ROLE DE LA POESIE
Maintenant que nous avons parlé des principales qualités de la musique, examii"ions brièvement la poésie dans son rôle et dans son caractère.
La poésie, sœur de la musique, a, comme elle, de doux attraits et une parure peut-être plus éblouissante. Se folâtrant gracieusement dans un jardin garni de fleurs odorantes et multicolores, elle va, comme l'abeille, puiser dans chacune le suc de son charme et de sa grâce. Ainsi, dans les fleurs de l'harmonie, elle se nourrit et semble alors grandir. Quelquefois s'élevant majestueusement vers les célestes hauteurs de la sublimité, elle répand autour d'elle un parfum des plus aromatiques. Les cieux écoutent frémissants cette voix inconnue ; la terre haletante pleure, gémit, se réjouit, se lamente avec le chantre poétique.
Aux premiers temps de la création, les poètes célébraient les exploits des héros aux accords de la lyre. Peu à peu, la poésie se sépara de la musique mais non de l'harmonie. Son rythme, soumis aux règles minutieuses de l'art, présenta par sa disposition une grande analogie avec la divime musique. Comme elle, la poésie peut rendre les diverses émotions de l'âme, peindre le vaisseau qui fuit, le vent qui gémit, le flot qui pleure, la tempête qai mugit, le coursier qui vole, la nature qui se ranime ou s'attriste.
L'harmonie imitative est une des plus belles et des plus brillantes qualités du poète ; c'est là qu'est sa puissance et sa grâce. S'agit-il de décrire un combat, le poète nous transporte sur le champ de bataille. Par son art admirable, nous croyons entendre le cliquetis des armes, les cris furieux des combattants, les plaintes des blessés, les adieux des mourants, le bruit confus de cette masse d'hommes qui combattent, se disi:)ersent, reviennent et combattent encore.
Dans la tempête, le chantre d'Apollon vous effraie et vous étonne ; la voix mugissante du tonnerre, le grondement des vagues irritées, la pluie et la grêle qui obscurcissent le ciel, le vent soufflant avec violence et déracinant les arbres les plus majestueux, tout est rendu sensiblement par le poète.
Dans l'infortune et le désespoir, le poète fait entendre les gémissements de la veuve ou de l'orphelin, les soupirs douloureux d'un père abandonné, les plaintes d'une pauvre mère, les paroles d'amertume et d'abattement du malheureux gisant sur un misérable grabat, les joies naïves de l'enfant. Tout est musical dans les descriptions du poète. On voit donc que le poète presque toujours est autant musicien agréable que bon écrivain. Profane ou religieuse, la musique exercera jusqu'à la fin des siècles une action bien puissante sur les peuples. Mais le rôle de la musique est, sinon plus étendu, du moins mieux compris. Le vulgaire peut être électrisé par ces sons harmonieux ; il ne comprend guère la poésie même la plus sublime.
Dans la religion, les deux célestes sœurs ont reçu du ciel une sorte de consécration. Agissant ensemble pour exalter l'infinie miséricorde du Créateur, elles sont devenues comme inséparables de nos belles cérémonies religieuses. Quelle poésie plus sublime et quelle musique plus attendrissante que celles du Stabat Mater ? Ne devons-nous pas gémir et pleurer au pied de la croix avec la Mère de douleurs lorsque nous entendons ce chant d'une âme triste et remplie d'amertume I Lorsque nous sommes prosternés en présence du Saint- Sacrement, quelle force et quelle douce actiou ont sur nos âmes ces belles hymnes sacrées qui ne possèdent point d'égales dans la partie profane ! La poésie et la musique, dans la religion chrétienne, ont réuni l'harmonie a la prière, la sublimité à la tristesse, la grâce à la joie !
Mais c'est là surtout que la musique atteint les hau-
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teurs célestes des sentiments les plus nobles et les plus affectueux. Plus expressive que la poésie, elle s'empare facilement de tous les cœurs. Dans la partie profane, le chemin du poète est rempli d'obstacles dangereux. de précipices parfois insondables ! Si au lieu de porter ses regards vers la voûte céleste, il se plaît à se vautrer dans la fange, à décrire d'une plume hardie les passions humaines, à outrager Dieu et ses saints, alors il est l)our le monde un fléau redoutable et satanique. Bien plus, si la musique met à la disposition d'un poète impie et scandaleux sa grandeur, sa grâce et le puissant effet de ses accords, elle renie, comme la poésie, la sulilime mission que Dieu lui a confiée. Egalement cou- ]jables, elles deviennent alors les moyens les plus efficaces pour corrompre la société.