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LE PLAIN-CHANT

De siècle en siècle, l'Eglise elle-même, fortement assise sur le siège de Rome, se plut à favoriser et à perfectionner l'art divin de la musique dans la partie religieuse. Le pape Grégoire 1er institua le plain-chant. Le mouvement de cette musique sacrée est lent et solennel, le caractère large et majestueux, comme les cérémonies qu'elle est destinée à embellir. Ah ! qu'alors son action est douce et sublime I Nous, catholiques, n'avons-nous point ressenti l'effet magique de ces chants si pieux et si beaux qui font résonner les voûtes de nos églises ? N'avons-nous point compris et aimé ces purs accents, cris d'unn âme jilongée dans un océan d'amour ? N'avons-nous point "versé des larmes avec nos prières " lorsque l'Eglise, étalant sa pompe funèbre, jetait ses cris de miséricorde auprès de Dieu pour le repos de l'âme d'un de nos parents ou de nos amis ? N'avons-nous point gémi avec l'Eglise, notre mère, lorsque, dans la Semaine sainte, elle faisait entendre ses pénitences sublimes et semblait mourir spirituellement avec son divin Auteur? Ne nous sommes-nous point réjouis quand tout à coup, au milieu des larmes que vous versiez près du tombeau de notre Sauveur, ces cris de triomphe, partis du haut des cieux, ont retenti sur la terre : // est ressuscité : Resurrexit ! Unie alors aux concerts des anges, la religion redit ses plus pures mélodies qui, comme un parfum, monte des temples sacrés au trône du Très-Haut. Au saint jour de la Pentecôte, l'Eghse se revêt de ses plus riches orne-

ments. Dans un silence profond, elle prie et elle espère ; tout à coup la joie éclate, un saint enthousiasme s'empare de nous et, comme au temps des Apôtres, l'esprit céleste semble descendre sur nos têtes en langues de feu 1 A la Toussaint, la sainte Eglise célèbre la gloire de ses enfants qui, là-haut, jouissent de la contemplation de Dieu. Quels doux transports dans ses cantiques ! Quels joies suaves dilatent ses entrailles maternelles !

Mais, le jour suivant, l'Eglise, qui a reçu de Dieu un cœur de mère, un trésor d'amour et de tendresse, pense à ses enfants qui souffrent dans les flammes vengeresses du purgatoire. Quelles touchantes supplications et quels cris lamentables ! Prosternés devant le Dieu de bonté et de justice, nous croirions entendre du fond des abîmes enflammés du purgatoire ces cris douloureux et déchirants de nos frères : Miséricorde, miséricorde.

Mais voyez ce pécheur aux pieds des autels. Sous les sons sublimes des cantiques chrétiens, son âme, depuis longtemps fermé à la vertu, se dégage tout à coup du mal, prend son essor vers les hautes sphères célestes et vient adorer le grand Roi rayonnant dans sa gloire. Des larmes de repentir et d'amour roulent sur les joues du pauvre pécheur ; gémissant sur ses fautes, il s'abîme dans la plus grande douleur. Cependant il espère, et, jetant vers le ciel un regard d'espérance, il se relève plus fort et plus courageux que jamais. Combien de personnes qui doivent leur conversion à l'attrait et aux charmes irrésistibles de la musique religieuse ! O musique, que tu es puissante lorsque tu célèbres de tes divins accords la majesté et la miséricorde de notre Dieu !

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