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verse, et M. de Formeville, puisant aux archives de son propre pays, comme nous venons de puiser à celles de l'Anjou, établit que les protestants n'ont été arrachés par personne à la fureur des catholiques, attendu qu'à Lisieux il n'y eut point de fureur. La réaction s'était bornée à une lettre du sieur de Carouges, lieutenant général.au gouvernement de Normandie, écrivant, le 25 août au matin, en l'absence du duc de Bouillon, que chacun eût à observer incontinent les édits de pacification et port d'armes, «eus peine delà vie, défendant à toutes personnes de ^offenser ni molester aucunement. On voit aussi à Lisieux, comme à Angers, le capitaine de la ville, «îeur de Purnichon, prendre ses dispositions pour que Robert de la Couyère, habile chirurgien, fût "Spécialement mis à l'abri de toute insulte ; et cette Wsure protectrice, portant la date du 1" septembre, 'ne se fût, comme en Anjou, appliquée qu'à un ca- 'davre, si les meurtriers n'eussent attendu, pour frapper, qu'un signal dans les ténèbres.
^ M. de Formeville établit ensuite que Jean Hennuycr ^ était à Paris et non dans son diocèse durant la Saint- ^ Barthélémy ; que sa signature manque sur tous les [^registres du chapitre dans les mois d'août, de septemre et d'octobre et reparaît seulement dans une déibération du 8 novembre 1572.
M. de Formeville, recherchant enfin toutes les aces de Jean Hennuyer dans les annales de l'évêché, reconnaît en lui Fun des plus fougueux catholiques de l'époque. Quand parut en Normandie l'édit de tolérance du 17 janvier 1561, Jean Hennuyer consi-
Études et Sourenîrs. ^
gna son opposition dans une délibération du chapitre^ des 4 et 5 février 1561 :
«Jean Hennuyer... après avoir vu et lu certain édit touchant la religion, fait à Saint-Germain-en- Laie, le 10 janvier dernier, a déclaré et déclare qu'il s'oppose à la publication d'icelui en tant qu'il est contrevenant au devoir de la charge donnée de Dieu au dict évêque et pasteur pour le bien, le salut de son peuple, et duquel il faut qu'il réponde devant icelui, voire âme pour âme, et offre de déduire la raison de son opposition devant le roy en son conseil privé, toutefois et quantes qu'il y sera appelé. »
Aussi, deux mois après, la ville de Lisieux ne fut pas épargnée par les Calvinistes et la cathédrale devint, pendant trois jours, le théâtre des plus violents excès.
En 1564, Jean Hennuyer, ayant à constater l'état des reliques de Saint-Ursin et de Saint-Patrice, sauvées comme par miracle du pillage calviniste, s'exprimait en ces termes dans le préambule du procèsverbal dressé en latin :
« Quel reste de liberté pouvait, en efifet, conserver à la France cette tourbe infâme d'hérétiques les plus cruels qui se soient rencontrés, portant en tous lieux le ravage, le meurtre et l'incendie ! Je vous le demande, au nom de Dieu immortel, par quel moyen aurait-elle pu conserver une ombre de liberté, lorsque tout était rempli de voleurs, de parricides, de sacrilèges et d'incendiaires, auxquels non-seulement l'impunilé du crime était offerte, mais encore des récom-^ penses étaient prodiguées avec largesse pour le commettre ?.... »
Enfin Hennuyer exerçait déjà près de Henri II la charge de confesseur et en demeura possesseur sous les princes, ses fils, et près de la reine régente, Jusqu'en l'année 1575.
Est-ce assez de mystification ? Les catholiques seuls seront-ils intéressés maintenant à dégager la vérité du mensonge, quand on voit une Société populaire de 92, sur la parole des voltairiens, inaugurer ses séances sous l'invocation... d'un aumônier de Catherine de Médicis ?
Qu'on fasse les mêmes recherches dans d'autres villes et nous garantissons que partout on parviendra au même résultat.
Ainsi, il serait aisé de démontrer que la lettre du vicomte d'Orthes ne fut pas, comme on le croit généralement, une réponse à des propositions antérieures au 24 août.
La réponse du vicomte d'Orthes ne se trouve point dans le président de Thou, quoiqu'un grand nombre d'écrivains prétendent à tort l'y avoir rencontrée, mais seulement dans le second volume de Théodore Agrippa d'Aubigné, intitulé : Les histoires du sieur iAubigné, édition de 1618, in-folio, p. 28.
D'Aubigné ne l'insère que dans le chapitre V, intitulé : Suite de la Saint-Barthélémy, et pour se convaincre qu'elle ne répondait qu'à une lettre de Paris postérieure au massacre, il suffit de faire précisément ce qu'omettent nos adversaires, c'est-à-dire de placer sous les yeux du public les termes mêmes de d'Aubigné :
« J'achèverai par Baionne où estant arrivé le coux-
rîerqui venait de faire mettre en pièces les hommes, femmes et enfans de Dax, qui avaient cherché leur seureté en la prison, le vicomte de Orte, gouverneur de la frontière, répondit aux lettres du roy en ces termes :
« Sire, j'ai communiqué le commandement de Vostre Majesté à ses fidelles habitants et gens de guerre de la garnison ; je n'y ai trouvé que bons citoîens et braves soldats, mais pas un bourreau ; c'est pourquoi eux et moi supplions très humblement vostre dilte Majesté vouUoir emploïer en choses possibles, quelque hasardeuses qu'elles soient, nos bras et nos vies, comme estans autant qu'elles dureront, Sire, vostres, etc....»
Cette lettre figure sans signature ni date dans l'ouvrage de d'Aubigné, ouvrage qui fut condamné à être brûlé par arrêt du parlement.
C'est cependant cette pièce qui a servi de modèle au dix-huitième siècle, car c'est au dix-huitième siècle seulement qu'apparaissent tout à coup, sur la lutte du protestantisme et du catholicisme, ces ve^ sions déclamatoires et falsifiées, ces anecdotes théâtrales, qui s'interposent désormais entre nous et la vérité comme un nuage épais qu'il faut courageusement percer avant de retrouver la lumière. Le roi de Prusse Frédéric, écrivant lui-même une préface de la Hefiriadcy ne déguisait point le but de ce poème. « Comme le fanatisme et la superstition, dit-il, ont été de tout temps les ressorts de la politique détestable des grands et des ecclésiastiques, il fallait néces^ sairement y opposer une digue.... désarmera perpé-
LA SAINT-BARTflÉLEMY. 53
tuité les hommes du glaive saint qu'ils preanent sur Taulel. »
La légèreté avec laquelle Voltaire et ses amis accueillaient tout document qui flattait leur haine éveilla la vanité des familles. Toutes celles qui ne pouvaient produire un ancêtre égorgé dans quelque Tolume en vogue voulurent au moins rattacher à leur nom quelque maxime dans le goût du jour ; ceux qui ne furent pas admis à faire leurs preuves et présentation à la cour de Voltaire se rabattirent sur la province et tâchèrent de s'y dédommager.
Non contents de leurs propres productions, les écrivains de cette école s'emparent aussi des livres qui les ont précédés et les altèrent au gré de leur iiantaisie. Ainsi il existe une édition des Mémoires de Sully ^ mis en ordre avec des remarques par M. L. D., année 1778, où ce commentateur anonyme parle de rémotion qu'éprouva, en apprenant la Saint-Barthélémy... Pie V, mort depuis trois mois.
Mais revenons à une discussion sérieuse et plus digne de notre point de départ. N'essayons pas de rendre sarcasme pour sarcasme à des adversaires qui ont tant abusé de celte arme déloyale et tâchons, au contraire, de leur appliquer à tous une égale part de justice et d'indulgence, en rappelant, au terme de notre polémique, cette pensée généreuse de M. de Uaistre: « La fausse monnaie est d'abord frappée par de grands coupables, puis mise en circulation par des gens qui perpétuent le crime sans le savoir. »
D'où provient l'inspiration delà Saint-Barthélémy?
Elle provient d'une pensée toute poV\\\(\\i^ eV^xiw^
politique tout empreinte du détestable esprit de Catherine de Médicis. Non seulement la religion ne mil pas le poignard à la main des coupables, mais la religion eût détourné de tels coups si elle eût régné plus efficacement dans cette cour remplie d'adultères et d'intrigues. Catherine était préoccupée des risques de son pouvoir beaucoup plus que des périls de TÉglise et dans cette préoccupation, tout lui portait ombrage, aussi bien le connétable de Montmorency et la maison de Lorraine que le prince de Condé et Tamiral de Goligny. Elle pesa certainement plus d'une fois, eti la veille de la Saint-Barthélémy peut-être, les avaih tagesqueson étroite et égoïste jalousie retirerait d*^]» Saint-Barthélémy catholique ou d'une Saint-Barthélémy protestante. L'imprudence des huguenots ao mariage de Henri de Navarre et le murmure presque universel des catholiques contre l'influence nouvelle des sectaires déterminèrent brusquement son choix. L'amiral, voulant entraîner Charles IX dans la querelle des Pays-Bas, et visant ouvertement à supplanter le crédit de la reine-mère, accéléra la catastrophe.
L'assassinat de Coligny avertissait Catherine que les Guise, portés par le flot de l'opinion publique, pourraient, quand ils le voudraient, venger leurs injures par leurs propres mains. Cet attentat devint donc le véritable point de départ du sinistre projet dont l'exécution fut alors arrachée au jeune roi.
Voilà pour nous, et, nous ne craignons pas de le dire, voilà dans l'histoire froidement interrogée b véritable Saint-Barthélémy.
El ne dites pas enfin qu'en vue de séparer la cause
religieuse et la cause politique, nous sacrifions à plaisir Catherine deMédicis et l'offrons en holocauste pour disculper un pape ou l'Église ; non. Nous ne calomnions pas cette déplorable reine quand nous affirmons qu'elle eût indifféremment tourné la pointe i du glaive contre le catholique ou contre le huguenot, L ^lon la crise du moment, et la meilleure preuve qu'elle le pouvait faire, c'est qu'elle l'a fait. Que voyez-vous donc au revers du feuillet sanglant de la Sarnt-Barthélemy ? N'est-ce pas le meurtre d'un prince de l'Église romaine et du héros des catholiques?
• Ainsi cette période des Médicis fut très logique et très conséquente. Elle s'ouvre, nous l'avons déjà dit, par une profession d'indifférence entre le calvinisme de * <îeiiève et le concile de Trente, louvoie d'édits en édits alternativement annulés, amasse toutes les méfiances, justifie toutes les représailles. Quand ce tortueux système se sent trop rudement pressé par l'un <les réclamants, il essaye d'un violent effort et porte le coup de la Saint-Barthélémy; retombant ensuite dans des perplexités opposées, il n'adopte pas davantage la réaction qui en devait être la suite, il isole de nouveaula royauté du mouvement général des esprits, brise ouvertement avec le Saint-Siège, et, bientôt îéduit aux mêmes extrémités, recourt aux mêmes expédients. La Ligue était trop puissante dans ses membres et dans sa popularité pour qu'une seconde Saint-Barthélémy fût possible ; mais on tente pour abattre ses chefs tout ce qu'on ose tenter. Le Balafré, imprudent et hautain comme l' amiral, V\etA. erk^^'s.^^
sa tête à Blois : Fembûche Ty attend; le sang catholique ruisselle et Fonction sainte ne sauve pas même le front du cardinal de Guise.
Répétons-le donc une dernière fois, pour résumer notre loyale et sincère protestation : la préoccupation politique, la lutte de prince à sujet, de royauté à faction, se reconnaît à chaque page, s'atteste à phaque fait de cette lamentable histoire. La cause de FJ^glise non seulement abonde en moyens de défense, jfL^is le procès peut se vider d'un seul mot : un incontestaye alibi.
Enfin, pour terminer cette argumentation par une considération toute morale mais décisive : au lieu de. Catherine de Médicis et de Charles iX, c'est-à-dire, au lieu d'un règne tout rempli de duplicité, de lu^i^qi) et d'embûches, supposons saint Louis et filancjbe'jç Castille, c'est-à-dire un règne tout plein du véritalAa esprit de l'Église, de la plus austère vertu et de J# plus chrétienne loyauté : — la Saint-Barthélémy eûtelle été possible?
sôdiTÉ d'agriculture, sciences et arts d*angers
Messieurs,
/; . I^\ 17 août 1737, naissait en Picardie Tenfant •ibibscur d^une des plus humbles familles de la petite ^fille de Montdidier. Cet enfant, devenu véritablement homme de bien, obtient aujourd'hui, sans l'avoir recherchée ni prévue, la reconnaissance de toutes les générations qui lui ont succédé : un monument s'élève à l'aide de deniers recueillis sans bruit, sans faste, au seul souvenir des travaux et des bienfaits de Parmentier ^ J'ai pensé que notre Société ne voudrait pas demeurer étrangère à ce mouvement de sympathie et je lui demande du moins la permission d'en faire passer les titres sous ses yeux.
Antoine-Auguste Parmentier fut privé, dès ses premières années, de la direction et de l'appui pater-
1. Une souscription publiqne était ouTerte par la ville de Montdidier pour rérection d'une statue à Parmentier.
nels. Sa mère, femme d'un grand sens et de beaucoup d'instruction, envisageant avec fermeté l'avenir précaire de sa famille, redoubla de sollicitude envers son fils. Tous ses soins, toutes ses économies furent consacrés à son éducation. Un ecclésiastique voisin, touché de ces efiforts, s'y associa et, sous cette double' influence de la sollicitude maternelle et de la sollicitude religieuse, Parmentier contracta dès lors ce caractère ineffaçable de bonté et de dévouement qui devait marquer le reste de sa carrière.
M. Simonet, l'un des pharmaciens les plus honorables de Paris, voulut ensuite associer son parent à son art et à sa fortune. Dès que le jeune Parmentier eut achevé ses études classiques et un stage d'un an dans la meilleure officine de Montdidier, il acceplt les offres de M. Simonet et se mit en mesure d'ert profiter.
Dix-huit ans et une première apparition dans la capitale offriront dans tous les temps un écueil formidable pour les plus sages résolutions. On peut deviner quelles angoisses se mêlèrent aux adieux de la tendre mère et du pieux instituteur. Mais Parmentier comprit que l'âge appelé ordinairement l'âge des folies doit être au contraire l'époque d'une laborieuse préparation aux jouissances de l'âge mûr, comme le printemps est souvent la saison qui décide de la richesse de l'été et de l'abondance de l'automne. Aucun des détails pénibles de sa profession ne le rebuta. Aucune séduction ne l'entraîna hors de son laboratoire et à vingt ans il recevait le grade d'officier de santé.
C'était en Tannée 1757. Cette année est mémorae dans notre histoire ; elle fut importante dans la irrièPB de Parmentier. Il est donc impossible de ne is s*y arrêter un instant, tout en évitant soigneuselent des proportions historiques que la modestie de otre sujet ne comporte pas.
La minorité et le règne de Louis XY furent Fépoae la plus funeste et au véritable intérêt de la moitrchie et au véritable génie de la nation française. Qsqu'alors et à travers des vicissitudes diverses, Fun t Tautre s'étaient toujours combinés pour la gloire iommune, la royauté accomplissant sa fonction de lire prévaloir par-dessus tous les obstacles intérieurs RI extérieurs Funité et la nationalité françaises ; le feaple maintenant avec une persistance presque oajours triomphante ses traditions de propre dignité : sn sorte que la royauté et la nation, unies par les iens les plus étroits, demeurèrent le type et Tavantjardede la civilisation européenne. LouisXIV, portant jusqu'à son extrême limite Tune des deux conditions le notre vitalité, léguait à son successeur une responsabilité qui ne peut se comparer à aucune autre peut-être dans les fastes d'aucune maison souveraine; le régent, dont j'omets ici volontairement de bire la part, et Louis XY ne comprirent pas leur mission; l'esprit français ne méconnut pas moins la sienne. La royauté, la cour et la philosophie se reocontrèrent dans une commune dérogation à leurs devoirs avant de se séparer dans une commune expiation. Toutefois ces grands rouages de notre ancienne splendeur ne s'arrêtèrent pa^ low\ ^ ^^w:^
et le dix-huitième siècle, à la première moitié de son cours, conservait encore quelque fidélité à ses devanciers.
La guerre s'était faite brillamment en Allemagne ; la paix, conclue à Vienne en 1735, avait assuré à la France les duchés de Lorraine et de Bar ; la maison de Bourbon, inattaquable en Espagne, s'agrandissait et se consolidait en Italie ; Avignon et la Corse allaient bientôt compléter cette agglomération de territoire qui compensa du moins, en avantages matériels, tout ce que nous devions perdre, sous le ministère d'Aiguillon, en prépondérance politique et morale. L'amour de la science et des lettres se révélait encore de distance en distance par de durables monuments. L'École militaire était instituée à côté de l'hôtel des Invalides. Le jardin des Plantes, fondé par Louis XIII, était restauré par Louis XV et passait de la direction exclusive du premier médecin de la cour dans le splendide domaine du ministère de la maison du roi. Les écoles de sculpture et de peinture recevaient en 1740 le premier encouragement d'une exposition publique au Louvre. Les fabriques de Sèvres étaient élevées au rang de manufactures royales. Cassini dressait ses admirables cartes tôpographiques. Enfin le roi achetait, sur sa cassette, du chirurgien Brassard le secret de l'agaric de chêne auquel la nature donne la propriété d'arrêter les hémorrhagies et rendait ainsi à la chirurgie militaire un service dont l'humanité devra demeurer reconnaissante.
Vous voyez, Messieurs, que je ne me suis pas trop écarté de mon sujet et que nous voici revenus tout
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Qaturellement de Versailles dans le réduit de notre jeune officier de santé. Ces encouragements, tombés directement sur sa science favorite, ne le stimulèrent pas seuls : le patriotisme prit aussi un noble Mie dans ses préoccupations.
Dire que la France se maintenait encore dans ses antiques voies de prospérité et d'accroissement, c'est dire du même coup que son émule, l'Angleterre, épiait l'occasion favorable de l'en faire descendre. Le démêlé éclata en 1756 pour la possession lointaine de quelques terrains incultes dans l'Acadie, contestation en apparence insignifiante, derrière laquelle l'Angleterre déguisait mal la convoitise du Canada et l'hostilité permanente à notre agrandissement colonial. Le 9 juin, Louis XV déclara la guerre à Georges 11 et publia un manifeste dans lequel sont relevées les déprédations anglaises sur nos possessions américaines. Le maréchal de Richelieu part des îles d'Hyères avec douze mille hommes embarqués sur une escadre de douze vaisseaux de ligne, commandée par un amiral angevin, dont un descendant présidait les derniers états de noblesse à Angers, M. de la Galissonnière.
L'électorat de Hanovre était devenu, depuis la révolution de 1688, un des points vulnérables de la ! puissance anglaise ; en même temps que le maréchal I de Richelieu s'emparait de Port-Mahon et que M. de la Galissonnière battait Tescadre anglaise sous les ordres de l'amiral Bing, une expédition continentale, commandée par le maréchal d'Estrées, força le duc de Gumberland à capituler devant les murs de
Closter-Seven. C'est à cette campagne, connae souî le nom d'expédition de Hanovre, que s'adjoîj avec enthousiasme Parmentier. Il s'attacha hôpitaux de l'armée. Son activité, son intelligence, son ardeur pour les devoirs de son état, attirèrent l'attention de plusieurs officiers et de Bayen, chef du service des ambulances. Cette première amitié lui valut la bienveillance de Chamousset, intendant général des hospices militaires. Parmentier devint promptement pharmacien en second du corps expéditionnaire de Hanovre. Une épidémie ravagea l'armée et révéla en lui, par d'admirables traits, cet ardent amour de l'humanité qui allait former désormais sa vertu distinctive. Cinq fois il tomba entre les mains de l'ennemi et cinq fois il rentra dans le camp où le rappelaient l'utilité publique et le cri du soldat. Ces intervalles d'inaction forcée n'étaient point perdus pour l'étude. La chimie était florissante dans les académies allemandes. Parmentier s'y adonna sous la direction de Meyer, célèbre [chimiste de Francfort-sur-le-Mein. Bientôt ce savant s'attacha à lui comme à un compatriote parce qu'il lui reconnut les qualités de l'âme, qui n'ont point de patrie. Meyer oJBfrit à Parmentier de devenir son successeur et son gendre. ^C'était lui tendre, d'une main, le bonheur de l'union la mieux assortie, et de l'autre, l'héritage d'une considération et d'une fortune justement acquises. Mais la condition de ces biens était de renoncer à la France et la patrie parla plus haut que toutes les séductions réunies.
Parmentier n'hésita pas davantage lorsque d'Alem-
rt Toulat le désigner au roi de Prusse pour reinr Margraff. C'était Fépoque où les plus beaux U de Paris ayaieiit mis à la mode Timmolation
ardie de la fierté française aux faveurs d'un moue prussien et de Fimpératrice de Russie.
1^ Parmentier donna, dans sa modestie, à ses illustres contemporains une leçon dont nous devons d'autant Uns le féliciter aujourd'hui que les hommes qui dis- ^nsaient alors la renommée ne songeaient pas à lui en faire un mérite. 11 refusa donc le traitement jpoyal de Berlin comme les propositions amicales de Kancfort et se mit à suivre assidûment les cours de rabbé Nollety de Rouelle et de Jussieu.
j^ Jusqu^ici Parmentier n'a pas à se plaindre que jusbce ait été refusée à ses services. 11 devint, sous le Règne de Louis XVI, l'objet d'une faveur plus mar- ||aée. Le poste de pharmacien major de l'hôtel des Inralides lui fut confié. Mais le fondateur de cette fenaison, Louis XIV, avait assuré le privilège de l'infirmerie aux sœurs de la Charité; elles étaient en possession de leurs droits dès l'origine du royal ^blissement et, dans un conflit élevé entre illes et Parmentier, la volonté de Louis XVI s'in- ^aa respectueusement devant celle de son aïeul, lie voulant pas souflTrir cependant que son protégé
ttt pour cela privé de la récompense qui lui avait
ï destinée, il lui conserva son logement dans la Maison et y joignit un traitement particulier de î 1,200 livres*.