‹ Études ÉvangéliquesChapitre 7 sur 28 · SELON L ESPRIT · texte numérisé non relu

SELON L ESPRIT

qu^il fonna sur la terre, ils disparaissent Tun et l'autre dans l'idée de sainteté; que Tamour chez lui fut une vertu^ et qu'il ajouta^ si Ton peut parler ainsi^ la charité à chacun de ses attachements? C'est à lui qu'il appartenait de nous apprendre^ selon l'expression de saint Jean^ ce que c'est que la charité. C'est lui qui a apporté dans le monde le mot avec la chose^ en y consacrant^ par sa vie et par sa mort, le principe d'un amour, non obscur comme l'instinct, mais lumineux comme la volonté; d'un amour où ni le péché, ni l'intérêt propre, ni la nature, ni aucun accident, n'ont aucune part; d'un amour où l'esprit immortel cherche l'esprit immortel; d'un amour tout uni, tout fondu avec l'amour de Dieu, et qui, venu de Dieu, remonte à Dieu; d'un amour enfin qui n'est plus une production de la nature, mais un fruit de la grâce. C'est lui qui de son enfance à Nazareth jusqu'à son dernier soupir en Golgotha, a tenu si haut élevée la barrière de la charité, qu'il a été à jamais impossible de la confondre avec aucun autre étendard, et de ne pas rec(Mmattre que l'amour qui fut conspué au prétoire, maudit sur le chemin du Calvaire, crucifié entre deux brigands, est un amour différent de tous les amours.

Toutefois, si c'est en Jésus-Christ que nous avons connu ce que c'est que la charité, ce n'est pas en lui seul qu'elle s'est manifestée, si ce n'est pour qu'elle se répandît; et à quoi servirait qu'elle se fût manifestée, si elle ne s'était répandue? Elle fit école, cette charité divine; l'Esprit-Saint l'enseigna à tous ceux à qui il enseigna que Jésus-Christ était le salut du monde; ils firent plus que d'annoncer, ils réfléchirent ses vertus, et dans ces vivants miroirs, ce qui parut le plus clairement, ce qui, avant tout, frappa tous les regards, ce fut l'amour selon l'Esprit. Ils ne furent pas du monde comme lui-même n'était pas du moTvàfe*, ^m\,\îsvxsî^ affècti<m8 ne furent pas du monde, ou du mo\»s» cfc ^'^

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y avait en elles de mortel fut absorbé par la vie. Saint Paul, saint Pierre, saint Jean, des milliers d'autres après eux, aimèrent selon TEsprit. On peut, à travers le voile de leur humanité, reconnaître en eux, entière et distincte, cettemême céleste affection : la vie de chacun d'eux, non pas en vertu de quelque charge ou de quelque distinction particulière, mais simplement en tant qu'ils furent chrétiens, la reproduit fidèlement; leur vie, comme celle de leur maître, définit mieux que toutes les paroles l'amour selon l'Esprit; leur charité, en traversant l'océan du monde, a laissé derrière elle un lumineux sillage que rien ne peut effacer, et qui signalera à tous les siècles leur passage dans la route du sacrifice. Il suffirait d'un seul d'entre eux pour nous révéler ce sens nouveau et cette force nouvelle, communiqués à la nature humaine; nous pourrions nous en tenir à saint Paul; nous pourrions nous en tenir au peu de lignes qui précèdent notre texte; l'affection selon l'Esprit s'y montre tout entière. Chaque mot en fait jaillir quelque trait; chaque mot nous apprend que saint Paul aime ceux à qui il écrit, et que ce n'est pas selon le monde, mais selon l'Esprit qu'il les aime. Dès lors, mes frères, l'héritage de la charité du Fils de l'homme n'a pas plus été répudié que l'héritage de ses douleurs; c'est-à-dire que le peuple de Dieu a toujours souffert, a toujours aimé; et ce qui se perpétue dans l'Église vivante, à travers toutes les vicissitudes et tous les renouvellements, ce qui, de siècle en siècle, constate pour ainsi dire son identité, c'est l'affection selon l'Esprit.

Les faits donc se joignent au raisonnement pour nous

apprendre ce que c'est que l'amour selon l'Esprit. Après

tout ce que nous avons dit, ne serait-il. pas étrange que

nous fussions appelé à prouver que cet amour est l'amour

véritable, et par conséquent \a \èn\aib\ft n\^*1 ^o\j& «.vous

féfonnu que toute autre affection^ depuis la plus coupable ■ iasqu*à la plus innocent^j est une affection selon le monde, I ^nsitolre par conséquent et périssable comme le mondc^ I et dont le souvenir même, dont la trace doivent s'évanouir I dam les splendeurs de 1 éternité, comme les étoiles de la I nuit s'éteignent dans les feux de Taurore. Je demande seu- I I tement ceci maintenant : Est^^e une véritable vie que celle I ' qui peut tmirl ce qui meurt a-t-il jamais vécu? ce qui I n'est plus a-t-il jamais été? et si nous convenons que tout I Ic^fjui est vrai est éternel, ne sommes-nous pas entraînés I f i convenir que ce qui n'est pas éternel n'est pas vrai? Ces J I affections étaient belles, dites-vous; oui^ nous lavons re-'l connu j belles de la beauté de Dieu; mais le eiel aussi estti -benu sans doute, maïs la terre aussi est belle ; ce qui n'em- 1 nêchera pas la main qui fît les cieux de rouler et d'empoiv I fier les deux comme une tente ; ce qui n'empêchera pas 1 ne globe, avec toutes ses magnificences et toutes ses ri- m mmmSf de disparaître dans une tempête. De ce qui es| I kion la nature rien ne demeurera , car la nature n'est 1 ■Q'ane forme de la pensée de Dieu ; de ce qui est selon ■ Reprit rien ne passera, car TEsprît c*est Dieu lui-même : I I L'amour, dit l'Apûtro^ ne périra jamais; » mais il parle I if i Hinnur selon fEsprit. Ou pourrait concevoir que la I ■plé consenât nos autres amours comme Tambre con- I pnm le brin d'algue autour duquel il s'est formé; maïs I ■D o© pourrait concevoir comment ce brin d'algue, com- I Bent Tamour selon le monde se conserverait de lui-même. I ' Ce qni nous jette à cet égard dans Tillusion , c'est que I Wus voyons des nuances où il n'y en a point; c*est quû I nous supposons entre la chair et Tespril des intermédiaires I que lu vérité ne connaît point. Quelque cbose qui n'étant I point l'esprit, ne serait pourtant pas la chair, l'Evangile ■ u'empade nulle part. Pour lui^ tout ce ^V\\ l\'^.W^^^v%x^

66 l'affection

pas à Tesprit, ou tout ce que TEsprît n'a point sanctifié, ressortit à la chair : non pas pourtant qu'il ne distingue^ ainsi que nous l'avons £ut^ entre les affections coupables et les attachements purement naturels; mais les unes et les autres^ malgré leur différence^ si vous les mettez en face des affections de TEsprit^ sont réunies en une seule classe par un même caractère. Étant de Tordre de la na^ ture ou du monde, et non de Tordre de TEsprit, elles sont périssables comme le monde : elles périssent avec lui» c'est-à-dire avec chacun de nous^ à mesure que le monde finit pour chacun de nous; en sorte que si Ti^ection ^eloa l'Esprit n'est pas entrée dans notre cœur ou pour les remplacer ou pour les immortaliser^ il ne nous reste, au moment de notre départ de ce monde^ rien que nous puissions remporter avec nous. Ainsi donc, sans ramasser id les paroles les plus sévères de l'Écriture contre la cbair et contre les choses de la chair^ sans attaquer les affections de la chair dans leur nature et dans leur principe, et sans y voir pour le moment un autre caractère que celui que nous venons de signaler^ la mortalité, nous transportons de droit à tout attachement qui n'est pas selon l'Esprit toutes les déclarations de nos saints livres sur la caducité de la chair; en sorte que quand nous lisons ; a Toute chai» a est comme Therbe et toute sa grâce est comme la fieur « d'un champ; » nous croyons lire en même temps : Tout amour que Dieu n'a pas sanctifié par son Esprit est comme Therbe; et toute sa grâce, tout ce qu'il eut d'aimable, tout le charme qu'il répandit sur notre vie et dont il enchanta notre imagination, est comme la fleur d'un champ; le vent de l'Étemel qui souffle sur cette herbe et sur cette fleur peut tout aussi bien souffler sur cet amour, et le flétrir comme elles. Quand nous lisons que celui qui sème pour la ciâirwoissomxevà de la chait \a conu^^Âoiv, cela signifie

SELON l'isprit. 67

pour nous : que cdui qui cherche la vie dans les affections wtiireUes se trompe cruellement; qu'après une délecta- < tkm de quelques années, c'estpè-dire de quelques instants^ ; 3 n'y irouyera que la mort, et que quand les objets lui en ■■ mtofA été ravis, il se trouvera vis-à-vis du néant. Après eeU, je ne cherche pas si Dieu n'est pas le vrai milieu de [ Il vnâe amitié; si des amitiés qu'il n'a pas marquées de

IiOD sceau peuvent être bien vraies et bien douces (i) ; si, ntme avant la mort qui fait disparaître les objets, elles ne I NDtpas déjà exposées à une mort tragique; si elles n& ' portent pas en elles un germe de corruption qui les fait nodrir longtemps avant nous ; si les meilleures ne sont pas troublées par des orages et des déceptions; si nous ne ONNirons pas, après notre mort même, dans le cœur de loi {dus chers amis. Quand je me serais fait de la pureté el de la constance de ces affections l'idée la plus romaooiqae et la plus exagérée, je n'aurais âiit qu'ajouter à l'amefiume de cette pensée : D n'y a point de fdace dans l'étemité pour les attachements les plus doux et les plus purs, à la grftce de Dieu ne les a pas fait devenir, d'affections terrestres qu'elles étaient, des affections spirituelles et célestes.

(Test peut-être en avoir dit assez pour vous épouvanter; eir Tenfer est déjà tout entier dans ce vide d'un cœur qui n trouve violemment séparé de ses affections et de leur lonvenir même, sans être uni à Dieu, d'un cœur qui ne ' lit plus que pour sentir qu'il ne vit pas, d'un cœur qui a besoin d'amour comme la poitrine a besoin d'air, comme la corps a besoin d'aliments, et qui ne trouve aucun objet àee besoin, ni les êtres périssables dont il a perdu jusqu'au ioavenir, ni Dieu qu'il ne peut aimer.

(l^Siae ne oon -valet née dorabit amicitia, nec esl ^et«LeVmuu^^'\^^>À.^Qf^Ki& . (l'imiMiotL)

68 l'afpkction

Mais comme il est trop peu de personnes qui compiennent qu'en effet Tenfer est là^ il a bien fallu que VÉimime parlât un autre langage et prononçât contre la chair des malédictions plus formelles. Aussi Ta-t-elle fait; et ici encore tout ce qu^elle dit contre la chair elle le dit contie les affections purement mondaines. Et ainsi quand die déclare que la chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu, nous comprenons qu'un cœur remfdi uniquement des affections de la terre^ fussent-elles même sans autre péché que d'être de la terre, est par là mâme indigne et incapable du bonheur céleste ; et quand elle nous déclare que l'affection de la chair donne la mort^ au lieu de restreindre cette malédiction aux passions impures que la corruption humaine a décorées du nom d'amour^ nous retendons à tous les attachements où Dieu n'a point été admis en tiers^ et nous traduisons : toute amitié selon le monde donne la mort. Oui^ la mort^ parce que toute affection de ce genre a enlevé notre cœur à Dieu , crime digne de mort s'il en fut jamais.

On doit bien comprendre maintenant que si saint Paul se réjouit de l'affection spirituelle des Colossiens, ce n'est pas comme d'une perfection au-dessous de laquelle il y a encore quelque chose de bon dont il pourrait aussi se réjouir. Non^ il ne se réjouit pas de l'amour des Golossiens comme d'une vie meilleure^ mais comme de la vie taudessous de cette vie, il n'y a que la mort. Sa joie sur l'état des Golossiens qui aiment selon l'Esprit suppose donc une grande tristesse au sujet de ceux qui ne sont point dans le même état; s'il les félicite de quelque chose, c'est d'être échappés à la mort : aurait-il donc des félicitations encore, et seulement moins vives, pour ceux qui n'aiment point comme eux? Des félicitations ! oh ! non sans doute; mais de charitables menaces; mais dessup^Uc^lvous^j^ur qu'ils

^^^^^^^^^ SELOX L ESPRIT* W9M

tîttienl Bîeu avant tout^ pour qu'ils aiment en lui tout co

(fu^il leur permet d^aimer; des exhortations à mettre enfin

leur cœur oii se trouve leur seul trésor, et à ne pas se pri-

■f du seul bonheur qui soit possible après rétemelle dis-

Hrition de tout ce qui compose ici-bas un bonheuï mon-

Bin. Saint Paul ne leur dii'a donc pas, et il ne nous dît

point à nous-nit^mes : Aimez davantage ce qui mérite d'ôtre

daMnitago aimé ; aspirez à un amour supérieur afm de vivre

d'une vie supérieure; ambitionner les douceurs plus ex-

tîses d'une affection plus pure; non, il leur parle et à iis-mémes un langage plus absolu. L'amour selon TEst et l'amour selon la vérité ne sont pour lui qu'une mt^me dicise ; la où est TEsprît de Dieu, là seulement est la vé-

fs et par conséquent la vie; et de même que la Maître ît déclaré qut^ Dieu est Esprit et quil faut que ceux ftti Tadorent Tadorent en esprit et en vérité, le drsciplCj âQÎvant la même pensée, déclare a son tour que Dieu est Esprit, et qu'il faut que ceux qui Faiment Faiment en esprit et en vérité, qu'ils aiment en esprit pour aimer en i*rilé-

Mais plus nous le trouvemns absolu dans cette vérité absolue^ inflexible sur cette inflexible nécessité, et ne fûj^ant d'un côté que la vie et de 1 autre côté que la mort, |to nom comprendrons avec quels sentiments, c'est-à- ■b^avee quelle plénitude, quelle surabondance de joie, il Ki%'Eit à une Église, à toute une Église : a J*ai appris.*, » B&i^ mes frères? que FÉglîse s'élcndj qu^cUe a gagné les l^tÂsants du monde, qu'elle domine les aflaires publiques, que la science y fait des progri^s, qu'elle a trouvé des défeiifteurs parmi les plus grands grénies? Rien de tout cela; fc^ggit de bien moins pour le monde, de beaucoup plus Breprd de Dieu : « J'iii appris, dit-il, que vous aimez Witlûn i'Êsprit. jp I7jî auteur chrétien a com^tfe \^\cïv^ ^^

70 l'affection

paradis au saisissement de cœur d'ime mère qui revoit son cher fils qu^elIe avait cru mort^ et il ajoute que cette joie qui échappe bientôt à la mère^ ne s^enfuit jamais du coeur des élus. La joie de saint Paul ressemble à celle du paradis^ car cette joie est celle d'une mère qui a retrouvé son cher fils qu'elle avait cru mort.

Tel était Tamour de saint Paul pour ceux qu'il avait enfantés à Dieu par sa parole^ et pour ceux au sujet desquels il nous dit lui-même qu'il était en travail jusqu'à ce que Christ fût formé en eux. Moins encore père de se& disciples qu'il n'en était la mère^ il était juste sans doute qu'il eût toutes les joies de la maternité dont il avait eu toutes les douleurs^ et dix-huit siècles après qu'il a quitté ce monde^ nous jouissons avec lui^ lorsque nous le voyons oublier toutes les souffrances de son long mar^ tyre dans la joie qu'il sl, comme la mère, de ce qu'un homme est né dans le monde. 0]i! que celui qui a si bien connu l'amour selon l'Esprit était bien digne d'en parler !

Mais nous-mêmes^ en parlant après lui^ et trop indignement, parlon&-nous d'un simple accident, d'un effet sans cause, d'un arbre sans racines? Vous pourriez le croire, mes frères, à notre silence sur le principe de cet amour selon l'Esprit, vous pourriez le croire si sur ce sujet nous ne nous entendions pas d'avance. Mais supposez qu'il y ait dans cet auditoire des gens à qui l'Évangile soit inconnu, que diront-ils après nous avoir entendu si longtemps discourir de l'affection selon l'Esprit? Ils ne diront pas peut-être que nous avons parlé d'une chimère, puisque nous avons rappelé des faits et cité des noms. Mais ils n'en seront pas plus avancés ni moins étonnés ; ils n'en demanderont pas moins comment un tel amour est po^ sîble; et, en dépit de tous les raisonaemeuts et de tous les

SELON L^BSPRIT. 71

Uts, ils n'en persisteront pas moins à le regarder^ malgré eoXy comme une chimère.

Saint Paul n'a pas répandu dans les cœurs de ses disciples Taffection spirituelle^ par cela seul qu'il en décrit la beauté et qu'il en prouve la nécessité. Avant de répandre le grain^ il fallait ouvrir le sillon; mais il Tavait ouvert. Il nait publié à la fois Tannée de la bienveillance de l'Éternd et le jour de la vengeance de notre Dieu. Il avait montré h justice et la miséricorde s'entrebaisant dans le ministère, dans les enseignements et dans les souffrances du Fils de Dieu, n avait nommé le Dieu inconnu. Il avait annoncé le Père, n avait fiât tressaillir tous les cœurs d'une joie profMide à la vue d'un Dieu réconcilié. Il avait montré le Dieu du ciel sous des traits à la fois si doux qu'on ne pouvait ptas le craindre sans l'aimer^ et si saints qu'on ne pouvait pdnt l'aimer sans le craindre. Il avait rendu à l'âme son essor naturel vers le ciel. Ne voyant plus le bonheur d'un eAté et le devoir de l'autre, elle n'avait plus à démentir un de ses buts dans la poursuite de l'autre^ et pouvait se jeter tout entière du même côté avec ses insatiables désirs de félicité et son besoin inexorable de perfection. Elle trou- TBit tout sur ce même autel où on lui avait dit qu'il faudnJt tout abandonner. Elle pouvait dès lors se donner à Dieu^ se donner à lui sans réserve^ se donner à lui de bon cœur. Il devenait le but de sa vie, le centre de ses affections^ la règle de ses sentiments comme de sa conduite. Se substituant peu à peu à l'ancien, un nouvel homme naissait, créé à l'image de Dieu dans une justice et une sainteté véritable. (Éph., FV, 24.) Comme ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l'Esprit est esprit. (Jean, III.) Ce nouvel homme était l'homme de l'Esprit. n aimait, il agissait, il vivait selon l'Esprit. Il ne sentait pas se rompre ni se relâcher les liens naluxâs q^\>l^à^^

72 L^AFPECXION

uiii à ses frères; au contraire^ il les aimait davantage^ mais il les aimait mieux; la charité, qui est l'amour selon l^Esprit^ était venue s'ajouter à chacun de ses amours. Il ne choisissait plus entre ses frères et son Père ; car plus il aimait son Père^ plus il aimait ses frères^ les deux affections étant de la même nature et découlant de la même source. Hors de lui^ en lui-même il retrouvait runitési longtemps perdue ; et il voyait avec une indicible joie tous ses attachements les plus chers, marqués par la main de Dieu même d'un sceau d'immortalité.

L'affection selon l'Esprit n'est donc pas un accident sans raison, un effet sans cause; ce n'est pas non plus un effet dont la cause nous échappe; ce n'est pas un effet dont la cause ne soit pas en notre pouvoir. Il n'en est pas de cette cause comme d'un remède ou d'un parfum qui s'évente, et qui se trouve, au bout de quelque temps et par le seul effet du temps, avoir perdu sa vertu. Jésus-Christ est te même hier, aujourd'hui et éternellement; et l'Esprit de Dieu ne s'est pas épuisé à créer la foi et les vertus des premiers chrétiens. Celui qui porte notre guérison dans ses meurtrissures a promis d'être avec nous jusqu'à la fin du monde. La vérité ne peut pas cesser d'être la vérité: l'homme aurait-il cessé d'être homme? et ce qui produisit sur les Colossiens des impressions si puissantes et si décisives nous trouverait-il insensibles?

Paul n'est plus là, sans doute; mais Christ est toujours là; et, du temps même de l'Église de Colosses, ce n'était point Paul, c'est Christ qui convertissait. Paul faisait des miracles; mais depuis Paul, que de miracles que les Colossiens n'ont point vus et que nous connaissons, que d'encouragements à croire et à aimer qu'ils n'ont pas eus et que nous avons! Pourquoi donc aujourd'hui les hommes qui ont succédé à Paul n'auraient-ils pas les mêmes sujets

S£IfOK l'éspret. 73

te joie que Paul? Et cependant, mes frères^ si quelqu'un de vos pasteurs niontait dans une de ces chaires pour vous ^re» comoîè Paul au\ fidèles de Colosses : « J^ rends • grâces au sujet de votre foi et de votre cbarité envers «tûQs les saints; j'ai appris que vous avez Tainour selon < l'Esprit; w s'il le disait à une Église prise dans son enisemble^ dans sa généralité, quel étonuemeut n exciterait-il pas, parmi ceux du moins qui savent ce que c*cst que la charité, ce que c'est que Talfeclion selon l'Esprit ! Et qu^il Âumit peine a se sauver du reproche ou de grossière illu- «ioti ou de basse flatterie 1 Jl 1 essuierait même de la pari de^ honmies les plus étrangers à la vie s pi ri tue lie j pour peu (]U on leur eût mis sous les yeuîc, comme nous Tavons fait tlpà ce dlâcourSj les caractères de l'affection selon T Esprit. ^BU, mes frères, une Église ^ une communauté tant soit ppu nombreuse, à laquelle ses conducteurs aient le droit iti dire : <f Vous aimez selon TEsprit; la vraie charité^ celle qyi pi-cnd son point de départ en Dieu i>our se répandre ■r les hounnesj celle qui a Dieu pour premier objet et ^mir règle suprême^ celle qui est humble, désintéressée, iiKl^'l^endanle des sens, supérieure à l'instinct, spirituelle m un mol, cette charité règne parmi vous, elle vous dis* je comme communauté, elle vous caractérise ; » une Jise à qui Ton puisse parler ainsi est quelque chose de ligieux et d'inouj". Ce qu'on peut dire à une Église, die qu'elle soit, c'est à peu près ceci : « Ce qui règne m milieu de vous, c'est raflection selon la chair, ce sont les instincts bons ou mauvais, les convenances^ les habii; ce ne sont pas les principes; or la charité est un jcîpe* La charité comme principe, comme élément de été, la charité comme vertu, Tamour selon l'Esprit, partage d'un très petit nombre, et combien chct M nïèmes n'a-t-il pas de peine a Vemçt>Asit ^xwX^-

74 i/wtEifmoS

fection de la chair! Vous êtes cmîîsés, voîlà lé plus clair; et la religion du plus grand nombre est la civilisation; mais entre une communauté qui ne pi*oîesseràit d'autre culte que la sociabilité^ et vous qui confessez Jésus-Christ v&m eh chair pour arracher le monde à là condamnation, il n'y a pas de différence appréciable. Entre les honnêtes gens du monde et des chrétiens tels que vous, nous ne^urioîB dire où le christianisme est plus manifeste. Ce quïls bM reçu malgré eux du christianisme, vous Tavez reçu ^ails doute comme eux; mais quoi de plus? et à quoi, sih'ofi à quelques habitudes extérieures, à quoi, sinon à des formes, jpôuvons-nous vous distinguer d'eux? »

étrange différence des temps, et différence que rien ne justifie! Lorsque, dans quelqu'une des cités du monde antique, à Rome, à Éphèse, à Colosses, quelques hommes et quelques femmes avaient embrassé la doctrine de la croix, c'était comme l'apparition d'une humanité nouvelle; et comme leur parfum trahît d'humbles fleurs ensevelies sous le gazon, je ne sais quel parfum de vie et d'étemîté, je ne sais quelle émanation spirituelle attirait forcément les regards vers cette société nouvelle, qui ne faisait d'ailleurs point de bruit, et qui, sans ce parfum pur et subtil, serait longtemps restée inconnue. A quelles marques éclatantes la reconnaissait-on au dehors? Par quoi forçait-elle l'attention? par ceci entre autres : elle aimait selon l'Esprit. étrange différence des lieux, et différence que rien ne jilstifie! Lorsque, de nos jours, l'Évangile est porté à quelque peuplade sauvage, si elle l'accueille, elle est soudain transformée, et les délicatesses les plus exquises du sentiment chrétien, celles qu'on admire comme des beautés littéraires dans les ouvrages des génies évangéliques, se substituent, d'un jour à l'autre pour ainsi dire, à la grosslèreté de la veUÏGp la spiritualité uill a\fec V\vûTvw^\a\è 4r&

itiiimiiï; il y a des MaitUe, il y a aussi dess Marie; et du ,

mdieF à peine fendu coule déjà lo miel des délices chrtV' ]

fctemies; chez les moinâ avanœs^ h haiae a fait place k IV

mour, 1 amour selon l'Espi-it à 1 amour dinstinct et d'habi**

Inde. Allez demander ces merveilles à nos ÉgUsets^ riches

de tant de liberté, de tant de ressources 1 iiêlas ! faut-il dire

dé trop de reâsouroes et de trop de liberté î Ces Églises sout

le atoodcj avec tout son bîeo et tout son mal; le monda

MUS le nom d*j£glise; le monde avec des temples, des rites

Kl des noms sacrés; on ue dit plus^ eonrune autrefois :

Kp]^ comme ils adorent, voycE comme ils pardonneutj

^byes comme Ils aiment ; câr s'il y avait Heu de le dire, il

n*y mxmïi plus personne pour le dircj tout le monde étant

ÛÊm rencetnte, pei'sonne dehors ; hélâs 1 et si quelque coiu-

fflOPRaté particulière tranche sur cette vaste communauté^

H| quelques caractères particuliers s en distinguent^ quelâ

^ni-ils? et que dira-t-on? Dira -t- on : Voyez comme ilB

s'aiment? ou bien^ è la vue d'un esprit de parti qui se décore

du nom d'amour fraternel^ sera-t*on forcé de dire : Voyez

comme ils se Hattent? Certes, il y a des cbrétiens spirituels;

mais où sont les communautés spirituelles? où sont ces Co-

hMiens à qui roun puissions dire^ sinon à tous, du moine

à f cmemble : Vous niarchea selon l'Esprit^ vous aimez

flâUm l'Esprit? Que d'autres répondent k cette cjuestioup

Pnctrnouj^, c^ dont nous nous s^imtons pressés» c est de crier

avvete prophète : «f La main de l'Éternel est'-elleen quelque

i sorte raccourcie j tellement qu'il ne puisse pas racheter?

« 0U n*y tturïiit-il plus en Dieu de force jKiui' déhvrerî is

(ÊÉBîiî/L,t.)

Il sert de peu d'arrêter Imp longtemps, et pour ainsi dire ^emprisonner nos regaMs dans la contemplation de notre flltaère. Notre foi^e^ comme natre devoir, c'est d'e&çéî^ï* Umf^ut qm nom croyions tout po&^vbW, ^ \&vi\u^^*i3àx\i>

76 l'affection

notre monde vieilli^ la gloire et la force des anciens jours. Dieu veut que, dans le trop juste regret de ce que nous avons perdu ^ nous ne méconnaissions pas ce que nous avons encore. Il ne convient pas plus à notre faiblesse quH n'est naturel à sa miséricorde de briser le roseau froissé et d'éteindre le lumignon qui fume encore. Reconnaissons^ rassemblons nos débris. Concentrons tous les éléments de vie dispersés au milieu de nous. Unissons nos efforts^ unissons nos prières^ unissons nos repentirs; demandons, non plus chacun pour soi^ mais chacun pour tous, notre patri» moine dissipé; demandons la vie pour la communauté, cette vie de communauté qui nous manque^ cette vie qui ne vient sans doute que par les individus à la communauté, mais qui retourne de la communauté aux individus. La vie selon l'Esprit, l'amour selon l'Esprit, l'Esprit lui-même, c'est-à-dire la vérité dans la vérité même, la vie dans la vie, l'éternité dans l'amour, l'Esprit, c'est-à-dire Jésus-Ghrist au dedans de nous, voilà ce qu'il faut conquérir à genoux, voilà ce qu'il faut mendier avec violence, voilà ce qu'il faut vouloir avec énergie.

L'Esprit, c'est la réalité de notre christianisme, c'est la réalité du pardon et du salut, c'est l'âme rentrant dans son corps, c'est Dieu rendu à son temple désert. — Tant que nous ne trouverons dans nos cœurs (je ne veux pas dire de la haine, quoique je pusse le dire, car la haine et l'amour selon le monde se souffrent volontiers au même foyer), mais tant que nous ne trouverons dans nos cœurs que de bons instincts, de bonnes habitudes, mais toujours des instincts et des habitudes; tant que nous ne reconnaissons pas distinctement l'Esprit dans nos affections, disons-nous bien qu'avec des mœurs douces, un caractère facile, des inclinations bienveillantes, une sensibilité délicate, une générosité naturelle f une disposition a¥a\\iexid^^&fêc^^

SELON l'esprit. 77

n'avons qu'un simulacre trompeur et dérisoire de la vie, noos n'avons pas la vie; car la vie éternelle mérite seule le nom de vie, et rien de tout cela n'est étemel; car la vie en Dieu mérite seule le nom de vie^ et rien de tout cela ne nous unit à Dieu. Donne-nous donc^ ô Dieu! l'esprit et la vie; ne permets pas que nous possédions vainement l'Én^pie, et que nous restions éternellement penchés, sans y boire^ au bord de cette eau vivante; ne nous réduis pas à une vaine connaissance de la vérité; donne-nous l'amour, qui est toute la vérité, la seule vérité; chef de notre foi, 8oi8-en le consommateur; achève ton œuvre, achève notre salot^ prends-nous, retiens-nous et réchauffe-nous à jamais sur ton cœur de père; car tu es notre père en Jésus-Christ ton bien-aimé. Amen.

ACHE^YANT LES SOUFFRANfiES IKË ŒRIST

Ce qtd manque aux ajfîcticnf de ChrUt, fachèuê ie k souffrir en ma chair pour son corps qtci est VÉgUse, Colossiens, I, 24.

Nous ne craignons pas, mes frères, de vous présenter sous la forme la plus exacte^ mais aussi la plus étrange^ la pensée de Tapôtre Paul. Après tout, les prédicateurs de ^Évangile sont accoutumés à scandaliser; et il serait bien étonnant que ce qui fait le caractère du christianisme en général, l'inattendu, l'extraordinaire, ne se retrouvât point dans ses détails. Nous devons Tavouer, ce qui étonne dans notre texte, c'est quelque chose qui semble moins dériver des principes du christianisme que les contredire et les démentir. Le vrai scandale, ici, c'est de ne pas retrouver le scandale primitif; c'est de ne pas sentir dans toute son amertume Tamère saveur du dogme de la croix; c'est de voir l'homme reprendre, dans l'œuvre de son salut, un rôle et un rang que la croix de Jésus-Christ paraissait lui avoir enlevés d'avance et pour jamais ; c'est surtout d'entendre dire que cette œuvre du rocher, qu'on prétendait parfaite^ ne l'est pourtant pas, qu'il ^ m«xic\ae quelque

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