‹ Etudes et recherches. --Chapitre 25 sur 66 · Arthui' Chuquet. Slendhal'Beyle · texte numérisé non relu

Arthui' Chuquet. Slendhal'Beyle

La Lettre sur la littérature, le théâtre et tes arts est consacrée à Edouard Ourliac qui venait de publier la Confession de Xazaritte, et à Alfred de Musset qui avait réuni six nouvelles sous le titre de Les Deux Maîtresses, Frédéric et Berneretle. Le volume d'Ourliac comprenait également Suzanne, Coltinet, Psytté, L'Epicurien. Suzanne ressemble beaucoup à Ceci n'est pas un conte de Diderot, et dès que Ourliac s'écarte de son modèle il commet des non-sens littéraires.Balzac établit entre les deux œuvres un long parallèle et il en profite pour nous exposer quelques-uns de ses principes d'art :

Je ne cesserai de répéter que le vrai de la nature ne peut pas être, ne sera jamais le vrai de l'art; que si l'art et la nature se rencontrent exactement dans une œuvre, c'est que la nature, dont les hasards sont innombrables, est alors arrivée aux conditions de l'art. Le génie de l'artiste consiste à choisir les circonstances naturelles qui deviennentleséléments du vrai littéraire, et s'il ne les soude pas bien, si ces métaux ne font pas une statue d'un beau ton, d'un seul jet, eh bien ! l'œuvre est manquée.

Cette ressemblance du conte de Diderot et de la nouvelle d'Ourliac mise à part, Balzac reconnaît volontiers que l'œuvre n'est pas sans mérites. On lit Suzanne avec plaisir. Il y a deux ou

trois scènes originales. «A part quelques emmêlements dans le fil des idées », la phrase du romancier est nette, vive, précise. Malgré quelque uniformité son style est suffisant.

La Confession de Nazarille est un pastiche d'après Scarron, Psyllé est un pastiche d'après Hamilton, L'Epicurien est comme une page de Candide, mais retournée contre la philosophie de Voltaire. Dans ce recueil, Ourliac n'a donc fait œuvre personnelle qu'en écrivant Collinet. Collinet est un jeune acteur de province. Il est « livré aux familiarités des dandys de l'endroit, leur camarade d'abord, leur commensal au café, puis leur bouffon ; enfin leur/)a//ras,la cible où s'adressent tous les coups ; le Triboulet à qui l'on n'accorde que la faculté d'amuser la cour ». Ce Collinet aime Clémence, une jeune personne de la ville. On l'éconduit à cause de sa profession. L'acteur gagne Paris. Il devient célèbre. Quelques années plus tard, le père de Clémence ruiné et misérable a besoin de son appui et le comédien épouse celle qu'il n'a pas cessé d'aimer. Balzac fait à la nouvelle d'Ourliac, qu'il déclare excellente par ailleurs, le reproche de manquer de proportions et d'harmonie. Il conclut :

Je crois M. Ourliac appelé plus particulièrement

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à faire du dialogue et des œuvres de théâtre que des livres quiexigdnt de longues veilles, uniquement pour le style ; il a cette soudaineté d'esprit, cette saillie méridionale si précieuses pour les ouvrages dramatiques, son talent comporte cette netteté d'idées, cette vivacité d'aperçus qui distinguent les auteurs comiques. Ici, mon intention n'est pas de lui dire qu'il ne doit écrire ni des nouvelles ni des romans. Le Sage n'a-t-il pas fait Gil Blas et Turcai^el ? Mais je crois de mon devoir de lui indiquer une route où l'attendent de beaux succès.

Ourliac était un personnage assez curieux et ne manquait pas de talent. Il connut même avant de mourir, — et il mourut très jeune, — une grande notoriété. Après avoir faitses études chez les Lazaristes de Montdidier, puis à Louis-le- Grand, il était entré dans l'administration des hospices. Son premier protecteur fut Touchard- Lafosse. Touchard-Lafosse, le baron de Lamothe-Langon, Horace de Saint-Aubin étaient les d'Ennery et les de Courcellede ce temps-là. Sous leur inspiration, et pour se conformer aux goûts du public qui appréciait fort et n'a pas cessé d'apprécier les meurtres, les femmes renversées^ les mares de sang et les coups de pistolet, Ourliac composa deux romans mélodramatiques au plus haut point, l'Archevêque et la Protestante en 1832, puis Jeanne laXoire en 1833. Ils ne va-

laient pas grand'chose et parurent chez Lacliapelle, un bizarre éditeur qui payait ses romanciers par les plus extravagants moyens, avec des sacs de sable ou des charrettes de pavés*, par exemple, que l'on revendait sur ses indications en de lointaines banlieues.

Balzac et l'auteur de Jeanne la Noire s'étaient connus au F/^a/'o qui réunissait Alphonse Karr, Paul de Kock, Scribe, Alexandre Dumas et beaucoup d'autres collaborateurs également célèbres. Ourliac signait alors des articles fort spirituels et improvisait des farces à moins qu'il ne composât des tragédies. Dans l'une de ces tragédies, s'il faut en croire Monselet, il mettait en scène la passion d'un domestique pour une grande dame et devançait ainsi le Ray Blas de Victor Hugo.

Ourliac était un joyeux compagnon à cette époque. Il dansait à merveille, aimait les femmes, soupait avec les dames de l'Opéra et donnait la comédie, le tout sans argent puisqu'il avait aux Enfants-Trouvés un petit emploi de douze cents francs. Ses reparties et ses plaisanteries avaient une juste réputation. C'est lui qui, après les trois journées de juillet 1830, se rendait sous les fenêtres du palais des Tuileries,

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