‹ Études ÉvangéliquesChapitre 3 sur 28 · PARIS CHEZ LES ÉDITEURS, RUE DE RIVOLI · texte numérisé non relu

PARIS CHEZ LES ÉDITEURS, RUE DE RIVOLI

Xlj PREFACE.

nous occupant de sa publication, que c'était par la volonté expresse de M. Yinet que nous en étions chargé, nous n'en avons que mieux senti qu'un soin scrupuleux à surveiller la reproduction fidèle de la pensée de notre ami était envers sa mémoire le premier besoin de notre profonde reconnaissance et de notre tendre respect.

Novembre 1847.

ÉTUDES

ÉYANGÉLIQUES

Moïse donc fit un serpent d'airain, et il le mit sur une perche; et qvxind quelque serpent avait mordu un homm£, cet homme regardait le serpent d'airain, et il était guéri. Nombres, XXI, 9.

Bien que nous marchions par la foi, et non par la vue^ c'est à un regard que notre salut est attaché, et la foi qui nous sauve n'est autre chose que ce regard. Il en est de rhonmie dans le désert de la vie conmie des Israélites dans cet autre désert; ceux-ci revivaient en levant les yeux vers le serpent d'airain^ celui-là ressuscite à une nouvelle vie en levant les yeux vers la croix. C'est de ce regard, mes frères, que je voudrais vous entretenir. Dieu, qui a donné de quoi raconter^ a donné de quoi regarder : c'est le commencement^ c'est la base de son œuvre; la nôtre (qui^ dans un sens^ est encore la sienne^ puisque tout sans exception \ient de lui)^ la nôtre est de regarder; du moins c'est là aussi le commencement et la base de notre œuvre \ tâu^t ^ revient^ tout s'y appuie y ioixi en dépend, ^ou^ NQvxôccvota^

répondre à ceux qui sous le nom de foi entendent quelque chose de moins ou imaginent quelque chose de plus. Nous voudrions leur faire comprendre qu'on ne croit point si Ton ne regarde^ et que pour avoir la vie il suffit de regarder. Puisse notre discours, par la grftce de Dieu, être aussi simple que notre pensée!

Dire absolument que nous sommes sauvés par un regard, ce serait dire que nous nous sauvons nous-mêmes. Or, il est bien vrai que le salut se consomme en nous, et même, selon Ténergique e3q)ression de saint Paul, que nous Taccomplissons; mais le salut a toutes ses racines hors de nous. Il y a d'abord un fait qui appartient tout entier à Dieu, un fait où nous ne sommes pour rien : c'est le pardon. Dieu a pardonné. Dieu a offert la main de la réconciliation, et Jésus -Christ, tout ensemble homme et Dîett, s^est porté caution de Dieu envers ITiomme et otage de ITiomme envers Dieu. Jésus -Christ est le médîateui* d'une nouvelle alliance, où tout le cœur de Dieu se manifeste, et qui porte pour sceau et pour devise cette parole toute nouvelle : Dieu «at amcmr. C'est le pardon; ce n'est pas enc(»re le sàMé Le sakut conomence ham de l'homme^, et s'accompUt en lui. L'homme est sauvé par Jéaus-Chiist, inais en tant e(ue Jéstt»42hri9i k sanclige* l/hmeme petéa dans le pr^oaier Adam ne serait pas sativé paar le sieeond^ si ee secofid Adam n'était pas un e$pni vifvi&ant, et ne le faisait pas reseosciler eu nouveauté de rie. C'est eetle résuirectiofi qak est prefuremeat le salvà. Or^ cette résutreetion es4 eneore l'oeuvre de Dieu, qui est le consofiasBOateur dtt salut comme il en est le principe; Thonmie ne s& ressQseite pa&} mais enfin cette résurreeticm ne s'opère pas sani^ hxi; il y prend, sou» le bon vmiMr de Dieu, un r6Ie actif et important,, mais ee rôle est bien rnnipie : il s'a^ d»en>m et de regtaéer^ de fegasdei et de ctoÎTe t celui

LE REfiARD. 3

qui contemple le Fils et qui croit en lui, c'est celui*-là qui a la vie étemelle. Il faut avoir quelque chose à regarder, voilà qui tient uniquement à Dieu ; mais il faut regarder^ voilà la part de llionune* L'objet proposé à nos regards est d'ane telle nature, a une telle vertu, que, regardé, il naos reod la vie, conmie le serpent de Moïse rendsût la vie à ceux qui le regardaient.

La vertu vivifiante du regard de la foi ; tel est le sujet de nos réflexions.

Nous pourrions parler d'abord de la vertu ou de la puissance du regard en général. Nous pourrions dire que c'est une manière de connattie plus abrégée el plus vive; que h connaissance n'en est pas le seul résultat^ que Taffection s'y joint promptement et presque irrésistiblement, quand l'objet est digne de l'inspirer; et enfin que la vue est le {NTemier, le plus prcHnpt, le j^us sûr des enseignements^^ La vue exhorte, reprend, amende, réforme; elle nous rend peu à peu sembbd)les à. l'objet que nous considérons; l'exemple, quand il est uniforme et bien 90Utenu> dispense des leçons et constitue à lui seul une éducation eomj^ète; ne voir que le vrai^ le bien voir, ga$^ iûsensiUement an vrai; nous avons pour garant de cette vérité Dieu lui^ même, qui nous a &it promettre dans f Évangile que, dans le ciel, nous deviendrons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est.

C^est sur ce prmcipe que Dieu a édiQé son œuvre et miséricorde et de restauration. Un regard nous avait peln dus (Gen., III^ 6) ; il a voulu qu'un regard nous sauvât*

Quel devait être l'objet de ce regard , destiné à ranimer dans le sein de llionmie la vie divine éteinte par le péché? Était-ee sur l'honune lui-même que devait s'arrêter le regavd de l'homme) Assurément il &ut qik^ l'hûds^ssiit t^ f^gmd0, puitqm à moiai^ de se regaiàst Vk «t v^^^

4 LB RBGARO.

connaître, el que sans la connaissance de soi-même, toute autre est ou inutile ou impossible. Mais que peut pour la restauration de l'homme un regard uniquement attaché sur lui-même? S'il se voit tel qu'il n'est pas, voilà Tenflure ; s'il se voit tel qu'il est, voici le découragement; or, la vie divine, qui est l'harmonie du cœur avec Dieu, ne peut naître au sein de l'orgueil ni ne peut se passer d'espérance. C'est donc ailleurs que dans cette vue ou perfide ou stérile que l'homme trouvera la vie, s'il est destiné à la trouver.

Ce sera donc, au moins il le semble, sur Dieu que s'ar- rêtera le regard de l'homme? Quelle vue plus propre, ou plutôt quelle autre vue propre à instruire, à réprimander, à guérir, à relever le malheureux fils d'Adam? Mais Dieu est voilé. Des nuages épais qui l'enveloppent il ne sort que des éclairs et que des foudres. Vastes ténèbres, lueurs effrayantes, c'est tout ce que rencontre, au-dessus de la sphère humaine, notre regard avide et angoissé.

Car il ne faut pas s'y tromper : l'image aussi douce que majestueuse, l'idée même de Celui que les siècles modernes ont appris à appeler familièrement le bon Dieu, elle n'appartient pas naturellement à l'imagination et à la pensée de l'homme ; c'est par l'Évangile qu'elle a été apportée à l'esprit : le bon Dieu est un Dieu révélé.

Il est donc douloureux, mais nécessaire de l'avouer : ce n'est pas la vue de Dieu qui fera naître l'homme à une nouvelle vie, puisque cette vue est interdite à nos yeux ou nous oblige à les fermer d'effroi. Mais comment l'homme alors sera-t-il sauvé par un regard?

Ce n'est aussi ni vers l'homme ni vers Dieu immédiatement que l'Évangile a appelé notre regard, et c'est pourtant vers l'homme et vers Dieu, mais vers l'un et vers 'autre représentés par Jésus-Christ, réunis en Jésus-Christ. JEa Jésus-Cbristy en effet, nous contemçVomTAevjLÔaxv^

LB AEGAtil^

la plénitude de ses attributs et dans Tacco m plissement de ^m volonté, et (cliose meiTeillemo!) Fhomme à la fois tel i ^ni'il est et tel qu'il doit être. Dieu^ ai-je ditj dans la pléni- ^Kide de ses attributs^ car il lui a plu que toute la plénitude { ^^e la divinité habitât sulistantiellement en Christ, et pour 1 la première fois il â révélé au inonde Timmensité de son amour* L'homme, ai-je dit^ tel qu'il est et tel qu'il doitj ire :1c premier, signifié [>ar les opprobres et les soufnc^s du Christ qui sentent de mesure à la coulpe de riioiwme; le second^ réalisé dans la sainteté du Christ;, qui, actions, en paroles, en pensées, accomplissant parfaitment la loi, est remonté bien au delà de l'innocence du premier Adam. Voilà, mes frères, l'objet que l'Évangile ojfre u notre regard; mais il y a dans cet ot>jet un point entrai ., un moment suprême qui le résume ^ qui en fait lûute la force sur notre âme, et qui fait du regard que nous ^attachons sur lui le principe et Talimcnt d'une nouvelle vie mor»le. Ce pciint centi'alj ce moment suprême, c'est le iBacrifice. En allant avec vous droit à ce centre sanglant, Igj&tt s entrons dans la jiensée de saint Paul , qui ne voulait ■Ibtr au milieu de ses prosélytes que Jésus -Christ et nesus-Christ crucifié*

I Jésu.s-Cimsl est comme une montagne, du sommet de I kiquelle le regard embrasse toute retendue d'un pays et k|^tteint les dernicrcs limit(!s* A mesure que vous monmÊf et dès le premier ]>1ateau, voire œil s'étend plus loin I cpie du bas de la monlagne, A chaque pas votre horizon I «.agrandit ; mais si vous voulez, tout embrasser, il faut gra- I vir jusqu a la cime. De là vous voyez ce que vous aviez I déjà vu de moins haut, et vous voyez de plus ce qui ne ■■tti se voir que du sommet* Or, le dernier sommet de ^Kliâr-Christ, si Ton peut ainsi paHei\ c*ç;%\ ié^oa-^^^ [ rmeUié. De cette i»mleur on voit loiil Cè t^av ^ft i^xsS.X'îiv't,

6 LE RBGàRO«

on emmii tout ee qui se iptai etHinattre ; la vue dont on Jouit de si haut féunit et résume tout. S'il s'agit de connais ca qu'est rhomxne^ qui nous Tappraidra mieux que }'h<Kpreui> inex{»*iraabld de cette mort^ où Texcès de la fiouffraxice s'aggrave encore de l'excès de l'ignominie^ où dans le isalice dies douleurs l'ingratitude et la trahison exfftiment toute leur amertume , d^où la gloire et la pitié «ont abjsenteS; et dont Dieu lui-même détourne son regard at retire ses eonscrfations? % e'e^ à cause de l'homme qu'un être parfaitement juste souffi*e toutes ces choses^ qu'esli-ee que l'homme^ eombien son mal étailril désespéré^ et &a même temps combien sa dignité, son excellence primitive sont grandes! Qu'est-ce^ en effets dans la pensée de I^eu^ qu'un être pour qui Dieu lui-même a consenti à mourir? Regardez dxmc, et dites : Voilà l'homme! — S'il faut connaître, non ^n% l'homme tel qu'il est^ mais l^omme tel qu'il doit ^ tel qu'il peut être^ qui vous l'apprendra mieux que c^te croix où un homme juste^ mais un homme^ prenez-y garde, meurt pour les hommes injustes, où une âme humaine déploie tout ce que l'homme a jamais pu concevoir, et n'a jtunais réalisé, d'abnégation, de magnanimité, de douceur, de puissance morale; que cette mort cpii, rapprochée de toutes ies morts les plus génér^ises dont l'histoire nous fasse mention, laisse bien loin derrière elle tous ces ^orleux trépas, et ceux mêmes qu'elle a inspirés? Regardez donc encore, et dites encore : Voilà l'homme! Est-ce assez? Non, c'est Dieu lui-même que vous avez besoin de voir et de connaître. La vue de la croix vous a humiliés, je le veux; elle a exalté votre sens moral et vous a rendu le sentiment de votre primitive destination et de votre service raisonnable, je le veux encore. Mais csB pierres d'attente seraient éternellement des piètres d^atiente et na supporteraient Jamais t\eï\, %\\Svftwteçteil

pottr vous I© Dieu inconnu vers lequel votre respect et votre amour ne se dirigent qu'en hésitant, et loin duquel ils fDeurent en ehemin. Mais dans la nriortdeson Fils, il fOQS dévoile son visage tout plein de miséricorde et de mail se montre comme un Dieu vivant entre les bras BCfuel ii n^est plus terrible mais il est doux de tomber, [^omffit3 tin père en iiii mot, qui fut toujours père, mais tvous le déclara aujourd'hui. De môme il fut toujours ïl mais l'avez- vous jamais su, vous éfees-vous fait au [moins une idée de ce que c'est que la sainteté de Dieu, t'aa moment oii Dieu a consenti que^ pour arraeber îmmes au péché, son Fils très saint souffrît une telle n&ûiilTadîctîon et de telles indignités de la part des hommes 'iMieurs? Avîez-vous compris jusque-!^ que la souffrance I Site péché étaient étroitement unis j étaient inséparables, l#t, pour tout dire, ne faisaient qu'un? Or, un regard, un [ieui regard vous dit tout cela, vous apprend tout ce que I voue deviez apprendre, vous 6te toutes les frayeurs excepté Pi frayeur du mal, voua rend à la fois un maître et un père, potti mmfe dans le ciel un ami et un inlereesseur, dissipe nuis votre esprit les ténèbres du doute* donne un moti\ P'énlgme de la vie, et vous fait jeter l'ancre d'une joyeuse lispémnce au delà du voila de la moH* m Kiis celte révolution intérieure atteint les dernières pro^ Ihildcurs de l'être; elle tire l'homme de dessous cette mon- Rifiie du remonls et du désespoir dont le poids Taccablait kl le suftoquail. L'ïîtemel a dit ; « J'ébranlerai les cieux lu et la terre» et alors les désirés d'cntn^ toutes les nations |« vtemlronl. i* (Aggêe, II, tl, 1.) Oui, il ébranlera les eaux wpo%îv fMiuvoir ébranler \n terre, c'est-à-din* le cœur de U'homme* Ce qui bouleverse Tortlre tles deux \w\x\ bien lboult*u'rscr le i:œur de Thomme, el (^>iîvwA V%^?m^\ ^sfr^* Me rfokmee imur jworiquérir m txivAxxx^y iWii^^vim^st-

voir qu'il se passe aussi en elle quelque chose de violent et de décisif, une crise terrible et bénie, qui a pour dénoûment la guérison et la vie. Ou dites que la restauration de Thomme est au-dessus de la puissance, et Tessai même de cette restauration au-dessus de la charité de Dieu, ou dites que c'était là le moyen héroïque, Tinfaillible moyen; en d'autres termes, que racheter l'homme était la sûre et probablement l'unique voie de le sauver, s'il est vrai, comme nous le répétons encore, qu'il ne puisse être sauvé qu'à condition d'être régénéré. Et maintenant, pour que cela s'accomplisse, qu'a-t-il à faire sinon à regarder? Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, de même il faut que le Fils de l'homme soit élevé. Et pourquoi donc élevé, sinon afin qu'on le regarde? C'est celui qui le contemple qui a la vie étemelle. (Jean, VI, 40.)

Tel est, aux termes de l'Écriture, et, pourrions-nous dire, tel est, selon le témoignage de l'expérience, le plan de Dieu pour votre salut. Car votre salut ne s'accomplit pas hors de vous ni sans vous; vous ne sauriez être sauvés si vous n'êtes changés, et vous ne. pouvez être changés, c'est-à-dire régénérés, sans être par là même sauvés. Votre salut n'est pas votre œuvre, mais, fondé en Dieu, il s'achève en vous, et c'est en considérant ces deux grandes phases, ces deux grands actes de la miséricorde, que l'Évangile appelle Jésus-Christ le chef et le consommateur de votre salut. Or, la consommation du salut est tout entière comprise dans les effets moraux que nous venons de retracer; car si vous observez qu'il faut tenir compte d'un autre élément, de la grâce intérieure, de cette puissance de l'Esprit qui agit sur l'esprit de l'homme, et qui est le principe actif de sa régénération, comme cette régénération ellemême est la condition, pour ne pas dire l'essence même du salut, — nous répondrons que no\is le çeasotis comme

LE HÊ&AHD,

vous; mais que Ja grfïce, opération mystérieuse dont les (irocédés intimes nous échappent^ n'atteint son but qu'en fiiisant éclore dans nos cœurs cette joie^ cette ratitude, celte espérance j cet amour j qui composent ensemble le fond de la nouvelle créature^ et qui ^ surnaturels dans un I sens, sont naturels dans un autre^ puisqu'ils se rapportent [exactement aux faits que la croix nous révèle- Quelle que [ soit lâ nécessité de la f^râce, il n'en est pas moins vrm qu'elle n'agit pas seule, qu'elle n'agit pas sans le concours de ces faits ^ et qu'il est également vrai de dire que ces faits nous régénèrent par elle et qu'elle nous régénère par eux. Quoi qui! en soit de la grâce, il est constant que ce n est que celui qui contemple le Fils qui a la vie éternelle, I et que cette contemplation, à laquelle la grâce de Dieu nous porte et nous détermine , suflit à nous sauver. Nous sommes donc, autant que la grâce de Dieu nous rend capables de regarder^ sauvés par un regard dont la croix est l'objet*

Ici se présentent deux objections qui portent sur les deux termes principaux de l'aflirmation précédente. La croix est-elle le seul objet de ce regard? Ce regard n'eat-il en effet qu'un simple re^çard ?

Nous ne voulons pas dire , mes frères , qu'il n'y ait en Jésus-Christ rien de considérable que sa croix, et que Ton doive la regarder seule et négliger tout le l'esté. Jésus- Clirîst n'est pas venu sur la terre uniquement pour mourir» 11 a enseigné, il a fait des miracles, il a vécu dans les diverses relations de la vie humaine; et l'Évangile, en nous consenant d'auhtïs souvenirs que celui de sa mort, a recommandé à noire étude, comme à notre vénération, Jésus- Om^i tout entier. Nous savons, et nous n^avons gard d*oublier, quH a plu à son Pi^re que toute plénitude habi-

tàt en lui^ et qu'il nous a été fait de la part de Dieu sagesse, justice, sanctification et rédemption^ et non point seulement rédemption. Mais Jésus-Christ n'a pu nous être &it justice^ sagesse et sanctification que parce qu'il nous a été fait rédemption. Et quel est le lien entre la rédemption et tout le reste? Par quel moyen la rédemption produit-elle ou rend»eUe possible tout le reste, et devient-elle une rédemption effective et consommée? Ce lien, mes frères, ce moyen, c'est précisément ce regard qui s'arrête sur la ré^ demption, sur le Rédempteur, sur Jé^us-Cbrist crucifié,

Conservez de Jésus-Christ tout hormis le sacrifice, laissez4ui toute sa pureté, toute sa sagesse, et même (autant que vous le pouvez en retranchant son sacrifice) toute sa charité ; je dis que, même sous les autres rapports, la croix étant supprimée, toute plénitude n'aura pas habité en lui; je dis qu'il ne vous aura été fait ni sagesse, ni justice, ni sanctification, et qu'il vous laissera essentiellement et dans le fond tels que vous êtes. Je dis que vous ne pouvez saisir toutes ces choses, et d'abord les discerner et les reconnaître, qu'à la lumière de sa croix, attendu que cette lumière seule rend lisibles les sacrés caractères ayec lesquels toutes ces vérités ont été gravées dans l'Évangile. Je vais plus loin; je dis que cette sagesse, cette justice et cette sanctification, indispensables conditions de la vie étemelle, saintes arrhes de notre héritage (Eph., 1, 14; 2 Cor., V, 5), se trouvent contenues en germe, en principe, dans notre foi à l'œuvre rédemptrice, ou, si vous le voulez, dans le regard que nous attachons sur cette œuvre; je dis qu'elles en sortent comme d'elles-mêmes, ainsi que le blé pousse dehors son épi, ainsi que l'épi jette dehors son grain; je dis qu'il y a le commencement de la sagesse, le commencement de la justice, le commencement de la sanctificathn dans Yhme dont le regard s'est fixé sur la croix; je

R1G4RTI*

It

dis qu'à mesure qu'il s'y attache, la \\& spirituelle, sous les trois formes que ces trois noms indiquent, croît ot se développe silencieusement dans le sein du fidèle ; je dis que, lins ce regard^ il n'y a point de chrétien^ et que ce mCme negafd, à lui tout seul^ fait le chrétien.

Celui qui no regarde pas ce fait, Jésus-Christ cmciflé, celui qui le néglige pour s'appliquer, du moins il se rima- ^ne, h resseotiel et au principal, celui-là manque d'autant plus sûrement le but auquel il aspire. ïl court h Tapplica- Hon, mais k l'application de quoi, je voua prie? ïl s'attache à la vie ; mais où est la vie, sinon de croîro en celui que le Pfews a envoyé* ïî ne veut pas sWôter, dit-il peul-^lre, à miû tpéculatton vraie, maïs oisense ; il laissera le mystère pour s'attacher à la clarté, le dogme pour cultiver la morale : mais veut-il donc planter un arbre sans racines, ou €onsent*il à ce que sa vigne, arrosée du plus pur sang de Tonivers, ne produise pourtant que des grappes sauvages? Quoi! Fincarnalion serait un fait indifférent? Quoil ce fait supprimé (et c'est le supprimer que de no pas le coniplor), nous aurions pourtant la même morale, la mo-

te évaTigélique, le nuHue esprit^ l'espiît de sanctification ? n mi évident, au coulrairo, que nous n'aurons dans l'Évan- ^fi qu^une nouvelle édition, à peine améliorée, des ansystèmes de morale. Je dis, h peine améliorée j car oertains égards, elle parait plus correcte, h d'autres ille devra sembler obscure, exagérée, impraticable » Elle

fa comme un livre tout composé d'allusions mysté-

use», pour l'intelligence desquelles on manquera d'une ter, qui n'est autre que la croix ; que faire dès lors que de [Ji'tèrà réctul tout ce qui est obscur, tout ce qui est spîrî- 'luel, tout ce qui paraît excentrique parce qu'on n'en apertiCoit pas le centre, ces commandements de porter sa croix, de ravir Je roymime, de /laïr son pète el sa TP&t^^i^xsi^Ni-

rir à soi-même, de prier sans cesse; que faire, en un mot, que de retomber au niveau de la morale naturelle, tout en proférant des noms sacrés, en invoquant d'augustes souvenirs, et en célébrant, sans intelligence, comme sans véritable assentiment du cœur, par conséquent sans véritable foi, des rites dont notre morale et notre vie prouvent assez que le sens nous échappe?

Il ne faut point dire : Avec beaucoup d'autres vérités, il y a celle-là dans l'Évangile; il ne faut pas même dire : Cette vérité est la plus importante de l'Évangile; il faut dire : Cette vérité est l'Évangile même, et tout le surplus de l'Évangile, si je puis dire ainsi, en est ou la forme, ou la traduction, ou l'application. Cette vérité est partout présente dans l'Évangile, comme le sang est partout présent dans le corps humain. Tout la rappelle, tout la reproduit à celui qui a compris la vérité capitale; même là où tout autre ne la soupçonne pas, il la voit, il la sent : de quelque côté qu'il regarde, à quelque détail qu'il descende, à quelque application qu'il étende son regard, il rencontre, il reconnaît la croix. Et comment ne la retrouverait-il pas partout dans un livre, dans une religion dont la croix est le propre sujet? Car Jésus-Christ n'est pas venu précisément nous enseigner la morale au péril de sa vie, au prix de son sang; Jésus-Christ n'est pas venu précisément pour nous prêcher des vérités de pratique que nous n'aurions jamais oubliées si nous n'avions pas oubHé Dieu, et que nous retrouverons bien dès que nous aurons retrouvé Dieu; et ces vérités, j'entends celles qui caractérisent la morale évangélique, sont d'une telle nature, que Jésus-Christ ne pouvait les publier utilement qu'en plaçant vis-à-vis de ces redoutables maximes l'image d'un Dieu miséricordieux et les gages de son pardon dans l'abaissement et le sacrifice du Fils de sa dilection. Ce n'est donc pas à la publication de

r^'s maximes, ni à Tattention que nous pouvons leur donner j m ïes isolant de la personne et de l'œuvre de celui qui les^ a promulguées^ que notre salut est directement attaché;.! c est avant tout à l'incarnation de Jésus-Christ^ à son abais-l sèment, k ses souffrancesj à sa mortj et par conséquent aul pe^.'ard qui met toutes ces merveilles à notre portée, et pourj ainsi dire nous les approprie t |

Sans doute que quand une fois on a accepté cette grande \ dispensât] on de la divine clémence^ il est k propos, il est «tite d'étudier tous ces enseignements de Jésus-Christ et des apôtres, dont on est désormais certain d'avoir la clef- Miiâ toujours il faut, pour lire ces maximes, s'approcher de Jésus-Christ mourant comme d'un flambeau, quij plus lïous en sommes près, plus il rend notre lecture facile. C'est sous rinfluence toujours agissante, c'est en présence, c'est du milieu de cette pensée, c'est tout entouré de sa lumière et tout réchauffé de sa chaleur qu'il faut étudier tout ce que TÉvangile renferme outre cette vérité- là- Diraj-je trop? il faut transcrire cette morale sur la croix même de Jésus -Christ, afin qu'en s'attachant à lire cette moraJe, nos yeux ne se détachent pas de cette croix- Mais n'y est-elle pas déjà écrite? le Calvaire n'est-il pas un nouveau SinaH la croix n'est -elle pas la table nouvelle l'un nouveau Moïse? et sans que nos regards se séparent ie ce bois tout ensemble maudit et sanctifié, sans perdre

i yeux un seul instant celui que nos crimes y ont attaché,

>uvons^nous pas lire ^ comme un nouveau décalogue,

sumé, un sommaire de cette loi nouvelle, et les lois

l la Constitution de ce nouveau peuple qu'il est venu ras- Wcr sur la letre de toute tribu, de toute langue^ de tout le et de toute nation?

Non, la croix n'est jms seulement le flambeau à la lu* ' duquel nous lisons des enseigi\eïïvewls Ai^'îfe. ^V

ik LE RBOARD.

leurs^ la croix elle-même est pleine d'enseignements. Parlons un moment des enseignements de la croix.

Le Sauveur n'avait pas attendu jusque4à pour enseigner de grandes choses. Quelles sublimes leçons n'avait pas déjà données^ dans le cours de son ministère^ celui en qui sont renfermés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance! (Col., II, 3.) Quelles leçons sur la sainteté et l'inviolabilité de la loi divine, qui n'a pas un moindre objet que la perfection et dont pas un iota ne peut tomber! Quelles leçons sur la misère de l'homme, dans toutes ces paroles solennelles qui déclarent que si l'homme ne naît de nouveau, il ne saurait entrer dans le royaume de Dieu, et que quiconque ne croit pas au Fils de Dieu, c'est-à-dire ne s'en remet pas de son sort à la pure miséricorde du Père, est d'avance, est déjà, est irrémissiblement condamné, et que la colère du Père demeure sur lui ! Quelle démonstration de cette divine miséricorde dans la seule vue du Médiateur attaché au bois maudit, et dont le sacrifice, pour profiter à ceux qui en sont les objets et les auteurs, ne demande d'eux que d'être cru et d'être accepté ! Que seraient même toutes ces leçons sans les faits auxquels elles se rapportent? n ne fbut même pas dire que les faits sont la confirmation des paroles; il faut dire que les paroles sont la confirmation des faits. L'enseignement est dans les faits et ne pouvait être ailleurs. Qui aurait jamais cru à la sainteté de la loi sans cette réparation sanglante, au mal profond de l'humanité sans l'application d'un si violent remède, à une telle clémence sans un tel sacrifice? Qui aurait jamais compris sans cela à quel point nous sommes responsables à Dieu, à quel point nous devons mourir à nous-mêmes pour vivre d'une vie véritable, à quel point nous sommes obligés envers les créatures de Dieu, jusqu'où doit aller envers tous les Aommes notre dévouement et notre cha-

LR HEGARl*,

IS

fitét €ûixiïUÊiit, sur tous ces sujelâ^ acTOns-nous éckîrés? I Sem-ce par un rayon de soleil ou par un coup de foudre? I Citera pcir tous les doux k la fois; car la croix est Tun et I Jintre; iiiai&, redoutable et ravissantej la clartii ne vient I ipoiiit d'aUleura. Sur toutes ces vérités^ rhumanité attendait I Mu faits, lliunmnité avait besoin non d'entendro^ mais de 4 ^fOif ; et même tout ce qu*on pouvait lui dire encorOj elle ne I pouTûit Fente ndre, elle ne pouvait y croire avant d'avoir vu. I JÉm ¥iotime devait accréditer auprès des hommes Jésua ■ dûeteur; le sacrificateur devait introduire le prophète, ■ Quant au% exempleg, la vie de Jésus en était pleine^ et ■ tfiÊi ici l'oecasion de dire que toute sa vie a été une pas» ■ ^ iioD, une mort prolongée^ dont la croix n'a été que le point ■ ilmlnant et la consécration ; mais si ta vie de JésuSj ter*^ \ par un trépas naturel et paisiblej devrait encore nous* i la plu» belle des vies, quelle couronne ne m çoît-ello* i de ses dernières scènes! Nous avons déjà dit combien ■ l ¥tl0 constante du bon et du juste peut contribuer, avec ïm arguments de la raison ci tous les motifs sensibles, I nous rendre propre^ peu k peu^ le juste et le bon. Toutes lêi **0rtus de la sainte vie de Jésus sont là, mais portées au lus luiit degré j et ramassées comme 0n un seul point un seul regard. Séparée de toutes les circonstances m la rendent sublime, et qui manifestent avec éclat un [ dans un homme mourant, celte mort, solennellement s, pré\'ue avec toutes ses amertumes, tous ses opires et toutes ses désolations, et néanmoins tnmquUle- It attendue et volontairement subîe^ est la dernière et plijis haute expression de Tobéissance, de la fidélité, du aement; Thumanité^ qui de tout temps portait en soi il du pur amour, en attendait encore la réalité, et ne l'attend plus depuis le jour de la crucifixion ; car^ comme fa dit ttn apôtre^ en cela nous avons eiAw eowroi ila^ ^^

16 LE RBPARD.

c'est que la charité, c'est que Christ a mis sa vie pour nous. Christ a mis sa vie pour nous ! Que sera-ce si , au lieu de considérer dans une espèce de nudité cette mort généreuse, nous la revêtons de toutes les circonstances qui la rendent unique entre toutes les morts, si nous la contemplons dans ce caractère inimitable de majesté et de tendresse, de compassion et d'autorité, qui font de cette croix un trône, un tribunal, un refuge, et nous contraignent, après dix-huit siècles, à nous écrier avec le centenier : « Certainement cet homme était le Fils de Dieu! » (Matth., XXVn, 54.) Laissons à ce divin Médiateur tout ce qu'il ne peut nous communiquer; sa divinité n'est qu'à lui, mais son humanité est à nous; les vertus qu'il fait éclater sur la croix sont, dans leur perfection, des vertus humaines; elles sont à notre usage; elles sont proposées à notre imitation; ces exemples font partie de notre héritage. Eh bien, toute sa vie a porté le même caractère que sa mort; fidèle, obéissant, patient, charitable, il l'a été sans relâche dès les premiers jours où son histoire le montre à nos yeux; mais cela ne nous suflSsait pas; même à titre d'exemple, cette mort avec tous ses caractères était indispensable; sans cela les vertus de Jé^s pouvaient passer pour avoir des limites; ses exemples, parfaits en eux-mêmes, restaient imparfaits par l'imperfection, si l'on peut dire ainsi, des situations; nous ne connaissions pas tout ce que l'âme humaine est appelée à déployer de vertus ; nous le savons maintenant, et c'est Jésus-Christ qui nous l'apprend; mais sans la croix il ne nous l'eût pas appris.

Fallait-il enfin, outre l'enseignement et les exemples, recevoir quelque autre chose de Jésus-Christ, ou bien les exemples et l'enseignement suflSsaient-ils? Vous savez bien, mes frères, qu'ils ne suflSsaient pas, sinon à rendre notre conàamndXioxi plus inévitable si, en nous montrant

LE ABGAtlTl. 17

m pldn touto la vérité, ils ne nous avaient pas unis à la itrité. Et comment attendre cette réuni on j ce changement • à* cœur et de nature ^ de la seule influence des exemples rfde renseignement? Il faudrait se faire de la conversion du eœur une bien faiblej une bien fausse idée, pour s'imaguier que les plus beaux exemples et les plus graves leçons puissent opérer la conversion de qui que ce soit. Si la conversion est à la fois une mort et une naissance, la mort k Fancien homme et la naissance d^un homme nouveau^ à la conversion est une victoire en principe et en action sur le monde^ je veux dire &ur les plaisirs, sur Topinion, m les préventions, sur la sagesse, sur les vertus du monde, sur ce qu*il a d'honorable et de spécieux comme sur ce qti'il a d'ignoble et sur ce qu'il désavoue lui-même; si la conversion, nous rendant aveugles pour les choses visibles, nous donnant des yeux pour voir les choses invisibles, nous Jail user du monde comme n'en usant point, être du monde nnme n'en étant point, nous rend en un mot aussi étrangers sur la terre par l'esprit que nous le sommes par notre rtgine et par notre destination ; si la conversion est tout lia et rien de moins, elle suppose une abjuration si cornet si sérieuse de tous les principes de Thomme natu- }ù ne dis pas seulement de ses vices, mais de ses vei*- , elle suppose tellement un sacrifice général sans réser\'e sans arrière-pensée , et n'attendant de Dieu d'autre inté que Dieu lui-même , qu'il serait absolument dé- |luisoonable d'attribuer à l'exemple et à renseignement, ueU qu'ils soient, la force do produire en nous une révoâj întimc et si fondamentale, Or^ cette révolution^ n'en doutons pas, a eu lieu cheï plusieurs individus, et êtm chez un grand nombre, si nous ajoutons h ceux qui iont personnellement connus, eeuK dont le caractère #lii m ont été mis sous nos yeux pat Ù!mfeir^ssa^âtfïJi*^fe^-

flutton

■boitt

i8 LB MGAltD.

moignages. l.a fiodété, d'ailleurs, à sa manière, a subi cette févoluticm; et pour supprimer tout autre détail, les nations }6s plus civilisées ont arboré les armes du Christ, en ont Be£3ié leurs traités et leurs lois, les ont gravées sur leurs usages et sur leurs mceurs. De bonne foi, pensee-yous que i^elui en Thonneur et sous Tinvocation duqfud le monde a changé de lois, de mœurs et d'esprit, et suivi durant dixhuit siècles, à travers les obstacles que lui susdtaient les iMin^^nis et les corrupteurs de cette ceuvre, une même et invariable direction, pensez^vous qu'il i^ fut aux yeux du jmnâù que le premier des sages et le premier des vertu^ix? Non, Q était le Crucifié; non, il était le Rédemp^ teur; ce n'était pas devant un moindre que lui que dixhuit siècles pouvaient, l'un après l'autre, venir indtner leur tête; et pour dessiner sur leurs étendards, pour élever sur leurs palais, pour graver sur les sceaux de leurs républiques l'image d'un supplice infâme, il (hllait que celui qui l'avait suln fût plus à leurs yeux qu'un ami dévoué des hommes, il £allmt qu'il fût un Rédempteur; plus qu'un martyr, il devait être un IMeu. Effacez de l'Évangile, je ne dis pas la croix, mais la signification évangélique de la croix, vous rendez ces dix-huit siècles absurdes ou im^^ possibles. Mais vous ne le ferez pas; car qui de vous, même sans le comprendre, même sans y consentir, n'est pas contraint de reconnaître que ce qui seul a pu déterminer tant de générations successives à faire d'une croix le symbole de leur foi et de leur civilisation, c'est qu'elles y ont vu un Rédempteur, et dans ce Rédempteur, comme rédempteur, toute la vérité religieuse et le dernier mot de Dieu sur lui-même et sur ITiumanltét Nous ne devons pas cmindre de le dire : il y a longtemps, sans cela, qu'on ne parlerait plus de l'Évangile dans le monde, si même jamais on en avait parlé; ce n'est pas tatit XIÊvaiv^Ve o^V tvou^ ^

lb: abgârd*

wmtfvé lu doctrine de la croix que ce n'est la doctrine de

h «pûiii qui nous a conservé l'Évangile*

Comme de la niain seule d'un Dîeu la t^rre, avec tous

ïri>s célestes, pouvait recevoir la première et inépui-*

j^^jppulsion qui lui fait, depuis des milliers d'années,

r autour du soleil rette immense orbite dont le

ent toujours égal mesure pour nous les ans et les

iièdesi de même c'était par le Christ, mais par le Ctirist

iHiiarant^ que l^honime et l'humanité pouvaient être lancés

(tans c^s orbites nouvelles qui leur font parcourir, par delà

k sphère mondaine, une sphère spirituel te et divine.

Toula la force, toute la réalité du christianisme eu chaque

diî^étien est là, et seulement là. L'exemple même et les

ai^ignements de Jésus-Christ attendent, pour être vivifiés

ItliÉecimlés, un rayon parti de la croix* Jusque-là leur

^■llo est contestable, leur sens est incertain; ils ne signi-

PIHquô m que nous leur faisons signifier; ils n'ont une

[fileuT arrêtée, précise^ absolue, que du moment que ce

Ifttjron, dimi-je, ce lumineux regartl flu Christ crucifié^ en

M fait ressortir distinctement, en a mis en i*elief toutes les

lllfneê et tous les traits. Surtout ce n'est qu'alors que l'Ame

k^rtc^ avec i*ésolution à observer ces leçons et h suivie

PSeiLemplèâ, ettpie, i>our ainsi parler, brûlant ses na-

Mresj elle s'inteidit, en descendant sur le rivage do sa

pofMjut^îe, tout moyen de retraite vers le pays qu'elle a

■Uîlié, La détermination, la force, la \îe ne sont que là,

Bito que de là seulement, et non d'aucune leçon ni

B%iicunf% e^temples^ jaillissL-nt à flots intarissables la joie

M l*aniour*

I J^ii dit la joie et Tamour, qui* comme deux souffles htrtis dé deux points différents de l'horizon, se combinent ■t fèmiant ensemble un seul vent, qui pousse rànie du It^^ fil? ifieu. Mms si ce n*cst pas Tamouî ¥,ï\m X'a. Vm, cfc

n'est pas non plus la joie sans Tamour; car si la joie est la condition de Tactivité, Tamour est la condition d'une activité et d'une vie divines. Sans doute ce qui attire et ce qui retient notre regard sur Jésus crucifié, c'est la joie de trouver en lui notre salut; mais ce qui nous y fait trouver réellement notre salut, ce qui, dans cette vue, accomplit notre salut, ce n'est pas la joie, c'est l'amour dont notre regard se pénètre en présence ou, pour mieux dire, aux pieds du divin amour. Nous ne venons pas ici, mes frères, pour vous prêcher la vie contemplative, nous avons mieux à faire; mais nous avons le droit, après Jésus-Christ, de vous recommander la contemplation. La joie du salut est nécessaire, je l'avoue, pour mettre en liberté, dans notre cœur, l'amour enchaîné; mais une fois sa chaîne brisée, qu'avons-nous à faire que de lui laisser prendre son essor, et s'aller abreuver, se ranimer sans cesse dans la contemplation du plus parfait des amours? Ah! puisse l'homme savoir s'oublier une fois! puisse-t-il, par moments du moins, trouver tout son bonheur dans l'admiration, dans l'enthousiasme et dans l'attendrissement; puisse-t-il ne pas se dire seulement : Jésus m'a sauvé ! Jésus m'a aimé ! mais: Jésus est le salut, Jésus est l'amour! Puisse-t-il quelquefois, dans cet amour, qui est le salut, oublier que cet amour est le salut, et dans l'amour ne voir que l'amour! Après tout, qu'est-ce qui élève l'âme humaine à toute la hauteur qu'il lui est donné d'atteindre? qu'est-ce qui la rend, selon un apôtre (2 Pierre, I, 4), a participante a de la nature divine? » Ce n'est pas la joie, c'est l'amour. La joie la ranime, la relève; la joie la conduit vers l'amour; je dis plus (car ce serait une hérésie que de ne pas tenir compte de notre faiblesse) : la joie vient au secours de l'amour dans ses défaillances, qui autrement seraient mortelles; mais c'est à cela, et à rien autre, que la joie est

LE HËOABJ).

onoe; Fanïour est la fin^ le but de la joie; ramoui* seul e$t ta vie- Vous en pouvez juger par une analogie : quels sont dans la carrière de tout homme les moments heupcux? Ce sont les moments sublimes j par où j'entends les moments on Tâmc s'unit vivement, par radmiration on par la sympathie , à ce qui est bon , grand et généreux ; elle sent que ces moments n'auraient qu'à se prolonger, ' Cette admiration à se dégager de tout mélange j pour lui eomposer une suprême félicité. L'âme n'est pleinement hiiireuse que lorsque j dans l'union à son principe, elle /oublie > lorsqu'elle ne voit plus que son principe j lorsqu'elle se perd en lui , et n'est plus 5 à Tégaixi du Dieu qu'elle aime, qu'un miroir, qu'un autel ou qu'un écho»» Trop souvent les plus graves spéculations et les plus dignesB dun chrétien risquent de nous occuper trop de nous^ marnes ; ces méditations, ces discussions sur la liberté|:4 rassuimnce du salut, sur la combinaison de la fol avec^l oeuvres, sur les qualités mômes de la foi^ nous mélent.1 notre sujets et ne donnent que trop de prise à cettal nnalité vivace qui se reprend et se cramponne à tout; J le regard vers Jésus ^ et ce regard seulement, a une^l i contraire* A mesure qu'il se prolonge, il excite dans I âme un saint enthousiasme^ un saint amour; il rendi ce» dispositions habituelles ou dominantes dans notra.l ooettr; il devient la lumière en m^^me temps que la chaleur I I notre' vie; il facilite, il simplifie, il éclaircit tout; il faiil pieux que réfuter les doutes, il les absorbe; il éteint dans^^l rtés toutes les lueurs équivoques ou fausses; il ccaito I losiions frivoles, il jette au rebut les subtilités, il crée I \ évidence triomphante, et, nous transportant d'avance I lumière du ciel , il met sous nos pieds tous leSs I qui étaient sur nos tôles.

qui crée, ce qui entretient celle m, V* ife^^e. ^w

ai U RKMR»*

même temps; le sentiment de la foitce, même imparfaite et caduque, in^ire aisément Torgual et la témérité; mais tous les trésors de la sagesse sont compris dans cette lumière de la croix; elle ne nous donne pas la confiance en Dieu sans nous donner la défiance de nous-mêmes; elle &it même de cette défiance une des parties de notre foi^ un des éléments de notre force, un des gages de notre sûreté y elle noua inspire, en un moi^ rhumiMté avec le courage, en concentrant sur le même objet nos regards et ûotre espérance, et en nous répétant sans cesse par k bouche du Prophète : a Regardez au rocher dont vous avez « été taillés et au creia de te. carrière dont vous avez été a tirés, d (Ésaâe, LI^I.)

n nous est impossible de tout dire, mes frères, et même de tout indiquer; mais cela n^est pas non plus nécessaife# Nous en avons dit assez, ou plutêî vous vous en êtes di^ par notre boucbe, assez à vous-mêmes ,^ pour sentir que Jésus-Christ crucifié est le principal objet du chrétien ; qw son regard, en se portant sur cet objet, y trouve infaiHiÛement tous les au^es (d[)]ets de la vérité chrétiefme; qM nous ne pouvons contempler utilement ces objets en eus^ mêmes qu'en les tenant bien près de la croix, qui seule peut les foire Ken voir et bien juger; qtfen un mot, » y a d'autres objets dans te reMgion, mais que ce n'est qu^of lui et par Ixà que nous pouvons en avoir une connaissaffee réelle, exacte, approfoiîdie, vivante, efficace. Jésus-Christ, nous le répétons, ne nous a été fait sagesse, justice et safve^ tification que parce qtfO nous a été fait rédemptton»

Aussi, mes frères, est-ce vers ce dernier fait, vers le saltit

par gtâce, vers te réconciliation psiv Jésus-Chrfst, vers la

médiation accomplie par rtlomme-Dieu qtie ïes apôtres

de Jésus-Christ^ que Jésus-Christ lui-même, ont dirigé et

ffxéh regard de l'Éfefise naissante,l(»Ti ce«tecffs& o^afc^^tfefc

%M REGAHDp

m centre de ta mérité, la conscî^nce du ctiFétien alleindi'ait 1

jùiéiiient à la eirconférence, tandis que, se plaçant à la cîi^ I

suce, elle ae Terrait point le centre, que dia-jc? elle I

Eté pouTTâit pas même se placer à la circonférence, parce I

^'ofl BB k voit que du centre. Les Juifs se plaçaient par I

il pensée sur cette eirconférence ou dans ce cercle^ vrai- I

inipÉiiétrable et invisible de dehors, quand ils di- I

i à iésus-Christ : « Que ferons- nous pour faire les 1

iflBiMM de Dieu? » Et Jésu^-Chiust les portait d'un mot k I

m centra méconnii lorsquil leur répondait : a L'œu\Te de 1

vBiili^ cfest de croire en celui que Dieu vous a envoyé* » I

tt Jestlâ-€hrist encore, quand il voulut résumer sa doc- I

\ et h rendre visible dans un rite qui 1 exprimât et la I

tout entière, oii personne ne pfit la méconnaître^ 1

' il dk^ dans l ab^^enee même de Fenseignement et de la pa« I

■•Dlf^ «lie S45 retrouvât intacto et pure, que fit-il ^ mes frères? 1

I U inslttiia la Cène, qui représente évidemment le corps de 1

UnB43srisi livré pour nos péchés^ son sang versé pour i

QOi iniquités, et qui ne peut pas représenter autre chose^ 1

m sorla que, jusqu'à la fin des siècles^ partout où elle sera I

dUbrée^ ©lie rappellera ce souvenir^ elle réveillera cette ■

■■fe dinid tous Itis e^prits^ la Cène n'étant que l'Ëvangîïe I

^Bl^iDéme abrégé, l'Évangile réduit; par une image^ à son I

■m fondamentale. C'est vers ce centre également que les m

^mlf réformateurs, dans tous les temps, ont ramené le re^ I

(znit de l'Eglise, et chaque église^ en y reportant son rc- 1

pfd, a retrouvé la vie qu'elle ne pouvait trouver ni méma I

cbocJier dlleurs. I

Les tpdtres veulent-ils entretenir ta vie dans leurs ti'oU- I

pesas, tt* élèrent, comme Moïse dans îe désert, le î^rpenl I

AMn et s*éeriiml : ^ Hegardez à Jé^us, le chc^f et le eon- I

i«iiiniiati*ur de votru foi, qui a souffert la croix^ luéçvL- ■

t Mit rignominie, n (Héb.^ XH, 2.) Voveï\l'V\* \^ \\(è ^ Vt

zèle, Tamour languir dans leurs églises^ ils prononcent le mot d'ordre du christianisme; ils appellent au souvenir de Jésus-Christ crucifié; ils le représentent, avec un accent d'étonnement douloureux et de reproche, à ces serviteurs distraits : a Galates insensés 1 qui est-ce qui vous a en- « chantés pour n'obéir point à la vérité, vous à qui Jésusce Christ a été si vivement portrait, vous devant qui, pour a ainsi dire, il a été crucifié? d II est inutile de midtiplier les exemples et de faire surabonder la preuve qui se tire du passé. Le présent veut aussi qu'on parle de lui.

Qu'est-ce encore aujourd'hui que prêcher l'Évangile, sinon proposer au regard des hommes Jésus-Christ crucifié? Où voyez-vous éclore et se développer une vie chrétienne, sinon là seulement où la prédication commence et finit par cette parole : « Regardez à celui que vous avez « percé? D Que dis-je? la prédication qui fait les nouveaux chrétiens, n'est-elle pas tout entière dans ces mots, de même que la prédication qui les continue et les développe, y revient sans cesse, les fait ressortir de tous ses enseignements, y ramène toutes ses leçons? Oui, cette seule parole, ce seul objet, la croix, peut sufSre à faire des chrétiens, et sans elle rien ne suflSt. Le propre objet de l'apostolat du missionnaire comme de celui du pasteur, c'est d'annoncer Jésus-Christ; c'est son premier enseignement, et c'est la force, la grâce, le sens, la clef de tous les autres. merveille au-dessus de nos conceptions! un regard, un simple regard (je ne dis donc pas un raisonnement, une étude, un travail), un simple regard convertit le monde; et la tâche essentielle de l'apôtre est de déterminer les pécheurs, ces agonisants d'un autre désert, à soulever du sol leur tète appesantie, et à tourner leurs yeux vers le côté qu'on leur indique? Et de quel côté? Du côté d'une croix, objet hideux et sanglant, instrument de torture et symbole d'igno-

LE AEGAEID.

minîc, et qm, si le supplicié n'avait pas glorifié le supplice, M ferait sur notre imagination l'impression tlétrissunte d'un I |i;ilM't ou d'un cchafaudl Eh bien^ c'est la vue de cet objet ■ qui réalise le salut du mondcj dont le pm entier a été payé ■ par la divine bonté; et tout ce que nous avons à faire^B non pas comme condition d'un salut inconditionnel^ maisi fomme moyen de nous Tappro prier j c'est de le regarder;™ de le regarder^ non point que ce regard soit tout, maiâl duis ce sens que ce regard fécond et créateur renferme eil produit tout. ■

Si les délicats de la terre, dont T imagination a des dé-l DÛis plus forts que les besoins et les instincts de leur âme; ■ les admirateurs des perfections de rhomme^ que souêve la pensée d'une réparation sanglante et d'un salut que feup fierté ne veut point accepter grcdùy détournent leurs du spectacle à la fois horrible et humiliant que nous ' proposons; si ce qu'il a de triste leur cache ce qu'il a sublime, nous avons l'espoirj fondé sur rexpérience des s, qu'il stj trouvem des esprits moins superbes, eux* BS peut-^'lre api-ès que le marteau de Dieu aura brisé leur orgueil, des esprits^ dis-je^ qui ne détourneront pas obstinément hms yeux, et qui consentiront à regarder, à eoiilempler même celui qu'ils ont percé. Et tandis, ô notre Èlesle Frère ! que plusieurs s'étonnent à cause de toi, de tu es ainsi défait de visage plus qu'aucun autre et i apparence; pendant qu'ils s'éerient à ton sujet : a Quoi î ; c'est là celui qu'on propose à notm foi comme son objet, t M»n chef et son cons^immateur \ mais il n'y a en lui, h le bien regarder, ni forme, ni éclat, rien qui le fasse dési- M — il se trouvera dans tous les siècles, dans tous 1)^ et dans toutes les conditions, A divin Crucifié! des r^têurs de ta beauté^ qui ne leur aura janmis paru si le et si âhine qm som la sueur de G<^ttl?^m4m^^^^a^

W LE EBGIRD.

les crachats du prétoire^ et sotts le sang que h couronne d'é{Hnes &it ruisseler sur ton front sacré ! Tu es j^us beau à lei»*s yeux qo'aucim des fils des homs^Sy et c'est sous ta croix^ en face de tes otppfrobres^ qu^îl& le chantent d'ui cosmévaxi:

Som ton Voâe d*^:nominie> Sons ta couronne de doidenr^ N'att^ds pas que je te renie^ Chef auguste de mon Sauveur !

Mon œil^ sous le sanglant nuage Qui dtte dérobe ta beauté^ Â re^ottté de ton tisane L'iseffaçable ma^esté^

Jama& cfàtfs fa éàînte lumière^ Jamais âsiài le repob âvt d^^ D'an plus céleste eairaecèlre Ne Mila ton firoat imitiortel *^ Au séjour de la beauté même^ jTamais ta beauté ne jeta Tant de ratons qu'eau jour suprême Où tu fftacviB sàr GolgfOtbaO).

Jéstrs-Christ sur fa cïbfac est béatf j pour' éés fttoes httttfbfes, beau conïnlie te sàttA, cotnine FaiWOTïif, ôonmie b vérité, comïne Vëspéf^ëe, paréfe (Jtte Jésus-Oèfrist guf fa crofet est toiït ïer saltrt, totft Pamour', toute b v^érlté, toute l'espétance ; beau de fa Beauté <fe fa grâce et de fa Àeatté dfe fa loîj pàtce que, sûr fa cw>îx, où Ta atfacié sa chatité', il leur représente à fa fois tOûte fa grâee et toute fa ïot ; ert sorte qu% la vUB de cette igiiOmînie ils parfont de gloire, de joie à la vUe de ces douleurs, de Vie à la vue (fe cette

{à) Chants chrétim. Cutiqoe ZXXIY, TerseU 1 et 2. —M. Tiset est Tauteurde ce

HMïrt; et que cette croix, où Jésus est immobile, où Jésus,

en apparence, n'agit plus^ où Jésus n'enseigne plus, où il

{mie à peine, leur montre Jésus libre, actif, parlant, en-

iognant , marchant, venant à eux en triomphe et eu gloire

du ieiu de sa haute patrie; tellement que^ ne voyant plus

fil ipie voit rœil de la chair, et voyant ce que cet œil ne

fuji pas , ils s'écrient , prosternés devant le bois infâme :

t Obi qulls sont beaux sur les montagnes bs pieds de celui

» qui appoile de bonnes nouvelles et qui publie la paix,

t lie celui qui apporte de bonnes nouvelles, qui publie le

f salut, et qui dità Sion : Ton Dieu règne! » (Ésaïe, UT^ 7.)

l^raiment , mes frèi^s, quand on a réuni tous ces traits

par Ui pensée , ce dont il faut s'étonner, ce n'est pas que

■ quelques ^^ga^ds se portent et s'arrêtent sur Jésus en

kroin, mais qu'il ne réunisse pas sur lui, dans une com^

«acie et fert^entc contemplation, les regards de tous les

nommes du monde. A ne voir ici que C42 que les hommes

bnt routuniG d'appeler bcau^ jamais spectacle plus beau

p? fut offert à leur admiration . C'est, disait la sagesse an-

pfue, un spectacle digne de Dieu même que celui do

rhomme de bien opposant à la mauvaise fortune Tinalté-

kablu s^rénitw de son fiYint; le spectacle d'un Dieu, victime

mè k méchanceté des hommes, et ne trouvant dans chacun

mm outrages qu'il souffre de leur part, qu'un droit de plus

lexareer en leur faveur, ce spectacle, mes frères, si l'autre

llail digne de Dieu, ne seraii/-il point digne de l'homme?

ne eharité toute divine n'a-t-elle pas plus de droits qu'une

■irtu lout humaine 1 Dieu et l'homme moilel peuvent-ils

■érieufiement être mis en comparaison? et quand Dieu

Bgne &t)aiiâser ses yeux jusqu'à Tliomme, sera-ce Irop

kur l'homme, je ne Au pas d'élever les siens jusqu'à Dieu,

kirde b contemplei' éternellement, dw W> eAiu\.^\ix^\^\ ^s^

^^fa> ei de éenmnâev, pour premier \i\e:t\, \*iw ws.^^

gloire, que cette vue, qui remue et qui transforme tout son être, ne lui soit jamais retirée?

Je dis remuer son être et le transformer; car que parlons-nous ici d'admiration? il s'agit de conversion; que parlons-nous de beau? il s'agit du salut! C'est comme salutaire^ comme capable de faire passer de la vie à la mort, que nous recommandons ce regard. Nous le recommandons d'abord à ceux qui ne croient pas, afin qu'ayant regardé, ils croient et vivent. Et qu'ils nous comprennent bien. Nous n'entendons pas ici, sous ce nom de regard, l'examen des preuves qui établissent la vérité de la religion chrétienne, quoique le témoignage rendu en sa faveur ait été confirmé par des prodiges, des miracles et plusieurs autres elBfets de la puissance divine (Héb., II, 4-.) ; nous n'entendons point sous ce nom de regard l'étude des Écritures, quoique la parole des prophètes, qui est très ferme, rende partout témoignage à Jésus. Tous ces soins sont recommandables, nécessaires, et nous n'avons garde de vous détourner d'une étude trop négligée aujourd'hui, et sans laquelle il est à craindre que plusieurs n'en viennent jamais à contempler Jésus-Christ; mais après tout, ces travaux ne valent pas tous ensemble et ne sauraient remplacer le regard que nous réclamons, et ce regard tout seul les a bien souvent remplacés, a La foi, sans doute, vient de l'ouïe, » c'est-à-dire que l'ouïe est l'origine de la foi, son point de départ; mais c'est au regard qu'il appartient d'achever l'œuvre incomplète de l'ouïe. Où en est, à votre avis, un homme qui a beaucoup ouï dire, beaucoup lu, et qui n'a pas regardé? un homme qui s'est soigneusement informé des preuves de la divinité de Jésus, un homme qui les a reçues et qui n'a pas regardé Jésus? un homme que ces joreuves ont convaincu, c'est-à-dire vaincu, forcé de croire, mais dont h toiy toute passive, reçoit, svîîb\l\^ >jfec\\.è, vxva.k

ne l'embrasse point, ne s^y unît point par un mouvement

propre j et pour qm, chose étrange, la vérité tout ensemble

est et n'est pas? un homme qui^ conduit par ses études

jasqu'au pied de la cmix, y reste les yeux baissés et ne les

élève point vers cette croix^ vers celui qu'elle porte, et

dont le sang adorable découle le long de ce bois maudit?

D'autres n'ont pas pu croire jusqu'à ce qu'ils aient levé les

yeux et regardé Jésuâ-Christ : eux, je Tavoue, ont cru^

maïs d'une foi forcée, pour le compte de tout le monde^

pt non pour leur compte personnel ^ d'une foi qui n'est

fjour eux qu*uri joug et un fardeau, d'une foi qu'ils portent

et qiu ne les porte pas^ jusqu'à ce que^ passant au delà

d'un labeur tf^rminé et d'une source épuisée, ils se soient

ïîiis simplement à regarder Jésus. Sommes-nous téméraires

de parler de ce regard comme d'une condition de la \Taie

foi, loi^sque Jésus-Christ lui-même nous dit : a Quiconque

d Cônt*împle le Fils et croit en lui » (c^est-à-dire quiconque^

ayant contemplé le Filsj a cru en lui), a a la vie éternelle? »

Ces paroles, mes fiu'ires, attachent décidément la vie à un

regard, non sims doute à toute espèce de regard, mais à

^un regard attentif j sérieux et prolongé; à ce regard plus

[simple que celui de l'observation, à un regard qui regarde

let rien de plus: regard naïf, regard d'enfant, regard où

I toute ri\me se porte, regard de Tftme et non de Tesprit, et

qui ne prétend pas décora poster son objet, mais le recevoir

[tout entier dans l'Ame ptir les yeux.

Av6£-vous ainsi regardé Jésus^ vous qui niez Jésus, ou

At, sans le nier, faites pis peut-être, puisque vous le ré-

: à rieni Ohî ne le niez pas, oh ! ne TannulcK point,

\ Dieu-homme et cet homme de douleurs, avant de Tavoir

[f«gafdé! Cn seul coup d'œU, simple, ingénu, libre de pré-

I occupation, a quelquefois uni h. lui ceux qui en entendaient

parier pour h première fois; la m^me ç^c<i x^^nss m^

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