‹ Études ÉvangéliquesChapitre 21 sur 28 · SI 4 UN PEUPLE · texte numérisé non relu

SI 4 UN PEUPLE

Ce salut est le salut étemel^ par conséquent le salut indi* viduel, puisque ni les nations ni rhumanité ne sont éteN nelles. Tout au plus est-il nécessaire de faire observer que ce salut comprend aussi le bien de Thumanité comme toHe et Taccomplissement de ses destinées^ de quelque manié» qu'on veuille Tentendre. S'il importe de ne pas renversera termes^ de ne pas faire du perfectionnement humanitain le but même de l'œuvre évangélique et l'objet de la médiation du Christ; il importe aussi de reconnaître que Ta des biens entraine l'autre à sa suite; que le plus, si l'oa veut parler ainsi^ emporte le moins; que, dans la créatioa divine, qui est une et parfaite, il y a des rapports intimai et nécessaires entre le bien individuel et le bien poUk, entre la vérité religieuse et la vérité sociale, entre les iotérôts du temps et les intérêts de l'éternité; que le bonheur de l'humanité dans ce monde, sa rédemption temporelle, est comme la contre-épreuve et le sceau de cette autre rédemption qui n'aura toute sa réalité que dans la société des élus et dans le séjour de toutes les consommations; enfin, que quand nous lisons que Jésu&-Ghri^ est venu chercher et sauver ce qui était perdu, il nous fout entendre qu'il est venu chercher et sauver non-seulement tout homme, mais aussi tout l'homme, par conséquent toutes ses facultés, toutes ses aptitudes, l'homme de la terre comme celui du ciel, en d'autres termes, YhunmiU aussi bien que Yhmnme. L'Évangile est donc aussi, nous en convenons franchement, une œuvre humanitaire, mais parce qu'il est une œuvre humaine. L'Évangile a, dans tons les sens, les promesses de la vie présente, comme il a les promesses de la vie à venir.

Mais ce salut, quel qu'il soit, vient des Juifs. C'est-à-diie, messieurs, pour ne plus parler ici de bénédictions temporelleSj d'avantages sociaux, âihuTnanitamme^ c'est-à-dire

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nue la réconciliation de Târae avec son divin auteur, le Jroit de l'appeler notre père, la régénération du cœur, la Banctification de la vie, le privilège de puiser librement dans les trésors de l'Esprit divin, la paix et Tespérance ici-bas, la gloire et Timmortalité dans le ciel, et, pour tout dire en un mot, la participation de Thomme à la nature divine (car c'est ainsi qu'un apôtre s'est exprimé), tout cela, pour ehaque homme, pour tous les hommes, pour les hommes de tous les pays et de tous les temps, tout cela vient des Joife. Personne, assurément, ne prendra le canal pour la source, et à prendre les termes dans toute leur force, ehacun répétera avec la multitude des rachetés au livre de ^Apocalypse, que « le salut vient de notre Dieu. » (Apoc, Vil, 10.) Mais enfin les Juifs sont le canal; si ce n'est pas d'eux proprement, c'est par eux que nous vient le salut ; et le salut, c'est le ciel; le salut, c'est Dieu même.

Dans son ignorance naïve, l'antique poésie appelait certaines contrées le pays ou le berceau de l'aurore, comme si l'aurore s'arrêtait jamais, et comme si quelque lieu, dans Puni vers, eût pu être témoin de sa naissance et de son départ. L'aurore n'a point de pays, TOrient est partout, et les contrées d'où nous vient le soleil l'ont vu venir de quelque autre contrée, qui, elle aussi, l'a vu venir. liais oui, dans le monde de la vérité et de la grâce, il y a un pays de l'aurore, et toute contrée n'est pas un Orient. Le salut vient des Juifs. Oui, terre déshéritée, où la famée ardente du courroux de Dieu éclaire seule d'effroyables ténèbres, tu fus le pays de l'aurore; oui, peuple infortuné, postérité d'un autre Cam, race tellement humiliée ^ue les plus méprisables se croient le droit de te mépriser, peuple abîmé dans la honte, notre gloire nous vient de toi; nous sommes des nouveaux venus, couverts de te* dépouîUes et riches de ton opulence. Le saXxxX. n\^\^^^^sà-

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Oh ! puisse le salut retourner à toi^ et cet Occident^ que ta as éclairé, devenir à son tour un Orient pour toi !

« Le salut vient des Juifs. » Mais comment) Est-ce nm* quement parce que le Sauveur des hommes et le paatanr de rhumanité naquit au milieu de ce peuple, et^ dans a merveilleuse enfance^ puisa la vie aux mamelles d'une Juive ? Est-ce encore parce que les trente-trois années de son existence terrestre s'écoulèrent au sein de la JudéeY parce que Tétemelle vérité s'exprima par sa bouche dam le langage des descendants de Jacob? parce que lespn* miers disciples du maître par excellence appartenaient eux-mêmes à ce peuple extraordinaire? parce que le p»mier germe de TÉglise chrétienne et du monde moderoe fut jeté dans cette poussière que le sang de Jésus allait détremper et rendre féconde ? Est-ce parce que GrethsémaDé est juif^ parce que le Calvaire est juif, et parce qu'un aibre de la Judée a fourni le bois maudit où fut cloué le divin combattant de l'humanité? Est-ce enfin, ô douleur l parce que les fils d'Abraham ont planté de leurs mains cet aibie de la mort, ont attaché à ses horribles rameaux les mains bienfaisantes du Christ^ et ont placé sous le sang qui en découlait goutte à goutte leurs têtes et celles de leurs eor fants ? Est-ce uniquement dans ce sens que le salut vient des Juifs? Voilà la question qui se présente, et à laquelle nous essayons de répondre.

Je l'ai déjà dit^ messieurs, mais j'y reviens à dessein: Si « le salut vient des Juifs, » ce n'est pas, ce ne peut pas étte dans le même sens que a le salut vient de notre Dieu; » ear deux déclarations de l'Évangile ne sauraient se contredire, et les élus parlant dans le ciel ne peuvent démentir Jésusr Christ parlant sur la terre. Le salut vient des Juifs, cooune l'onde d'un fleuve vient d'un bassin creusé dans le roc an sommet d'une montagne. C'e&lVk c^<& Ve^xs^s'e^t amassée^

ET l'humanité. S17

et c'est de là qu'elle s'écoule. Le peuple juif est ce bassin^ ce réservoir^ cette coupe immense, où les eaux vives du salut se sont peu à peu rassemblées. Mais ces eaux sont les eaux du ciel^ qui les a lentement distillées dans cette coupe ou dans ce bassin. Nous nous entendons là-dessus : il faut passer plus loin.

Cette vérité mise à l'abri, et le mot venir étant réduit à son vrai sens, nous pourrions commencer par nous prévaloir d'une idée assez généralement répandue, et que notre siècle se fait honneur d'avoir découverte : c'est que chaque peuple est le porteur ou le représentant d'une idée, et que diaque idée, pour s'établir dans le monde, pour devenir, dans la suite des temps, le bien de l'humanité, a besoin dfun peuple. La part individuelle de quelque personnage éminent, prophète, capitaine ou législateur, se discerne, il est vrai, dans l'histoire de chaque idée, et souvent même c'est à tel point que cette idée prend un nom d'homme. Mais il ne faut pas s'y tromper : l'individu n'a pas inventé, il a trouvé; il a moins enseigné son peuple qu'il n'en a été enseigné ; tous deviennent ses disciples, mais il a commencé par être le disciple de tous ; c'est leur propre pensée qu'il leur a révélée; ce qui lui est propre, c'est d'avoir prononcé le verbe magique, et, en donnant à ses contemporains la conscience de leurs instincts, de leur avoir donné une volonté : don immense, car donner une volonté, c'est donner la vie, c'est engendrer, c'est devenir père; mais enfin il en est de cette génération comme de toute autre ; s'il y a un père, il y a une mère; le père, c'est la pensée d'un seul ; la mère, c'est l'instinct de tous ; la pensée a fait de l'instinct une volonté déterminée^ un ferme propos, et de ce moment la nation a vécu.

Quoi qu'il en soit^ chaque peuple a trouvé son idée, et chaque idée a trouvé son peuple; c'est-à-dire que toujours

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