‹ Etudes et recherches. --Chapitre 62 sur 66 · V... en veille comme en... songe · texte numérisé non relu

V... en veille comme en... songe

Au rang des Rois, se croit... monté.

Personne à mon avis, ne peut y contre... dire : A ce grand Roi des Fousrienne doit être... ôté,

On lui laisse tout son... empire.

Autre réplique:

On remarque pour l'ordinaire Qu'un songe est analogue à notre caractère. Un Guerrier p-^ut songerqu'il a passé le Rhin,

Un Marchand qu'il a fait fortune,

Un Chien qu'il aboie à la Lune,

Un Voleur qu'il a fait butin.

Mais que V... en Prusse à l'aide d'un mensonge Ose se croire Roi, lui qui n'est qu'un faquin ;

Ma foi c'est abuser du songe.

Des très longs Adieux de M. de V... aux Mu-

ses, j'extrais ces quelques vers :

... Hélas? il est trop vrai, Il n'est plus de bon sens et de goût qu'à Girey. Tandis que la science illustre l'Angleterre, L'ignorance abrutit le reste de la terre. Et voilà donc, ingrats, le prix de mes bienfaits : Vous, enrichis des dons que mon Art vous a faits...

Si je suis offensé par quelques malheureux, Est-ce donc les punir que d'écrire contr'eux ? Qu'importe qu'en mes vers ma rage les déchire, S'ils ont dans leur douleur le plaisir de les lire 1 Non, ne leur forgeons point des tourments superflus. Je les punirai mieux ; je ne rimerai plus.

0 siècle ténébreux ! 0 France infortunée ! Moi-même je frémis de votre destinée.

Mais mon honneur flétri m'impose cette loi, Vous ne méritez pas un Rimeur tel que moi...

On a beaucoup attaqué le poème de Voltaire sur la bataille de Fontenoy. Je résumerai, en terminant, un petit pamphlet intitulé : Réflexions sur un imprimé intitulé La bataille de Fontenoy, dédiées à M. de V..., Historiographe de France. L'auteur s'excuse d'abord de la très grande liberté qu'il prend de critiquer un écrivain aussi considérable que Voltaire. Mais quoi, lui dit-il, « ne

VOUS en prenez qu'à vous-même si nous sommes devenus si difficiles. Ce sont vos ouvrages qui nous ont gâtés. On peut bien vous appliquer ce que Saint-Evremond dit de Corneille. Vous êtes si admirable dans vos belles productions que l'on ne vous souffre point ailleurs médiocre. » D'ailleurs, Voltaire n'a-t-il pas donné l'exemple de la libre critique ? Il a décidé de toute la littérature anglaise dans ses Mélanges et de toute la littérature française dans son Temple du goûl. Il a jugé Pascal et La Fontaine sans ménagements, réduit Marot à sept ou huit feuillets, Voiture et Sarazin à quelques pages. Dès lors, nous pouvons, sans crainte, le juger à son tour. Les intentions de l'auteur sont précises :

Je m'adresserai d'abord à V Apollon du Parnasse Français, au digne successeur de Racine et de Corneille, et je me plaindrai à lui de lui-même. Je parlerai ensuite à l'auteur de l'histoire de Charles XII, de l'essai sur le siècle de Louis XIV ; enfin à V Historiographe de France ; c'est-à-dire à celui à qui le roi a confié une plume d'or pour enregistrer ses propres exploits et pour rendre justice même à ses ennemis.

Voltaire a cité trop de personnages' dans son

1. Les éloges amphi^ouriquescontiennant une amusante parodie du poème de Voltaire, intitulée Les Héros modernes, où Ton

poème. La Bataille de Fontenoy a deux cents vers. Il y a entassé cinquante-sept noms. «J'approuve, dit le censeur, le généreux dessein que vous avez d'arracher à l'oubli les ombres vertueuses de nos Héros, et de faire revivre leurs exploits dans a'os chants. » Mais il est à craindre que l'oubli de quelques-uns ne fasse plus de mécontents que cet éloge universel ne pourrait faire d'amis. De là ces fréquentes éditions et ces notes multipliées '. « Dans votre poème, les rangs sont plus pressés qu'ils n'étaient à Fon-

exalte quantité de personnages odieux ou ridicules. Un pamphlétaire composa également, danslemême esprit, une Requête du curé de Fontenoy au roi. On reprochait à Voltaire la composition trop rapide de son poème et les nombreuses modifications de texte qu'il apportait à chacune des éditions successives.

1. Il y eut cinq éditions en huit jours ; et l'on en était à la huitième, en juillet 1743, quand ces vers parurent :

Lorsqu'on veut, en dépit des lois Griffonner des vers à la hâte, Qu'en arrive-t-il ? On les gâte Autant qu'on les change de fois ; Mais ici ce n'est pas de même :

Chaque nouvelle édition, Avec une vitesse extrême, Ne court qu'à la perfection. Espérons donc qu'à la centième, Grâce au critique Lecteur, Kt la souplesse de l'Auteur, Nous pourrons voir un beau Poème.

tenoy. » Tel lieutenant-général n'occupe pas son quart d'hémistiche, tandis qu'un personnage de moindre importance a ses coudées franches. Voltaire joue là un jeu dangereux. Pourquoi, par exemple, ne pas accorder une grande place au maréchal de Saxe qui eut un rôle considérable dans la bataille? «N'appréhendez pas, monsieur, que la gloire de notre grand Monarque en eût souffert. Semblable à celle du Soleil, elle se communique aux Astres, sans s'épuiser. » Fléchier a mieux traité Turenne. Voltaire aurait pu se le rappeler, ■

Le récit de la bataille n'est pas heureux ; il n'est même pas exact. « Je me plains de n'y pas trouver le fîl et la suite d'une grande action qui doit intéresser par son appareil, effrayer par le danger et la difficulté, rassurer et emplir les cœurs pa^r la victoire. » Le poème de Voltaire est peu de chose auprès de La Campagne de Addisson,et lepoète anglais l'emporte de beaucoup sur le poète français. Nous avons vaincue la guerre, mais Apollon n'a pas suivi l'exemple de Mars. Du reste. Voltaire s'est montré inférieur à lui-même dans la Bataille de Fontenoy. Il suffit, pour s'en convaincre, de comparer ses vers avec ceux de la Bataille d'Ivry dans la Henriade. Ces derniers sont infiniment supérieurs et le critique le prouve à l'aide de citations nombreuses. Après

quoi il déclare: «Ne vous fiez pas trop, monsieur, sur votre réputation. Une grande réputation est un gros patrimoine que des dépenses inconsidérées peuvent dissiper. » Voltaire avait écrit :

L'Anglais est abattu

Et la férocité le cède à la vertu.

Le critique s'indigne. Il ne s'explique pas cette accusation de férocité portée contre les Anglais. Ceux-ci ne sont nullement féroces. Assurément, ils se battent bien et mangent la viande moins cuite qu'en France, mais de là à les taxer de férocité, il y a loin. Fléchier commit une erreur semblable quand il montra Turenne arrachant, à la bataille des Dunes, « les armes des mains des soldats étrangers qu'une férocité naturelle acharnait sur les vaincus ». L'auteur du pamphlet raconte la bataille à son tour et excuse ses amis d'Outre-Manche. Il affirme qu'il n'y a pas de pays « où la vie des hommes soit plus ménagée qu'en Angleterre ». Aussi bien Voltaire se contredit lui-même. Il écrivait jadis :

Quoi I N'est-ce donc qu'en Angleterre, Que les mortels osent penser ?

Exemple de l'Europe, ô Londres 1 heureuse terre,

Ainsi que vos tyrans vous avez sçu chasser

Les préjugés honteux qui nous livrent la guerre.

Cette rapide analyse est bien incomplète, mais, je l'espère, elle donne cependant une idée de la variété et du ton des polémiques que Voltaire eut à soutenir.

Les éditeurs ne sont pas toujours les commerçants avides que l'on se plaît à représenter.

Ladvocat affirmait qu'une feuille de bonne prose doit s'échanger contre un billet de mille francs. Poulet-Malacsis auquel nous devons tant de remarquables éditions fut un homme désintéressé. Enfin Renduel a droit à notre sympathie et nous le savons par ses papiers que publia jadis M. Adolphe Jullien. En s'occupantde Renduel on s'occupe de toute une période de l'histoire littéraire : celle du romantisme.

Il débuta, l'année 1828, au numéro 22 de la rue des Grands-Augustins et donna d'abord un tout petit code, puis des Contes de Berquin. Les Soirées de Walter Scoit du bibliophile Jacob et Les Paroles de Lamennais, publiées les premières en 1829, les secondes en 1833, assurèrent son succès. De ce moment il groupa autour de lui les meilleurs écrivains du temps : Hugo, Sainte-Beuve, Gérard de Nerval, Théophile Gautier, les Musset, Vigny, Charles Nodier, etc.

S'étant avisé, le premier, que Henri Heine pouvait avoir quelque mérite, il lui demanda de réunir en un volume ses études sur notre pays. Le premierlivre du poète allemand, Delà France ^ fut publié en 1833 et on l'apprécia au point que Renduel fit paraître successivement deux ouvrages concernant V Allemagne ç^i deux de Reizebilder^.

De 1829 à 1833 les Contea d'Hoffmann traduits par Loève-Veimars accrurent encore la renommée de l'éditeur. Sue et Soulié qui étaient alors célèbres, lui confiaient l'un ses Deux cadavres, l'autre Plick el Plock et la Salamandre.

Mais ces messieurs doivent s'effacer devant Victor Hugo. En examinant la conduite de l'auteur des J//seVa6/es vis-à-vis de sonéditeur,nous serons curieusement édifiés sur plusieurs particularités de son caractère. Faut-il entrer dans le détail fastidieux des traités du grand homme

1. Henri Heine n'était nullement goûté à cette époque. Lorsque Renduel se fut retiré, Heine alla proposer ses ouvrages à l'éditeur Charpentier qui les refusa et déclarait : « Kranchemenf, ça n'est pas bon. C'est du dévergondage politique, philosophique, etc., sur tous les points enfin ; et lesprit qui s'y trouve quelquefois sent diablement le cruchon et la bière. C'est d'un étudiant allemand échauffé. » Charpentier était ))Ourlant un homme de goiit. L'on juge par là de l'enthousiasme que dut rencontrer ailleurs Henri Heine. U fut très heureux, en fin de compte, d'être accepté par Michel Lévy.

avec Renduel ? Ceci est inutile. Sachez seulement qu'il se faisait payer très cher et ne signait que pour un an ou dix-huit mois. Ensuite on renouvelait et à des conditions toujours supérieures, de sorte que Renduel sévit sur le point d'être ruiné et passa la main à Delloye, quand parurent Riiy Blas et Les Rayons et les Ombres. M. Adolphe Jullien nous raconte : « J'ai vu, de mes yeux vu, le traité en date du 25 août 1832, par lequel Victor Hugo s'engageait à réserver à Renduel les trois mille premiers exemplaires d'un grand roman intitulé Le fils de la Bossue aux conditions antérieurement stipulées pour d'autres ouvrages avec Renduel ou Gosselin.Rien que deux articles, le second atténuant le premier en établissant qu'aucun délai n'était fixé à l'auteur pour la remise du manuscrit. Renduel, on le sait, n'eut jamais à publier Ze /ZZs de la Bossue, non plus que La Ouiqueng rogne ' ou Le Manus-

l.A propos de La Qiiiquenffrogne qui ne parut pas plus que Le fils de la bossue, onlildainsla Revue de Paris âe septembre 1832 : « M. Victor Hugo, dont le dernier drame, Le Roi s^amuse, est en répétition, doit publier cet automne un nouveau volume de poésies et deux romans. Le premier,qui a pour titre La Quiquengrogne, a été acheté 15.000 francs par les libraires Charles Gosselin et Eugène Renduel. Ce titre a quelque chose de bizarre. Qu'est-ce que La Quiquengrogne'^Nous avons entendu faire déjà si souvent cette question que nous sommes heureuv de pouvoir répondre par un document à peu près officiel. Voici l'extrait

crit de VEvêqiie pour lequel il y avait pareil engagement de l'auteur et qui devint l'épisode de l'évêque Myriel dans Fanline, des Misérables. »

Il est bon de relater un autre trait qui n'est pas non plus à l'honneur de Victor Hugo. Il avait, pour Le /?o/s'«/r2wse, conclu avecRenduelun traité aux termes duquel il recevait quatre mille francs contre deux milles exemplaires. Une clause réservaitquele traité serait annulé si la censure interdisait la représentation du Roi s'amuse. Or, elle l'interdit et Victor Hugo toucha cependant ses deux cents louis.

Passons à d'autres auteurs. Nous avons déjà parlé du bibliophile Jacob. Son frère écrivait sous son véritable nom et signait Jules Lacroix d'innombrables romans. A côté d'eux, Monglave, s'appelantpour la circonstance Maurice Dufresne,

d'une lettre de M. Victor Hugo lui-même à ses éditeurs; «La Qiiiqaengrogne est le nom populaire de l'une des tours de Bourbon-l'Archambault. Le roman est destiné à compléter mes vues sur l'art du moyen âge dont Noire-Dame de Paris a donné la première partie. Notre-Dame de Paris, c'est la cathédrale ; la Qaiquengrogne, ce sera le donjon. L'architecture militaire, après l'architecture religieuse. Dans Notre-Dame] ai peint plus particulièrement le moyen âge sacerdotal ; dans la Quiquengrogne. je peindrai plus spécialement le moyen âge féodal, le tout selon mes idées, bien entendu, qui, bonnes ou mauvaises, sont à moi. Le fils de la bossue paraîtra après La Quiquengrogne et n'aura qu'un volume. »

donnait en 1830 le roman du Bourreau. C'était un ancien militaire et le ton de ses lettres le prouve.

Mon brave,

Plus d'épreuves depuis quinze jours.

Qu'attendent-ils ?

Paraîtrons-nous à Pâques ou à la Trinité ?

Le diable m'emporte si cela me donne du courage pour Palmerin ?

Si je tenais ces b... là, le diable m'emporte si je ne les écraserais pas tous.

Allons 1

Allons I

Allons !

Alarchons donc !

C'est embêtant, parole d'honneur !

Eugène.

Pétrus Borel publiait à la même librairie Champavert, contes immoraux, et Henri de Latouche surveillait l'édition complète de Chénier que faisait paraître Renduel. Terrible homme, ce Latouche, et qui mérita bien d'être caricaturé dans un roman de l'époque, Les Intimes, par Michel Masson et Raymond Brucker. Un jeune écrivain méridional, d'Ortigue, voyait impi-imerson livre: Le Balcon de l'Opéra.

RENDUIsL ET SES AUTEURS 235

A propos d'Alfred de Musset, M. Adolphe Jullien nous dit : « Quand Alfred de Musset fit offrir par son frère à Renduel un recueil de vers, il n'avait encore soumis au public qu'un seul volume : Contes d'Espagne et d'Italie, qui l'avait rendu presque célèbre en soulevant de violentes discussions dans la presse ; et une comédie :La Nuit vénitienne, jouée deux fois seulement à rOdéon au milieu des rires et des sifflets. Le volume à venir portait comme titre général : Spectacle dans un fantenil.ei ne comprenait que deux ébauches de pièces en vers: le poème dramatique : La Coupe et les Lèvres, et la petite comédie: A quoi rêvent les jeunes filles. » Renduel hésitait à publier ce recueil. Il n'avait, d'ailleurs, que deux cents pages et Musset dut le compléter en écrivant Xamouna. Le livre parut en 1832. L'auteur des Nuits ne revint pas chez Renduel. Son frère au contraire y publia plusieurs romans.

Dumas, qui ne connaissaitguère l'éditeur, avait cependant recours à lui pour ses difficultés d'argent et Renduel tirait le bon géant d'embarras.

Quant à Nodier il n'était pas moins dépensier et il lui fallait de perpétuelles avances afin de régler ses dettes de jeu. Renduel inlassable lui donnait les sommes sollicitées.

Parlerons-nous aussi de ce Toulotte, totale-

ment ignoré aujourd'hui, qui écrivait des livres interminables sous des titres qui n'en finissaient pas ?

Sainte-Beuve était d'un meilleur rapport. Renduel réimprima les Vie, pensées et poésies de Joseph Delorme et Les Consolations. Il édita T'oliipté, cinq volumes de Critiques et Portraits littéraires,\es Pensées d'Août et enfin Port-Royal.

Sainte-Beuve patronna auprès de Renduel Aloïsius Bertrand qui mourut sur un lit d'hôpital après avoir ciselé les ballades de Gaspard de la Nuit, Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Cal lot. Renduel avait acheté le manuscrit pour faire plaisir à Sainte-Beuve, mais s^était bien gardé de l'imprimer. Après la mort de son protégé, le grand critique aidé de David fit éditer le petit livre à Angers en 1843 et l'accompagna d'une excellente notice. On sait tout le cas que les lettrés font à présent de cet ouvrage et combien de dessinateurs il inspira pour de successives et somptueuses éditions.

Les deux amis Gérard de Nerval et Théophile Gautier étaient également imprimés chez Renduel. Ah ! les joyeuses lettres qu'écrivait Gérard, durant ses vaçrabondas-es, à Renduel. Il faut l'entendre raconter son arrivée à Marseille, en novembre 1834. « Vous croyez, parce que je suis sans argent à Marseille, que j'y vis médiocre-

RENDUÉL £T SES AUTEURS 237

ment : Vous vous trompez. Je suis à l'hôtel où je dîne splendidement à crédit et me refais de mes voyages. C'est que dans tout hôtel moins beau que l'hôtel des Princes on éprouverait quelque inquiétude à me voir sans malles et presque sans bagages. J'ai fait en sorte de me souvenir de Robert Macaire. J'avais, en débarquant, cinq sols. J'en ai donné deux pour me faire cirer. Je suis allé jusqu'au coin de la rue, où est Thôtel des Princes; j'ai trouvé deux gamins etje leur ai promis trois sols pour porter mes effets : Pun a pris mon sac où il y avait principalement un grand pain qui me restait de Naples ; Tautre a pris la petite valise en cuir que d'Arc m'a donnée, où il y avait deux citrons, des pommes et des poires, le reste de mes provisions ; et tout bien agrafé, je suis entré dans le vestibule entre mes deux acolytes : j'avais heureusement retrouvé une vieille paire de gants jaunes. »

N'est-ce-pas charmant et cela ne peint-il pas Gérard au naturel ?

Théophile Gautier avait donné un recueil de J^oésîes chez Rignoux en 1830 et Albertus on l'Ame et le Péché chez Paulin en 1832, quand il rencontra Renduel. Son premier livre paru chez le libraire à la mode fut la Jeune France (1833). 11 publia ensuite Mademoiselle de Maiipin{i8 35). Nous avons de lui quantité de lettres où il per-

sécute Renduel de demandes d''argent,et ses billets ont, presque tous, infiniment de grâce et d'esprit dans leur variété.

Il va sans dire que les femmes-auteurs importunaient Renduel. Mentionner les noms de ces dames ne me paraît pas intéressant. Retenons cependant Rosa de Saint-Surin et Juliette Bécard. La première, malgré toute sa diplomatie, ne réussit point à faire imprimer Marie, ou soir et matin chez l'éditeur de ses rêves. La seconde, plus chanceuse ou... plus importune eut son unique roman Accès de Fièvre publié avec la firme souhaitée. Qui se souvient de l'Accès de fièvre de M""* Bécard? S'il m'était permis de faire un mauvais à peu près, je dirais que l'ouvrage de M"" Bécard fut bien un accès de fièvre. Aucun autre, en effet, ne le suivit.

Mentionnous enfin Chapuset ses trois romans : Le Caprice ; Titine, histoire de l'autre monde et La Carte Jaune, histoire de Paris.

Ces notes brèves ne font qu'esquisser la carrière si bien remplie de Renduel. Son nom restera, j'imagine, autrement que celui d'un éditeur ordinaire. Il eut la bonne chance et l'habileté d'accueillir, entre 182t3 et 1838, tous les représentants d'une même école. II arriva comme naissait leur gloire et disparut quand elle s'affaiblissait. Avec tact, avec dévouement, ilencou-

ragea leurs efforts et contribua à accroître leur renommée. C'est peu et c'est beaucoup, et si la place réservée à cet homme intelligent et bon, dans la postérité, est modeste, du moins est-elle sûre.

Page 1