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L'HOMME DE LETTRES

A MfJXSIEUR CHS-M. DUCHARME

Apres la mission sacrée du prêtre, en est-il une plus sublime et plus efficace que celle de Thomme de lettres? Elève de la nature, il doit posséder dans son âme tout ce qu'elle a de beau, de grand, de bon et d'aimable ; non content de jouir de ces douces impressions que donnent les spectacles grandioses, les m-îrveilles nombreuses que la main de Dieu a semées libéralement sur la terre et sur la voûte azurée des cieux, il s'attache par un style noble, riche et harmonieux d faire passer dans l'âme du lecteur ces mêmes jouissances, ces mêmes sensations dans lesquelles il se complaisait.

S'il marche dans des spéculations mathématiques, il convainc son semblable par une sûreté étonnante de jugement, par une profondeur de calcul qui décide sans se tromper ; Pascal, Leibnitz et bien d'autres, ont porté au plus haut degré de perfection da us leurs écrits ces qualités éminemment précieuses.

S'il erre dans la poésie, il ne raconte plus, il chante ; il ne décrit plus, il peint; il n'est plus d'ici-bas, il appartient à cette région sublime où tout n'est que grandeur et tendresse, où les joies et les pleurs, l'amertume

et le plaisir, la haine et l'amour se succèdent, s'unissent, se séparent et s'amalgament de nouveau, formant ainsi une suite d'émotions diverses qui enthousiasment et transportent l'âme du poète.

C'est ainsi que Virgile nous charme par l'harmonie de son style et la tendresse de ses pensées, que Corneille nous étonne et nous frappe par sa sublimité et sa noblesse, que Victor Hugo nous entraîne dans des lieux qui respirent la fraîcheur et la joie pour passer tout à coup à une scène lamentable, que Lamartine sait porter au cœur de l'homme, l'amour et la douceur, la tristesse et la joie.

Si l'homme de lettres doit pénétrer de ses idées une assemblée qui l'écoute religieusement, il cherche à persuader et à convaincre ses auditeurs. Sa voix devient de plus en plus puissante ; son geste se multiplie, son visage trahit les divers sentiments qui agitent son âme ; la foule est fascinée par une éloquence si merveilleuse, et suivant l'orateur d'une manière aveugle, elle fera avec lui les grandes actions qu'il médite dans l'intérêt de son pays ou de ses semblables.

Annibal, César, Cicéron, Bossuet, Bourdaloue, Massillon, Napoléon ont su accomplir par l'éloquence de leur parole, des actions sublimes, des choses étonnantes qui exciteront toujours l'admiration des peuples.

L'homme de lettres, possédant une si grande puissance, doit s'attacher à conduire ses semblables dans •la voie du beau, du bon et du grand.

T^es lettres, de tout temps, ont eu sur les peuples une influence remarquable.

" Chez les anciens, dit Delille, elles étaient un ressort utile qui remuaient puissamment les esprits de la multitude ; et les poètes et les orateurs furent en quelque sorte les premiers législateurs."

Comme sur les gouvernements, les lettres agissent beaucoup sur le moral d'un peuple, et c'est là le principal attribut des lettres.

KTUDES ET RECITS 35

Aujoiird'hui ce sont les livres qui font les nations, et l'écrivain soucieux du bonheur et de la gloire de sa l^atrie, doit se garder de consacrer son talent à produire de ces œuvres maudites qui de nos jours sont malheureusement trop répandues, et qui perdent un si grand nombre de belles intelligences. L'écrivain ne doit l)Osséder qu'une ambition, celle de faire du bien en s'illustrant soi-même. Qu'il se garde d'employer son talent pour faire des nobles sentiments du cœur et des qualités inestimables de l'esprit un commerce honteux et vil.

" Que le véritable homme de lettres, s'écrie Thomas, est différent. Tout ce qui trouble et agite les autres hommes n'a point d'empire sur lui. Il ne court point après les récompenses ; la sienne est dans son cœur. Si les richesses s'offrent à lui, il s'honore par leur usage j si elles s'éloignent, il s'honore par sa pauvreté."

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