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LE CANADA APRES LA CONQUETE

La Nouvelle-France venait de perdre sa liberté ; ses angoisses poignantes, ses terreurs, ses supplications n'avaient point trouvé d'écho dans cette France malheureuse dont le roi, l'ignoble Louis XV, avait dégradé la noblesse et la grandeur en avilisant le trône glorieux de saint Louis.

Abandonnés sur des plages lointaines, les Canadiens, au petit nombre de soixante mille, et malgré des faits héroïques et des combats victorieux, n'avaient pu résister à des agresseurs de plus en plus nombreux, de plus en plus opiniâtres. Cette lutte désespérée, qui rappella les guerres patriotiques de l'ancienne Grèce, fut grande et sublime ; elle sera pour notre histoire une page héroïque que nos descendants liront toujours avec orgueil, parce qu'elle leur fera connaître le courage et la noblesse de leurs aïeux, forts dans les combats où il s'agissait de défendre une liberté agonisante, généreux et désintéressés pour les intérêts de leus malheureuse patrie.

Puisant dans leur faiblesse cette force étonnante qui les a rendus immortels, les Canadiens portèrent aux Anglais envahisseurs des coups terribles ; mais, affaiblis même par leurs victoires, ils ne purent résister davantage à leurs redoutables ennemis, et, en 1763. ils sacrifièrent cette liberté objet de leur aniour et brisèrent avec douleur le lien sacré qui les rattachaient à la France, comme un enfant à sa m.ère.

Cette conquête, qu'on devrait appeler plutôt une cession, porta la plus grande joie chez les Anglais, parce qu'ils voyaient dans cette colonie nouvelle des richesses immenses qui devaient naturellement aller au profit des vainqueurs. La noblesse du pays étant retournée en France, les Canadiens trouvèrent dans les membres du clergé des défenseurs intrépides de leur foi et de leur langue.

Les Anglais, non contents de leur victoire, songèrent à arracher aux descendants des Français cette foi sublime qui les guidait dans leur voyage sur l'océan du temps, cette langue harmonieuse qui leur rappelait la France toujours aimée malgré ses torts, mais Dieu veillait aux intérêts de ce peuple qu'il a pris sous sa protection ; il suscita parmi nous des hommes animés du patriotisme le plus pur, remplis du zèle le plus ardent pour la défense de leur patrie outragée. Doués d'une parole éloquente, ces illustres orateurs défendirent au parlement nos droits méconnus, et confondirent les anglicisateurs.

Loin de s'associer aux espérances légitimes des Canadiens, et de grandir ainsi leir autorité, les Anglais se plurent à écraser les vaincus de leur mépris et à les poursuivre de leur haine ; alors le petit peuple qui portait dans ses fastes les noms glorieux de C-:r;llon et de Sainte-Foye frémit d'indignation.

Par la voix puissante de ses orateurs, il demanda au gouverneur Craig, lors de la convocation du parlement en 1810, des écoles catholiques, la conservation assu-

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rée de leurs lois, de leur langue et de leurs institutions, des encouragements mérités pour leur industrie, enfin une égale justice pour tout le monde,

La voix de toute une nation est toujours entendue ; si les hommes ne l'écoutent i>as, elle va frapper le cœur de Dieu, et ce peuple n'a rien à craindre quand sa cause est entre les mains du Créateur de toutes choses.

Les Bourdages, les Papineau, les Borgia, les Bédard s'élevèrent avec la plus noble et la plus grande indignation contre une semblable tyrannie, une si noire trahison des engagements solennels contractés par les vainqueurs, lors de la cession.

Les Anglais, en face de ces nobles défenseurs, doués de tant d'énergie et d'intrépidité, rongèrent avec rage le frein de leur haine, et furent obligés de céder aux justes exigences de leur patriotisme si pur et si grand.

Le gouverneur Prévost succédant à Craig dont l'administration despotique a été surnommée la Terreur, s'attacha à calmer les esprits, excités alors par tant de molestations et d'injustices.

Nommant M. Bédard juge aux Trois-Rivières, et ]\L Bourdages colonel de milice, il sut s'attirer ainsi la sympathie des Canadiens. Certes, en ce temps plus que dans tout autre, le gouvernement anglais avait besoin des vaincus de 1763 pour défendre la colonie contre les Américains qui commençaient à couvrir le Haut-Canada de leurs armées.

Nous savons que nos aïeux, dans cette guerre de 181 2, où il leur était si facile de s'unir aux Américains, et de détruire ainsi à tout jamais la puissance anglaise en Amérique, furent les premiers à voler à la défense du Canada contre les ennemis d'Albion.

Le seul nom de Chateauguay, ce combat mémorable qui rappelle celui des Thermopyles où le %-aleureux Léonidas et ses trois cents braves Spartiates moururent tous ensemble pour sauver leur patrie menacée, suffit pour immortaliser cette loyauté que les Canadiens,

malgré des persécutions nombreuses, ont toujours possédée depuis le traité honteux de Paris, qui donnait à l'Angleterre la plus belle des colonies françaises.

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