LES AMERICAINS EN
A MONSIEUR G. DESAULNIERS
L'illustre Washington avait procuré à son pays la gloire et la liberté, et sous sa sage administration, les Américains n'avaient songé qu'à consolider les bases de leur république naissante.
Cependant, la soif des conquêtes les dévorait ; entreprenants et consciencieux, ils ne laissaient rien échapper qui put leur donner plus de puissance et de prestige. Fiers de cette indépendance conquise au prix du sang, ils s'efforcèrent d'établir entre les vieilles contrées de l'Europe et leur pays certaines relations amicales.
La France suetout sympathisa avec cette nouvelle république qui grandissait d'une manière étonnante. Bonaparte, qui commençait alors à éblouir l'Europe de son génie, ordonna, à la mort du grand Washington, que l'armée prit le deuil pour rendre hommage aux qualités remarquables du héros américain.
L'Angleterre, qui avait abandonné à regret cette riche colonie, cherchait j^artout l'occasion de la ressaisir ou d'en faire la conquête. Mais les Anglo-américains réduisirent à néant les projets ambitieux de leur mèrepatrie, et même la forcèrent à reconnaître l'indépendance pleine et entière de leur colonie.
l6o ETUDES ET RECTTS
Sous le souffle puissant de la liberté, les Anglais d'Amérique augmentaient toujours, étendaieut leur territoire déjà immense, fondaient des villes, et fécondaient par la culture un sol encore sauvage.
Leur renommée parvenait à toutes les uations de la terre. Elles admiraient dans ce peuple né de la veille une force qui se suffisait à elle-même. Chose admirable l les Canadiens, quoique assujettis depuis 1760 à l'Angleterre, cherchaient pareillement à devenir un peuple puissant et glorieux I Le sol de l'Amérique sera le berceau de deux grandes nations qui trouveront dans la sève de leur jeunesse un principe de force et de grandeur ; elles joueront dans le monde les rôles glorieux des vieux royaumes de France et d'Angleterre.
Nés de deux peuples qui ont toujours été les premiers du globe, les Canadiens et les Américains ne peuvent que prospérer et se fortifier sur le sol de la jeune Amérique.
Nos voisins eurent plus d'avantages : la liberté qu'ils avaient chèrement achetée donnait à leur développement une force incroyable ; il leur fallait puiser dans leur propre pays toutes les ressources qui aident une jeune nation à grandir.
Grâce à leur esprit d'entreprise et à leur persévérance, les Américains réussirent au-delà de tout espoir.
Cependant, ambitieux comme les Anglais d'où ils venaient, ils convoitèrent avidement le Canada qui en ce temps était devenu une riche et prospère colonie.
Ils crurent cette conquête facile, parce que le Canada n'avait pas pour ainsi dire d'armée sérieuse et n'offrait rien de bien redoutable ; mais ils ne comptèrent pas sur le courage invincible de nos aïeux, et le nom de Chateauguay, les Thermopyles canadiennes, sont là pour prouver que c'est grâce aux faits héroïques de ncs pères que notre pays est resté possession anglaise.
Mais laissons le champ de bataille et examinons brièvement les projets des Américains dans cette conquête.
ETUDES ET RECITS l6l
Le Canada possédait dans son sein d'admirables et d'inépuisables ressources ; l'Angleterre, qui en avait fait la conquête avec de nombreux efforts, le mettait au premier rang de ses colonies.
Les Américains jaloux de la puissance de leur mèrepatrie, résolurent de l'affaiblir en faisant la conquête d'une de ses plus riches colonies. Ils pensèrent, peutêtre non pas sans raison, que les Canadiens nouvellement soumis à l'Angleterre après une lutje héroïque et désespérée, feraient cause commune avec eux, mais les événements leur prouvèrent que si la bravoure et la fierté ne sont pas inconnues chez les Canadiens-français, la loyauté et l'honneur ne le sont pas aussi.
Les Américains, en supposant qu'ils eussent fait la conquête du Canada, seraient sans aucun doute devenus le premier peuple de l'univers, mais l'homme propose et Dieu dispose.
UANGLIGISATION