‹ Études ÉvangéliquesChapitre 6 sur 28 · SELON L^ESPRIT · texte numérisé non relu

SELON L^ESPRIT

de pensée toute une vie d'amour. Les choses ne se mesurent point ainsi. La quantité, l'étendue^ la durée ici ne sont lien : la nature est tout. Toutes les pensées les plus sublimes de tous les philosophes les plus profonds^ de tous les tiècles du monde^ ne valent pas^ ne pèsent pas un seul mouvement de charité. Et si Ton nous objectait que les grandes pensées viennent du cœur^ qu'il est des choses qui ne peuvent arriver à Tesprit qu'en passant par Tâme, et qu'il y a peut-être quelque amour dans quelques-unes des spéculations de ces grands esprits^ nous n'avons garde d'y contredire^ et nous portons avec joie au compte de la vie supérieure et véritable tout ce qu'il peut y avoir eu d'amour dans leur pensée; mais nous n'en disons pas moins que, dans ces belles pensées où il y a de l'amour^ c'est l'amour (pi fait la vie ; que la pensée^ comme pensée^ n'est point la vie, que l'ignorant qui aime surpasse en dignité le savint qui n'aime pas, et qu'un seul acte, un seul mouvement de véritable amour l'emporte sur toute la masse des plus brillantes découvertes et des plus sublimes pensées.

Uaintenant, si nous avons dit vrai, dans ces développements, nous avons le droit d'affirmer de nouveau ce que nous ayons afSrmé en commençant : saint Paul, disionsnous, se réjouit de ce que les Colossiens vivent, ou de ce qu'ils sont passés de la mort à la vie. La véritable vie, c'est l'amour. Les Colossiens vivent puisqu'ils aiment.

Mais saint Paul ne dit pas simplement qu'ils aiment : il dit qu'ils aiment selon l'Esprit. Or s'il ajoute ces mots, s'il distingue entre plusieurs amours, ce n'est pas sans doute pour désigner la plus faible et la moins excellente, mais au contraire pour désigner la meilleure.

L'amour selon l'Esprit, dit l'Apôtre. Quel est cet esprit? Est-ce l'esprit en général, l'esprit par opposition à la matière, l'esprit considéré comme la partie û \A\3fi» V!,^ç.^\\ssçvV.

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de nous-mêmes; de telle sorte qu'il eût pu dire également bien, au lieu de votre amour selon TEsprit, votre amoui spirituel? Nous sommes persuadé que saint Paul a voulu dire : Tamour selon TEsprit de Dieu, Tamour que l'Esprit de Dieu enseigne et inspire; mais nous pourrions sans danger consentir à la première interprétation, bien certain qu'à l'insu de ceux qui la proposent, elle renferme celle que nous préférons, bien certain que dans la première nous retrouverons la seconde.

Que signifie, en effet, le mot d'esprit, sans l'addition du nom de Dieu, comme par exemple dans ce passage : a L'esprit est prompt, mais la chair est faible? »

"" (1) Il signifie cette meilleure partie de nous-mêmes que saint Paul appelle (Romains, Vil, d4, d5, 16) moi, et que l'Esprit de Dieu est venu remettre en liberté. C'est la partte de notre être par laquelle nous sommes en communion avec Dieu. Ce n'est ni le corps ni l'âme, c'est le sens du divin et de l'étemel. Aimer selon l'esprit, c'est donc en tout cas aimer selon ou par l'Esprit de Dieu, de même qu'aimer selon l'Esprit de Dieu, c'est, par là même, aimer spirituellement. Nous sommes donc certains de retrouver Tune des interprétations dans l'autre.

* Attachons-nous à la première. Aimer selon l'Esprit de Dieu? Ici encore on dira que l'original signifie : aimer par l'Esprit de Dieu. Peu nous importe encore : qui aimera par l'Esprit de Dieu, aimera sans doute selon l'Esprit de Dieu. Or, l'Esprit de Dieu est d'abord un esprit, et (ensuite) l'Esprit de Dieu. 9

* L'amour selon l'Esprit est un amour spirituel; c'est-à-

(1) Les paragraphes précédés de ce signe * sont de simples notes empruntées à un premier manuscrit, qui n*ont pu être rédigées définitivement par H. Vjnet. Cm Jes intercale ici pour suppléer aux lacunes et indiquer la marche des idées de Tanfeur, dont on ne pourrait sans cela comprendre Yenc\i«\iiein«n\.

SELON LBSFHLT*

i&ifej

Sre que ce qui aime en nouSj ce n^est aucune partie de^i être cbamelj mais cet homme ancien et nouveau qui| ^ipour objet le vrai* le juste, le divin^ FimmorteL

* L'amour selon TEsprit n'est donc pas cet amour git er cjuc produit ou que stimule la convoitise des sens,

[dont il est dit qne ['affection de la chair donne la mort. Et^ ; étendons le sens de ce mot (affection de la chair : Ros, \7I1, 6) à tous les amours de simple goûtj do préice, de convenance^ communauté d'esprit de parti, ammunauté de crainte ou de haine^ habitude,

* L'amour selon TEsprit n*est donc pas non plus une af- Ifectioo intéressée. Ces deux mots semblent se contredire lu m contredisent au fond ; mais il est certain qu'on peut

ï illusion. On aime les gens (d*une certaine affection) ■ le bonheur qu'ils apportent ou qu'ils promettent;^ la considération dont ils nous entourent; pour la douf teur que nous trouvons dans leur commerce^ et la comffiiîiaiice qu'ils ont pour nos goûts* L'intérêt^ Tégoïsme même se mêlent aux affections les plus pures : amoufjJ

H * L'amour selon l'Esprit n'est donc pas non plus l'affec* ^KSon luitui^elle (même détachée des sens et de legoïsme]i ^BuL'esl pas que l'Esprit condamne les affections nalu- . ^HH|; au contraire, il les consacre, il les restaure. Leura " liMence prouve son absence ou sa retraite ; mais leur préne prouve point sa présence. Ces instincts sont t, d* une beauté qui ne nous est pas personnellej mais de la beauté de Dieu, comme l'azur du ciel, comme le par- ^^m des tleui"Sj comme lu mélodie des sons; c'est la beauté ^Bk Dieu dans le monde moral. Il faut qu'il y ait l'idée d&l ^HH^Bjl'obéissance^ de principe, une adhésion a Tordi'e ^HHHB: cette obéissance îi'est pas Taniour ; umis l'amour €d principe n"e&t pas non plus \*amout sfcV^iU VL^v^\V*

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Mais cet Esprit dont parie TApôtre est ITEsprit de Dieu Or vous n'imaginez pas que l'Esprit de Dieu puisse inspi rer à lliomme une affection dans laquelle Dieu lui-mémi n'ait point sa part ; car c'est l'Esprit du Dieu jaloux; c'es l'Esprit du Dieu qui n'a pu nous créer que pour lui; c'es l'Esprit du Dieu qm nous veut tout entiers; c'est l'Espri du Dieu qui nous a commandé de l'aimer de tout notn cœur, de toute notre âme, de toute notre pensée et d< toutes nos forces. S'il en est ainsi, comment y aura!t-i dans notre vie un seul moment, dans notre âme un sen point dont Dieu pût être absent, d'où Dieu pût être exclu S'il en est ainsi, quelle sera la part de Dieu dans nos affec tions? Fait-on à Dieu sa part? Dieu partage-t-il avec sa créa ture? Et s'il lui permet d'aimer un autre être que lui sera-ce autrement qu'en lui et pour lui? Dieu ne sera-4-î pas présent dans tous nos amours? N'en sera-t-il pas 1 sanction, le lien, la beauté, la force, et aussi la limite' Certes, il n'interdit pas ces affections, il les commande ai contraire : le second commandement, semblable au premier, est d'aimer nos frères, et remarquez que dans o commandement même tout le droit de Dieu se retrouve s'il a droit de nous commander d'aimer nos frères, c'es que d'abord il a droit lui-même d'être aimé. Mais quand î ne nous aurait pas commandé cet amour, quand il l'aurai permis seulement, ce ne pourrait être qu'à condition A dominer lui-même nos affections, de nous trouver toujour prêts à les lui sacrifier, à les arracher de notre cœur quaiM elles lui déplaisent, à les haïr enfin plutôt que de les In préférer. Voilà la seule manière d'aimer selon l'Esprit d Dieu. Aimer autrement, c'est aimer selon l'esprit di monde et du diable, qui sont les ennemis de Dieu.

Qu'avons-nous dit d'ailleurs de l'objet de l'amour? Ce objets c^est runité; mais sans doxite \m^ m\Vib cA>m^lMe

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une unité qui embrasse tout ce qui est fait pour être uni. Le véritable amour doit tendre vers cette complète unité, et ne se reposer qu'en elle. Croyez-vous donc qu'après avoir embrassé toutes les créatures, il puisse s^arrêter en deçà du Créateur? Croyez-vous que cet amour puisse tout embrasser, tout réunir, hormis celui qui est le principe même de tout amour, l'auteur de tout amour, et qui par eonséqaent doit être le premier, le suprême objet de î'amoarT Quelle unité, mes frères, ou plutôt quelle rupture, quel déchirement, quelle contradiction ! Le monde d'un eftlé. Dieu de l'autre ! L'amour refusant de remonter à la source de l'amour! L'homme ne voulant pas appliquer à Dieu la force d'aimer qu'il a reçue de Dieu même ! L'homme lefoant son amour au seul être parfaitement aimable, et le prodiguant à des êtres qui ne sont aimables que par lui, qui ne sont aimables qu'en lui! Ou bien, l'homme, avec Boe dérision plus insultante encore, consentant à aimer Dieu, mais après tout le reste, mais moins que tout le reste, conune si l'aimer ainsi c'était l'aimer ! comme si lui jeter les restes de notre cœur, ce n'était pas lui offrir (je ttemble devant la vérité de ce langage ) notre haine et notre mépris ! Encore une fois, que parlez-vous d'unité? Non, huiité qui n'est pas complète, n'est pas l'unité ! Non, vous ne paraissez vous unir à Tordre particulier que pour vous séparer de l'ordre général ; non, votre attachement iox créatures ne sert qu'à montrer votre séparation d'avec le Créateur, et à mieux constater que vous êtes en dehors de l'ordre et de l'unité.

Et quelle sera encore cette unité inférieure sur laquelle nxis vous rabattez, et que vous prétendez réaliser dans vos iffections humaines? Comment serait-elle \Taicî Comment h vérité pourrait-elle habiter avec le mensonge^. CovwcûssçvV^ tùCMpables que vous êtes d'aimer le seui èXt^ ^^^^\si^^

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aimable, le seriez-vous d'aimer véritablement vos frèresl Gomment, après mie si effroyable injustice, pourriez-vous être justes? Comment des cœurs aussi dénaturés pourraientils se flatter d'aimer? Convenez que tout amour d'une nature supérieure est impossible à ceux qui n'aiment pas Dieu, et que tout amour qui n'est pas selon l'Esprit de Dieu ne saurait être un amour selon l'Esprit.

L'Évangile ne nous autorise point à concevoir l'idée de deux unités indépendantes, dont chacune pourtant serait une unité. Ce ne sont des unités qu'en vertu de leur rapport et de leur correspondance mutuelle. L'unité entre les hommes n'est qu'un écoulement, une continuation de l'unité entre les hommes et Dieu. Jésus-Christ a demandé à son Père que ses disciples fussent un entre eux, mais il n'a point séparé cette demande d'une autre demande : savoir que ses disciples fussent un avec lui et avec son Père. Il ne dit pas seulement à son Père : Je te prie qu'ils soient un, mais : Je te prie qu'ils soient un en nous; c'est alors seulement^ suivant la déclaration de ce divin Maître, qu'ils seront consommés dans l'unité. (Jean, XVIÏ, 23.)

Nous savons maintenant ce que c'est que l'affection ou Tamour selon l'Esprit; elle est au-dessus, elle est en dehors de tous les attachements selon les sens, selon l'intérêt el selon la nature, que nous avons énumérés : c'est une affection dont Dieu est le centre, qui renferme en soi le devoir^ qui s'attache à l'âme, qui aspire à l'éternité.

Pour savoir ce qu'elle est, nous n'avons eu, pour ainsi dire, qu'à la nommer. Ce nom seul nous a tout appris. Mais aurions-nous défini ce qui n'est point et ne peut êtrel N'aurions-nous développé que le contenu d'une simple idée? N'aurions -nous décrit qu'un objet imaginaire? El n'avons-nous pas, pour définir l'affection selon l'Esprit. quelque autre et meilleur moyen que cette froide analysel

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Devons^ous^ en un mot^ terminer cette exposition par ces mots : Voilà ce que serait Tamour selon l'Esprit^ si cet amour existait^ si cet amour était possible? En vérité^ nous aurions grandement avancé^ et nous aurions bien employé notre temps et le vôtre l Que vous servirait de connaître exactement ce qui n'est pas^ ce qui ne fut jamais^ ce qui ne sera jamais? Mais il est impossible qu'il en soit ainsi. Si cet amour n'était pas dans la natiu*e des choses, s'il n'avait pas une base en Dieu et en nous^ soyez- sûrs que nous n'en aurions pas même l'idée. Nous n'aurions pu vous décrire une chose qui ne serait pas. Cet amour selon l'Esprit est possible^ il est réel : j'en atteste son nom (1).

Oierchons-le donc sur la terre dans des cœurs humains^ 8i k terre peut nous en offrir des exemples. Interrogeons rUstoire, nos souvenirs^ les faits qui nous environnent. Demandons au passée au présent^ à nous-mêmes des images oà nous puissions le contempler^ non plus comme une

(f ) Id •*«Télc le Biaïuiierit de U portion de ce discoon de M. Vinet troatée pannl !• diicwri qa*il destinait à Uirt |Murtie de ce -volnne d'Études évangéliques. On tiaât ciseyé de le compléter au moyen de notes fort courtes qui y étaient jointes. Ce travail était aclievé, quand on a retronvé parmi d'autres papiers laissés par raslear, som le titre de VAffeelion ielon l'Etprit, iecond tfûeotfrj, un manuscrit «Mî élaadn qae eelui dont nous Tenons de faire utagCi et qu'on prit d'abord pear u autre discours lur le même sujet, auquel il n'aurait manqué que l'cxorde. Ob arait déjà imprimé le premier, en le distinguant de celui qui devait luivre pir le eUffre I, lorsqu'on a reconnu, par une comparaiion trèi attentive des premières notes et du texte déOuitif, que AI. Vinet, après avoir d'abord traité le sujet en dcnz discours, s'était décidé à foodre ces deux discours en un seul. Les deux frag me n te ont alors dû être rapprochés au lieu d'être isolés l'uu de l'autre; la Soudan se trouve, à l'entrée du second, dans le mot donc, qui le rattache étroitement u premier.

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idée^ mais comme mie réalité. Mais nos regards poorraieniils longtemps hésiter^ et avant de s'arrêter sxxv aucun homme, ne s'élèveront-ils pas d'abord au prince de notre salut? Aima-t-il selon l'Esprit ou selon le monde, celui à qui l'Esprit ne fut pas donné avec mesure, celui qui, vivant dans le monde, ne fut pas du monde et ne voulut pas prier pour le monde? Certes, tous les caractères qui distinguent^ entre toutes les autres, l'affection selon l'Esprit, $e sonlt manifestés dans chacime des affections de Jésus, et nous eussions plus tôt fait, pour les connaître, de les chercher en lui que dans la nature même de l'affection spirituelle; car qui ne reconnaîtrait que la gloire de son Père a été son premier objet, et qu^il enferma tout le but de sa vie ter^ restre dans cette œuvre suprême : manifester le nom de Dieu aux hommes que Dieu lui avait donnés du monde? Quel a été le plus noble et le premier des liens d'un homme avec un autre homme aux yeux de celui dont toute la vie réalisa cette mémorable déclaration : a Qui- « conque fera la volonté de mon Père qui est aux cieux> a celui-là est mon frère et ma soeur et ma mère? » Sans doute il connut les affections naturelles et par conséquent les attachements particuliers, celui qui pleura sur le tombeau fermé de Lazare et sur le sépulcre ouvert de Jérusalem ; mais à quelle hauteur n'éleva-t-il pas ces affections particulières au-dessus de leur caractère de particularité? et dans la sphère où il les transporte avec lui, qui les reconnaîtrait encore? Qui pourrait ne voir en elles que des affections privées? Qui pourrait le soupçonner de s'être cherché lui-même un seul instant dans les objets de son affection? Qui pourrait nous montrer dans aucun de ces attachements le simple cachet de l'instinct ou de l'habitude? Qui n'est, au contraire, forcé d'avouer que si l'habi- ^ude et riûstinct furent pour quelque chose dans les liens

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