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Contes cruels

LES CONTES DE VILLIERS «DE l'iSLE-ADAM 147

par quitter précipitamment ses hôtes à la pointe du jour. Ceux-ci restent décontenancés et apprennent, tout à coup, que leur invité est un maniaque personnage obsédé du besoin de remplir les fonctions de bourreau et, cherchant, pour satisfaire sa folie épouvantable, à soudoyer les exécuteurs des hautes-œuvres. Ce matin-là, il est parti à l'exécution capitale qui a lieu dans la ville, et peut-être sera-t-il parvenu à accomplir la funèbre besogne qu'il aime. Le sujet n'est rien ou peu de chose et l'on en pourrait dire autant des divers contes que nous venons de citer, mais Villiers a le sens du tragique et de l'épouvante au plus haut point. Il excelle à préparer son lecteur, à le suggestionner, à lui faire attendre le drame qui éclate enfin, violent et imprévu. Tous les contes de cette seconde manièi-e n'ont pas un pareil degré d'horreur, je me hâte de l'ajouter, et Villiers narre parfois de plus réjouissantes histoires, — très rarement du reste.

Ce n'est pas dans ces inventions, si habilement conçues et réalisées qu'elles soient, qu'il faut aller chercher le meilleur du grand écrivain. Et ce n'est pas davantage dans les contes où il a férocement et brillamment fustigé les vices et les bassesses de son époque. Villiers était un être d'amour, de rêve et de mélancolie qui au-

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rait souhaité réaliser son œuvre au sein du si- | lence. Bafoué par les uns, incompris par les autres, astreint aux besognes du journalisme, il eut le sarcasme aux lèvres et se vengea à sa manière, mais il garda toujours la nostalgie d'une noble et inaccessible retraite, et il se plut, pour se consoler, à créer des personnages qu'il ne voyait pas dans son entourage, il inventa des fictions magnifiques qui lui valurent d'oublier la réalité. A côté des imbéciles, des forbans, des coquins, des faux artistes et des faux écrivains, il a placé, dans ses contes, de nobles esprits, d'honnêtes gens, des femmes admirables de pureté et d'intelligence, des peintres, des musiciens et des poètes amoureux de leur art et angoissés de leur idéal. Ceux-là, Villiersles dil« atteints d'àme », et il les peint tendrement, respectueusement, tels qu'il aurait désiré les connaître et tels qu'il ne les a sans doute jamais rencontrés. Nul écri vain n'a dessiné un caractère d'épouse aussi élevé que celui de M-"^ Rousseau-Latouche dan L'amour sublime K M"^ Rousseau-Latouche est la femme d'un homme politique stupide, vil et borné. Elle le supporte patiemment. Elle fait mieux : dans le milieu trivial et vicieux où elle est obligée de fréquenter, elle conserve sa pu-

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