Histoires souveraines
LES CONTES DE VILLIERS DE l'iSLE-ADA.M 159
touchante. Un juif a entassé des richesses durant sa vie. Il est vieux et n'a connu d'autres joies que celles des fructueuses opérations réalisées. Qu'importe puisqu'il se découvre possesseur de trois millions. Trois millions 1 Et tandis qu^il contemple son trésor, l'eau envahit sa maisonnette. Une inondation submerge la campagne environnante. L^usurier va-t-il périr sans pouvoir profiter de ses biens mal acquis ? Résolument, il prend ses billets, ses diamants, ses papiers, les enferme dans une sacoche qu'il suspend à son cou et se jette à l'eau, décidé à gagner un refuge. Là-bas, un calvaire se dresse. Le juif répugne à demander asile à cette image* Mais il le faut. De ses bras défaillants, et non sans dégoût, il étreint la croix fatidique. Une barque ne tarde pas à arriver. Le vieux Mosé y monte. Auparavant, il veut rétribuer ce Dieu qui n'est pas le sien du service rendu, lui donner ce qu'il aurait offert à un homme en pareille circonstance, et, gravement, il enfonce une pièce d'or entre les deux doigts repliés sur le clou de la main droite. Or, à quelque temps de là, une pauvre jeune fille réduite à la famine vint,le crépuscule tombant, s'affaisser au pied du calvaire et implorer le secours du Sauveur. « Et, chose à stupéfier l'entendement, voici que, de la main du vieux Christ, sur qui lesyeux delà suppliante
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s'étaient levés, une pièce d'or tomba sur la robe de Tenfant, et que ce choc, avec la sensation douce et jamais troublante d'un miracle, la ranima. » La jeune fille devint une sainte et mourut à vingt-huit ans, supérieure d'un ordre de Petites- Sœurs des pauvres, fondé par elle, en Provence.
Il y a, dans ces pages, une ferveur d'oraison, une tendresse grave et recueillie. Villiers fut spécialement attiré par le côté légendaire et mystique du catholicisme qui correspondait si bien à son tempérament de poétique rêveur. Il est permis de déplorer qu'il n'ait pas eu la pensée de traiter d'autres sujets religieux. Une vie de saint François d'Assise écrite par lui eût été une très belle chose. Ce croyant que nous avons vu tout à l'heure si ferme en ses principes, si rude en leur application, ce combattant qui fondait un journal intitulé La Croix et l'Epée, et défendait vaillamment sa foi, ce grand chrétien trouvait d'ineffables accents pour dire la joie de la vie religieuse et la sérénité souriante des vierges qui se consacrent à Dieu, telle cette Lysiane d'Aubelleyne consumée de l'ardeur du sacrifice et qui, jeune, belle, ardente et riche, entre au Carmel dans V Amour Suprême ^
Nous ne donnerions pas une idée complète de