ROLE ET CAR.A.CTERE DE LA POESIE
Le bon poète, celui qui comprend sa mission, doit s'attacher surtout à exprimer " ce qu'il a de plus intime dans le cœur, de plus divin dans la pensée, ce que la nature a de plus magnifique dans les images, de plus mélodieux dans les sons." S'il associe à ses œuvres l'art divin de la musique, il s'élève plus haut et s'ennoblit en même temps que ses charmes augmentent. Les hommes sont tout yeux et tout oreilles devant cette réunion admirable et frappante des deux filles du ciel ! ]\Iais la musique est pour la poésie un manteau de pourpre parsemé de fleurs d'or et de pierreries étincelantes. Quels que soient les défauts du poète, cette riche parure les cache aux yeux des humains et par là exerce sur leur être un effet presque magique.
D'ailleurs la poésie elle-même est un assemblage de mots qui expriment d'une manière imitative les sons des choses présentées par le poète. La forme des vers
Ji^est peut-être jxis essentielle à la poésie, maïs la mélodie, le rhythme forment à Li pensée une sorte d'accompagnement musical qui lui imprime plus de force, dispose à la rêverie et à l'ivresse poétique, but de cet 4irt merveilleux.
La musique et la poésie ont donc reçu de Dieu une mission sublime et providentielle. Mais celle-ci jxirle plutôt à l'esprit, l'autre plutôt au cœur. La première exprime des joies et des lanues que la parole ne peut rendre, la deuxième guide la i^ensée vers un fait ou une situation déterminée. La poésie, malgré ses incontestables qualités et son souffle divin, ne peut être vraiment comprise que des gens lancés au moins un peu dans la belle carrière des lettres.
Au contraire, la musique, sur le grand comme sur le petit, sur le savant comme sur l'ignorant, exerce une action admirable et douce, un charme puissant et mystérieux. Toujours ici-bas elle devra, comme envoyée du ciel, civiliser les barbares par ses sons harmonieux et enchanteurs, attendrir le cteur de l'impie, remplir de l'amour divin le chrétien véritable, célébrer la gloire et la majesté du Dieu tout-puissant, enfin s'unir aux concerts des anges.
L'enfant après sa première communion, le pécheur après sa conversion, le conquérant après sa victoire, le voyageur après un heureux retour, la mère dans ses joies pures, le cœur qui vit en amour intime avec Jésus, tous aiment à publier au loin dans des chants embaumés du parfum de la reconnaissance et de la piété la grandeur du vrai Dieu. Partout la musique s'empare des cœurs. Le guerrier s'enthousiasme, s'élance à la bataille, porte la terreur et la mort dans les rangs lorsqu'il entend au loin les airs aimés de sa patrie. L'amour du patriote redouble d'ardeur aux sons délicieux et entraînants du chant national.
Cependant il est une autre musique qui, j'oserais dire, quoique dépourvue d'intelligence et de liberté ,
n'en est pas moins l'hommage le plus beau, le plus réel, le plus pieux qui puisse être adressé au Créateur : c'est le concert de la nature.
La forêt d'où s'élève le bruit mystérieux de l'épais feuillage agité par le vent, le lac dont les ondes limpides expirent avec murmure sur le rivage, la mer immense qui, dans la tempête, gronde et mugit, et, dans le calme, prie et pleure, ces grandes villes d'où montent en flots d'harmonie les poétiques carillons des cloches, ces champs larges et fertiles qu'égayent les chants mélodieux des oiseaux, ces déserts arides où retentissent d'une manière lugubre les rugissements du lion : tout semble, dans un accord harmonieux et sublime, laisser monter vers le ciel un cri de reconnaissance et d'amour.