‹ Etudes et recherches. --Chapitre 42 sur 66 · Propos d'Au-delà · texte numérisé non relu

Propos d'Au-delà

L"S CONTES DE VILLIERS DE l'iSLE-ADAM 149

rcté et sa piété intactes, elle garde la finesse de SCS goûts et la qualité rare de son intelligence. On la trouve une femme « supérieure », mais assez extraordinaire. « Ainsi, musicienne, elle n'aimait exclusivement et sans jamais une concession, que cette musique dont l'aile porte les intelligences biens nées vers ces régions suprêmes de PEsprit qu'illumine la persistante notion de Dieu, — d'une espérable immortalité en cette incréée « Lumière » où toute souffrance mortelle est oubliée. » De même « elle ne lisait que ces livres, si rares, oi^i vibre la spiritualité d'un style pur », elle n'aimait pas le monde et préférait aux bruyantes réunions les calmes prières et les visites aux pauvres. M. Rousscau-Latouche «comprenant toutes les aberrations des êtres non parvenus à sa sérénité intellectuelle » trouve sa femme excusable et il l'excuse d'autant mieux qu'elle est fidèle et résignée à ses exigences. Cependant les Rousseau-Latouche reçoivent un jeune homme. Ce dernier montre une délicatesse d'àme, une pureté et une finesse de sentiments, une piété aussi qui séduisent la jeune femme et lui permettent de mesurer toute la vulgarité de son mari. Ils s'aiment bientôt d'une tendresse d'àme, d'un amour idéal, vraiment sublime, avec le désespoir de ne s'être pas rencontrés jadis et l'enivrement de leur noble tris-

tesse. Rousseau-Latouche croit à une passion vulgaire. Il cherche à surprendre les amants et voici ce qu'il aperçoit : « Les deux amants, le dos tourné à la porte, et chacun les mains jointes sur le balcon d'une fenêtre ouverte, aussi bien vêtus qu'en plein midi, contemplaient, l'un vers l'autre, l'auguste nuit de lumière, avec des regards d'espérance, et récitaient ensemble, à l'unisson, leur prière du soir, d'une voix lente, mais dont la terrible simplicité d'accent semblait devoir glacer le sourire des gens les plus éclairés.» Aux heures de trêve dans la lutte incessante de sa vie, Villiers, demeuré sentimental et religieux, se dédommageait par de telles pages des choses et des gens qu'il lui fallait supporter.

Je parlais, il y a un instant, de ce grand désir que nourrit toujours l'auteur d'Axel de vivre solitaire. Il l'a exprimé en maintes fictions suaves et mélaîîcoliques. Les fils et les filles de ses meilleurs songes, ceux en qui il a placé sa dilection ne peuvent rester dans le monde. La médiocrité universelle étouffe leurs Ames trop fragiles et ils gagnent une retraite mystérieuse où ils se grisent d'ineffables joies. La maison du bonheur ' raconte cet épisode. Ni Paulede Luçanges, ni le

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