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Maison rustique du dix^neuvième siècle^ p

Études et Sottvenin, ^

à décourager la candeur de Thomme de bien. Ce protecteur promet d'affronter le gros rire des badauds de la capitale et la dédaigneuse ironie des courtisans de Versailles; il pousse la hardiesse jusqu'à recevoir un bouquet des fleurs nouvelles et à les porter toute une journée à sa boutonnière, en présence de la Cour. Ce courageux protecteur, on le sait, était le Roi luimême, qui, non content de cette démonstration significative, avait livré cinquante arpents des Sablons aux mains de Parmentier transporté de joie, de confiance et de gratitude. A partir de ce jour, la tige qui reposa sur le cœur de Louis XVI n'a cessé de germer et de fleurir pour le bien-être du peuple.

Les plus opiniâtres adversaires de la nouvelle plante constatèrent par eux-mêmes la merveilleuse abondance, la variété et la salubrité de ses produits. En même temps, Parmentier répandit en nombreuses éditions, d'un bout de la France à l'autre, les résultats d'un examen chimique de la pomme de terre. 11 démontra quelle offrait à l'homme une substance délicate, tandis que les animaux y trouvaient une alimentation économique et que loin d'appauvrir le sol comme on l'en avait accusée, elle triomphait au contraire des terrains les plus ingrats et détruisait l'odieuse spéculation des accapareurs de grains qui avaient affamé et ensanglanté les environs de Paris, dans les premières années du règne de Louis XVI. L'expérience de la plaine des Sablons fut répétée dans la plaine de Grenelle : les principaux propriétaires de France sollicitèrent des semences pour leurs domaines et les provinces s'en enrichirent bientôt. Le

ANTOINE PARMÉNTIER. 67

i, le premier, avait doté FEurope de ce trésor , l'Amérique, avait peine à reconnaître son fruit, dont les propriétés semblaient se mulchaque jour comme autant de découvertes îs. Franklin vint aux Invalides demander à tier la liste de ses espèces qu'il emporta avec dans la mère-patrie, et ce fut en présence 3assadeur de Washington que l'heureux norançais réalisa pour la première fois Fadmi- •océdé, à l'aide duquel se combinent ensemulpe et l'amidon de la pomme de terre pour îction d'un pain savoureux, et qui se reprois les jours dans l'une de nos pâtisseries les itées, Je biscuit de Savoie.

1 à tant d'efforts et de persévérance, la pomme fut classée enfin sans contestation parmi nos s agricoles. Plaçant les populations à Tabri reurs de la famine en cas de guerre ou de se prêtant à tous les raffinements de la table 3, elle pourvoit en même temps aux besoins ses laborieuses et des plus humbles ménages»

t oublier aujourd'hui, I par suite de progrès m dans la science, que Parmentier savait tirer es liqueurs fines de cette racine prodigieuse ; se souviendra toujours qu'il a doté le peuple lante qui peut nourrir la famille de l'artisan, ;er le bétail et offrir, en outre, dans sa a butin succulent au confiseur du pauvre,

it déjà son succès dépasser ses prévisions et ranceSy Parmentier poursuivit a\e(^ wxi x^^

infatigable le cours de ses études populaires En 1784, r Académie de Bordeaux rengagea à entre prendire vLm trayail complet sur le maïs et lui dé cerna le prix. Dans un autre ouvrage, il épuisa toute les notions qui concernent la châtaigne. L'année 1781 ayant été marquée par la mortalité des bestiaux, le goiBfvemement. s'occupa de Tamélioration des four rages,, et fit rédiger, pour las autorités compétente die chaque province, des instructions dont la plupar fuKrent dnies à la science et à la plume de Parmentier Tous ses principies, enfin, furent résumés en plu sieurs volumes d'application spéciale, tels que : / Parfait boulang>er; Mécréaûions physiques et chimi ques; Avis aux bmmes ménagères des villes et de, emnpagiws; Dissertationt sur la nature des eaux de li Seine; Précis d'expériences et d'observations sur le différentes espèces, de lait; Mémoire sur le sang; Cod^ pharmaceutique y. etc., et tous ces ouvrages peuven être considérés cnmme des traités approfondis su chfâieuiie des matières qu'ils embrassent.

Quatre-vingt-neuf sonna. C'était l'heure de l'é cheance pour toutes les questions faussées ou ajour nées depuis le commencement du siècle. La monar chie y fut représentée par le plus pur des descendant de saint Loois ; le peuple ne manqua pas d'éloquent interprètes; mais bientôt le mouvement dévia de soi impulsion première. L'impartialité qui juge, la mode ration qui édifie furent remplacées par la fureur qu se venge et qui détruit. L'un des témoignages les plu frappants de la distance qui sépare les terroristes de c< peuple même dont ils se prétendaient Ittr^ivaixte réha

ANTOINE PiBMENTIfia. m

bilitatioD, c'est qu'un ami sincère et éprouvé de rhumanité était obligé de fuir devaat eux« Paraientier efut peine à le comprendre. Il n'avait jamais voulu, préconisé et pratiqué que le bien général dans la plus légitime acception de ce mot; aucun préjugé de caste ou de parti ne poavait l'atteindre; il fallut plus que l'évidence pour l'avertir du péril et le déterminer à prendre qaelques précautions.

La bienveillance de Louis XVI envers Parmentier, qu'on aurait pu invoquer comme une sauvegarde

\ pour tous les deux, ne servit point d'avocat au prince et rendit le sujet suspect. Lavoisier et vingt-huit de ses collègues venaient d'être condamnés; il est inutile de dire à quelle pein^, on n'en connaissait qu'une alors. Lavoisier avait demandé qu^ques jours de sursis pour terminer paisiblement des expériences sur la transpiration et la respiration humaines. Tout délai fut refusé. Quant à Parmentier, on lui enleva sa modeste pension ; on lui retira son logement. Comprenant alors sa propre situation, il céda aux instances de ses amis et se réfugia &a lieu de sûreté.

i Quand les décrets de la Providence furent accomplis, Bonaparte ^i^pparut, manifestant d'avance sa

^ vocation impériale par son habile discernement des hommes. Ce ne fut plus à la persécution que Parmentier dut se dérober. Le gouvernement consulaire l'appela à la ^présidence du conseil de salubrité du département de la Seine. L'Institut lui ouvrit ses portes; François de Neufohâteau fit donnera la plante favori^ da savant le nom de parmentiëre. Après la paix d^Amiens, Parmentier reçut la mission de se

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rendre en Angleterre avec M. Huzard pour y renoua' les communications scientifiques entre les deux paj^ Les hostilités n'ayant été qu'un instant conjurées, blocus continental suggéra de nombreuses exp^i riences dont le but était de suppléer par les produit^ indigènes aux denrées coloniales. Parmentier, répoa-^ dant à Tappel direct de l'Empereur, chercha dans l^ vigne un suc cristallisable et, de concert avec Chap-^ tal, établit dans le midi de la France de nombreused^ fabriques de sirop de raisin, dont les classes pauvref firent une abondante consommation jusqu'à l'appari* tiôn du sucre de betterave.

Enfin rage vint paralyser ses forces sans amoindrir son zèle. « Je voudrais, répétait-il souvent aux amis et aux disciples qui entouraient sa vieillesse, je voudrais du moins faire encore l'office de la pierre i aiguiser qui ne sert pas, mais qui dispose l'acier i servir. »

Ces premières pensées de la mort, ces premiers avertissements de la fin de toute chose me font apercevoir que, dans l'analyse des travaux du savant, j'ai laissé l'homme privé trop ta l'écart. Lui-même, en quelque sorte, nous a commandé cette omissio&y tant il fut soigneux à s'effacer et à s'oublier pour le service public. L'amour désintéressé de ses sembla^ blés et la poursuite de ses vues philanthropiques occupèrent dans son âme la place des plus douces affections de famille, il vécut et mourut célibataire. Ua^ sœur, dont l'existence fut presque constamment coDfondue avec la sienne, lui fit connaître la douceur des épanchements intimes, et il reporta sur ses deu^

neveux la tendresse et l'orgueil paternels. La brusquerie de ses manières contrastait avec la bienveillance de son caractère, aux yeux des gens qui ne savent pas lire la droiture et souvent même la déli- ^ catesse des sentiments dans la rudesse des expressions. En tout cas, si quelques personnes l'appelèrent bourru, chacune d'elles se hâta d'y joindre l'indispensable épithète de bienfaisant. La mort de sa sœur chérie, qui attrista ses dernières années, révéla la profondeur de sa sensibilité et prouva, une fois de plus, que le cœur qui s'est placé sous l'inspiration de la charité se prodigue comme elle, sans jamais s'épuiser.

Parmentier s'éteignit doucement le 17 décembre 1813, dans sa soixante-seizième année.

Ses nombreux écrits lui ont survécu et occupent une place importante dans la bibliothèque du chimiste et de l'agronome. Néanmoins, il ne peut prétendre à la qualité d'écrivain. Ses ouvrages manquent de style et le côté littéraire de sa physionomie demeure dominé par le côté pratique et populaire.

C'est aussi ce mérite que ses compatriotes ont voulu surtout honorer en lui, et c'est à ce titre que MoDtdidier peut convoquer à l'inauguration de son monument toutes les villes de France. Au moment où notre sol se pare avec une louable émulation des gloires anciennes ou récentes, Parmentier ne peut rester dans l'ombre et dans l'oubli.

A ceux qui sont tentés de se plaindre de la multiplicité de ces ovations nationales, nous rappellerons qu'entre le berceau et la tombe de Parmentier, la Révolution s'est opérée. La suprême puissance s'est

déplacée. Au lieu de la déléguer comme autrefois avec enthousiasme, nous l'exerçons nous-mêmes avec méfiance. N'oublions donc pas que Tun des plus précieux attributs du sceptre était le droit exclusif de décerner les récompenses au génie et au dévouement. Souveraineté oblige. Souvenons-nous de la nôtre, surtout lorsqu'il s'agit de proclamer le mérite modeste, consciencieux et utile. Dans l'état actuel de nos mœurs, tout ce qui touche au domaine de la reconnaissance ou de l'ingratitude publique acquiert une incontestable gravité. Attribuer aux nobles actions leur place, aux nobles sentiments leur prix, refouler les mauvaises passions, assurer enfin aux grands exemples la consécration, la popularité et la durée, voilà qui est véritablement régner, régner avec toute la majesté et toute la responsabilité de ce mot. Ce n'est pas ce fleuron de notre couronne pacifique, j'en suis convaincu, Messieurs, que votre générosité puisse abdiquer jamais.

k Toutes les théories ont besoin d'être jugées sur leur plication et particulièrement les théories de charité. MIS ne croyons donc pas sortir du cadre des Annales ife la Charité en présentant à nos lecteurs renseignement de Texemple et en plaçant sous leurs yeux ces beaux modèles de lexistence chrétienne dont nous devons tous, selon nos forces et notre situation, réaliser le type en nous-mêmes. On parle souvent des compensations morales qui rétablissent Féquilibre entre le Hche et le pauvre : il en existe une particulièrement happante, c'est que le pauvre, pour mériter sa récompense, n'a qu'à faire une acceptation courageuse et Volontaire de sa condition, tandis que le riche a besoin 'e sortir de la sienne pour chercher ingénieusement ^ voie du salut. Le pauvre, avec un signe de croix t un acte d'amour de Dieu, sanctifie toute une (bornée de travail; cela ne sufGt pas pour sanctifier lue journée de loisir. Les douze heures du pauvre ^'écoulent dans la régularité monotone d'une fatigue ^goareusement imposée ; les douze heures du riche appellent à leur aide les exigences de l'esprit et les

caprices de rimagination ; et c'est alors qu'il devient ^ difficile de demeurer dans la vérité, dans la justice, f dans le christianisme, de faire une part équitable à . son rang, à sa famille, à sa carrière, sanstrop accordera régoïsme ou àl'ambition. Au pauvre, il suffit de ne pas * haïr le riche; le riche a pour loi d'aller trouver le '\ pauvre, de l'aimer, de le secourir et quelquefois même de l'envier.

Ce problème est un de ceux qui m'ont toujours paru le plus effrayants dans les destinées qu'on appelle heureuses, et ce n'est pas trop pour se fortifier . et s'instruire que d'étudier ceux qui ont eu le bonheur de le résoudre. Cette solution, je ne le déguise pas, je l'ai cherchée dans la vie de madame la marquise de Pastoret, et c'est la certitude de l'avoir rencontrée qui m'encourage dans la tâche ingrate de parler incomplètement de ce qui fut complètement bien et beau.

Adélaïde-Anne-Louise Piscatory, marquise de Pastoret, naquit à Marseille, en 1765, sous les yeux d'une aïeule, madame de Rouillé, qui présida jusqu'à l'âge de 99 ans à l'intérieur de sa famille. Madame de Rouillé avait connu madame de Maintenon et en avait été distinguée, quoique protestante. Elle avait marié sa fille à M. Piscatory de Vaufreland, d'une ancienne famille de Provence, dont un membre, Fabien Piscatory, avait été conseiller du roi Louis XII. Madame de Rouillé retint longtemps sa fille dans une terre de Berry qu'elle affectionnait, Château-Rouge. C'est là qu'Adélaïde Piscatory reçut les premières directions de Pâme. Elle avait 22 ans, lorsqu'on lui fit quitter la vie méditative de la campagne et qu'elle

parut à Paris pour la première fois dans le couraat derannéel787.

Son éducation n'avait subi aucun dommage de cette solitude. Le précepteur de ses frères, M. Fauveau, homme instruit et d'idées saines, avait rempli presque à lui seul tous les vides dont pouvait soufifrir son élève. Il avait contrebalancé par la sagesse de ses leçons l'invasion des idées voltairiennes qui pénétrèrent dans la famille, à la mort de madame de Rouillé ; Theureux naturel de la jeune fille avait fait le reste. Elle avait tourné à profit les épreuves de Fisolement ; elle sut tirer le même parti de celles du monde. Devenue orpheline, Adélaïde Piscatory reçut chez un oncle, M. de l'Étang, la plus affectueuse hospitalité. M. de l'Étang avait bâti sur la place Louis XV un magnifique hôtel, que possède encore aujourd'hui la famille de Pastoret et qui fait partie du groupe de bâtiments servant de pendant au ministère de la marine.

M. de l'Étang n'avait pas d'enfants. Sa nièce devait participer à son héritage. Elle avait tous les attraits de la jeunesse et d'une éclatante beauté ; elle se trouvait naturellement liée avec les jeunes personnes ou les jeunes femmes que l'on pouvait appeler à la mode, telles que mademoiselle Necker, mademoiselle Cabarrus, madame de Condorcet; elle ne pouvait tarder à se marier que par la ferme résolution de mûrement choisir, et, deux ans après son arrivée à Paris, ce choix était fixé sur un de ses compatriotes de Provence, M. de Pastoret, alors maître des requêtes. M. de Pastoret, plus âgé de 9 ans que que celle à laquelle il allait s'unir, un peu moins bien

doué du côté de la richesse, lui apportait en retoui toutes les convenances de nom, de cœur et de principes. Fier à juste titre des services de sa famille dans le quinzième siècle, sous Torageuse minorité d( Charles VI, il apercevait de nouveaux nuages à l'hori zon de la yieille monarchie et il s'était préparé à ui rôle important. L'amitié de Buffon, de Turgot, d( Malesherbes, diverses couronnes remportées à l'Académie des inscriptions et belles-lettres dont il fui membre à 28 ans, des travaux considérables de législation annonçaient déjà à la politique et à la science un homme éminent. Ces garanties assuraient aussi â mademoiselle Piscatory une union qui ne la détournerait d'aucun devoir, qui ne la gênerait dans ^exe^ cice d'aucune vertu et dont l'influence, au contraire, se ferait heureusement sentir par un accroissemeni de zèle et d'expérience. Ces préliminaires souriants ne devaient pas être de longue durée. A peine le mariage projeté fut-il annoncé aux amis des deux familles que mademoiselle Piscatory fut atteinte d'une maladie tellement grave qu'on lui administra les derniers sacrements. Avant qu'elle parvînt à la plénitude et à l'indépendance de la vie. Dieu avait voula lui faire voir les approches de la mort et marquer d'un sceau particulier de gravité son entrée dans le monde. Cette maladie cruelle, suivie d'une lente convalescence, avait fait ajourner la bénédiction nuptiale au 14 juillet 1789. Le mariage devait se célébrei avec une grande pompe à Saint-Germain-l'Auxerrois; mais la veille, M. de Pastoret, visiblemeni troublé par les plus tristes pi^éoccupations, vint an-

noncer à sa jeune fiancée que le lendemain pouvait être marqué par de douloureux événements et que le prêtre les attendrait au pied de Faute! à 6 heures du matin. C'est à cette heure, en effet, et avec l'assistance d'un fort petit nombre de témoins, que fut consacrée leur union. Apeine le soleil avait-il éclairé cette journée que Tassant de la Bastille commençait et que madame de Pastoret éprouvait les premières angoisses que devaient lui coûter nos sanglantes commotions. Mêlé aux divers événements dont le souvenir n'est effacé pour personne, lié avec les royalistes les plus sympathiques à la Révolution et avec les révolutionnaires les plus attachés à la monarchie, plaçant dans d'inévitables réformes la stabilité du trône et la prospérité du pays, M. de Pastoret fut investi de la confiance de ses concitoyens dès les premières opérations électorales. Les procureurs généraux syndics, à la nomination du peuple, avaient remplacé les intendants, à la nomination du roi. M. de Pastoret fut élu président des électeurs de son district et nommé par eux procureur général syndic en même temps que le duc de la Rochefoucauld était élu président du département et fiailly maire de Paris. Louis XVI l'appela bientôt au ministère de la justice. M. de Pastoret jugeait alors que le moment des concessions était passé, Louis XVI se refusait aux mesures de rigueur. La reine se joignit vainement au ministre d'un jour. M. de Pastoret remit, avec un redoublement de respect, sa démission entre les mains du roi. Louis XVI l'accepta, sans lui retirer sa confiance. A partir du 20 juin, M. de Pastoret et ses amis Vaublanc et Quatremère de Quincy,

ne pouvant plus maîtriser la violence des esprits, s'unirent dans une commune protestation et cessèrent de paraître à l'Assemblée. Le signal de leur retour fut le canon du 10 août.

M. de Pastoret logeait avec sa femme dans l'hôtel que nous avons déjà désigné. Rien ne leur échappait de ce qui se passait autour des Tuileries. M. et madame de Pastoret avaient suivi avec la dernière anxiété les mouvements populaires de cette fatale journée, ils avaient vu grossir d'heure en heure le flot tumultueux qui, après avoir envahi les appartements du château, débordait dans le jardin royal, sur la place Louis XV et enveloppait la salle des Feuillants. La décharge des Suisses se fait entendre, puis un lugubre silence lui succède, et l'on annonce que le roi, enfermé dans une tribune de journalistes, est à la merci de l'Assemblée. M. et madame de Pastoret touchaient alors à l'une de ces heures, à la fois redoutables et bénieSy où le cri de la conscience est si impérieux qu'il ne reste qu'à l'écouter et à mourir. L'homme public devait courir à son poste, sa femme ne devait J)oint l'en détourner. Madame de Pastoret, qui avait déjà pris l'habitude de faire mieux que son devoir, ne se contenta pas d'une muette douleur et d'une passive résignation; avec ce mélange de douceur résolue et d'énergie sereine qui devenaient de plus en plus le mérite et le charme distinctif de son caractère, elle prit le bras de son mari qu'un domestique refusait d'accompagner et, se flattant sans doute de lui servir de rempart, elle traversa cette haie de piques sanglantes, cette horde d'hommes et de femmes

Tociférant le blasphème et Tinsulte ; elle conduisit M. de Pastoret jusqu'à la porte même de la salle et, lorsqu'elle s'en vit séparée, laissa échapper quelques larmes, non sur son péril, mais sur son impuissance. M. de Pastoret, dans une lettre qui fut interceptée à son insu par un ami qu'on pouvait désirer mieux inspiré, avait demandé à défendre Louis XVI devant la Convention ; il ne cachait point son horreur pour cette épouvantable procédure. 11 n'en fallut pas davantage pour mettre sa propre tête en cause. Un , arrêté de la Commune proclama : « O^e l'arrestation

i de ce traître importait au salut public. » 11 quitta d'abord Paris, puis la France et alla enfin errer sur les frontières de Savoie. Sa femme, devenue mère, n'avait pu le suivre immédiatement dans l'exil, et, avant qu'elle put songer à le rejoindre, elle se vit arrêter elle-même, ainsi que son oncle M. de l'Étang. On entrait en pleine terreur; les prisons regorgeaient de prisonniers ; nulle place ne se trouvait vide pour recevoir les nouveaux détenus, et l'on fut obligé de recourir à un expédient de persécution qui sauva dans ce moment un certain nombre de victimes. On donna à quelques personnes leur propre maison pour

} geôle, et M. de l'Etang fut incarcéré dans son hôtel avec sa nièce, sous la garde de quatre municipaux, à la solde de six livres par jour en assignats, aux frais du prisonnier. M. de l'Étang passa les premiers jours de réclusion à étudier la physionomie de ses gardiens, puis, prenant à part celui dont il avait lieu d'attendre le plus de sympathie, il lui dit : « Voici en argent les six livres que je vous dois et les six livres de vos

compagnons. N'essayez pas de deviner comment je me procurerai cette somme, car vous n'en viendries pas à bout sans en tarir aussitôt la source. Compter seulement que chaque jour vous serez ainsi payé ei belle monnaie, et arrangez-vous comme vous l'entendrez pour que je ne sois point enlevé à votre garde n conduit aux prisons publiques. » Soit cupidité, soi compassion, le marché fut conclu et fidèlement exécuté. La réclusion se prolongea longtemps, mais tou jours au même lieu et aux mêmes conditions.

Quelles conditions cependant! Ce quartier étai celui où venaient aboutir les scènes les plus violente de cette époque. Les cris de mort et Témeute y troublaient presque toutes les nuits. Chaque fois qu( madame de Pastoret cherchait, à travers sa fenêtre quelque distraction à sa peine, à son inquiétude, à 1; mélancolie des sombres journées d'hiver, elle aper cevait quelque symptôme nouveau d'effervescence quelque menace pour elle ou pour ceux qu'elle aimait Un matin, elle poussa un cri d'effroi et recula d'hor reur. Elle venait d'apercevoir la guillotine, et c'étai le 21 janvier.

Pendant une année pleine d'angoisses et de larmes madame de Pastoret n'osa pas jeter un seul regard su; cette place inondée de sang. C'était au dedans d'elle même, c'était au fond de son âme, que Dieu voulai qu'elle tournât et recueillit ses pensées. Qui s'étonnera de la voir, au premier jour de la liberté rendue, ai premier pas sur ce pavé brûlant, diriger sa course ven l'hôpital, vers la prison, vers l'église, vers tous ceu) qui souffrent et vers celui qui console!

Aux premiers signes de réorganisation sociale, madame de Pastoret avait repris son rang, et M. de Pastoret, rentré en France à la fin de 1795, était nommé. Tannée suivante, député de Paris et du Var au conseil des Cinq-Cents. A peine avait-on passé du j I Directoire au Consulat, qu'une société pieuse, appelée la société de charité maternelle, fondée en 1788 par Marie-Antoinette, sortait de dessous les décombres, avec la religion, mère de la charité. On n'eut pas besoin d'adresser un appel à madame de Pasloret. Cette institution n'était qu'un moyen de régulariser et d'étendre les élans de sa générosité personnelle; elle y entra, pour ainsi dire, comme une seconde fondatrice. Madame de Fougeret, qui avait créé l'œuvre sous les auspices de la reine, reconnut dans madame de Pastoret une auxiliaire capable de répondre aux immenses besoins de cette époque. En même temps qu'elle reprenait la présidence du conseil de cette œuvre, elle désigna sa nouvelle amie comme secrétaire.

Bonaparte avait déjà fait sentir assez puissamment sa présence pour que la société eût repris quelquesunes de ses anciennes habitudes ; et la sécurité, jouissance si nouvelle qu elle semblait tenir lieu de beaucoup d'autres, jetait sur la douleur du passé quelques lueurs de meilleur avenir. Madame de Pastoret avait retrouvé daûs mademoiselle Necker, devenue madame de Staël, une relation pleine .de charmes ; madame Cottin, dont les écrits étaient alors fort en vogue, professait pour madame de Pastoret une amitié surpassée par l'admiration.

JÊtndes et SouTonirs. «

Madame de Pastoret entrait dans sa trentième année ; elle atteignait déjà tous les mérites de sa maturité, sans avoir rien perdu des grâces de sa jeunesse. Le mélange de la séduction et de la dignité se traduisait dans sa démarche, dans sa physionomie, en traits si puissants que nous ne pouvons en omettre ici un frappant témoignage.

Au 18 fructidor, M. de Pastoret avait encore attiré la proscription sur sa tête. Il devait fuir sans perdre un instant ou subir la déportation. Lors de son premier exil, il avait trouvé un refuge en Savoie, il voulut obtenir de nouveau un passeport pour ce pays. Le comte de Balbo, ambassadeur de Sardaigne, occupait un hôtel contigu à celui de M. de l'Étang. Madame de Pastoret, déjà mère, allait le devenir pour la seconde fois; elle se présente chez l'ambassadeur, se nomme sans hésitation et lui demande un passeport pour son mari. Le comte de Balbo, ouvrant un portefeuille, lui montre des instructions de son gouvernement qui lui interdisent positivement de se prêter à aucune tentative d'évasion. Madame de Pastoret lui remet la dépêche sans la lire : « Je savais cela. Monsieur le comte; c'est pour cela que je suis venue vous trouver, et vous ne me laisserez pas sortir d'ici sans emporter le salut de mon mari. » A ce simple langage, animé d'un accent et d'un regard pénétrants, le comte de Balbo se lève, signeun passeport et le remet à madame de Pastoret avec une respectueuse émotion.

La crise passée, M. de Pastoret, vint reprendre à Paris, pour toute fonction, une place dans le con-

seil général <les hôpitaux où il entrait avec le duc Mathieu de Montmorency, Ghaptal et M. de Préameneu. Ce n'est qu'en 1809 et après une double présentation, qu'il fut nommé sénateur.

Quant à FœuTre à laquelle madame de Pastoret s'était tout d^ abord consacrée, voici quelques-uns des articles de son règlement :

Article I"

« La société de charité maternelle a pour objet d'assister les pauvres femmes en couches, de les encourager à nourrir elles-mêmes leurs enfants et d'empêcher ainsi l'exposition d'enfants légitimes à Ihôpital des Enfants trouvés.

a La société de charité maternelle a été formée par des femmes, parce que ce sont elles que la Providence I plus particulièrement appelées au secours de l'en- Tance et des mères indigentes.

« La société étend ses secours aux enfants nés de parents appartenant aux divers cultes.

Article 18

« La quotité de la part accordée à chaque enfant idopté est réglée d'après la recette de l'année écoulée ; Inexpérience a démontré qu'un secours trop faible ne t^mplit pas le but de la société, de même que des parts Irop fortes, qui borneraient à un très petit nombre de Familles les bienfaits de l'institution , seraieiA co\i\.^^\^^^

à Tesprit de justice et de charité qui la soutient et la conserve.

Article i9

« Chaque part se compose, d'après les dispositions qu'adopte le comité, d'une layette, de frais de couche et d'un petit secours pour l'habillement de l'enfant, enfin d'un secours mensuel en argent pendant l'allaitement.

Article 30

« Le caractère distinctif de la société maternelle ressort principalement des rapports qu'elle établit entre les mères de famille pauvres et les dames charitables qui veillent à leurs besoins, les consolent et cherchent à les rendre meilleures par leurs avis répétés. Pour remplir ce but, il est nécessaire qu'aucune dame ne puisse, en aucun cas, se faire remplacer dans ses fonctions, si ce n'est par une des dames du comité qui signera ses rapports ou par les sœurs de charité de son arrondissement. »

Cette dernière clause, condition indispensable de la charité qui ne doit point se faire par procuration, n'était pas de celles auxquelles madame de Pastoret songeait à se soustraire. C'est, au contraire, en accomplissant ses devoirs en ce genre qu'elle en comprit mieux la portée et qu'elle en vit grandir l'horizon. Le coin de terre qu'habite le pauvre est un pays plein de mystères et de beautés qu'il ne faut pas seulement connaître par la géographie et dont on ne

pénètre les profondeurs qu'en l'explorant soi-même.

Madame de Pastorct, qui, selon une expression de son mari, aimait à faire bien le bien qu'elle faisait, ne consacrait pas des minutes seulement, elle consacrait des heures aux moindres missions qui lui étaient confiées. Quoique vi\ant de la vie élégante et agitée du monde, elle voulait faire plus que ceux qui se] contentent de prendre une institution sous le patronage de leur nom et qui, après un rapide examen deux ou trois fois renouvelé dans le cours d'une année, croient pouvoir affirmer que tout est parfaitement en ordre et que leur présence suffit à enfanter les miracles du dévouement ou de l'économie. Madame de Pastoret comptait moins sur sa fortune ou sur sa position que sur le constant exercice de son jugement. Elle recherchait avec déférence la conversation des hommes qui avaient traité avant elle les questions charitables; elle comparait les institutions modernes et se tenait en garde contre l'esprit de système autant que contre l'ostentation ou la précipitation. Du reste, nous allons maintenant juger la méthode par ses fruits.

Un jour que madame de Pastoret gravissait lescalier d'un cinquième étage pour porter des secours à la mansarde d'une pauvre femme en couches, elle fut frappée des cris de détresse qui partaient d^une chambre voisine. Elle frappe à la porte : point de réponse. Elle redouble d'efforts pour ouvrir ou se îaire entendre : rien que les cris déchirants et continus d'une pauvre petite créature évidemment abandonnée ! Madame de Pastoret enlre a\ot^ çXv^x \^

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femme qui Tattendait, et, pour la pcemiëre fois peut-être, distraite en face de la douleur présente, elle interroge d'abord la malade sur la misère d'autrui. « Ne tous étonnez pas de si peu, Madame, répond la pauvre femme, c'est, hélas ! notre sort commun, quand nous avons mis des enfants au monde. Faut-il abandonner notre état? Alors, qui nourrira la famille ? Faut-il travailler à domicile? Qui nous confiera de Touvrage? Sommes-nous logées de façon à recevoir des métiers? Travaillerions-nous assez, distraites sans cesse par le soin de nos enfants et par leucs caresses ?» — « Vos enfants, reprit madame de Pastoret, sont donc laissés seuls et livrés à. eux-mêmes, durant toute la journée? » -— « Oh! pas absolument, Madame; souvent, nous les confions à des voisines ou bien à des enfants un peu plus âgés; mais la voisine peut se trouver malade, comme cela m'arrive en ce moment; quelquefois aussi les enfants aînés sont plutôt une occasion d'accident par leur turbulence qu'une sauvegarde pour les petits frères et sœurs quon leur donne à surveiller. » Madame de Pastoret n'eut pas besoin d'en entendre davantage. Elle se leva, remit à la pauvre femme le secours qui lui était destiné et sortit. Un ordre d'inquiétudes et de souffrances, auxquelles elle n'avait jamais songé, venait de lui être révélé.

Madame de Pastoret descendit précipitamment dans la rue, se fit indiquer la boutique d'un serrurier, remonta au cinquième étage, expliquant au brave artisan Je service qu'elle attendait de lui, se fit ouvrir la

porte de la mansarde d'où partaient les cris et se trouva en face d'une petite fille de cinq ans blottie d'un air effrayé au fond de la chambre et d'une enfant de deux ans qui s'agitait convulsivement à ses pieds. Elle s'empressa de rassurer la plus âgée de ces deux enfants et en obtint doucement l'aveu de ce qui n'était désormais que trop facile à deviner. La petite fille de cinq ans avait laissé se hisser sur une commode la petite sœur remise à sa garde, et l'enfant, retombée de cette hauteur, s'était cassé le y bras. Elles étaient enfermées, car la pauvre mère n'avait songé qu'à prévenir les accidents de l'escalier ou de la rue, et la jeune gardienne, plus épouvantée peut-être des reproches qu'elle redoutait que de l'accident dont elle ne comprenait guère la gravité, n'avait trouvé rien de mieux que de se tenir silencieuse dans un coin. Heureux hasard ou plutôt admirable Providence qui avait voulu placer cet avertissement sur le chemin d'une personne si digne de l'entendre. A partir de ce jour la salle d'asile était créée.

Nous nous trompons cependant : cette institution avait encore à faire un singulier noviciat.

Rentrée chez elle, madame de Pastoret n'hésita point dans la mise en œuvre des pensées qui étaient venues l'assaillir^ et elle réalisa immédiatement ce que la fortune lui permettait de tenter. Une maison fut louée près de Saint-Philippe-du-Roule, à l'angle de la rue Verte, et douze enfants du quartier y furent reçus, sous la surveillance d'une sœur de charité, nommée sœur Françoise, qui demeura trente ans à

la tôte de cette petite famille et contribua puissam ment à lui donner Tessor. Mais cet essai, renferm dans les limites de Thumble discrétion inhérente ; de telles entreprises, n'attira que quelques bénédic tions humbles et discrètes aussi. Il fallut, ce qui tro| souvent a été nécessaire en France, il fallut qui ridée mère, l'idée française nous revînt avec un non et un costume étrangers pour être accueillie, étudia parmi nous, et Ton prit la peine de naturaliser comni( une importation anglaise ce qui était né sous noi yeux.

Dès que la paix d'Amiens eut ouvert le contineni aux relations amicales des peuples entre eux, lef étrangers se mêlèrent en foule aux hommes distingués qui formaient déjà le cercle de M. et madame de Pastoret. Richard Edgev^orth, savant économiste, et sa fille. Maria Edgevs^orth, furent de ce nombre. Bientôt, la jeune Anglaise fut invitée à venir à Fleury, maison de campagne près de Meudon, où madame de Pastoret passait alors et passa depuis, presque sans interruption, les saisons d'été et d'automne. Ce que miss Edgeworth y découvrit de qualités et de vertus lui parut au-dessus d'un fugitif souvenir ou d'une vulgaire reconnaissance. Elle voulut leur consacrer un durable monument. Elle prit madame de Pastoret pour l'héroïne de l'un de ses romans, lui prêta le nom de madame de Fleury et publia, sous ce titre, un petit volume dans lequel se trouvent racontées les circonstances qui motivèrent et accompagnèrent la fondation de la salle d'asile. Malheoreasemenl la littérature de cette époque n'était point

I encore dégagée de l'habitude des fictions convenues. C'était le moment où madame Gottin déguisait, sous le visage emprunté d'Elisabeth, les traits si simples r et si purs de Prascovie qui nous ont été rendus par le I comte Xavier de Maistre. Miss Edgeworth nous priva, à son tour, d'un trésor que personne ne pourra dé- ' sormais nous restituer, en surchargeant madame de Fleury de sentiments et d'aventures imaginaires, au ^ lieu de nous confier naïvement les épanchements et les émotions d'une si rare intimité. Quoiqu'il en soit, une fois averti, on retrouve encore dans madame de I Fleury plusieurs indications précieuses et un reflet . de réalité que la distance n'a point fait évanouir. Ce ' récit et les tableaux qui l'accompagnent eurent un grand succès en Angleterre. Les philanthropes s'en emparèrent, et c'est alors que cette pensée charitable, semblable à tant d'autres pensées du cœur de l'homme, revint à son point de départ, après un regrettable détour et une longue perte de temps.

Ces nouveaux soins, loin d'absorber madame de Pastoret tout entière, ne faisaient que développer en elle son penchant dominant. Les dames de charité maternelle avaient été réorganisées par paroisse, et de cette réorganisation naquit bientôt l'œuvre de la visite des hôpitaux. Madame de Pastoret y apporta son zèle 1 infatigable et son expérience déjà consommée. Elle travaillait aussi sans relâche au développement de l'œuvre de. charité maternelle. Madame de Fougeret, madame Grivel et quelques autres de leurs coopératrices avaient essayé d'y intéressermadame Bonaparte. Joséphine leur témoigna une vive mais ç>\,fet\\ft\yv^TL-

yeillance. Le moment n'était pas encore venu pour leti pouvoir de patronner officiellement une création de i Marie-Antoinette. . Cependant l'empereur se souvint fc plus tard de ces premières tentatives. En 1810, il vou- { lut que l'impératrice Marie-Louise prît le titre de pré- js sidente. Un décret de 1811 mit une somme considé- fc rable à la disposition des trésoriers. Madame de Pas- de toretfut nommée vice-présidente. Le cardinal Fesch, l[ Cambacérès reçurent des titres pompeux dans l'œu- > vre et prirent part à plusieurs de ses séances. Un |n jour même, Napoléon fit venir ces dames à Saint- i^ Gloud et voulut leur imposer un uniforme. Quelques u objections firent ajourner cette idée emportée dans le «^ tourbillon des derniers jours de l'Empire. Même à ces ? heures suprêmes, Napoléon conserva le souvenir de ^ ses courtes relations avec madame de Pastoret. Au . moment où Paris était plongé dans une morne stu- ; peur par les désastres de Moscou, madame de Pastoret était plus triste et plus émue que personne, son fils Amédée remplissant alors au fond de la Russie blanche les fonctions de gouverneur. Tout à coup, à l'heure de se mettre à table, un messager impérial se présente chez elle : « Madame, dit-il, l'Empereur est arrivé aux Tuileries ce matin et vous fait savoir qu'il a laissé votre fils en excellente santé. L'Empereur a voulu être le premier à vous rassurer. »

Celui qui fut l'objet de ce procédé touchant en de pareilles circonstances ne l'ignora point ; il ne l'oublia pas non plus et, de retour en France, fut le dernier à déposer les armes sous les murs de Paris. Cette heureuse mère ne savoura pas longtemps sans mé-

;^e les jouissances que lui donnaient ses deux fils : lus jeune lui fut enlevé, en 1818, par une fièvre loîde, qui déjoua cruellement tous les soins de r et de la tendresse réunis.

a Restauration représente la plus brillante période a fortune du marquis de Pastoret. Nommé pair de oce en 1814, il fut élu cinq fois de suite secrétaire a Chambre, vice-président en 1820, et en 1829 nommé chancelier. Sa femme avait reçu, depuis sieurs années et par exception, les honneurs du Duret et du Louvre. Un privilège plus person-

encore lui était réservé, c^était le témoignage la confiance de madame la Dauphine, faveur s prix pour une âme telle que celle de mane de Pastoret. La fille de Louis XVI passait en ères tous les anniversaires du 21 janvier. Elle ne baissait à aucune des solennités consacrées à ce ir, mais elle se renfermait dans son oratoire et adittait près d'elle un très petit nombre de personnes. idame de Pastoret fut souvent appelée à cette reliînse distinction, et cette noble femme qui, soit dans puissance, soit dans la disgrâce, ne parlait qu'avec Ime des vicissitudes politiques, maîtrisait à peine n émotion quand elle consentait à parler de ces ^uloureuses audiences et de tout ce qui s'y rattabait.

Madame la Dauphine accepta avec empressement, Inles premiers jours de la Restauration, le titre de ^idente de Tœuvre de Charité maternelle et conk^ma celui de vice-présidente à madame de Pastoret. M procès-verbal du 9 janvier 1815 cot\stîsA.ft V^N^t-

sèment d'une somme de 5,000 francs, remise madame la marquise de Pastoret à M. Grivel, sorier, de la part de S. A. K. Madame, pour coni bution des quatre premiers mois de Tannée. Le 20 vrier de la même année, la même main appo une lettre du ministre de l'intérieur et le douziè de la somme de 40,000 francs pour laquelle le nistre s'engageait annuellement. Il suffirait d'eu les registres des œuvres de cette époque pour y sui par la progression des dons obtenus les progrès crédit de madame de Pastoret.

On trouve aussi, dans ces registres, ce que dame de Pastoret n'y a déposé qu'à son insu, c'est-àson portrait écrit par elle-même, quand elle cro seulement tracer celui de ses coopératrices, L'œu de la maternité fit, durant les quinze années de savii présidence, deux pertes particulièrement cruelles celle de madame Carré et celle de madame la d cbesse de Damas. On juge sûrement quelqu'un la nature de ses jugements sur autrui; les objets la délicatesse de notre louange trahissent nos propi inclinations. A ce titre, nous reproduisons ici, d leuiv intégrité, deux pages enfermées sous l'hu couverture d'un registre de charité :

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