Voir Sainie-Beuve, par Léon Séché
Dans sa Lettre sur la littérature, le théâtre et les arts, Balzac analyse aussi un ouvrage de Louis Reybaud. Je ne crois pas utile d'y insister.
La Chronique de la Presse est assez violente. Balzac se plaint du manque de tolérance des journaux envers le catholicisme. Il déplore les indiscrétions des journalistes n'hésitant pas à révéler l'infériorité de notre marine, l'insuffisance de notre cavalerie et bien d'autres choses encore. Il regrette que tous les journaux viennent chercher leurs informations à l'agence de M.. Havas, ce qui détermine « la pauvre uniformité de nouvelles étrangères » dans tous les quotidiens. Surtout il s'indigne que M. Havas soit le prêtenom du ministère et expédie aux journaux de province des articles rédigés conformément aux instructions des ministres soucieux de moraliser les départements et de leur inspirer desopinions politiques salutaires. Cette chronique est bien curieuse. Elle aurait pu paraître hier.
Balzac n'aimait pas la presse et il avait les meilleures raisons de se défier d'elle. Lorsqu'il intenta un procès à la Bévue de Paris, qui vendait à la Bévue de Saint-Pétersbourg la faculté de publier ses œuvres en même temps qu'elles paraissaient à Paris, — et, cela, sans son autorisation, — tous les journaux se rallièrent à la
cause du directeur contre lui \ Il eut à subir les attaques les plus violentes, les épigrammes et les critiques les plus acerbes. La jeunesse républicaine qui le détestait avait profité de la circonstance pour dauber sur lui et lui infliger les pires blessures d'amour-propre. On alla jusqu'à rinsulter. Léon Gozlan - rapporte que le Journal des Ecoles publia une lithographie représentant le romancier « dans une cellule de Clichy, vêtu en robe de moine et assis à une table sur laquelle on voit deux bouteilles de vin et un long verre à Champagne. De la main gauche il tient une pipe et de son bras droit il entoure la taille d'une jeune femme. On lit cette inscrip-
1. M» Ghaix d'Esl-Angc chargé de défendre les intérêts de la Revue de Paris accabla Balzac de ses sarcasmes. Sa plaidoirie débutait de cette façon : « Un homme dont tout le monde sait l'importance, ou plutôt un homme qui donne une grande importance à tout ce qu'il produit. ..» M« Chaix d'Est-Ange appréciait ensuite Le Lys dans la Vallée, et terminait ainsi : « Voilà l'analyse du livre... Eh quoi ! on nous laisse là. Mais que deviendront la comtesse et ce monsieur dont j'ignore le nom? Comment cela fmira-t-il? Comment va-t-elle faire pour allier ses devoirs avec sa passion ? Celui-ci, à force de s'étendre comme une plante grimpante ; celle-là à force de l'envelopper dans ses blanches draperies, ont-ils ?... Voyons, ont-ils ?.. . Ah ! que je voudrais bien parler comme écrit M. de Balzac, et trouver le secret de ce langage, que personne ne comprend, pour exprimer ici ce que n'ose pas dire!» Au sujet de ce procès cdTisultezles Petits mémoires littéraires, par Charles Monselet.