Nouveaux contes cruels
rer ! 11 est des exemples... Ainsi soitl — Reposez-donc, ce soir, en paix. Vous ferez partie, demain, de V aulo-da-fc : c'est-à-dire, vous serez exposé au qiiemadero, brasier prémonitoire de Téternelle Flamme : il ne brûle, vous le savez, qu'à distance, mon fils, et la Mort met au moins deux heures (souvent trois) à venir, à cause des langes mouillés et glacés dont nous avons soin de préserver le front et le cœur des holocaustes. Vous serez quarante-trois seulement. Considérez que, placé au dernier rang, vous aurez le temps nécessaire pour invoquer Dieu, pour lui offrir ce baptême de feu qui est de l'Esprit-Saint. Espérez donc en La Lumière et dormez. » Ces paroles dites, le Grand Inquisiteur s'éloigne et laisse son prisonnier. Celui-ci, tout à coup, s'aperçoit que la porte de sa cellule n'a pas été refermée. L'évasion est donc possible. Eperdu, tremblant, ivre de crainte et de bonheur, il gagne le corridor, et, après de nombreuses péripéties, -des rencontres évitées, de folles alternatives d'espérance et d'effroi, il entre dans la campagne. C'est la liberté reconquise, la vie, la joie 1 Non, le Grand Inquisiteur est là qu.i considère le misérable « de grosses larmes plein les yeux, et d'un air de bon pasteur retrouvant sa brebis égarée». Le prisonnier comprend qu'on lui a infligé un dernier supplice, le supplice de l'espérance. Ce
LES CONTES DE VILLIERS DE l'iSLE-ADAM 157
conte, — l'un des plus beaux de notre langue, — caractérise bien les sentiments de Villiers. Selon lui, les inquisiteurs ne furent pas des bourreaux, des tortionnaires, des furieux, comme on se plaît à les représenter, mais des hommes enflammés de l'amourdu Christ, puisant dans leur croyance le droit d'être cruels à la condition que de nouvelles âmes soient gagnées au ciel. Vous avez entendu le discours de Pedro Arbuez d'Espila, vous avez vu son attitude lorsqu'il reprend l'échappé. L'attitude et le discours sont d'un mystique hanté par sa foi, prêt à user de tous les moyens, mais ne les employant que pour glorifier Dieu et le servir. Cette idée était assurément celle de Villiers puisque, dans un autre conte, il nous présentera Tomas de Torquemada et lui fera dire à des jeunes gens qu'il faut ramener à la ferveur : « C'est d'amour que mon cœur se consume, car l'amour, c'est la loi de la vie! C'est le sceau de la sainteté. » Villiers a reconnu en ses autres œuvres le principe d'autorité dévolu à l'Église. L'archidiacre d'Axel affirme '• « Nous avons l'Autorité: nous la tenons de Dieu, et nous la garderons, entre nos mains profondes, jusqu'à la consommation des siècles. Et cela, malgré les menaces de l'avenir, les illusions delà science, et toute l'infecte fumée du cerveau mortel, afin que la parole soit accomplie : Stat crux volviliir orbis. »
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Ses convictions religieuses n'ont pas toujours inspiré des pages aussi tragiques à l'auteur de Tribulal Bonhomel. 11 a écrit de naïves et touchantes légendes, de mystiques « histoires » comme emhaumées d'encens et qu'il entendit peut-être raconter en cette lointaine et sauvage Bretagne où s'écoula son enfance. Y a-t-il rien de plus suave que la fiction de Sœur Xaîalia ' ? Une religieuse séduite par un jeune homme quitte son couvent, non toutefois sans avoir imploré son pardon de la Sainte Vierge. Bientôt l'amant se montre fatigué de sa coupable tendresse, et il disparaît, laissant sa compagne déchirée de honte, de chagrin et de remords. Elle décide de mourir, mais auparavant veut revoir le couvent où elle connut de pures et calmes joies. Entrée dans la chapelle, elle pleure auprès de Marie. Miracle, la Vierge parle à la pécheresse : « Ma fille, ne te souviens-tu pas? Tu m'as confié ton v-oile et la clef de ta cellule avant de nous quitter. Je t'ai donc remplacée, ici, accomplissant, sous ce voile, toutes les lâches de tes vœux : nulle d'entre tes compagnes ne s'est aperçue de ton absence: reprends donc ce que tu m'as confié : rentre dans ta cellule, et... ne t'en va plus. » La céleste aventure ' n'est pas moins