VJ PREFACE
lettre précédente n'avait pu manquer d'exciter chez son correspondant.
« Vous voulez savoir , lui disait-il , ce que sera le volume « auquel appartient le morceau que je vous ai envoyé : il sera « composé, en grande partie, de discours sur les Colossiens; « mais il y en aura d'autres aussi ; ce que j'ai fera \m assez « fort volume ; mais tout cela a besoin d'être revu. Quant à la « publication, nous n'en sommes pas là : je ne veux pas être « importun. Au reste , ce volume ressemblera peu aux deux « précédents. i>
Les Nouveaux Discours sur quelques sujets religieux avaient paru en 1841 ; les lignes que nous venons de transcrire sont de 1843. Il semblait donc à M. Yinet que, pour ne pas être importun, comme il dit, il fallait un intervalle de plus de deux ans entre les diverses séries de ses discours.
Le projet d'en publier un troisième volume lui devenait cependant de plus en plus cher à mesure que la révision qu'il s'était proposé d'en faire avançait, et qu'il en composait de nouveaux. Quelquefois, après avoir donné à l'un d'eux sa forme définitive, il en insérait des fragments dans le Semeur, D'autres fois il le réservait tout entier pour le volume qu'il voulait faire paraître un jour. Vers le milieu de l'année dernière, alors que s'apercevant déjà des graves altérations que sa santé avait subies^ il écrivait à l'un de nos hommes de lettres les plus âgés : m J'ai de fortes raisons de croire que « c'est vous qui me survivrez, » il recommença à se préoccuper de ce projet qu'il affectionnait, mais cette fois avec la prévision qu'il ne pourrait pas le réaliser lui-même. Nous trouvons la trace de ces sentiments dans une lettre du 6 juin 1846, adressée à l'auteur de cette préface. L'abattement que la fièvre et la souffrance causaient alors à M. Vinet, peut-être aussi l'ordre de pensées dans lequel la nouvelle du deuil d'un ami l'avait fait entrer, paraissent l'avoir conduit, à cette
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époque, à considérer de plus prés la possibilité de la pro* chaine cessation de ses travaux. U reprit le 7 juin la lettre qu'il avait commencée la veille, et il y ajouta le post-scriptum suivant:
■ Je vais profiter de cette page blanche pour vous envoyer ce que je pourrais appeler un article de mon testament. J'ai toujours nourri Tespérance de publier sous le titre d'Études Évangéliques quelques morceaux dont les uns ont paru dans le Semeur, d'autres dans la Feuille Beligieuse, d'autres à part, d'autres enfin sont inédits et inécrits,,. J'ai mis et je mets à mesure dans un onglet, dans l'armoire de mon cabinet, ces différents morceaux, les uns en manuscrit, les autres imprimés (avec des corrections à la main). On trouvera là de quoi imprimer, si l'on veut imprimer.
« J*ai de plus dans la même armoire trois ou quatre petits volumes, ou cahiers reUés, et un étui couvert en veau portant les lettres J. B. : IV., renfermant un grand nombre d'analyses sur des textes. Je marque d'un signe uniforme en encre bleue celles de ces analyses qui me semblent pouvoir être utiles. Je vous prie, avec une extrême liberté, mais avec une liberté que vous avez enhardie jusqu'à ce point, de vouloir bien, le temps venu, demander tout cela, voir ce qu'on en peut faire, et en publier ce que vous croirez utile. Si vous ne croyez pas devoir en faire cet usage, TOUS renverrez le tout à la personne qui vous l'aura envoyé.
« VlNET.
« Lausanne^ 7 juin 1846. d
Le temps prévu dans cet article de testament n'est venu que trop tôt : onze mois après sa date, le devoir de l'exécutcc commençait pour celui auquel ces liguer èVaieityX ^<^^:«Si^^> ^
Viij fREFÂGB
qui, en acceptant ce mandat avec une douloureuse émotion, le considéra dès lors comme un privilège dont il n'a cessé de sentir toujours plus le prix. Il s'en acquitte en partie aujourd'hui par la publication de ce volume.
M. Vinet avait joint à sa lettre la liste des discours qu'il avait en vue en l'écrivant. D'autres listes, évidemment postérieures, ont été trouvées parmi ses papiers. On les a comparées entre elles. Quelques-uns des titres qui y figurent sont accompagnés de cette mention : « Pas encore écrits, « quoique plusieurs fois dits, » On apprend par ces notes que deux des discours qu'il voulait encore écrire devaient être intitulés : La Vie cachée et Les Cheveux blanchis; il n'en existe de traces que dans le souvenir des personnes qui les ont entendus. Un troisième discours, La Grâce et la Foi, porté sur la dernière liste comme rwn écrit, a heureusement pu encore être rédigé par lui ; il figure dans le présent recueil.
Les discours destinés à l'impression par M. Vinet luimême étant trop nombreux pdur ne former qu'un seul volume, nous avons dû nous prescrire certaines règles pour le choix de ceux à comprendre de préférence dans celui-ci. Notre tâche à cet égard a été facile, la marche à suivre nous ayant été, en quelque sorte, toute tracée.
M. Vinet nous avait écrit dans sa lettre du 11 mars 1843, comme on l'a vu plus haut, que les Études Évangéliques « seraient composées en grande partie de discours sur les Co- « lossiens ; w nous avons donc admis tous les discours dont les textes sont tirés de cette Épître de saint Paul. Pour les autres, nous avons pris conseil, soit de la place qu'ils occupent sur les listes de la main de M. Vinet, soit du rapport qu'ils paraissent avoir avec l'intention générale du recueil', telle qu'elle ressort de son titre, soit aussi de quelques indications trouvées dans la correspondance de l'auteur. Ainsi nous avons
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dû accorder une préférence décidée au discours intitulé VUtù Utarisme chrétien, M. Vinet, qui avait d'abord voulu l'insérer dans ses Nouveaux Discours, ne nous paraissant Ten avoir écarté ensuite que parce que la manière dont ce sujet a été traité par lui est déjà celle des Études Évangéliques, dont il nom avait dit : « Ce volume ressemblera peu aux deux précé- ■ dents. » Le discours sur la Colère et la Prière, prononcé pour la première fois le 27 juin 1830, et dont les dernières additions et corrections sont datées du 15 juillet 1839, devait aussi faire partie des Nouveaux Discours : M. Vinet le supprima pour ne pas trop grossir le volume de 1841 ; mais il Ta inscrit au nombre des discours qu'il avait l'intention de publier bientôt.
A ces renseignements que nous devions donner ici aux amis de l'auteur, on nous permettra d'en ajouter quelques-uns sur le dessein qu'il paraît avoir eu en traitant tel ou tel sujet. Ainsi l'on sera, dès l'entrée, sur la voie de sa pensée dans le discours qui a pour titre : Les Pierres du Temple, si l'on sait que ce discours devait d'abord être intitulé : Ce quHl ne faut pas regarder. Ainsi encore on ne pourra manquer de lire avec plus d'attention et de profit la fin du discours sur ï Utilitarisme chrétien, si l'on connaît le sentiment dont M. Vinet était rempli en l'écrivant, et qu'il a exprimé ainsi : « Je tiens à désavouer de toute ma force le christianisme uti- • litaire, autant que je défendrai l'utilitarisme chrétien. Ce ■ que je vois, ce que j'entends, m'avertit qu'il est temps de « frapper de ce côté-là. » Enfin, voici quelques lignes relatives au discours intitulé : Jésus Invisible, qui permettront à plusieurs de mieux fixer un de leurs beaux souvenirs, en môme temps qu'elles nous autorisent nous-môme à ranger l'idée qui domine dans ce discours parmi les idées de prédilection de M. Vinet. Avant de l'avoir écrit, il parlait ainsi de cette étude éyuDgéUque sur la déclaration de J6svi^Yirà\.V«fô& ^;a^\^<^\
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