LA CLOCHE
La principale musique instrumentale d,; l'Eglise est la cloche. Elle est la voix de la religion qui parle à ses enfants. La cloche prie, pleure, se réjouit, appelle ou simplement conseille. A la naissance et au trépas, la cloche, pieuse et expressive, avertit les fidèles de la joie ou de la douleur de l'Eglise. Le matin, lorsque le soleil se lève dans toute sa splendeur et que la nature semble sortir d'un profond engourdissement ou que les ombres du soir s'étendent épaises sur la terre, la cloche fait entendre au loin les sons religieux et poétiques de l'angelus ! Le ciel et la terre écoutent silencieux cette hymne céleste ! Ah 1 s'il nous était donné d'entendre le concert merveilleux d'un grand nombre de cloches !
Ecoutez ce qu'en dit un poète de nos jours, doué d'une grande imagination, Victor Hugo : " Si vous voulez recueillir de la ville de Paris une impression que la nouvelle ne saurait vous donner, montez un matin de grande fête, au soleil levant de Pâques ou de la Pentecôte, montez sur quelque point élevé d'où vous dominiez la capitale entière et assistez à l'éveil des carillons. Voyez, à un signal parti du ciel, car c'est le soleil qui le donne, ces vieilles églises tressaillir à la fois. Ce sont d'abord des tintements épars allant d'une église à l'autre, comme lorsque des musiciens s'avertissent qu'on va commencer. Puis tout à coup voyez, car il' semble qu'en certains endroits l'oreille aussi a sa vue, voyez s'élever au même moment de chaque clocher comme une colonne de bruit, comme une fumée d'harmonie. D'abord la vibration de chaque cloche monte droite, et, pour ainsi dire, isolée des autres dans le ciel splendide du matin ; puis, peu à peu, en grossissant elles se fondent, elles se mêlent, elles s'effacent l'une dans l'autre, elles s'amalgament dans un magnifique
concert. Ce n'est plus qu'une masse de vibrations sonores qui se dégage sans cesse des innombrables clochers, qui flotte, qui ondule, bondit, tourbillonne sur la ville, et prolonge bien au-delà de l'horizon le cercle assourdissant de ces oscillations. Cependant cette mer d'harmouie n'est point un chaos. Si grosse et si profonde qu'elle soit, elle n'a point perdu de sa transparence, vous y voyez serpenter à part chaque groupe de notes qui s'échappe des sonneries."
CHARMES QUE NOUS INSPIRENT LA MUSIQUE — SA DOUCE INFLUENCE SUR L'eXILE
Mozart, le prince des musiciens, le mélancolique Beethoven, le tendre Palestrina ont compris la noble mission de la musique. La religion était leur idéal et la divine inspiratrice de leurs chefs-d'œuvre. Mozart, agonisant dans les bras de l'Eglise, composa alors ce fameux Requiem qui nous arrache des pleurs et qui fut, comme on l'a dit, son " chant du cygne."
Le génie vraiment sacré de Beethoven nous enthousiasme, nous enlève, nous effraie et nous attendrit. " Chacun de ses poèmes, dit un auteur, émane d'une idée première qui en détermine la forme générale et la contexture. Celui-ci s'ouvre par une «fête champêtre. Tout est pur, serein, tout respire le calme et la fraîcheur de la nature au lever du jour, quand de larges ombres qui tombent des montagnes flottent sur 'la plaine comme les plis traînants du manteau de la nuit. Un chant simple et doux se fait entendre \ les échos le répètent de vallée en vallée. Il semble que-vous erriez sur l'herbe humide encore, au pied des coteaux, lorsque les bois, les prairies, les champs exhalent comme une vapeur d'harmonie indéfinissable. Mille accidents de lumière déroulent sous vos yeux des tableaux variés ;
KTUDES El- RECITS 49
le son invisible, mystère étrange, s'obscurcit ou se revêt d'un vif éclat. Peu à peu le soleil monte, l'air s'embrase... Cependant les nuages s'amoncellent; un bruit sourd et lointain parti on ne sait d'où annonce l'orage ; on ne le voit pas encore, on le pressent ; il grossit et s'approche ; l'éclair sillonne la nue, la foudre la déchire horrible. Les pasteurs effrayés se dispersent. Mais bientôt après, le ciel recouvrant sa plendeur, ils se rassemblent de nouveau pour exprimer dans une hymne simple comme leur cœur, magnifique comme l'œuvre de Dieu, la reconnaissance, l'adoration, l'amour, tous les sentiments qui font de l'homme, en quelque manière, l'interprète des êtres inférieurs, des êtres innombrables qu'il résume en soi 1 "
Combien d'autres œuvres d'illustres compositeurs qui nous saisissent, nous transportent et qui, malgré nous, nous font verser de douces larmes 1 Qu'il est bon pour le pauvre exilé qui soupire après sa patrie d'entendre loin d'elle l'air national ! Dans son transport, son cœur voudrait s'élancer à travers l'espace immense pour revoir la place natale ! mais c'est en vain ! Un sort cruel l'a jeté sur des rives lointaines ! Peut-être plus tard une terre étrangère recouvrira ses ossements blanchis 1 Une petite croix indiquera au voyageur la tombe de l'exilé 1 Nous connaissons bien la puissance d'un air national ! nos cœurs se sont souvent remplis de joie aux sons gais de notre charmante " Vive la Canadienne ! " Quel cœur ne pourrait s'attendrir aux mélancoliques accents du " Canadien errant? "
Aussi partout l'art musical a une puissance vraiment admirable et un aspect des plus séduisants. Mais la musique religieuse plus que la profane agit sur nos âmes d'une manière merveilleuse et douce.