‹ Études ÉvangéliquesChapitre 22 sur 28 · UN PEUPLE · texte numérisé non relu

UN PEUPLE

il s'est rencontré, pour cultiver et mener à parfeite crois' 8&nce Une idée qui partout ailleurs restait à Pétat de gMiase, un peuple> une race, et dans cette race ou danft ce pBW^, un individu. Les peuples, en communiquant^ ont ébliâligé entré eux leurs idées eomme les produits de teur soi; aiH cun peuple ne produit toutes les idées comme àocttn bô! ne produit toutes les plantes; chacun, on oserait lé dire, n'm mène à bien qu'une seule; et aussi lôngtettips qu'elle en est à se former et à s'asseoir, elle tt'eil seufFiiô à cMÎ d'elle aucune autre; elle est intolérante, éxeïiisivô; la fid- Uesse humaine semble l'exigei! ainsi> et devient ft>hôe par là;

Or> sans doute, une idée exclusive, oU seUleméùt aM idée exagérée, est une erreur; Daiis tin certain point èl vue) c'est donc à cultiver une erreur que chaque pettpk semble voué. Déplorable conclusion, Bâéis trop véiÂtaUei Ne méconnaissons pas toutefois que Ten^ti^^ ^û fait d'idées^ n'est jamais^ ne peut jamais être qu'Uii lumbeau de Vérité; et^ nous plaçant dans un autre point de vue*, disoite qi)e chaque peuple cultive une vérité aux dépens de tëutes les autres ; mais c'est toujours à un peuple qu^èël confiée Vnà^ ministration de cette vérité; eh sdrte que, à te considénst dans l'ensemble de rhumanité> chaque peuple est Un chef d'école, et, pour ainsi dire^ un Système.

Telle est la loi constante. Et ioialntenant îsi chaque véMU partielle a eu, dans le monde> un peuplé poul^ là ifepréseh^ ter, la vérité totale, ]bl vérité qui rehféhhô toutes les vérités, et par qui seule, à le bien prendkié, elles sont vraies, ne pourrà-t-elle pas aussi ^ conforméiheklt à cette griXiéè toi> avoir un peuple pour apôtre? Voilà la question.

Ce peuple apôtre, prophète, pontife, ee peuple dtectcuf

de tous les peuples et de l'humanité, les uns nous l\Lcco^

deront sans trop de peine^ les autres hoUs le réviseront ab-

êoiammt Je dis que le& iâ«A BAf^V^c/cc^^o^^fCiV.. ^^toni

ceux qui,, i-egai-datit la vérité comme le rétiullat d'iine juxta- | position ou d'ane combinaison judideuse de toutes les 1 vérUés partielles^ estmieront possible^ et mêinc inévitable I dans le projpfèsdes â^s, la oone*?ntration définitive de tous I lo6 éléments dont, à leur jugement, la vérité se composée. 1 De «avoir si cette cono entra lion est déjà effectuée , si le ino^ I ment est venu de clore les comptes^ c'est une question de 1 fnU; mais, pour eux^ le pnncipe n'est pas en question; et I ils nous accordent, nous le verrons tout à Theure, au delà I de ce que nous leur demandons, Au reste, il est darw le 1 môfid^ un corps puissant et nombreux pouf qui , depuis I longtemps j la question de fait est résolue. Ce qu'on appelle 1 abusivement t Église et ce qu^on devrait appeler la hièrar-- I Mdirê romaine, qu^estn^e autre chose qu'un peuple ^ ou du 1 ni<>tn!!t une tribu, qui prétend posséder la vêrîlé, et s'arroge \ dtrlusîvement le droit de la distribuer T Or, posséder la vé* rtlé* c*esl posséder le salut, au cas qu'il y ait un salut. JVi dit que frautres nolis refuseront absolument ce quo ^Uïck:! nous accordent* Ils diront que la Vérité n'est pas la ^îitaposition successive de toutes les verîtés partielles. Ils diront que la vérité, seUiblaljle à la robe sans coutun? de flotre Seigneur^ est une et indivisible. îîs diront qu'on ne saurait l'obtenir en cousant Tune k l'autre toutes les vérités. lljt diront que, pour les coudre ensemble, il faudrait les iwrfr, et qu'on ne les a pas, tant qu'on n'a pas la vérité suprême d^int elles procc'^dent. Ps diront que ce qui rend an« nation propre à cultiver une vérité exclusive, la rend impropre à cultiver toutes les vérités ^ la fois, ou, ce qui fevient au même, la vérité des vérités, attendu que c'est précisément de cet exclusisme que résulte le caract6re d'un iwaplCj la détenninaiion et conséqucmment la îûttQ de m vlrionté. Ainsi tombe la supposition en \erla d^ kc^-d^tt ammtion poarmt a voir en dépAt \a ^ h!Éï\h mv^te^i ^'^ "tî '^

220 m PEUPLE

a donc^ selon la nature des choses^ rien de commun entre la nationalité et la vérité; et quoiqu'on ait pu dire arec raison que chaque grand peuple a été le représentant et, si Ton veut; le prophète d'une idée, on ne peut dire d'aucun peuple qu'il est ni qu'il sera le peuple prophète, ausem absolu du mot. Aucun peu^de, comme peuple, n'est donc le peuple de la vérité, et par conséquent le salut, étroitement uni à la vérité, ne peut venir d'aucun peuple.

Notre opinion, messieurs, se place entre ces deux opinions extrêmes, ou plutôt se rattache à la seconde, en la modifiant. Nous ne voyons, nous aussi, rien de commun entre un peuple, comme tel, et la vérité. La vérité ne peut se poser, ne peut habiter que dans l'individu, en ce sens que l'individu est seul organisé, je ne dis pas pour créer, mais pour percevoir la vérité. La nationalité, abandonnée à elle-même, n'est point qualifiée pour le rôle qu'on vent lui faire jouer. Mais je n'en dis pas autant de la nationalité placée, par une dispensation extraordinaire, dans des conditions extraordinaires. Telle mesure peut communiquera un peuple, non pas la nature et les attributs d'une personne individuelle, mais l'aptitude à recevoir, à conserver et à transmettre le dépôt de la vérité. Dieu prend ce peuple à lui, il en fait son peuple , dans la plus stricte acception de ce terme; et d'abord il le tire de la boue, connue il en tin le premier homme, il le crée, il le façonne, il se l'approprie, dans un sens tout spécial et d'une manière authentique; il lui parle comme un homme parle à un autie homme; il lui fait à chaque instant sentir sa présence; il la constate par des signes miraculeux; il le gouverne et le dirige immédiatement : disons tout en un mot, il remplace, pour ce peuple, la conviction par l'évidence, et je dirais même la foi par la vue, si une telle substitution pouvait avoir lieu d'une mame\^ «\ys^\3A ^»x^ ^sNsb^soJub

ET l'bdiiahité. 9S1

noralité humaine avec la foi^ qui^ dans tous les cas et dans oas les sens^ en est le principe. C'est ce régime extraorlinaire qu'on appelle la théocratie^ ou le gouvernement personnel de Dieu. Toutes les nations primitives Tout af- Ewlé. La théocratie est la prétention universelle des natkmalités antiques. Elle se retrouve à la base de toutes les fonnes de gouvernement. Chimère sans doute^ mais qui^ une fois du moins^ a pu être une réaUté. Un peuple a pu ètie le peuple de Dieu^ entendre distinctement, et sans pouvoir s'y tromper^ la voix même de Dieu^ devenir ainsi le dépositaire de ses oracles divins, et réaliser dans ses institutions, dans ses lois, la vérité suprême.

Remarquez qu'il suffit qu'il ait entendu la voix de Dieu, et qaTû soit, le sachant bien, le peuple de Dieu. Cette idée ne laisse point de place aux idées plus particulières. Elle devient nécessairement l'idée caractéristique de ce peuple. Lt théocratie est nécessairement la pensée dominante et directrice d'un peuple théocratique; et vous verrez que là oh Dieu règne personnellement, là où le peuple existe nonleolement par lui, mais pour lui, là enfin où sa volonté est Il ndson et sa gloire le but de toutes choses, où la vie cilile n'est légalement qu'un culte de tous les instants et sous toutes les formes, aucune idée ne &it saillie entre toutes les autres; tous les éléments dont peut se composer, dans des proportions très diverses, la vie morale d'un peuple, se font équilibre les uns aux autres sous l'empire d'un principe suprême qui met chaque chose à sa (dace, et ordonne tout en dominant tout.

IKemarquez encore, messieurs, que, dans le fait qui vient d'être supposé, rien n'est propre à consacrer le (aux et dangereux principe qui met arbitrairement en rapport k nationalité et la vérité. Nous n'avons pas, en effet, ici une nation qui conçoit une idée, maïs une na^\oIiQi!s^\^^t^^>^^

iSA \m FBUFLS

la natio» ne peut paa même, dans ea eiui, lire aiafaiiiléo i i une mère, qui peut dire de Teufant qu'elle amia au monde t Cîette créature est une partie d^ moi-mtooe} non, la natin est ici oomplétem^nt paaaive^ comme le bassin qui reçoit les eaux du ciel, ou comme le canal par où elles s'écouittii. C'çst un lieu pour la vérité, un port, un asile; et enooia ùd asile eat-il temporaire. Ce régime de la théoemtie, mi et le seul vrai si Ton ne regarde qu'à l'idée dont il est le syaH bole, le droit souverain de Dieu, n'est pourtant, si Ton le* garde h l'application et au détail, qu'un régime symboliipe et préparatoire, puisque l'homme ne s'élève à toute ea dir gnité que par la liberté , et que le régime de la théocndie la restreint et la suspend.

Mais encore, direz->vous, pourquoi la restreindre, poo^ quoi la suspendre ? (k\ nous prouve qu'un peuple peut devenir le dépositaire de la vérité; Dieu peut l'en rendre oh pable; mais tout ce que Dieu peut, le fera-t-iU Pourquoi cette halte de la vérité dans la nationalité? Pourquoi, an lieu de ces préliminaires et de ces délais, ne pas arrifer tout de suite au oulte en esprit et en vérité, qui cesse d^ tacher la vérité à un lieu et de l'enfermer dans une nation! Fallait-il donc que la vérité se dépouillât de ses ailes, et que, renonçant à arriver à chaque âme conmie un rayon à travers l'espace, elle s'engageât humblement dans nœ routes poudreuses et suivit le chemin qu*a frayé la pepsie humaine? En deux mots, pourquoi fallait-il que la v^ rite fût d'abord nationale, affaire de peuple, de race ou de tribu ?

On fait encore une autre objection : on demande si c^t en effet la vérité suprême, toute la vérité, qui a été confiée au peuple juif, et non pas plutôt une vérité particulière, une partie de la vérité.

On demande enfin si \e «aVwl tv^ «^ \^ak»q^ ^^ dans h

BT L^HUMAfflTB.

Impb et finnche acceptation du 8a)ut, 8l le salut n'est pas enfemié tout entier dans la personne et dans Tœuvre de é8Uft*Ghrist^ si^ par conséquent^ le peuple juif n'est pas ici IQ véritable hor»-d'œuvre^ et comment donc Jésus-Christ tti^mâme a pu dire que a le sa)ut vient des Juifs. »

Nous ne reprendrons pas les objections dans Pordre où itteft te sont naturellement offertes à notre esprit. L'esanm de la dernière enveloppera peu à peu celui des deux piemières.

Le salut, neusdiiron, n'est autre chose que Jésus-Christ mça dans Tâme. Que Jésus-Christ et Tftme se rencontrent, de ce seul fait vient le salut. Qu'a donc à faire le peuple juif dans un foit si simple et tout individuel^ et comment paui-on dire que le salut vient des Juifsl

Oui^ vous dites bien t que Jésus-Christ et Tftme se rencontrent, il suffit; mais comment, mais à quel prix votre Ime 8-t-elle fait cette rencontre? Je soupçonne que vous DB le savez pas.

Lorsque, vers le midi d'une journée brûlante, quand lotare force, et même votre vie s'enfuit dans les ardeurs de Il soif, vous venez à rencontrer une rivière, et qu'un peu de son eau, une goutte peut-être, vous restaure et vous fisiit lerivre, vous bénissez la goutte d'eau; car c'est elle qui fous a rafraîchi, non le fleuve ; vous n'avez pas bu le fleuve ; nmîs le fleuve ne vous a-t-il pas apporté la goutte d'eau, et nos le fleuve rauriez*vous bue? où serait-elle, sinon dans le sable, qui l'aurait absorbée, à vingt lieues peut-être de TOUS? Il fallait cette masse d'eau que vous ne boirez pas pour rouler jusqu'à vous la goutte que vous avez bue: ainsi, tout considéré, c'est le fleuve qui vous a sauvé.

De même, en un sens spirituel, c'est l'Église qui vous auve, parce que c'est elle qui vous donne Jésus-Christ. Loin d'ici l'erreur catholique, d'aprës \ac[ae\\^ tf ^sV\%gJ>aft

SSb Vn PEUPLE

qui croit à Dieu, et chaque chrétien à i^lise. Nous maintenons avec joie que les rapports du fidèle avec Tean vive, qui est Christ , sont immédiats; mais l'Église^ c'est-à^din la communauté chrétienne dans la succession des ftges^ est le torrent ou le fleuve qui porte jusqu'à vous le nom, la connaissance de Jésus-Christ et, pour ainsi dire, Jésus- Christ lui-même. Sans l'Église, point de christianisme et point de chrétiens. Si toutes ces larmes du ciel ne trouvent pas un lit qui les rassemble, si toutes ces gouttes d'eau five ne deviennent pas un fleuve, le terrain les absorbe, les letient, et la vérité ne vient point jusqu'à vous. Le livre même qui les contient s'altère, s'oublie ou périt; et à moins d'une révélation toute nouvelle,d'un miracle incessamment répété, vous demeurez dans l'ignorance et dans la mort. L'Élise! par sa masse et par son poids, forme un courant qui coule jusqu'à vous, et porte à chacun de vous ce mot, ce nom, cet invisible élément, qui va, s'incorporant à vous, renouveler tout votre être. Et à quelles conditions s'est-il formé, ce courant ? L'ignorez-vous, messieurs? Regardez bien ces flots, rouges de sang humain et troublés par la cendre des bûchers. La perpétuité de la vérité, mille combats l'ont payée; ce sont les souffrances qui préviennent la prescription : la douleur est le ciment de cet immortel édifice. Vous dites : Un mot chrétien prononcé par une bouche amie, un seul passage de la Bible, moins que cela peutêtre, c'est ce qui m'a converti; mais qu'est-ce qui aifail formé autour de vous cette atmosphère chrétienne qœ vous n'avez pu vous empêcher de respirer? qu'est-ce quia créé dans votre cœur ces besoins spirituels dont, avant l'Évangile, on n'avait pas l'idée? qu'est-ce qui a préparé, pour cette heure de silence et de recueillement, cette action mystérieuse, cette influence occulte, à laquelle vous avez cédél A votre insu, e'esl Y^\^^% ^\. «^ x<îw& vx^

ET l'humanité. 225

ïyeZj vous comprendrez , pour la première fois peutêtre, rimportance que les apôtres et Jésus-Christ lui-même attachent à Pidée de rÉglisej cette personnification vive et continuelle de Tensemble des croyants, et la i-emarquable préoccupation qui porte si souvent les auteurs sacrés à parler de rÉglise là où vous auriez parlé seulement de Tâme. Au fait, votre christianisme ^ si individuel qu'il puisse être H il ne le sera à mon gré jamais assez), est extrait, s'exprime pour ainsi dire du christianisme de soixante généra- ^ns; le chrétien, aussi bien que Thomme physique, porte Bns ses veines le sang de mille et mille personnes , dont les ftltiances successives et combinées aboutissent et se termi-

Et à lui. Les siècles et les peuples ont travaillé pour chade vous ; chacun de vous est Théritier de Tantiquîté et ivre de tout un monde.

Ceci, messieui^j nous prépare à entendre sans étonne- Bent cette parole de mon texte : «Le salut vient des Juifs, j» T*ourquoi^ lorsque chacun de nous procède de rÉglise, rÉglise elle-même ne procéderait-elle pas des Juifs? Pournoi rÉglise, par qui chacun de nous a été lentement préparé, n'aurdit-elle pas été préparée? Si ce n'est pas trop d'un monde entier pour enfanter un élu, serait-ce trop Vun peuple pour enfanter le peuple des élus ou la masse ^ont les élus sont tirés ^ Mats^ chose admirable î comme Jout aboutit k riadividu, tout part de Tindividu; car si, en mdani le jour d*i^tre spintuellemenl enfanté, chacun de flous est dans les cntraîlîes de rÉglise , et TÉglise elle* RiLune dans les entrailles de la nation juive, cette nation lout entière était dans les reins ou plutôt dans le cœur du père des croyants. Abraham est notre père à tous.

i )ui, j'en coïiviens, Tœuvre du salut se résout en un fait slriclement individuel^ et ce fait, multiplié par la divine miséricorde^ est proprement l'objet de la réderaçtion; car.

UN PlUPiR

encore que lea juates doivaat former une sodété dup la ciel, rexcellence de cette société consiste dans la sainteté individuelle de ses membres et n'a pas d'autre mesure) mais ^i rouvre du salut est un fait strictement individuel^ il dépend de causes générales^ il se rattfiehe à un vaste ensemble de faits, en telle façon que chaque individu qui oroik avoir reçu le dpn du salut peut et doit se dire s Mm salut vient des Juifs.

Le salut consiste, ditron, dans racceptation d^m paidmi ncopditionneK II faudrait dire plutôt qu'il s'y résume ou f^ termine, de même que les lignes qui partent des quatre angles de la base immense d'une pyramide se eonlbndent à son sommet en un seul point indivisible. Le salut, aprèi tout, renferme et suppose bien des choses diverses; et o- est ainsi que vient prendre place, dans l'œuvre du salut indi* viduel, l'antique postérité de Jacob.

Cette thèse, messieurs, serait trop facile à défendre A nous pouvions dire, comme plusieurs le diraient peut-être, que l'auteur du salut, Jésus-Christ, n'est que la dernière expression et le point culminant de la sagesse du peuple juif, en sorte que ce peuple serait lui-même notre sauveur dans la personne de son représentant le plus parfait, du Juif par excellence, du Juif idéal. Mais nous ne parlerons pofait ainsi. Ce n'est point par la sagesse de son peuple, ni même par sa sagesse personnelle, que Jésus-Christ est le sauveur de ceux qui s'attachent à lui. Il l'est par lui-même individuellement et par toute sa personne. Il l'est, non parce qu'il est Juif, mais parce qu'il est Dieu manifesté en chair, le Verbe devenu hbmme, l'unité ineflfeble de la nature humaine et de l'essence divine. Sa sagesse est à lui; et bien loin qu'il ait été enseigné par son peuple, c'est lui-même, c'est le Verbe divin qui, de tout temps, a enseigné ce peuple par la bouche des prophètes. Et cependant, messieurs,

S*est impossible de méconnaître Tesprit du gouvernement de Dieu. 8a méthode j constamment la même^ n^est pas de rien bnisquerj de laisser des lacunes dans Fhistoîre, de 1 supprimer les intermèdes et les préparations. Ses miracles ] mêmes, quand il en a opéré ^ n*ont jamais fait qu'élargir bie voie déjà ouverte, Jésus-Christ, qui agissait par Tesprit ^B DieUj en est une preuve j lui qui ne fit des miracles que pour encourager la foî, et qui n'en fit que peu là où il trouva peu de foi. (Matthieu, Xlll, 58,) Quoique^ dans un sens, rien ne puisse servir de préparation à rîncani^tion du Verbe étf^rnel^ renseignement contenu dans les livres de 1 rancienne alliance n'en est pas moins un enseignement prof passif, qui, d'époque en époque, fait un pas de plus rers l'Évangile, A la loi prise dans sa lettre* vous voyeï succéder la loi prise dans son esprit, au culte des rites la ^liglon du cœur, t la législation la prophétie, à la justice pkmouf, k la servitude la liberté, à Tidée du salut par lea enivres l'idée du salut par la foi. Qui ne voit, d'un prophète i un autre, l'horizon blanchir, l'orient s'enflammer, et leil pfeniières étincelles de Tastre des jours jaillir de derrière la niontaçme? Le sacrifice, pour qui n'y voit pas un symbole de l'avenir, est comme aboli dans les esprits avant d'être llfoolt en luî-m^me. Moïse, sur\^enant, avait f>our ainsi dire înferrompu Abraham; Abraham reparaît; iVîsprit d'Abraham se fait jour à travers les anathèmes de la loi ; et la loi #»fle-fnême, en faisant abonder le péché, a pu préparer les j esprit» à désirer et à recevoir la grftec. L'objet seul de la çrrâce est encore absent; mais il est déjà désigné, caracte- I mé par la prophétie; on ne nomme point encore par sort 1 nom ce nouveau prophète; on n'articule pas distinctement toutes les circonstances de son avènement^ ni toutes les clauses de son alliance; mais enfin c'est le prophète de la | giice^ de l'amour et du franc vouloir; e'e^t \^ V\^w&Ajkqx\

228 ON PBUFLB

c'est le fondateur du culte en esprit et en vérité; c'est plu que renvoyé, c'est le Fils de Dieu; c'est Théritier tout ensemble des misères de l'homme et de la charité de Dieo. La religion de l'amour est déjà pressentie; on respire d^ l'air de la liberté; l'abîme des miséricordes s'entr'ouvie, et le cœur humain s'entr'ouvre lui-même à des espérances inconnues. Tout est lié, tout est logique, tout est gradué dans ces révélations successives; la marche de l'Opinion chei un peuple livré à lui-même ne le serait pas davantage, le serait moins peut-être; et quand arrive le roi^ un peuple est déjà là pour le recevoir et le proclamer; il est né dans la pourpre et règne dès le berceau.

Ce peuple qui attend le Sauveur, qui lui rend témoignage, et qui sera les prémices du grand peuple qu'il veut se tomer de toute tribu, langue et nation, ne pouvait s'extraiie que du sein du peuple juif; il en est l'élite, la pure essence; il est le peuple juif idéal, l'Israël de Dieu. L'Israël selon la chair est à cet Israël selon l'esprit ce que l'arbre est aux rameaux bénis qu'une greffe divine lui ajoutera. Où donc, si ce n'est sur l'arbre, insérera-t-on les rameaux î Et qu'avec soin, qu'avec une sage lenteur ce peuple a été prépÂié! Que sa formation, sa croissance, sont naturelles en môme temps que miraculeuses! Quel travail dans les esprits concurremment avec le travail de Dieu dans sa parole ! Comme, à travers toutes les dispensations, toutes les vicissitudes dont se compose l'histoire du peuple juif, la pensée religieuse du peuple d'élite se mûrit, s'affermit et s'épure! Que la Providence divine s'est bien gardée de rien précipiter, et qu'elle a bien mesuré son pas sur celui de l'esprit humain! Qu'elle laisse bien chaque expérience achever son cours, chaque idée faire son temps, et chaque erreur s'épuiser! Que l'ancienne économie est bien morte quand la nouvelle commence, et que le cercle qu'il fallait parcourir est

sn tout Bntîer parcouru lorsqu^on arrhe à Jésus-Christ! Mais ne parlons pas seulement de ce peuple spirituel en qui, dès les plus anciens jours^ Jésus-Christ a reconnu son Égiisa. Le peuple juif, dans son ensemble^ a reçu de Dieu l'éducation nécessaire pour être, parmi les nations^ l'avantgafde de Jésus-Christ. Une fatale division va sans doute éclater dans son sein à Tapparitiondu Sauveur; les pensées du cœur de plusieurs vont être manifestées ; on connaîtra ceux quij sous le titre d'amis de Dieu, n'étaient; au fond du cœur, que les ennemis du genre humain; ils crucifieront l'ami du genre humain : comme d'autreSj plus tardj tourneront en dissolution la grâce de Dieu, c'est la loi de Dieu que ceux-ci tournent en dissolution; Tun des faits n^est ni plus ni moins étonnant que Tautre; mais n'importe^ ce peuple à qui furent confiés les oracles de Dieu, porte dans sa pensée^ solennise dans ses rites, réfléchit dans ses mœurs les idées élémentaires sur lesquelles l'Évangile est fondé; seul entre tous les peuples, il croit d'une manière sérieuse M effective que Dieu est, et qu'il est le rémunérateur de nix qui le cherchent; ces vérités, qui sont le patrimoine ae ce peuple, il les a, dans ses différentes dispersionSj dis- Apsées avec lui dans le monde; il les a semées dans le ter- Mu du pmganisme; il a su^ tout méprisé qu'il était., aceouttimer les peuples à l'idée inouïe d'un Dieu unique, vivant et saint; c'était, sous un rapport essentiel, les préparer pour Jésus-Christ; et quand le christianisme ^ après avoir ramassé dans la Judée tout ce qui lui appartenait, après y ^oir convoqué autour de lui Télite du peuple juif, ou plutôt m vrai peuple juif, s'apprête à conquérir l'Europe en coraînençant par Tautique royaume de cet Alexandre qui conjuit l'Asie, il trouva, par tout le monde romaiuj des postes franeés, des citadelles, des camps retranchés dans ces fracdans c^s colonies juives, que la Ptovvdewift

930 m PEUPLE

divine avait jetées çà et là sur la terre, et qui deviemml partout les premières églises chrétiennes. Ainsi^ dani toute la vérité de Texpression, le peuple juif^ même qans comptir les ^pôtres^ qui tous étaient Juife, devient le peuple pn» % phète, et annonce dans le pionde les vertus de Celui qdh appelé des ténèbres à sa merveilleuse lumière. Juifs légim, pharisiens^ johannites, tous deviennent la première ccmh quête de Jésus-Christ^ et les premiers conquérants, au non de Jésus-Christ, du monde qui lui est livré.

Mais ce n'est pas assez qu'ils portent dans TuBiven ia nom de Celui que leurs frères ont percé, ils font beaueoup encore en y portant leur histoire. Cette histoire est l'héritage et le trésor du genre hmnain. Elle est la première de deux révélations, dont Jésus-Christ est la seconde. Qna rhomme converti à Jésus-Christ ne voie, ne connaisse dorant un temps que la seconde révélation; qu'il ne sache, | en quelque sorte, que faire de la première, cela se peut concevoir ; mais il n'en reste pas moins vrai que la seconde révélation est incomplète sans la première. Non pas seulement, messieurs, parce que la première révélation renferme les titres de la seconde; parce que les types et les oracles de l'Ancien Testament parlent clairement de iém^ Christ; parce que tout un peuple et toute une histoire le prophétisent à voix haute; parce que, dans les dispenflttions dont ce peuple est l'objet, tout converge, asfrfre, aboutit à lui : tout cela, quoique important, ne sufSt pas à rendre compte de toute l'histoire de ce peuple. Mais ri jamais Dieu n'avait pris à lui un peuple comme il a pris le peuple juif; si jamais il n'avait réalisé dans une société humaine l'idée de sa souveraineté absolue, directe, exclusive; si une fois du moins, si du moins en un lieu, l'empife de Dieu, la loi de Dieu, la providence de Dieu, n'avaient pu 50 déployer sans entraves et se manifester sans nuage, en

ET l'huiunitiS* 391

^'imtrafi iefVf^&Sj, si, possédant le ^paveauTestament^ pous r^'^vipi^a pas rAncien^ Jésus-Christ, présent^ quoi qu'on en ^yil0, 4ans l'ancienne filliance comm^ dans I^ nouYellpj V^D8p-(Ibnsti le Yevbe des deux éçopomies, ne nous ap?i 0PQn4rait pas tout ce qu'il nous apprend. L'Ancien Testa-* IP0nt est le prei^ier chapitre de l'histoire de l'hon^ine et de l^stpire de pieu. If'expériençe des Juifs est notre expéll^no^. C'est pour nous que^ tour à tour, nous voyons ce p^liple yepu^im et abandonné, flagellé et béni. Non qu'il ne 9QH fm^é pour lui-même pt ^ cause des pères, comme ^t saint Paul; mais dans la merveilleuse direction de ce ppuple, Dieu préparait au genre humain tout entier une Ifiçon immortpllp, Ce n'est pas seulement la doctrine pré* fillée m peuplp juif i c'est son histoire surtout qui est le tvésw de tous les siècles et de tous les peuples, p^rce que, ççMiimP histoire, elle n'enseigne pas seulement, elle constate » qu'est PipUi ce qu'est l'homme, k quel point le droit de Dieu est absolu et sa loi sacrée, et enfin de quelle manière lUrtive, déterminante et paternelle il intervient constamment dans les affah*es humaines. On ne niera pas que la connaissance de la vérité ne soit un élément du salut; or Im vérités que je viens de rappeler sont à la base de la vérité évangélique; elles en font partie; la vérité chrétienne forme un ensemble, comme l'histoire biblique forme un tout; ni Tune ni l'autre ne se divisent: il faut tout prendre ou tout laisser; et lorsqu'une fois on aura compris que les Juifs sont le type de l'humanité, qu'ils ont été pris, comme une plante est prise d'entre les plantes, pour faire connaître la nature, la condition et les lois de l'espèce entière; quand chacun de nous regardera comme ayant été fait à lui-même ce qui a été fait au peuple juif; quand il saura se voir lui-même, dans la personne d'Israël, avraqhé de l'Egypte à main forte, franchissant la mer

232 uif PBUPL«

Rouge^ miraculeusement nourri dans le désert, introdiâ de force dans Canaan, rebelle tour à tour et repentant humilié et relevé, aux prises avec toute Tinflexibilité d'une loi parfaite et Tobjet en même temps d'une sollicitode ineffable, il ne pourra plus croire que ce peuple ait exUé en vain, ni qu'il ne doive rien à ce peuple, ni qu^ ait pa s'en passer; et alors, rassemblant dans son esprit tant de vérités à la fois, se disant à lui-même : L'histoire de ee peuple est mon histoire, l'histoire de ce peuple est l'histoire de Dieu, ce peuple portait dans son sein, commeune mère porte son fruit, cet autre peuple choisi et bém qne Jésus-Christ, en venant au monde, a trouvé prêt à le recevoir; le peuple juif a prophétisé les grandes vérités qui disposent à recevoir la vérité évangélique; le peuple jmf a été le premier et nécessaire propagateur de l'Évangile; ] le peuple juif, dans les commencements du christianisme, \ a pu seul attester Jésus-Christ; le peuple juif, le voulait ou ne le voulant pas, est Timmortel témoin du Sauveur... Je dis, messieurs, qu'un chrétien, après avoir considéré toutes ces choses, ne répugnera pas à répéter : Le salât, mon propre salut vient des Juifs.

Peuple déicide, s'écrie quelquefois une douloureuse indignation ; peuple prophète, disons-nous plus volontien; peuple symbolique destiné à consacrer, même en y résistant, les principes du gouvernement divin, et à conserva, en les concentrant, en les rapprochant les uns des autres, les germes bénis d'où devait sortir le bonheur du monde! La sagesse de Dieu est infiniment diverse, mais son oeuvre est une, et, parce qu'elle est divine, elle ne renferme rien que de nécessaire et d'essentiel. Il fallait, pour que cet individu, perdu, à ce qu'il semble, dans l'abîme des temps ei dans la masse de l'humanité, connût, adorât, servit Jésusr Christ^ et pour que, dans une existence obscure et peut-

ET t HCMàMïTE-

lire împerceptiblej il coneourilt à la gloire de son Créa- i leur, il fallait qu'il y eût un peuple juif. Sans ce peuple, les I eaux de la grAce^ répandues au hasard sur la terre et par- 1 tout absorbées et perdues, n'auraient jamais formé ce cou- 1 rant profond, limpide et irrésistiblej qui plus tard, coulant ' dans un nouveau lit, a formé le courant de FÉglise chrétienne ; le premier peuple était nécessaire pour former le j second, dont vous faites partie, et sans lequel vous n'exis- ' feriez point. Ainsi tout s'enchaîne; ainsi tour à tour le grand procède du petit et le petit du grand, le général du J particulier et le particulier du général ; ainsi de l'individu | est né le peuple, et du peuple à son tour naîtra Tindivldu. 1 Au point de départ Abraham ^ au terme vous-même, et | entre Abraham et vous, comme pour vous rejoindre à J votre origine, une nation et une église, le peuple juif et le | peuple chrétien. Telle est la providene^^ de ce Dieu qui I voit du ciel, comme dit le Psalmiste, les choses les plus J élevées et les choses les plus basses, Tatome et TuniverSt 1 tous et chacun, les mondes et moi, 1

»lcj, messieurs, je ne puis m'empécher de détourner I

tre attention sur un autre texta des Écritures : « Leur 1

t dimhmtion, dit saint Paul en parlant des Juifs, a fait la 1

a ricbesse des nations* o (Rom*, XI, 12*) S'il y a un scandale j

dans ces paroles, il est aisé à lever. En qualité de peuple, I

c'est-à-<lire de société politique ou de race, les Juifs ne 1

pouvaient pas devenir le nouveau peuple, le peuple tout 1

spirituel. Sous le régime de la complète liberté, qui est 1

relui de la vérité complète, llndividu reprenant ses droits, 1

la nationalité perd son privilège* L'économie nouvelle de- I

\iiît s'ouvrir par un appel à Tindividualité, et cet appel de- |

fait avoir pour suite une diminution , hélas! une diminua 1

tion si considérable, que saint Paul, au même endroit, ■ \%ppeUv une chute tia peuple juit,SV eç^UeâtmwwiCxww^^e^

S34 un FBUPLE

pas en ellôrméme la cause de la richesse du en est du moins l'inévitable condition) le i^ouYeau peaph ne pouvait s'agi^ndir et même se former qu^auprix de k diminution de Tanoien) le monde ne pouvait s^emiehif que de la pauvreté d'Israël. Dès lors le peuple prophète m'apparaît comme le peuple victime. Mais il ne l^est pu à toujours; il doit être de nouveau convoqué; il Test tous les jours; maia il Test à la manière du peuple noavetO) selon ]e principe de Tindividualité et selon la loi de h li« berté. Cette race illustre^ à qui ont appartenu radd)[itHn) la gloire^ les alliances^ Tordonnance de la loi^ le seriûe divin et les promesses^ cette race de laquelle est descenài le Christ (Rom., IX^ A, 5)^ n'est pas destinée à être éte^ nellement, parmi les nations^ un déplorable monument de la colère divine; après avoir vu sa diminution, le monde verra son abondance; et si sa diminution^ dit Tapôtre, est notre richesse^ que ne sera point son abondance? Quand la plénitude d'Israël sera revenue au bercail, Israël ne sera-t-il pas de nouveau un peuple prophète? TaccompliS" sèment de cette promesse ne sera-t-il pas à lui seul, comme témoignage de la fidélité divine, une semonce à tous les peuples, et pour tous un puissant appel à la foi et à Tobéissance ? et dans sa restauration, aussi merveilleuse que sa déchéance, ce peuple ne sera-tril pas de nouveau, et plus que jamais, un énergique levain dans la masse de l'humanité? Son abondance, en tout cas, sera notre joie et notre consolation» Nul de nous ne s'est résigné à la pensée que Dieu ait rejeté pour jamais Tinstrument de la délivrance du monde, et nous entrons sans difficulté dans Tesprit de ces oracles, aussi expressifs que nombreux, où, longtemps avant la chute et la diminution, Tabondance est prophétisée, et dans lesquels le Dieu d'Abraham répand sur les descendants d' Abra\iam \ow^\c^% V\^%^\% ^% %«^ veor

ET l'humanité. 235

mortelle tendresse. Le sens de la prophétie demeure voilé encore à la triste postérité de Jacob; mais le temps vienr dia où, le voile tombant enfin, tout sera lumière pour eux comme po^r noi^ 44qs ceii toi^cl^aptei^ paroles : « Yoici^ « je t'ai gravée sur les paumes de mes mains, tes murs a sont continuellement devant moi. Tes enfants viendront € à grande hâte... Je suis vivant, dit l'Étemel, que tu te a revêtiras de ceux-ci comme d'un ornement, et tu t'en « orneras comme une épouse. Car tes déserts, et tes lieux « désolés, et ton pays dévasté, sera maintenant trop étroit « pour ses habitants, et ceux qui t'engloutissent s'éloigne- « ront. » (Ésaïe, XLIX, 16-19.)

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