‹ Etudes et recherches. --Chapitre 19 sur 66 · Balzac en pantoufles · texte numérisé non relu

Balzac en pantoufles

quelle cnlreprisc mirifique, luiadressa, un jour, cette réponse : « Avance-moi cent sous sur raffaire. »

Mais revenons au critique des Lundis. Nous avons d'autres preuves de son inimitié contre Balzac que les attaques contenues dansles Chroniques parisiennes.

Saint- Victor parlait très spirituellement des trois décompositions de physionomie de Tauteur de Porl-Royal, de ses trois têtes qu'il appelait: sa figure Balzac, sa figure Hugo, sa figure Michelel, lorsqu'il était question de ces trois individualités qu'il exécrait.

Dans leur Journal, les Goncourt nous rapportent une conversation du 11 mars 1863:

C'est le jour du dîner de Magny. Nous sommes au grand complet. Il y a deux nouveaux : Théophile Gautier et Neftzer.

La causerie touche à Balzac et s'y arrête. Sainte- Beuve attaque le grand romancier:

— Balzac n'est pas vrai... C'est un homme de génie si vous voulez, mais c'est un monstre !

— Mais nous sommes tous des monstres, riposte Gautier. Alors qui a peint ce temps-ci? Où se retrouve notre société? Dans quel livre?... si Balzac ne Ta pas représentée.

— C'est de l'imagination, de l'invention, crie ai-

grement Sainte-Beuve. J'ai connu cette rue de Lang'iade, ce n'était pas du tout comme ça.

— Mais dans quels romans trouvez-vous la vérité ? Est-ce dans les romans de M""' Sand?

— Mon Dieu, fait Renan, qui est à côté de moi, je trouve beaucoup plus vraie M"" Sand que Balzac.

— Pas possible, vraiment 1

— Oui, oui, chez elle, les passions sont générales...

— Et puis, Balzac a un style ! jette Sainte-Beuve, ça a l'air tordu, c'est un style cordé.

Si, maintenant. Ton veut s'expliquer la rigueur de Balzac pour Sainte-Beuve, il suffit de se rappeler le mot de ce dernier à propos de la candidature de Tauleur de la Comédie humaine à l'Académie : « M. de Balzac, disait Sainte-Beuve, est trop gros pour nos fauteuils. »

De plus, Sainte-Beuve ne manquait jamais de donner des leçons à Balzac. Consacrant, par exemple, un article au roman de Guttinguer, Arthur, dans la Revue des Deux-Mondes, il écrivait: « La moquerie méchante de ces femmes du monde chez la baronne de Trûa, lorsque Arthur essaie d'aller s'y distraire, est peinte comme nul de nos jours ne le ferait. M. de Balzac, qui a sur ces points, tant de qualités et de parties d'observation heureuse, devra admirer cette sobriété.

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cette précision de trait qui est le goût exquis du genre. » Il est dur, pour un Balzac, d'être jugé inférieur et même comparé à Guttinguer,

Reportons-nous encore à une circonstance datant de 1839. Balzac adressant une lettre à La Presse pour montrer le tort que causaient aux écrivains français les contrefacteurs belges, rappelait l'expression de Hugo sur « les dix ou douze maréchaux de France littéraires ». Il estimait à bon droit être l'un d'eux. Sainte-Beuve se moqua de lui dans la Bévue des Deux-Mondes du 1" septem43re. La raillerie était niaise et l'erreur assez lourde. L'écrivain qui avait signé Séraphila, Eugénie Grandet, le Lys dans la Vallée^ César Birotteaii et dix autres ouvrages, pouvait à bon droit se prétendre l'un des chefs de notre littérature. Quand il écrivit sa critique de Port- Royal, Balzac se souvint certainement des plaisanteries de Sainte-Beuve, mais, en tout cas, le livre qui ne correspondait pas à ses opinions ne pouvait lui agréer. Sainte-Bévue, comme le disait la duchesse d'Abrantès et comme le répéta Balzac, n'eût pas été beaucoup mieux traité. N'oublions pas non plus que l'auteur de Volupté avait fermé la porte ' de la Revue des Deux-Mondes à son futur censeur.

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