‹ Études ÉvangéliquesChapitre 23 sur 28 · L'UTILITARISME CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

L'UTILITARISME CHRÉTIEN

La bonté et la vérité se sont rencontrées. Psaume LXAXV,11.

Parmi les reproches qu'on a faits au christianisme (et quels reproches ne lui a-t-on pas faits!) il en est un sur lequel notre époque semble insister particulièrement: c'est celui de faire trop exclusivement appel à Tamour do bonheur^ et de conspirer ouvertement avec Tégoîsme do cœur humain. Aucun reproche ne saurait être plus grave, puisque^ s'il est juste^ il dépouille le christianisme du premier mérite auquel toute religion prétend^ savoir^ de nous rendre meilleurs^ ce qui ne peu^ avoir lieu qu'en nous détachant de nous-mêmes. Le christianisme aurait donc aggravé le mal qu'il devait guérir; et ce ne serait pas aseec de dire qu'il ne répond pas à son but, il faudrait dire qall va à rencontre du but qu'il annonce^ du but même de toute religion^ et qu'il n'y a pas de morale purement humaine qui ne mérite de lui être préférée, puisque toute morale humaine, je dis la plus élémentaire^ la moins élevée^ veut tout au moins ce que le christianisme n'a pas voulu.

Il faut remarquer encore que les hommes qui font ce reproche au christianisme ive sotd^^ e.\v général des in-

L UTIL1T4ElSttE GtlKEllEN. Bf

iules de bas étage ni des êtres vulgaires» Quelques-uns y sseni des hommes graves ; la plupart sont des hommes liabitués à réfléchir; et la nature môme de leur objection BBmble un préjugé en faveur de leur caractère « Le gros des Tncrédules élève contre le christianisme de tout autres griefs ; et l'on se sent , avant toute discussion^ disposé à ■ÉDiiner la préférence à ceux à qui le christianisme ne partit pas assez spirituel et assez désintéressé sur ceux dont il ne satisfait pas le sens charnel et les inclinations mon^ daines.

Mais enfin, mes frères, quel que soit le caractère des uns et des autres^ et quelque inégalement que se partage i^ntre eux notre estime ^ il n'en est pas moins surprenant que le christianisme se soit attiré deux reproches aussi opposés : celui d'exiger trop de renoncement et celui d'en exiger trop peu. Ne serions-nous pas en droit de répondre ^ grief des seconds par la plainte des premiers, par cette pietlle plainte t qui a commencé avec le christianisme luimême^, et n'a dès lors cessé de retentipl Et ne pourrions- ^us pas nous prévaloir ensuite contre les premiers de la Peinte des seconds^ c'est-à-dire demander à ceux qui re- Iprochenl à la religion ses dures exigences, comment donc il se fait qu'on lui reproche^ d'un autre côté, sa complicité ou sa connivence avec nos penchants égoïstes? N'est-il pas très probable qu'une religion en butte à deux reproches contradictoires n'eu mérite réellement aucun, et que ces reproches eux-mêmesj par leur contradiction, ne prouvent qu^une chose, c'est que le christianisme s'est arrêté, dans j^ exigences ou dans ses concessions^ au point où il faUatt ■arrêter? Ce serait raisonner et conclure comme tout le monde, en pareil cas, i-aisonne et conclut. Quand nous entendons adresser à un homme deux reproches qui se contredisent^ notre premier momemenl lei^X ^e ^^^^^ ^^

238 L^UTILlTARlSm GHIUhniN.

ne mérite ni Tun ni Tautre^ et qu^ii se tient à und égak distance des deux excès dont on TaccUBe. A bieb plus forte raison pourrions-nous jugei^ ainsi du christtanisaiei Ctf) après tout^ le même homkne peut^ en des temps difKreiili et avec des personnes dilBRàrentes^ se montrei^ prodigiM ta avare^ apathique ou passionné^ et mériter totilr à tour hi reproches qu^il n'a pu mériter à la fois» Mais le christii» nisme u'est pas uii homme qui peut> d'un tempe à Vmfn^ différer de lui-même : c'est une doctrine qui tte duMgk point avec les temps, ou^ pour mieux dire^ c'est uti Ut accompli une fois pour touted> et qui ne saurait^ d'époque en époque^ revêtir un caractère différent. En sotte tftt^ toujours semblable à lui"niéme> il n'a pu hier mériter ttn reph)ché-, et aujourd'hui le reproché contï^re. ei doliôitt les lui adresise l'un et l'autre^ il fout croire de deux diesel Tune : ou qu^uiie institution^ composée de deux priiKijpli qui se nient et se détMisent, peut subsister longtemps si prospérer, contré l'évidence de cette Vieille makime : t Qiié fit tout royaume divisé coutl^ luî^^même sera réduit en d** <x sert » (MatthieU) XQ, 25) \ ou que les deux àccusatieM dont le chHstiànième est l'objet sont également tmd (bu* dées, et qu'entre les deux excès qu'on lui impute â a M garder un juste milieu; Vous jugeree^ ttm frèrês> llM|U6ni de ces deux suppositions est la plus raisônniidilé.

Mais nous en tiendi^ons-nous à éétté réponse! et mèm en ferons-nous usage? Non, mes frères; car bien loin A repousser> au nom du christianisme) les deux reproiÉM dont nous venons de parlér> noui les ace^[>tons) en son nom, l'un et l'autre^ NoUs enchérissons mêm« sur teos deux. A notre sens, ce n'est pas assez dé dire qUe le dMs^ tianisme accorde trop à l'intérêt, ou que le christiamsnKd donne trop au devoir. Trop, un peu trop, beaucoup tn^ ionides termes vaguès> a^xc^aeV&ivo^vsfeLisitik^â^^

L*DtlUTAllI811B CURitlBN. 239

lolUBi Nous disons^ parce que cela est vrai^ que le chrisiMnisnie accorde tout à riniérét^ et qu'il accorde tout au devoir; Et nous disons que cela doit étre^ parce que le christianisme^ s'il est vrai, doit correspondre à la nature humaine^ en ce qu'elle a d'essentiel et d'ineffaçable. C'est mit cette nature qu'il eût fallu d'abord diriger les reproches qu'on dirige contre lui. Car c'est bien elle dont on peut diiiB qu'elle renferme deux principes opposés dont chacun Mt absolu, dont chacun prétend à occuper toute l'âme. (TésC bieki elle qui veut> toujours et à tout moment^ deux ehoBes contraires. Remarquez bien que nous ne parlons pas ici de l'homme^ de tel ou tel homme, mais de la nature humaine. Hélas! combien d'hommes qui ne semblent jamais vouloir qu'une chose, leut intérêt! combien peu qui veuillent à la fois, et même qui conçoivent réunies^ ces deux choses si différentes en apparence, leur intérêt et l'intérêt de Dieu I Mais ce que l'individu ne veut pas à l'ordinaire, universellement et constamment, la nature humaine le veut, c'est-à-dire qu'il y a quelque chose en l'homme qui le (Vesse également et de chercher son bonheur et de se sacrifier; quelque chose qui lui dit à la fois qu'il est créé pour être heureux et qu'il est créé pour être saint ; qu'il existe pour lui-même et qu'il n'est point à lui-même. Il n'est personne qui, plus ou moins distinctement, ne trouve ces deux sentiments au fond de son coeur. Qui est-ce qui veut être heureux à moitié 1 Qui est-ce qui croit pouvoir obéir à moitié? Qui est-ce qui ne porte pas en soi une soif inextinguible de bonheur et une loi inexorable de perfectiont Et comment peut-on appartenir également aux deux principes, c*est-à-dire tout entier à soi-même et tout entier au devoir?

Mes frères, si Ton voulait s'étonner ou se scandaliser de quelque chose, ce serait de cela loul âL*^\scirtL«^\«Ci^i5ss^

3U) l'uTILITARISHB CHRBTlUr.

nul ne songe à reprocher cette contradiction à la natun humaine, parce que cette nature est un fait auquel cane peut rien changer^ et qu'il faut bien accepter tel quil est Mais alors pourquoi s'étonner que ce qui est dans llioiiune se retrouve dans la religion? Comment une religion noos serait-elle suspecte en reproduisant ce phénomène^ et non pas plutôt en ne le reproduisant point? Gomment ce fiût, au lieu de nous la faire juger fausse^ ne nous foit-il pis présumer qu'elle est vraie ? Sans doute qu'elle ne doit pis se contenter de reproduire la contradiction; sans dimfe qu'elle doit la résoudre; mais pour la résoudre^ il fiuttk reconnaître; et quand vous la voyez, bien loin de dissimuler ces deux traits ineffaçables de notre nature^ le besrài \ du bonheur et la loi du sacrifice^ les avouer^ au contraire, si hardiment et si hautement, combien n'est-il pas probable qu'elle a trouvé le secret de les concilier^ sans les affaiblir ni l'un ni l'autre^ et même sans leur porter h plus légère atteinte?

Une religion fausse se débarrasserait du problème en le niant; la religion vraie doit le reconnaître et l'avouer. Sa tâche^ son triomphe, sa gloire^ ce n'est pas d'obscurcir les termes du problème, c'est de les réduire à l'unité^ c'est de faire un même sentiment en nous de ces deux sentimeflls jusqu'alors divers et contradictoires. Toutes les couleurs s'accordent dans les ténèbres^ qui les détruisent toutes; mais toutes les couleurs aussi se fondent dans la pure lumière^ qui n'est que la réunion de toutes les couleurs^ sans être elle-même une couleur; car toute couleur particulière est un commencement de ténèbres, et toute couleur poussée à l'excès arrive au noir parfait. £h bien! il en est des deux faits que nous avons signalés dans la nature humaine comme de deux couleurs que la reUgion se charge de fondre en une seule et pute lu.m\eTe. Sa \à ^OÀi^oiCL ^\. xak^

^ L'irriLtTAniiiÎB chrexibk. Sifl

lioiil Verrons j âous son intlucnce^ le second de ces éléments 1

^sorber le premierj comme le premier absorber le second^ J

la sainteté se résoudre en bonheur^ le degii* du bonheur sa J

satisfaire par la sainteté , les deux principes devenir uni

mi^me principe, les deux hommes qui sont en chacun de I

bous n'éti'ê plus qu'un seul homme* Car c'est un même étr& ]

qui, dans chacun de nous^ aspire à ces deux chose^^ iisl

consent pas à être divisé par elles^ et veutj dans les deux!

objets de sa poursuite^ se retrouver un^ eniier et im-mêrne^M

Mt ne sont pas deux besoins, mais deux noms d'un même I

Pbeâoin, qujj lors de notre chute^ £»e dédoublant, pour ainsi 1

iirej nous a dédoublés nous-mêmes^ a créé en chacun de I

nous deux hommes différents, et a donné à notre vie un I

caractère faux, parce que le changement de notre volonté I

n*a pas pu changer le caractère des choses, parce que tout, |

dans ce qui est hors de nous, a été calculé sur notre premier 4

état et non sur le second, et que le changement qui a eu J

lieu en nous n'a pas pu faire que nous trouvions le bonheur |

autre part que dans la sainteté. 1

Ainsi doncj mes frères, entendons-nous bien : la religion I

trouve en nous l'amour du bonheur et le principe du de- 1

f*ir séparés; et sa mission, son chef-d'œuvre est de lesl unir. Il n'y a que la religion, c'est-a-dlre qu'il n'y a que 1 Dieu qui puisse le faire; mais nous ne disons pas qu'il n'y 1 ^ que la religion qui puisse en concevoir ou nous en faim i ■oncevoir l'idée. Cette idée n'est pas au-dessus des forces I w notre raison. I

K La loi, vous le savez, s'accomplit dans l'amour. L'homme I pst ce qu'il doit être, il a rempli sa destination quand îlj aime. Or, partant de ce point, que la loi s'accompht dan$ I lamour, nous demandons si l'amour de nous^mémcii oui du bonheur est essentiellement opposé k Tamour^ et par I conséquent à la loi. Comment le semi-iV, \t\5\i^\\ ^^vV%.

2^i L'tTïLltAUlSMK CïIttéTlEtC,

condition et le point de départ de t<iut amour? Comini*!* aimer aulrui, si l'on ne s'aimait soi-même t Gommeîit êtw sensible à ce qui le touche, û rien ne nous touchaîtt CoBh ment comprendre, sa situation, ses voeux, ses espérânrr^, ià toute situation nous était à nou**mfenîes indiftereiite.tt si nous n'étions capables^ pout notre compte^ de tonner aucun vœuj ni de concevoir aucune espéraneet Comtociiii y aurait-ii lieu au dévouement et au sacnfice, ^i nomm tenions à rien, et qu'il nous fût égal de posséder ou iû m posséder pas? Comment désirer le bonheur d'autrui* a b désir du bonheur était étranger à notre nature? Comfli6É jouir du bonheur d'autrui, ai nous ne savions ce que c^ que jouir? Comment^ enfin, nous séparer de iioas^iémei, ce qui est le propi-e de Famour^ si d'aboitl nous ti'éfeiuai unis à nous-mêmes? Gomment, en d'autres termes^ irint en autruij ce qui est le propre de Taitiourj si d'abord aovs ne vivions pas en nous"? Vous voyez donc que cet amour d# nous-mêmeSj si profond, si indestructible, tellemeol we^ parable de nous - mêmes que sans lui nous ne serions Jêê nous-mêmes et qu'on ne saurait le détruire sans nous dctruîi'e^ est aussi le point d'appui de tous nos setitimenlifll se trouve à la base de toutes nos afl'cctions. !^lâiâ e'^ lîOp peu dire î il n*est paâ seulement à la base de nos atfedioeii. il se mêle avec elles, il Ie« pénètre* elles sont pleines de Itiî* Comment ferei-vous pour que raniour, le plus gétiéroiil même et le plus pur, ne soit pas un întéi'êt et un aUmitl B l'attrait ne suppose-t-il pas quelque source de plaisir oti rtr bonheur dans Fobjet vers lequel on se sent attiré! Ne trouvc't-on pas nécessairement le bonheur dans ce qu^ti» aimCj par cela seul qu'on Tainiet Ces deux idées ne «oriielles pas tellement conespondatites, qu'il est impossible dt* mucevoir Tamour sans bt)ul\euY,^Mi^c\uieiSÎ un objet m nous donnait aucune sotVe A^\>«^v^'&^w^'^ts*2î^a&^«ît«^''^

^^^■^P L Hf lUXARlSUE CHRETIEN.

Kssïbïâ dô raimer? Il est très vi'ai, d*un autre côté^ qu'il ■a contradiction entro la Teclierche préméditéo de notre ^en et Tamour; aimer par intérêt, ce n'est pas aimer, et ces mots refusent même do s'allier; mais n'importe^ ce Wnlieur qu on n*a pas cherché, on le renconti'e ; que dis-je? on l'avait d'avance « on le portait en soi : le bonlieur n'est pas la récompense de Ta mou r; le bonheur est dans l amour méiue ; famour est plein de bonheur; l'amour est un bonbiir. Et si maintenant vous supposez Tâme aftactionnée, nrin ù quelque objet particulier et passager, qui peut lui diknner un bonheur particulier et passager j mais attachée I m loi (qui d'ailleurâ^ aimée ou non aimée^ n'en serait pas moins et éternellement sa loi); si vous supposez l'ànie ai* maot son devoir, aimant la sainteté, aimant Uieu^ qui renferme en soi tout t^sela ensemble; si vous faites que ce qui était sa loi devienne son amour, n'aurea-vous pas fait que ce qui était sa loi devienne son bonheur? n'aurez-vous pas terminé la guerre entre les deux éléments da sa nature! n^fturez-vous pas ^concilié raniom^ de soi-même avec lainouT du bien, et le bonheur avec la saintetét Et cette pure iiipposition ne vous fait-elle pas comprendre qu'entre lamour de nous-mêmes, pris en général, et la loi intérieure Likvoir^ il n'y a aucune contradiction essentielle^ et qu'il ' a aucune nécessité de détruire ni même de restreindre an des deux éléments pour faire plaro à Tautre, puisqu'ils ni propres et destinés à former dans notre âme un seul même sentiment?

Ce que nous disom do Tamour de nous-mêmes, nous ne le disons pas de cette aufrt; affection quij dérivant de l'ainour de soi, n'en est que Tabus et la corruption; nous voulons, mes frères, p*irlerde régoïsmc. Ce sentiment a caractère distinct if de chercher sa satisfaction dans QlBmmt df* /'individu. Et to cftçl, Vî^toç^w àife

m , l'utilitarisme chriStien.

mémes; dans sa pureté^ ne nous empêche pas de nous unir au reste de la création sensible; Tégoïsme nous en sépare ; le premier nous répand^ le second nous resserre; le premier nous laisse aboutir à tous les êtres de Vnmwen, le second les fait tous aboutir à nous seuls; le prraiier nous permet de multiplier notre existence par la sympathie, le second nous réduit à notre vie individuelle, qd, ainsi réduite, est une mort; le premier est une hannonie, le second est un faux ton dans l'universel concert; le premier est vérité, le second est mensonge; le second, pour tout dire, est un avortement du preriiier. Tel est^ mes frères, Tégoïsme, pour qui tout est instrument, et riea n'est but que lui-même. Ce fils bâtard de Tamourdesoi est le père d'une nombreuse et abominable famille. La vanité, l'avarice, la volupté, toutes les passions qui nous retournent sur nous-mêmes, qui nous emprisonnent et nous ensevelissent en nous-mêmes, sont les détestables atnésde cette race impure. Mais ce n'est pas là seulement que 1'^ goïsme se reproduit et se multiplie. Il est présent dus toutes nos affections purement naturelles; il y domine aisément; souvent il y est seul. Hélas ! l'affection qui^ wt la terre, est devenue le type de l'amour même^ l'amour maternel, n'est pas toujours sans égoïsme, et son égolsme est quelquefois cruel !

Mes frères, après ces considérations nous ne pouvons plus mettre en question s'il est permis à la religion de rendre l'homme heureux. Il est clair que non-seulement elle le peut, mais qu'elle le doit; qu'elle ne peut pas, si elle est vraie, ne pas donner le bonheur, et que c'est là un des caractères principaux de sa vérité, liais en loi accordant ce résultat comme inévitable, plusieurs demanderont si elle doit l'annoncer, et s'il est digne d'elle de commencer par l'offrir. N'esWie ipa&,dL\^\v\.-^'&,\wc»^j^

L UTILItlRlSlfE CHIIETIEN*

^la partie la moins noble de notre nature, et attirer nos garda précisément sur le point d'où il faudrait les dépurner ? N'est-ce pas de sainteté quii faut parler d'abord, , . laisser le bonheur venir avec la sainteté? ;

Ceux qui parlent ainsi, mes frères, oublient ce dont ils viennent de convenir; c*est que le bonheur est nécessairement uni à la sainteté ; c'est que depuis longlemp^î l'arbre a porté ses fruits ; que la vie de mille et mille chrétiens a vérifié cette parole du Sauveur : a Heureux ceux qui ont a faim et soif de la justice l » et que ce bonheur, celle paix ^u moins, dont jouissent les vrais chrétiens, a conduit biea pes âmes vers cet Évangile qui devait les conduire vers les mêmes expériences. En sorte que quand l'Évangile ne parlerait pas de bonheur, le bonheur des chrétiens en par* ^rait.

Mais ces chrétiens eux-mêmes^ dont le bonheur nous ^t envie, et qui le sont devenus sans avoir vu ou sana piotr entendu d'autres chrétiens, n'a-t-il pas fallu que la feeli^on leur parlât de bonheur? Nous savons quil n*est ' jne trop ordinaire aux hommes, quand ils font des théo- ■es, ou morales ou politiques , de partir de Thonime tel ' qu'il devrait être^ plutôt que tle Thomme tel qu*il est, 11 1 nous semble, mes frères, qu'on doit attendre quelque i chose de mieux de la religion , et que si quelqu'un a du | Ikon sens, ce doit être Dieu, Or, qu'ust-ce qui camctérise j Iftotre état actuel ? C*est d*avoir pt^rdu le goût de la sainteté, bais non pas certes d'avoir perdu le goût du bonheur M c'est de ne point sentir assez vivenient, assez disti ne tementl jue le bonheur est iasëpamble de lu sainteté, mais non paiJ srles de ne pas sentir assez vivement ni assez distincte-^ aent le profond, rinaUéruble besoin d'être heureux. Ct j i*est pas là un sentiment (jne notre chute ait affaibli; c'est ^ \ qu^ùii eât $ûv dv nous trouver, c'ei^V Xfi^

816 L^lTILITARIfllIB CHRiTIKN.

de pouvoir nous prendre. La sainteté est le terme; est-oê du terme que la religion doit partir! Cette pensée est absurde^ Mais par quoi donc faut-il qu'elle attire l'homme, et par quoi se Tattachera-t-elle, si elle ne lui annonce pas le bonheur! Remarquez bien de quoi nous parlons quand nous parlons de religion. Nous n'entendons pas par là une eonnaissance ou un sentiment que Thomme reçoit ftveo h vie et qu'il apporte en naissant; nous entendons une al* liance de Dieu avec l'homme^ survenant plus tard pour léparer le vice ou Timperfection de notre état naturel, cl pour combler un vide dans notre existence. Mais comment un vide que Dieu seul peut combler ne serait-il pas sentif et comment ce sentiment ne serait-il pas une peine? Gomment donc la religion ne s'annoncerait-elle pas comme une réparation ou comme un remède? Et si elle est une manifestation de la charité de Dieu à notre égard, et un moyen de cette charité, comment supposer qu'avec un tel dessein, Dieu s'adresse de préférence à la partie la moins accessible de notre être, et frappe de préférence à la porte que nous lui ouvrirons le plus diflScilement? N'est-11 pis bien plus probable que sa bonté lui fera choisir, pour pénétrer jusqu'à notre cœur, cette porte incessamment et tegement ouverte dont nous vous avons parlé, le besoin et l'amour du bonheur?

Faire un crime à la religion de cet innocent attrait, serait véritablement étrange. Vaudrait -il mieux peut-être qu'elle n'usât pas du seul moyen dentelle dispose, et que, pour se ménager des suffrages tout à fait purs, elle prft soin de cacher tout ce qu'elle a d'aimable et de touchant? Je ne sais, en vérité, si vous seriez ici plus sévères envers l'homme ou envers Dieu même. Envers l'homme à qui vous semblez dire : a Peu Viaçotl^ cjoa tviales besoin d'être consolé! Peu împorle cpie lowle Vai cT^îy.>Àwv,^Qç&.\ss.\«R

Page 1