comtesse, l'espèce de liaison qui se forme en voiture, lorsque, passant douze heures vis-à-vis l'un de l'autre, on est obligé de tout mettre en commun; cette liaison se forme plus facilement encore, lorsque l'attrait d'une figure ravissante a fait faire les premières avances. Je me sens encore ému de la douleur, du trouble, de l'indignation de cette jeune personne que je n'avais jamais vue, que je ne reverrai jamais, lorsque le quatrième voyageur que nous avions dans la voiture raconta, sans songer à mal, sans en prévoir les conséquences, le mariage de cet amant dont il avait fait pour elle un mystère. Mais de telles aubaines ne se présentent passouventdans un long voyage... »

Une autre fois, ce n'est plus le roman d'un autre que Sismondi nous raconte, c'est le sien :

« 11 faut convenir, écrit-il (toujours à la comtesse d'Albany, en 1815), que celtejeunesse que je renie, je la sens encore vivement en moi lorsqu'il s'agit de rendre un culte à la beauté. Ce n'est pas sans une sorte d'émotion dont je ne suis pas maître que je songe que lady Elisabeth dort à présent au-dessus de ma tête... M. Yernon est bien heureux. »

Mais passons; si M. de Sismondi a de si beaux restes de jeunesse (il n'avait guère alors que quarante ans), tant mieux pour lui. Ce que nous voudrions savoir, c'est comment il se tire des relations sérieuses où sa destinée l'en-

SISM0SD1 125

«aCfe, s'il est fidèle à l'amitié en restant attentif envers la «randeur et si son dévouement, qui est celui d'un viril esprit, n'a pas par instants de ces petites perfidies que les amitiés féminines ne s'épargnent pas toujours entre elles. Il faut aimer les femmes, sans trop les imiter. Quelle satisfaction, par exemple, ne devait pas éprouver la comtesse d'Albanv, elle qui, en 1797, en pleine liaison aveemadame de Staël, avait écrit sur un exemplaire du beau livre de l'Influence des passions, entre autres critiques fort désagréables : « On voit que la dame est pénétrée de la Révolution, qu'elle y apporte toutes ses pensées, qu'elle flatte le pouvoir du moment pour retourner à Paris, que c'est l'éloignement de cette capitale qui est la passion qui la dévore1 » ; — quelle satisfaction, dis-je, ne devait pas éprouver madame d'Albanv, quand sous la plume de son fidèle correspondant, un ami de madame de Staël, elle retrouvait le même sentiment (très-injuste) exprimé dix ans plus tard presque dans les mômes termes :

<c ... Sans doute, madame, moi aussi j'aurais ardemment désiré que madame de Staèl eût assez de fermeté dans le caractère pour renoncer complètement à Paris et ne. faire plus aucune démarebe pour s'en approeber; mais elle était attirée vers cette ville, qui est sa patrie, par des liens bien plus forts que ceux de la société... C'est beaucoup, sensible comme elle est, passionnée pour ce qui lui est refusé, faible et craintive comme elle s'est montrée souvent, que d'avoir conservé un courage négatif qui ne s'est jamais démenti... ))

Au lieu de cette louange négative, c'est un éloge sans réserve que Sismondi devait à madame de Staël sur un point

1 La comtesse d'Albauy, p. 1 i4.

qui n'a pu être sérieusement contesté. Au lieu d'une demijustice, c'était une justice entière que devait lui rendre un tel homme, un tel juge, un tel ami, un tel témoin. De sa part, tout était sérieux. Sismondi, je le sais, rend parfois un immense hommage à « l'héroïsme » de madame de Staël, témoin ce beau passage (p. 155) où ce mot même est écrit, à tout risque de déplaire à la comtesse d'Albany; et puis une autre fois, à propos d'une belle dissertation de l'auteur de Corinne sur le suicide :

« Madame de Staël, écrit-il, est excessivement poltronne, et les femmes ne sont point obligées d'être faites autrement. Au commencement elle avait une très-grande peur de la mort; à présent on a réussi à lui faire plus peur encoredu diable, ou, sivous voulez, du jugement dernier : la peur n'est pas de la logique... »

Voilà donc un des échos que le salon de Coppet renvoyait, par l'organe d'un de ses plus fidèles habitués, à la Casa d'Alfîeri: « Elle est très-poltronne! » En fait, Sismondi avait raison, non pas de l'écrire à la comtesse d'Albany, mais de le penser, puisqu'il était sur ce point de l'avis de madame de Slaël elle-même : « Je ne pouvois me dissimuler, écrit-elle au moment de « son évasion » de Coppet (en 1812), que je n'étois pas une personne courageuse; j'ai de la hardiesse dans l'imagination, mais de la tiiniditédanslecaractère,ettous les genres de périlsse présentent à moi commedes fantômes... Tantôt je craignoisla prison, tantôt les brigands... Néanmoins, j'avois toujours le besoin de partir; nn mouvement intérieur de fierté m'y excitoit, mais je pouvoisdire conimeun François très-connu : « Je tremble des dangers auxquels mon courage va m'expo- « ser *.. .» Il est impossible de s'exécuter avec plus de gaieté, plus de franchise, et en même temps de mieux réserver,

1 Dix années d'exil, p. 489.

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d'un ton plus modeste, les droits que l'on conserve à l'admiration des âmes libres. « Un mouvement intérieur de fierté m'y excitait. » Noble fierté qui donnait à la fuite éperdue d'une femme timide, à travers toutes sortes de périls, la valeur d'un antagonisme redoutable et d'une protestation courageuse. !

Je ne fais pas ici l'apologie de madame de Staël; je ne raconte pas son histoire. L'histoire de ses sentiments, de ses idées, de ses opinions, de ses variations même, pour parler comme Sismondi, ce serait là un beau travail à entreprendre; la correspondance qui nous occupe aujourd'hui n'y nuirait pas. Elle jette plus d'une lueur sur ce grand esprit. Je ne la déprécie donc pas comme information historique. Ce que je juge dans ces lettres, c'est le procédé de l'écrivain. Il est curieux à étudier; nous sommes des curieux, non des malveillants. Il ne nous déplaît pas de trouver en faute ces fermes consciences qui semblent défier l'infirmité des nôtres, et de pénétrer par les côtés faibles dans ces citadelles de sagesse dont parle le poète :

Edita doctrina sapientum templa serena.

Nous aimons cela, non par jalousie, mais comme une petite revanche de notre propre faiblesse. Le mal n'est pas grand; l'attrait est sérieux; c'est de la psychologie en action. L'âme de Sismondi était forte et bonne, deux qualités qui s'accordent plus qu'on ne croit. Nous avons montré dans un précédent article les défaillances de sa force, et nous sommes arrivé à rechercher aujourd'hui les intermittences de sa bonté. Nous avons vu comment il fait les honneurs du courage politique dans madame de Staël. Que serait-ce si nous abordions à sa suite le commentaire toujours délicat et périlleux de la vie privée? Qu'il en eût reçu la confidence ou éprouvé la surprise, une telle vie de-

vait être sacrée pour Sismondi, surtout quand il s'agissait d'y faire pénétrer les regards de la comtesse d'Albany. Je n'insisterai pas sur des souvenirs délicats que le temps n'a ni éclaircis ni affaiblis. Le tort de Sismondi est d'y avoir joué en quelque sorte le rôle d'un témoin à charge, auprès d'un juge prévenu et devant un tribunal secret.

« Lecture attachante, écrit-il quelque part à propos des Lettres de mademoiselle de Lespinasse qui venaient d'être publiées (1812), lecture attachante et singulière étude du cœur humain! J'ai vu de près, j'ai suivi dans toutes ses crises une passion presque semblable, non moins emportée, non moins malheureuse... Un rapprochement que je faisais à chaque page augmentait pour moi l'intérêt de cette correspondance; mais c'est en m'inspirant une grande aversion pour les passions, lorsqu'elles arrivent à un certain degré d'impétuosité, et une grande pitié pour ceux qui se croient des héros d'amour parce qu'ils exaltent sans cesse, leurs sentiments au lieu de chercher à les dominer... »

Une autre fois, c'est le roman d'Adolphe qui met. en verve l'indiscret correspondant de madame d'Albany, et il se lance, à ce propos, dans un commentaire aussi injurieux qu'injuste. La lettre est du 14 octobre 1816. Presque à la même époque, Byron lisait, en Suisse, le roman de Benjamin Constant, et quoiqu'il n'eût pas envers madame de Staël les obligations d'amitié qui liaient Sismondi, il proteste (dans une de ses lettres) contre la supposition, qui avait couru alors, que l'original d'Ellénore fût à Coppet. « L'original d'Ellénore était madame Lindsay, celle que Chateaubriand (dans ses Mémoires) appelle la dernière des Ni nom l . »

1 Portraits de Femmes, par M. Sainte-Beuve. (La note de la p. 140.)

SISMONDI MB

Cette date de 1816 est peut-être celle d'un certain refroidissement survenu, à la suite des événements de 1815, entre madame de Staël et Sismondi; elle expliquerait bien des choses. « Nous avons ensemble des querelles terribles, » disait madame de Staël; et déjà deux ans auparavant, en mai 1814, au moment de la chute de l'Empire, cette chute qui, après avoir été si longtemps l'objet des vœux de Sismondi, ne lui laissait, une fois accomplie, qu'une inexplicable anxiété et des regrets inconséquents, — deux ans auparavant, le correspondant de madame d'Albany lui écrivait (sans trouver d'écho, cette fois, je le suppose) :

« Je ne suis pas bien sûr que madame de Staël partage ce sentiment, mais je réponds de l'impression que recevront ses amis... Les femmes, plus passionnées que nous dans tous les partis qu'elles embrassent, sont d'autre part beaucoup moins susceptibles de cet esprit national ; l'obéissance les révolte moins, et comme ce n'est pas leur vertu, mais la nôtre, qui paraît compromise par des défaites suivies d'une absolue dépendance, elles s'en sentent moins que nous humiliées... »

Il est, il faut l'avouer, un peu bien étrange de voir Sismondi, dans une lettre à la veuve de Charles-Edouard, donner ainsi une leçon de nationalité à madame de Staël qui aurait pu le renvoyer à ses Républiques italiennes. Sismondi, à la date que nous venons de marquer, se trouva quelque peu fourvoyé dans la politique. La chute de l'Empire l'avait abasourdi. 11 n'a guère repris son bon sens et son aplomb qu'après la pacification de la France, aux premiers accentsde la liberté renaissante ; au début, il n'y croyait pas. Son trouble va même jusqu'à désobliger du môme coup madame de Staël et madame d'Albany, qui écrit de lui (à Foscolo, le 15 août 1815) ces mots désagréables: « M. Sis-

mondi a écrit en faveur de celui qui est tombé... Sa conduite ne m'a pas étonnée... Il n'y a que des fous ou des gens intéressés qui peuvent compter sur ces petits grands hommes. » Au fait, ce n'est pas nous qui avons à nous plaindre de cet engouement un peu tardif que Sismondi nous montre en 1814 et 1815. Il a choisi le bon moment pour nous aimer, celui du malheur, quand beaucoup de pitié se mêlait en lui à un peu d'amour. A travers toutes ces transformations, Sismondi, un moment troublé, n'a pas cessé d'être libéral, et on peut croire que sa correspondance avec Faîtière comtesse a fini quand cette dame, qui n'avait jamais été très-fanatique de liberté, ne l'était plus du tout... « Vous dites avec raison, lui écrivait madame de Staël (décembre 1816), qu'on est aussi libre ici (à Pise) que dans une république ; certainement, si la liberté est une chose négative. Il ne s'y fait aucun mal quelconque; mais où est l'émulation ? où est le mobile de la distinction dans les hommes?... » Sismondi, de son côté, ne ménage guère à la comtesse d'Albany l'expression de ses dissentiments, et il y met par instants bien de la rudesse. Quand le sérieux écrivain manque de complaisance envers les femmes, c'est qu'il a perdu sa voie. À quoi pensait-il, par exemple, quand il disait à l'amie d'Àlfieri et de Xavier Fabre : « J'oublie que vous avez quelque disposition au matérialisme et que vous comptez le corps pour quelque chose... » Et quelle ironie dans ce parallèle* qu'il établit un jour entre les sentiments politiques de la comtesse et les siens !

« Notre dissentiment tient à ce que vous vous attachez aux personnes et moi aux principes. Nous sommes chacun fidèle à l'objet primitif de notre attachement ou de notre haine : moi aux choses; vous aux gens. Moi, je continue à professer le même culte pour les idées libérales, la môme

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horreur pour les idées serviles , le même amour pour la liberté civile et religieuse, le même mépris et la même haine pour l'intolérance et la doctrine de l'obéissance passive. Vous, madame, vous conservez les mêmes sentiments pour les gens, dans quelque situalion qu'ils soient. Ceux que vous avez plaints et révérés dans le malheur, vous les aimez aussi dans la prospérité ; ceux que vous avez exécrés quand ils exerçaient la tyrannie, vous les exécrez encore quand ils sont tombés. Vous conservez au pape sur le trône l'admiration qu'il avait gagnée dans sa prison ; vous êtes également fidèle aux rois fugitifs, aux émigrés et aux prêtres, encore qu'ils ne soient plus à plaindre. Vous sentez autant d'irritation contre l'Empereur que quand tout le monde, vous exceptée, rampait devant lui, etc., etc. »

Une correspondance qui s'établissait sur de pareils compliments ne pouvait toujours durer. Elle continua quelque temps, devint languissante; puis elle finit vers 1819. La comtesse ne mourut qu'en 1824. Dans l'intervalle, Sismondi s'était marié. Le célèbre historien, qui aimait, nous l'avons assez vu, la société des femmes distinguées, et qui ne laissait pas d'y paraître avec une certaine prétention de réciprocité, avait fini par n'aimer qu'une seule femme, la sienne. L'amour était sous jeu.

Une femme d'un rare esprit et qui porte un des plus beaux noms du premier Empire, me racontait récemment qu'elle avait beaucoup vu M. de Sismondi autrefois. C'était sous la Restauration. 11 avait, disait-elle, une disposition à tourner en tendresse les relations sociales les plus correctes. Il aimait à croire qu'il pouvait aimer. 11 laissa prendre un jour parun crayon habile et délicat une esquisse de sa figure. Le portrait réussit. « C'est bien là, dit-il, la figure d'un homme qui doit être laid... » Puis, après un silence

de quelques minutes: m Croyez-vous que ce visage-là, tel qu'il est, puisse attacher? » Quelque temps après, miss Jessie Allen, la belle-sœur de sir James Mackintosh, était sa femme. C'était uu peu tard ; Sismondi avait près de quarante-sept ans. Le mariage fut aussi heureux qu'il était honorable. Le grand historien avait failli, étant beaucoup plus jeune, faire une étourdeiie inoins sérieuse...

Madame Swetchine '.

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