‹ Etudes et recherches. --Chapitre 6 sur 66 · Autour de la table · texte numérisé non relu

Autour de la table

George Sand ^ raconte encore : « H. de Latouche aimait à enseigner, à reprendre, à indiquer; mais il se lassait vite des vaniteux, et tournait sa verve contre eux en compliments dérisoires dont rien ne saurait rendre la malice. » Latouche était en effet un homme très spirituel et un très brillant causeur. Personne n'était aussi séduisant que lui lorsqu'il traçait le plan de ses livres ou lorsqu'il critiquait l'œuvre d'un confrère. « Ses traits fins, spirituels, disait BalzaC;, l'ont fait surnommée Rivarol IL » Et George Sand :

Il avait une voix douce et pénétrante, une prononciation aristocratique et distincte, un air à la

1. Dans le compte rendu de Léo dans la Revue parisienne, Balzac écril : « En logeant son héros chez George Sand, voici ce que M. de Latouche fait dire de lui même par cette femme célèbre:* C'est un paysan, moins la santé, un anachorète, moins la vertu, qui mourra dans l'antichambre de la gloire, faute de camaraderie, l^i qui n'attendrait pas dans un salon de roi (c'est le salon d'un roi. Un salon de roi pourrait être le salon d'un financier. La Dubarry a été un morceau de roi, avant d'être le morceau d'un roi). Soldat de la presse parisienne en 1330, il a manqué da courage d'être préfet, et homme littéraire avec une bonne fortune inouïe, celle d'avoir fait fleurir un barbarisme (Un ? quelle modestie !) dans la langue de Voltaire, il ne sera amais de l'Institut. Frère hospitalier de tout mérite qui veut se produire, ce petit manteau bleu de la littérature, de qui l'on a imprimé, je crois, qu'il avait fait moins d'ouvrages que d'auteurs, etc. » Après ces lignes, il n'y a plus qu'à proposer cette épitaphe : A M. de Latouche, le XIX' siècle reconnaissant. »

fois caressant et railleur. Son œil crevé dans son enfance ne le défigurait iiullement et ne portait d'autre trace de l'accident qu'une sorte de feu rouge qui s'échappait de la prunelle et qui lui donnait, lorsqu'il était animé, je ne sais quel éclatfantastique.

Sainte-Beuve * a tracé ce portrait de Latouclie :

C'est un homme qui aurait pu, avec plus de travail et un meilleur esprit, jouer un rôle remarquable dans la littérature. Il a, ou il avait, des éclairs de nouveauté, de passion, des étincelles d'originalité, surtout une foule de traits heureux, spirituels, malins, des mots, qu'il arrange, qu'il aiguise, même lorsqu'il les emprunte, car Latouche manque d'invention et emprunte le plus souvent. Il a emprunté (pour ne pas dire plus) à Hoffmann, alors peu connu en France, un conte qu'il a intitulé Olivier Broiisson, sans dire où il l'avait pris. Il a emprunté à la correspondance de l'abbé Galiani avec M"' d'Epinay le sujet et le cadre de sa correspondance romanesque de Carlin et de Ganganelli, Il a même emprunté à Millevoye le trait malicieux qui termine son Epître à un poète amateur ; ce dernier avait demandé bonnement à Latouche une préface en vers pour mettre en tête de son recueil de poésies, et le malin introducteur mystificateur lui disait :

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