‹ Études et souvenirsChapitre 13 sur 34 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE

<( Nous venons de perdre l'un de nos plus préci( exemples, l'une de nos dames les plus capables concilier à notre société la confiance et la bienveil publiques. Madame Carré, lorsqu'elle voulut bi(

îunir à nous, il y a déjà beaucoup d'années, nous •rtait une longue expérience dans Tart de faire le , un zèle plein de discernement et de lumières, à une exactitude, je dirais presque scrupuleuse. [qu'elle eût pu donner bien des leçons dans la ice de la charité, madame Carré soumettait jusla bonté de son cœur, jusqu'à sa pitié même au Lment si modeste d'elle-même qui la distinguait iculièrement. La vie de madame Carré s'est pasje devrais dire s^est épuisée, à faire le bien. Je saierai pas d'exprimer combien elle était chérie ;a famille, et je respecterai des douleurs trop proies pour être mesurées; mais je crois pouvoir irer que nous nous rappellerons souvent notre able et pieuse collègue; que, dans le secret de pensées, nous nous la proposerons pour modèle, [ue nous espérerons ensemble que du ciel, où elle û trouver le prix de ses efforts, elle jette encore nous, sur notre œuvre et sur nos pauvres, des ards d'encouragement et de bienveillance. »

tannée suivante, madame de Pastoret peignait un ire modèle sous les traits de madame de Damas.

(c Mars 1827.

K Le désir unanimement témoigné par le comité de société maternelle pouvait seul me donner la force întreprendre cette tâche difficile, difficile surtout ur moi qui, depuis quarante ans, honorée de son litié, ai pu connaître toute la noblesse de son âme,

toute l'élévation de son caractère et Tine] bonté de son cœur. J'oserai le dire ici, madai mas n'avait pas encore trouvé, dans ses fo] présidente du comité, Toccasion de faire toutes ses qualités. Nous la voyions parmi i jours exacte à remplir les devoirs de dame trante, rendre un fidèle compte des misères avait été témoin ; mais elle ne nous disait qu'où se portaient les consolations qu'elle s prodiguer. Madame de Damas écoutait les lo des pauvres, pleurait avec eux, s'occupait vertus, de leurs sentiments intimes ; après comblés de bienfaits, elle songeait à eux p cher si elle ne pouvait pas y ajouter encore qui l'a bien connue se réunit à dire que, variété de ses connaissances, l'éclat et la j brité de son esprit, la véritable supériorit< dame de Damas était dans son cœur. Que c me pardonnent d'avoir tardé, d'avoir hésité leur parler d'une personne dont le souv( profond me laisse peu de moyens d'en pa calme. Vous avez, Mesdames, honoré madan mas ; vos cœurs avaient su deviner une partit mais, si la Providence l'eût conservée plus 1( parmi nous, vous lauriez bien davantag appréciée et aimée, et vous auriez trouvé de Damas presque simple dans l'expression timents qu'elle éprouvait réellement avec profondeur et d'énergie que toute autre. J demander de me croire, Mesdames. J'ai tro] trop respecté madame de Damas, pour i

blj vérité sur elle, et d'ailleurs la vérité seule peutThono- )a| rer comme elle a mérité de l'être. »

tre; Quelle admirable parole que celle-ci : j'ai trop ul aimé madame de Damas pour altérer la vérité sur iç.: elle!' Quelle juste mesure, en effet, de toutes les vé- Ijj ritables affections que de considérer comme une sés-i rieuse infidélité la moindre infraction à la sincérité ir du langage! Veut-on savoir aussi comment madame L?" de Pastoret avait le droit de parler de l'intimité avec »5^ les pauvres? En voici la justification prise entre dix antres que les plus respectables témoignages nous attestent. Une des femmes les plus familières aujourd'hui aux œuvres de Paris, mademoiselle Adèle P..., était chargée par les sœurs de sa paroisse de visiter une de leurs protégées à l'Hôtel-Dieu. Une dame l'avait devancée dans la longue file du dortoir et, assise près d'un lit, remuait doucement un berceau. Les deux visiteuses s'apercevaient de loin, mais à trop longue distance pour se reconnaître. Cependant mademoi-

I selle P était frappée de la constance de l'inconnue

{ à bercer l'enfant, à causer avec la malade et de cette I* dextérité de soins qui trahit la longue habitude. Enfin, ) à force d'épier les mouvements de cette petite scène, ' elle s'imagina reconnaître madame de Pastoret et interrogea la sœur de service : « Assurément oui, c'est madame la marquise, répondit la sœur ; la ma- ^ lade que vous voyez là-bas a le col du fémur cassé; les médecins lui ont défendu de suspendre la nourriture de son enfant, pour éviter la fièvre, et lui inter- I disent tout mouvement pour ne point déranger le

pansement ; il faut donc quelqu'un qui veille sanî cesse auprès d'elle, tantôt pour endormir le petil nourrisson, tantôt pour le présenter au sein. Madame de Pastoret ayant remarqué que la pauvre femme était forcément négligée à certaines heures, choisit ce moment pour la visiter; tous les jours elle vient s'asseoir où vous la voyez là et y remplit soi office de berceuse. »

Il ne faut pas croire que la charité se produise seulement par la compassion envers les misères qu'or nomme, à juste titre, criantes. Tout ce qui participe de la bonté, c'est-à-dire la bienveillance, Tamé nité de caractère, appartient à son domaine et relevait par conséquent, de celui de madame de Pastoret. Lî communauté de bonnes œuvres amène parmi cellei qui s'y sont vouées le rapprochement de toutes lei conditions sociales. Quelejues personnes y entren avec susceptibilité, d'autres avec prévention, d'autrei avec embarras. 11 importe donc grandement de neutraliser ce reste de nos mauvais instincts du monde et d'encourager les bons. C'était encore là une de* sollicitudes de madame de Pastoret. Dans les comités dans les réunions charitables, elle ne se hâtait jamais d'émettre son avis; elle allait au-devant de toutes sei collègues, prévenait les plus modestes et avait toujourf l'oreille tendue pour les voix timides. Les femmes les ecclésiastiques qui ont partagé avec elle de pieuseï collaborations, n'ont qu'un témoignage à cet égard et, pour peu que l'on se soit occupé de faire le hier en commun, on en appréciera la valeur.

La révolution de 1830 fit rentrer M. et madame

MABàME de PASTORET. 97

de Pastoret dans la vie privée. Quand on destitua U. de Pastoret de la place de conseiller des hôpitaux de Paris, il laissa échapper un murmure que ne lui ivait point arraché sa retraite volontaire de la chanlïellerie. Madame de Pastoret se démit de la vice- [^résidence de la Société maternelle, mais sans laisser ralentir le zèle qu'elle y apportait.

Dans Tœuvre des hôpitaux, elle garda la présilence qui lui avait été déférée à la mort de madame de Damas. La fraîcheur de ses inspirations charitables, si Ton ose s'exprimer ainsi, demeura la même jusqu'à son dernier jour. Jamais les ravages de la irieillesse ne pénétrèrent dans cette partie d'eliemème et la sensibilité, qui s'émousse à force de plaindre et de consoler, ne perdit jamais rien, dans madame de Pastoret, de ses premiers élans.

Ceux qui Tout connue dans ses dernières années 1 ont connue tout entière, avec beaucoup de dignité de plus et pas une grâce de moins. C'est ici le lieu ^ns doute de réparer une omission involontaire qui tendrait cette courte esquisse trop évidemment incomplète. Le cœur de madame de Pastoret occupa une si grande place dans toutes ses actions que je n'ai point assez fait la part de l'élévation et du caractère spécial de son esprit. L'éminence de la bonté impli* que les autres genres de supériorité, et Ton nes'cton* nera pas de cette assertion qui heurte un des préjugés du monde, si l'on réfléchit à ce qu'il faut de discernement et de délicatesse pour ôter à l'aumône l'humi* liation, pour joindre la consolation à Taumône et l'enseignement à la consolation, combien, en un mot^

ttade» ei Soureairs, *l

il faut s'élever au-dessus de toutes les médiocrités pour arriver à la hauteur d'un dévouement.

Madame de Pastoret avait conservé dans tous ses traits l'empreinte de leur régularité première; ses longs cheveux blancs, ses vêtements habituellement noirs, sa taille haute et mince, sans raideur, donnaient à son extérieur une apparence particulièrement vénérable. Le son de sa voix, d'une douceur exquise, était en même temps plein d'autorité, et sa vieillesse avait un sourire que la jeunesse pouvait envier. Cette candeur sereine qui régnait dans toute sa personne, dans sa démarche, dans son geste, dans son accent, régnait plus encore dans sa parole. On connaît déjà son amour de la sincérité, elle le poussait jusqu'au scrupule dans le choix de ses expressions, ce qui donnait à sa conversation une précision, une justesse irréprochables. L'emphase dans les mots lui était aussi étrangère que l'exagération dans les idées; Miss Edgeworth nous a conservé sur elle le jugement de Marmontel : « Elle a le secret, disait-il, de faire paraître neuves les idées les plus communes et de faire paraître simples les plus élevées. »

Fille de deux siècles séparés par un abîme, elle les représentait l'un et l'autre dans ce qu'ils avaient de meilleur. Elle avait les sensations et l'intelligence active de notre temps avec les formes et l'attitude du temps passé. Elle aimait les arts et les lettres et se tenait au courant de toute nouveauté, non sans gémir des excès de l'école moderne. Sa mémoire accordait une place d'honneur à l'abbé Delille, dont elle répétait les vers avec un charme infini. Cependant,

accessible dans ses jugements comme dans son accueil, elle s'appliquait non seulement à ne rjen méconnaître, mais surtout à ne rien exclure.

Dans un petit billet du matin, nous trouvons rapprochés M. de Balzac et Grégoire de Tours, et, par quelques lignes de ce genre de correspondance qui ressemble tant à de la causerie, l'on pourra juger avec quelle facilité cette femme, déjà plus que septuagénaire, parcourait tous les degrés|de l'étude.

Après avoir rendu compte du Curé de village de M. de Balzac, elle écrivait à M. Briffant, de l'Académie française :

« Je lis dans ce moment Grégoire de Tours, et je suis frappée de l'ascendant qu'exercent la conviction sincère et la simplicité. La légende de Grégoire est remplie de miracles; il ne cherche point à expliquer ces faits qu'il raconte. Peut-être même se trompe-t-il quelquefois, mais il est toujours convaincu et vous fait assister à l'imposant spectacle d'une nature barbare qui commence à se civiliser tout en tuant ceux qui la civilisent. Ces commencements de l'histoire des sociétés m'ont toujours semblé dignes du plus grand intérêt. »

Sa raillerie même avait quelque chose d'ingénieux et, sans jamais blesser, rencontrait aisément le trait piquant. A la veille d'une élection, elle écrivait à un membre de l'Académie :

« Je suis effrayée pour vous et vos confrères de la quantité d'immortels que vous allez avoir à fournir à notre admiration. Ne serait-ce pas le cas d'imiter ces galeries de tableaux choisis dans lesquelles on met

des cadres avec des taffetas verts aux places pour lesquelles on n'a pas encore de chefs-d'œuvre. »

Mais nous devons la voir surtout au milieu de ses amis, dans cet intérieur de Fleury où elle se plaisait tant à réunir ses jouissances de prédilection. Elle y avait fait construire une cabane rustique sur le modèle de la cabane de Ghâteaurouge qui abrita son enfance. Elle y était entourée d'un cercle empressé , celui de la place Louis XV, avec plus de choix et moins de bruit.

Voici en quels termes on y était invité :

« J'envie madame de N... qui a pu rester près de vous, écrit-elle à M. Briffant, et je suis sûre qu'elle tient beaucoup à son office de garde-malade. Mais pourquoi n'essaieriez-vous pas de venir à Fleury, doucement, sur la terre, ce qui est possible, en venant par le bois de Boulogne ? Vous trouverez une chambre au rez-de-chaussée, tout près de la bibliothèque, vous iriez vous asseoir au jardin, en faisant deux pas, et enfin vous verriez, à n'en pouvoir douter, tout le plaisir que j'aurais à vous posséder. Combien j'aimerais Fleury, si son air pur pouvait vous faire du bien et vous rendre la faculté d'aller, de venir, de retourner même à Paris, mais pour revenir ici. Voyez, Monsieur, et pesez dans votre sagesse si vous ne devriez pas prendre cette résolution désespérée plutôt que de permettre au découragement de vous atteindre, vous dont le courage est si doux, et par conséquent si ferme et si réel. Nous ne manquerions de rien de tout ce qui est bon et commode. Les mauvais notaires n'ont pu m'ôter d'ailleurs ce que j'ap-

précie le plus, la faculté de sentir ce qui fait le bonheur ou la consolation de la vie. »

Peu de jours après, elle redoublait ainsi ses instances :

« Pourquoi ne vous tenons-nous pas à Fleury ? Je ne vous demanderais pas de vos nouvelles, je les verrais, nous ferions de ces bonnes causeries qui font du bien et qui laissent toujours d'heureuses traces, quoiqu'on semble n'avoir échangé que des idées pareilles. Mais c'est que le cœur et le fond de l'âme n'ont besoin de rien de nouveau, c'est l'esprit seul qui a de la coquetterie. »

C'est ainsi que madame de Pastoret voyait se multiplier les années et touchait au déclin de la vie. Ce déclin était triste, mais il n'était pas sombre; la nuit qui vient à travers un ciel pur n'a pas la même teinte que le crépuscule d'un jour orageux; Dieu place ses nuances, même dans les ténèbres.

Madame de Pastoret était douce envers les années, comme elle devait l'être envers la mort. Elle avait assisté trop de douleurs, elle en avait trop ressenti elle-même pour se faire illusion sur aucune chose de la terre. Les revers de fortune ne pouvaient plus la troubler, et nous venons de lui voir faire tout à l'heure une allusion à une catastrophe bien connue qui fit ressortir une fois de plus sa force d'âme.

Le jour où Ton apprit dans Paris la faillite de M. Lehon, le conseil de l'œuvre des hôpitaux se réunissait chez madame la comtesse de Saisseval. Chaque dame s'entretenait de cet événement. M^àajwv^ ^a

Pastoret manquait seule à la réunion. Dès qu'elle parut, on cessa la conversation pour commencer la séance. Madame de Pastoret présenta ses excuses, sans s'expliquer sur le motif de son inexactitude, s'occupa immédiatement de Tobjet de la réunion et y porta sa présence d'esprit, sa lucidité ordinaires. La séance levée, on revint au premier sujet de l'entretien général et l'on demanda à madame de Pastoret si elle en savait quelque chose. Madame de Pastoret répondit avec calme qu'elle perdait une partie considérable de sa fortune et commença aussitôt à défendre M. Lehoo contre les accusations qui s'élevaient avec une grande véhémence et que l'évidence seule plus tard put lui faire admettre. En son nom et au nom de quelques amis qui partageaient sa confiance, elle avait offert la garantie d'un million, et sa générosité dans celte déplorable affaire fut un des derniers et assurément un des plus mémorables exemples qu'elle nous ait laissés.

Un affaiblissement graduel conduisit M. de Pastoret au tombeau. La vie de cet homme de bien s'éteignit pieusement le 28 septembre 1839. Il avait atteint sa quatre-vingt-troisième année. Madame de Pastoret n'eut plus d'autre consolation que les soins si assidus et si tendres de son fils et de sa petite-fille, la marquise du Plessis-Bellière. Cette double piété filiale voulait en vain lui imposer des ménagements qui pouvaient prolonger encore une si précieuse existence : madame de Pastoret ne cessa pas un instant ses relations avec ses pieuses coopératrices, tout en prévoyant elle-même qu'elle aurait bientôt besoin

d'être suppléée et voulant parer d'avance au vide de son absence.

Ce billet, adressé à mademoiselle P..,, secrétaire de Tœuvre des hôpitaux, est un des derniers que sa main ait tracés :

« Me voici bien embarrassée, Mademoiselle. Ne prévoyant pas le changement des heures, j'ai pris l'engagement d'être à une heure, demain, au conseil supérieur des asiles pour y solliciter des réparations urgentes à notre asile particulier. 11 faut que vous ayez, Mademoiselle, la bonté de m'excuser auprès de M. l'abbé de Brézé et de madame de Saisseval.

« Je crois, d'ailleurs, que je n'aurais à répéter qu'une seule chose : c'est que mon âge et ma santé me rendent presque inutile. 11 faut, pour l'amour du bien, m'oublier et ne pas perdre un concours actif, éclairé et plein de zèle. Qui mieux que vous. Mademoiselle, sait que, lorsqu'il s'agit du bien des pauvres, la vanité n'est point à ménager, car elle n'existe même pas.

« Mille grâces pour les comptes si clairs et si bien faits.

« Vous ne doutez pas, j'espère, de tous les sentiments que je vous ai voués. »

Au mois de juin 1843, elle se rendit à Fleury, comme à l'ordinaire. Ses forces avaient visiblement diminué. Au premier froid de l'automne, elle fut atteinte d'une fluxion de poitrine et, en quelques heures, on reconnut que sa fin était proche. 11 fallut lui apprendre cette cruelle vérité, mais on n'eut pas besoin de l'y préparer. L'une des plus vénérables

sœurs de THôtel-Dieu, mère Saint-Benoît, représentait la charité à ce lit de mort. Le \icaire de Meudon accourut à son appel.

Les Sacrements furent administrés à madame de Pastoret, en présence de sa famille et de sa maison, le 27 septembre, veille de l'anniversaire de la mort de M. de Pastoret. Ses dernières paroles, ses dernières volontés firent encore l'édification et la consolation de ceux qui l'avaient attachée à la terre. Elle était mûre pour les récompenses du ciel.

I y a deux années à peine, une guerre, dont on ne- Tait prévoir la durée ni les limites, succédait à paix universelle et qu'on se plaisait à croire iné- ^lable. Tous les arsenaux de TEurope étaient à ivre, tous les canons en mouvement ; le commerce ait ses vaisseaux à la marine militaire ; d'innom- 3les soldats traversaient la Méditerranée, et tout ire, qui n'était paschargéd'armes, portait Taliment Tabri à une triple armée, luttant à mille lieues a patrie contre l'ennemi, la maladie et le climat, •ant un long hiver qui demeurera mémorable, > les yeux et toutes les pensées étaient tournés vers seul point de l'horizon. Enfin un cri s'échappe d bout du monde à l'autre. La guerre a prononcé, lutte est terminée! Le vainqueur et le vaincu se nent la main sur un monceau de ruines. Les diploles reparaissent, les tentes se replient, les camps se 3nt, les vaisseaux reviennent sur leurs traces; les pits recouvrent leur sérénité et la paix reprend le rs de ses prospérités h peine interrompu, les événements, à la fois si émouvante el ^\ \:^^\-

des, ne nous ont-ils donc rien légué? 11 serait injuste de le dire. Un grand empire a été sévèrement averti, | plus d'une haute ambition a été déçue, et c'est beau- [ coup, car tout résultat moral a son efficacité sur la t destinée des nations.

Cependant, si Ton voulait ne tenir compte que des garanties positives, que des gages matériels, on pourrait soutenir que la paix n'a pas valu la guerre. Ceux qui, dans toute entreprise d'Orient, rêvent encore quelque chose des croisades, ceux qui s'informent de ce qu'a gagné le christianisme, ceux qui promènent leurs regards sur les tristesses non consolées des Lieux- Saints, sur les vices non corrigés de Constantinople, pourraient se plaindre que le sang chrétien ^it été versé avec uneprodigalité, en apparence, inutile. Un fait pourtant, et un fait considérable, demeure acquis : en même temps que nous avons constaté une fois de plus la supériorité de nos armes, la constance comme l'audace de notre génie militaire, l'abondance de nos ressources, les sœurs de charité ont été, dans le plein exercice de leur vertu, montrées à l'Orient; Tislamisme s'en est ému; vaincues par le respect et la j reconnaissance, les communions chrétiennes dissidentes, protestantes ou grecques, ont changé loyalement leur secrète jalousie en émulation généreuse. La fille de Saint-Vincent de Paul, acceptée depuis longtemps parmi nous comme symbole du dévouement et de la réconciliation sociale, est devenue au *• dehors le type exquis de la civilisation catholique.

Ce n'est donc pas seulement une satisfaction pieuse, c'est un orgueil national, c'est un intérêt politique.

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^" dans leur acception la plus pure et la plus élevée, qui '"' s'attachent à l'étude de la charité, sous ce titre : Vie ^' ie la sœur Rosalie *. En effet nous ne trouvons pas ^^f seulement ici la biographie d'une femme secourable et dévouée par un biographe compétent, nous pouvons saluer la sœur de charité elle-même, l'inépuisable famille de saint Vincent de Paul présentée sous ses traits caractéristiques.

^^\ Qu'est-ce, en réalité, qu'une sœur de charité ? D'où ^^1 lui viennent son courage et sa force, son inspiration ^^' et sa puissance? Quels sont ses moyens d'action sur elle-même et sur autrui? Voilà ce que doit révéler la vie de la sœur Rosalie et ce que démontre sans ostentation, sans polémique, sans une ombre d'exagération ou d'esprit de système, le livre de M. de Melun.

Jeanne-Marie Rendu, en religion sœur Rosalie, naquit k 10 septembre 1787 au pays de Gex, aujourd'hui département de l'Ain.

« Sa famille appartenait, dit l'auteur, à cette ancienne bourgeoisie qui avait acquis par une longue suite d'utiles travaux un bien-être également éloi- ' gné du luxe et de la gêne, et dont la position, plus I honorable qu'éclatante, attirait le respect sans exciter I l'envie. Ses premières années furent à l'abri de tout souffle malfaisant ; elle puisa à l'école maternelle cette éducation forte, religieuse, qui s'inspire plus ^ qu'elle ne s'apprend et vient surtout de l'exemple. » Jeanne-Marie avait sept ans, quand les décrets de la Convention pénétrèrent avec la Terreur dans le pai-

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