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d’une mission spéciale à Rome, vers cette époque. Des témoignages si nombreux et d’une si haute portée ne pouvaient que rehausser le mérite et la bienfaisance du commandeur.En propageant saré-, putation d’homme pieux et charitable, ces bruits appelaient autour de lui, des solliciteurs nombreux. Sa bienveillance ne fesait défaut à personne, grâce à ses heureuses dispositions et aux grands revenus qui se multipliaient encore entre ses mains, tant était sévère l’économie qui présidait à ses distributions, tant était ingénieuse l’inépuisable charité du patron. Il serait superflu de présenter ici l’immense détail des œuvres belles et bonnes auxquelles il a su lier son nom ; d’ailleurs la modestie du donateur a été cause que ses largesses ont étéignorées pour la plupart. Aussi devons-nous laisser tout ce que nous aurions pu recueillir ça et là de faits honorables à la mémoire de l’excellent personnage qui nous intéresse, nous bornant à faire connaître cette partie si précieuse du bien qu’il a tenté en faveur des missions du Canada, notamment au profit de celle qui a porté son nom Sillery.
Le commandeur de Razilli, qui s’était toujours vivement intéressé à la colonisation de la Nouvelle- France, avait de bonne heure disposé de Sillery à faire partie de lacompagnie dite des Cent Associés. Empressé de concourir à toute entreprise utile et louable, M. le commandeur de Sillery s’y était prêté de bonne gràce et avait mis tout le zèle possible à seconder les intérêts de la colonie naissante et l'œuvre, plus noble et plus méritoire encore, de la conversion des barbares. Dans l’intérêt des sauvages du Canada, il avait fondé, de l’agrément du R. P. Binet, Provincial des PP. Jésuites, à Paris, une mission ou résidence des Pères missionnaires près de Québec, capitale de notre colonie. C’est probablement à la suggestion du P.
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Lejeune, qu'il songea à cette œuvre dès 1632. La somme qu'il affecta d’abord à cette fondation, fut considérable. Dès le début de l’œuvre, il avait compté au P. Charles Lalemant la somme de 12,000 liv. tournois, pour commencer la mission que par reconnaissance, on appella plus tard Sillery.
Cetle mission était à environ une lieue et quart ou une lieue et demie de l’établissement de Québec. M. de Sillery n’était pas encore dans les ordres, à cette époque. Ce ne fut que dans les premiers jours de mars 1634, qu’il fut ordonné prêtre, ayant obtenu du Souverain Pontife, la permission de recevoir tous les saints ordresen même temps. Il voulut toutefois passer le carème de 163%, en exercices de retraite, en parfaite solitude, pour se préparer à célébrer la sainte messe, qu'il dit, pour la première fois, le Jeudi-Saint, 13 avril, même année, dans la chapelle des religieuses de la visitation du faubourg St. Jacques, de Paris. La chapelle qu’il faisait alors construire dans la rue St. Antoine, et dont il sera parlé plus bas, n'étant pas encore terminée.
Le P. Ducreux (Ais'oria Canadensis) nous a conservé les motifs qui avaient conduit le P. Lejeune à solliciter du commandeur deSillery, l’établissement d’une mission près de Québec. Quelque pittoresque que soit sa naration, elle est en latin, et nous devons renoncer dans l'intérêt de la généralité de nos lecteurs, à la reproduire. D'ailleurs elle est trop longue pour trouver place ici. On sait déjà que ce qu’il en a dit, est emprunté aux précieuses Relations des Jésuites.
Dans le principe, selon l’opinion émise par l’historien Ducreux, l'établissement de Sillery ne devait être qu’une école en faveur des enfants des Algonquins et des Montagnais ; mais, à la demance des sauvages eux-mêmes, elle prit de l'extension. On résolut de réunir autour de la maison de la mission,
ou de la résidence des Pères missionnaires, les familles converties au christianisme.
Le Gouverneur de Québec, M. De Montmagny (12) qui avaittoute la confiance du religieux personnage aux frais duquel, on fesait pareille entreprise, accueillit bien favorablement la supplique de M. de Sillery, de lui ratifier et donner possession de douze arpents de terre, que la compagnie du Canada lui avait accordés dans les limites de la ville de Québec, et en sus, une plus grande concession pour y établir une mission fixe ei permanente.
Nous nous empressons de remettre sous les yeux du lecteur, la lettre que le commandeur de Sillery écrivit, à l’occasion de la fondation de cette intéressante mission à M. De Montmagny, gouverneur et lieutenant général du roi en ce pays. Elle fait voir son humilité jointe à sa grande charité. Nous la ferons suivre de la réponse de l’excellent gouverneur.
Lettre de M. De Sillery à M. De Montmagny (*).
Monsieur.
« Dans la pensée qu’il a plû à Dieu me donner «de contribuer ce que je pourrais, pour le bien et «l'avancement de la foi en la Nouvelle-France, « j'avais toujours euintention de n’y être pointcon- « nu et nommé, quoique M. le Commandeur de Ra- «zilli m'eût fait la faveur de m’en écrire bien parti- «culièrement, me conviantinstamment de vouloir « prendre part à cette œuvre,mais vous ayant su en «ce pays, avec Ja charge et lecommandement que « le roi vous y a donné, il m’a semblé que c’était le
(12? Les données que nous avons sous les yeux, nous fournissent toujours le nom de Montmagny, quoique M. De Champlain eût encore à la date de cette lettre, l'administration des affaires de la colonie, à Québec ; nous ne pouvons interpréter la conduite de M. De Champlain qui devait être à Québec à cette époque. Mais la date de ces lettres, et l'adresse à M. De Montmagny, qualifié de gouverneur, dérangent les notions que nous avions, concernant le gouvernement de l’un ct de l’autre gouverneur.
(*) Charles- Huault de Montmagny, chevalier de l’ordre de Saint- Jean de Jérusalem, etc.
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« signe que la Providence céleste me donnait pour
« coopérer, selon qu’illui plaira au salut des âmes de «ces pauvres barbares. J'ai estimé, qu’en me ré- « jouissant avec vous, en notreSeigneur, de Ja prin- «cipale partet conduite qu’il a ordonné que vous «ayez en cette affaire, je devais confidemment « m’ouvrir à vous, de l'affection et del'inspiration « que je ressens pour ce même effet ; lequel je vous « prie de favoriser en tout ce que vous pourez, se- «Jon votre piéié, par l'autorité de votre charge ; «nous fesant le bien de nous vouloir donner, au « meilleur end 'oit qu’il se pourra, dans l'enceinte de «Québec, les douze arpents que messieurs de la « Compagnie nous ont accordés, et les autres en- « core de plus grande étendue, aux endroits plus « proches de la dite ville, dont ils sont convenus ; « poar le tout servir et être affecté au bien de la «dite maison. Le révérend Père Lejeune me fera « cette grâce, d’avoir l'œil sur les ouvriers que «nous envoyons pour la construction du bâtiment «et pour défricher les terres. Je vous prie de pro- « téger ces bonnes gens, en tout ce que vous pour- «rez charitablement ; et obligez-moi, au premier « passage de la flotte, de me mander sincèrement «ce que vous jugez de notre petit dessein, en l’é- « tablissement de ce séminaire, pour instruire et «élever en la foi, les filles des sauvages avec les «Français qui se trouveront dans le pays, et si « cela pourra ètre b'en utile, et dans quel temps « la maison pourra être faite pour servir à ce des- « sein.
« Le 21 mars 163%.»
Suit la réponse de M. Huault de Montmagny, gouverneur du Canada. (Sans date ni signature.)
« Monsieur, « Je ne puis m'empêcher de publier partout vo- «tre rare bonté et votre incomparable huniilité. « C'est un échantillon de votre renonciation entière