Villiers de l'Isle-Adam. Delesalle, éditeur
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ble, sortie de son tombeau comme lady Ligria. » M. Chapoutot ajoute : « Catilina, Le secret de l'échafand, Le convive des dernières fêles, sont placés par Villiers de l'Isle-Adamdans une atmosphère de terreur qui se rencontre fréquemment chez Edgar Poe. La torture par lespérance a une parenté évidente avec Le puits et le pendule. Mais quelles différences dans les moyens employés par Poe et par Villiers de l'Isle-Adam pour frapper l'imagination du lecteur ! Dans Le puits et le pendule, comme dans Une descente dans le Maëlstrom,La chute de la maison Usher, Le masque de la Mort rouge, etc.. nous ressentons de l'horreur, de la terreur, une impression purement physique. Il n'y a, dans La torture par l'espérance, ni puits béant à la gueule ouverte, ni pendule d'acier qui siffle en se rapprochant d'une victime enchaînée, ni murs de fer chauffés au rouge qui s'avancent et se resserrent: non ; il suffit à V^illiers de TIsle-Adam, pour tous moyens, d'une porte entrouverte, d'un corridor obscur, d'un jardin parfumé sous une nuit étoilée pour que nous frémissions avec le rabbin Aser Abactanel dont le cœur se dilate à l'espoir de la liberté et de la vie. L'extase à laquelle l'arrache subitement le Grand Inquisiteur nous émeut peu-être plus profondément que ces contes souvent mélodramatiques où Edgar Poe accu-
mule rhorreur d'extraordinaires et surnaturels événements. »
Il est certain que Villiers usa de moyens dramatiques plus discrets que ceux d'Edgar Poe, mais si l'on ne rencontrepasau mémedegré, chez lui, l'épouvante et Teffroi, le goût maladif du mystère, la peur démente et la préoccupation constante de la mort, toutes choses qui distinguent et caractérisent l'auteur des Histoires grotesques et sérieuses, son esthétique est celle d'Edgar Poe. Tout ce que ce dernier a écrit sur son art, Villiers aurait pu le signer. * II n'y a pas d'idée qui ne puisse s'énoncer clairement, disait Poe en paraphrasant le vers de Boileau, du moment qu'on la conçoit bien. » Il disait encore: « Créer, c'est combiner soigneusement, patiemment, et avec intelligence. » Ailleurs, il émettait ce principe : « Ce n'est qu'en ayant sans cesse son dénouement déviant les yeux, en faisant concourir tous les incidents et le ton général du récit au développement de Vintentien que nous pouvons donner à l'action l'air de logique et d'enchaînement qui lui est indispensable.» Ces qualités de clarté, de précision et de logique, Villiers les rechercha d'abord et il écrivait de son côté : « Si je pense magnifiquement, on trouvera littéraire ce que j'écris. Ce n'est pourtant que ma pensée clairement dite, et non
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point de la littérature, laquelle n'existe pas et n'est que la clarté même de ce que je pense. » D'ailleurs, sauf les réserves indiquées, les procédés littéraires des deux écrivains sont identiques. Ils se sont efforcés de donner de la réalité à leurs fantaisies les plus extravagantes, — qu'elles fussent joyeuses, satiriques, étranges ou tristes, — par la précision et la vérité du détail.
Enfin Villiers et Edgar Poe considérèrent le monde comme illusoire. «Les hommes m'ontappelé fou, dit Poe ; mais la science ne nous a pas encore appris si la folie est ou n'est pas le sublime de t'intelligence, — si presque tout ce qui est la gloire, si tout ce qui est la profondeur, ne vient pas d'une maladie de la pensée, d'un mode de Tesprit exalté aux dépens de l'intellect général... Nous disons donc que je suis fou '. » Comparez ce passage au passage de Villiers : « Où le moi est-il bien lui-même ? Quand ? A quelle heure de la vie? Votre moi de ce soir estil celui qu'il sera demain ? celui d'il y a cinquante ans? Non. Nous sommes les jouets d'une perpétuelle illusion, vous dis-je ! Et l'Univers est bien réellement un rêve *. »