‹ Études ÉvangéliquesChapitre 8 sur 28 · LE FID&LB ACHEVANT LES SOUFFRANCES DE CHRIST · texte numérisé non relu

LE FID&LB ACHEVANT LES SOUFFRANCES DE CHRIST

chose^ qu'elle préseuiie des lacunes^ et que c'est à nous de les combler. Il est évident, mes frères, qu'il faut non-seulement que ce scandale soit levé, mais que cette honte passagère de Jésus -Christ disparaisse dans une gloire plus grande. Notre dessein, pour cela, n'est pas d'effacer ou d'afifedblir les paroles de saint Paul, mais, au contraire, de les presser et d'en feire sortir la pensée entière de l'apôtre. Et nous sentons $ivec jo^e que, plus nous les presserons, plus nous rendrous gloire à ^Évangile.

Certes, si vous considérez les afflictions de Jésus-Christ, soit daus la dignité de celui qui 1^ a souffertes, sodt en elles-mêmes, spit dans leur vertu rédemptrice, rien ne vous parçatra leur avoir nianqué, et vous jugerez que ni les homn^es, ni les auges, osons dire ni Dieu même, n'y peuvent rien jouter.

Quand celui qui est l'innocence et \e^ sainteté même n'aurait souffert qu'une seule et la moindre des afflictions auxquellefi, rhumanité est assujettie, on ne pourrait pas dire que quelque chose manque à ses afflictions, puisque la seule qu'il aurait subie, i\ ne l'avait point méritée. Quand celui dont la demeure, dès l'éternité, était dans le ^ein du Père, n'aurait fait que revêtir un instant la nature humaine s^us eu épouser, s'il était possible, les humiliations et les 80uff?Émçes, uîême alors ou ne pourrait dire qu'il y a quelque chose à ajouter èi ces souffraupes, mais au contraire, puisque cet fibais^ement esit la première des souffrances, il faudrait (Jiye que Jésus-Christ ^ souffert iufiniment au delà de ce qui était juste; et s'il accepte de notre corps de pér ché tout jusqu'à la nécessité de mourir, s'il choisit entre toutes les morts celle de la croix, que dirons-nous, quels termes nous restera-t-il pour exprimer ce qui est inexpri-? mable, la sainteté {attachée au bois infâme, et Dieu mêm,e subissant le supplice du plus criminel à' e\^VtÇi\e^^^si\»^<è.%^

Voulez-vous considérer en elles-mêmes les souffinnco5 du Fils de Thomme? Il n'a pas souffert tout ce que peut souffrir un fils d'homme, puisque la haine, Tenvie, la confusion, le remords, sont restés étrangers à son âme sainte; mais il a souffert ce qu'aucun fils d'homme ne peut souffrir, du moins au même degré, puisque la vue du mal ne saurait faire sur personne la même impression que sur celui qui a les yeux trop purs pour le voir, puisque personne aussi n'a essuyé ni ne peut essuyer une aussi révoltante injustice, puisque personne n'a pu ni ne peut être l'objet d'une ingratitude aussi odieuse. Que voulez-vous donc faire pour ajouter quelque chose aux douleurs de Jésus? Lui faire subir celles du péché? Cela ne se peut. Augmenter par la pensée les douleurs qui lui sont propres? Vous ne le pouvez pas davantage. Il peut y avoir eu des tortures physiques encore plus cruelles; mais outre qu'on ne serait jamais sûr, après les avoir indéfiniment augmentées, qu'il n'y en eût pas de plus cruelles encore, c'est dans l'âme de Jésus-Christ qu'il faut chercher la véritable passion de cet Homme-Dieu. Et quelle âme humaine a jamais pu souffrir ce qu'il a souffert?

Toutefois, ce n'est pas par ce côté que nous devons aborder la question, et ce n'est pas même la question. Nul doute que la capacité de souffrir n'ait été aussi complète en Jésus-Christ que toutes les autres, et qu'à cet égard encore toute plénitude n'ait habité en lui ; nul doute que celui dont le dévouement devait contrepeser toutes nos offenses n'ait souffert avec une intensité, une profondeur, une intimité incomparables; ses souffrances, comme sa charité, sont un abîme au fond duquel les anges euxmêmes plongent vainement leur regard. La question, si c'en est une encore, est de savoir s'il y a, dans cette même sphère de la souffrance, quelque cYvosft '^ feit^ ^\>^^^ Jésus-

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Clhrist, et si nous pouvons accepter dans leur sens propre Bt naturel ces paroles de saint Paul : ce Ce qui manque aux a afflictions de Jésus-Christ, j'achève de le souffrir en ma a chair pour son corps qui est l'Église. »

Que ceux qui en auront le courage disputent tant qu'ils voudront sur la question de savoir à quel degré Jésus* Christ a souffert, et s'il est possible absolument de souffrir davantage. Qu'ils refusent, tant qu'ils voudront, de comprendre que l'aiQiction par laquelle a été consacré l'auteur de notre salut a dû être ineffable comme son amour, inef- Table comme son œuvre. Nous ne disputons point avec eux. Qu'il ait ou non manqué quelque chose à l'affliction de Jésus- Christ pour être la plus grande des afflictions imaginables, ce n'est pas ce qui nous occupe. Ce que nous disons^ mes frères, avec l'Évangile tout entier, c'est que rien n'a manqué aux afflictions de Jésus-Christ quant au but auquel elles étaient destinées. Ce n'est pas que la mort de Jésus-Christ ait seule accompli notre salut. L'auteur de notre salut est Jésus-Christ tout entier, et c'est avec raison que saint Paul, dans un des versets qui précèdent mon texte, après avoir dit que nous sommes sauvés par le sang de la croix y ajoute encore : par lui. Ce n'est pas par les seules souffrances comprises entre Gethsémané et le Calvaire, ou par la passion proprement dite, que Jésus-Christ nous sauve, mais par toutes les souffrances de sa vie, qui fut tout entière une passion ; car il fut livré pour nos offenses dès qu'il ouvrit les yeux à la pâle lumière de notre sdeil, et longtemps avant d'être en butte à la contradiction, en portant notre chair de péché, il portait sa croix. Ce n'est pas même par les souffrances de toute sa vie, mais par toute sa vie. Son œuvre forme un tout indivisible; il ne pouvait nous sauver sans souffrir et sans mourir, mais il n'a pas accompli cette œuvre par ses sew\Çi^ ^QV\Sl\»xsRfc'^ ^\»

par sa mort : il Ta accomplie par tout ce qu'il a éïé, par tout ce qu'il a opéré, par ses actions et par ses paroles^ par ce qu'il a fait et par ce qu'il a souffert, par sa YÎe comme par sa mort. Mais enfin ses souflhmces, et la moit douloureuse qui en a été le terme et le couronnement, étaient la condition sans laquelle il ne pouvait, selon Texpression d'un prophète, convertir aux enfants le coeur de leur père, au père le ccBur de ses enfants, et la question que soulève le passage de saint Paul est celle-ci : Lorsque rien n'a manqué, comme on en convient, aux exemples et aux enseignements de Jésus-Christ, nécessaires les uns et les autres pour l'œuvre de notre salut, quelque chose a-t41 donc manqué à ses souffireinces? et son corps, qui est l'Église, réclame-t-il de la part de Jésus-Christ ou de la part de quelque autre un complément d'afflictions et de donleurs?

Non, mes frères, non; tout ce que des souffrances pouvaient opérer pour notre rédemption, celles de Jésus-Christ l'ont opéré; elles sont complètes à cet égard, et dire que les nôtres sont nécessaires dans le même sens , ce serait faire plus que diminuer l'œuvre de Jésus-Christ, ce serait l'anéantir. S'il y a sur la terre un autre nom que le sien par lequel, ne fût-ce qu'en partie, nous puissions être sauvés, et si ce nom est le nôtre, nous n'étions donc pas absolument perdus, et Jésus-Christ dès lors, notre associé, si l'on veut, et notre collaborateur, n'est plus notre sauveur. Ni la chute ni le relèvement ne peuvent être partiels. Si nous ne sommes pas privés de toute gloire devant Dieu, nous avons encore toute notre gloire devant Dieu. Si nous avons un mérite,, nous les avons tous. Si nous ne sommes pas absolument perdus, nous ne le sommes point, Si Jésus-Christ est pour nous quelque chose de moins qu'un sauveur, U n'est rien. S'il nous laisse quelque chose à souf-

ACHBTAICT IE3 SOUFFBANCES DB CHRIST. bd

frir, lui-même nV^it que faire de souffrir; car dire que nos souffrances peuvent quelque chose pour notre rédemp^ tion, c'est dire qu'elles peuvent tout. L'homme est tout prêt, et il en a le droit, i^ tirer toutes ces conséquences; et vous pouve;^ compter que, quand vous l'aurez admis au pirlage, ce ne sera plus un partage. Vous avez voulu lui donner quelque chose, il prendra tout; vous avez voulu lier quelque chose à Jésus-Christ, il ne lui laissera rien. Hais rËvangile, mes frères, ne l'entend point ainsi : J'Évan^ gpe sur ce sujet est aussi tranchant, aussi i^bsolu, aussi eidusîf qu'on peut l'être, Quelque importance qu'il attache à DOS afflictions, il ne leur a jamais attaché la vertu d'exr pier nos butes et de nous sauver. Jésus-Christ par les Maneft est l'unique et le parfait médiateur. Ce qu'il est venu chercher et sauver était perdu, no^ à moitié, mais absolument. C'est par ses meurtrissures et nou par les n<^ tiisque nous avons la guérison. Il est seul, et m^ nous, h pn^tîalion pour nos péchés et pour ^ux du monde atier; c'est sur lui seul et non sur nous qu'est tombé le ehâtiment qui nous apporte la paix. Mais à quoi bon multiplîer les déclarations? L'Ëvangile en est ioui composé. Et si notre texte disait le contraire, il le dirait seul entre mille autres, à ne les chercher tous que dans les écrits de iiînt Paul.

Conune il n'y aurait pas d'erreur {dus palpable, il n'y en aurait pas de plus triste, et c'est sans doute une chose étouiante, bien qu'elle se puisse expliquer, que l'empressement avec lequel tant de personnes se font un titne de leurs souffrances. Mais savent-elles, peuvent-cUes savoir combien il faudra de ces souffrances pour compléter celles de Jésus-Christ? Mais pourront^Ues, si elles y réfléchissenl, compter sur la vertu de leurs afflictions personnelles, et trouver dans le souvenir de leurs infotluii^ \fo tCLQ\\As%

élément de rassurance et de paix? Ou, si elles y parviennent, ne sera-ce pas pour trouver un peu plus loin le trouble intérieur dont elles ont cru se débarrasser, puisqu'elles ne pourront manquer, pour peu qu'elles soient sérieuses, de sentir s'affaiblir au dedans d'elles, avec la confiance absolue aux souffrances de Jésus -Christ, leur affection pour ce même Jésus-Christ, et le principe d'une généreuse obéissance? Je dis leur affection pour Jésus- Christ; car, bien qu'il n'ait ni plus ni moins souffert dans l'une des suppositions que dans l'autre, il n'est pourtant pas leur bienfaiteur au même degré, il n'est pas leur sauveur aussi absolument, il n'est même point leur sauveur. Je dis encore le principe d'une généreuse obéissance, parce que ce principe n'est autre chose que la reconnaissance, et que leur reconnaissance partagée entre Jésus- Christ et eux-mêmes les ramène à petits pas vers le principe glacial et mortel de la propre justice . Une vie généreuse ne peut avoir qu'un principe généreux, et quiconque se croit à moitié l'auteur de son salut s'en croira bientôt le principal et finalement l'unique auteur; la pente est irrésistible. Jésus-Christ ne paraîtra plus qu'en seconde ligne, et ses souffrances ne seront plus qu'un fonds de réserve où l'on ne touchera qu'au pis aller, pour combler les lacunes qu'on est forcé de voir, et celles qu'on pourrait n'avoir pas vues; et dès lors, ou plutôt dès le premier pas dans cette route, ne subissons-nous pas l'influence mortelle de cette idée, qui, nous faisant la cause ou le moyen de notre salut, détourne notre reconnaissance de son véritable objet, et rend impossible l'élan de cet amour désintéressé qui est la seule vie de l'âme ?

Quant à ceux qui, importunés, pour ainsi dire, de ce qu'il y a de mystérieux dans le salut par l'intervention du f ils de Dieu^ se seraient flattés de rendre ce mystère plus

ACBIVANT LEâ SOUFFRATfCES lïE CHRIST. OS

tBiJispflrfint et le joug de la foi plus lé^er, en partageant le mérile de la Rédemption entre les souffrances de Jésus- Cfirist et celles de rhomme^ ils seraient, vous en convien- (tneZf dans une étrange îliusîon* Le nœud en sera-t-il moins stw. le mystère moins impénétrable? Et qu'importe» sous ce rapport, que le& soufl'rances de Jésus-Christ soient toutj ou qu'elles n'aient qu'une part dans rœu\Te excellente à laquelle, dans tous les cas, nous voulons bien qu'elles s'appliquent! Cette part, si petite qu'elle soit^ n'est-elle pas inconcevable? L'homme comprendra-t-il jamais que l'Être saint et juste ait dft, ait pu souffrir? Et ne faut-il pas^ pour enlevef le mystère, enlever aux afflictions de Jésus-Christ toute espèce de part, je dis même la plus minime, à l'accomplissement des desseins de la divine clémence? Il n'y a donc ricnj absolument rien, à gagner à ce partage; et s'îî ne s'agit ici que de mystère > autant vaut conserver le mystère tout entier.

Comment donc^ encore une fois, quelque chose peut-il anquer aux souffrances de Christ? Le voici^ mes frères, j ist est encore ici -bas. Christ est encore détenu dans une | mortelle. Sa glorieuse résurrection l'a arraché à la i fmtssanee du sépulcre; sa glorieuse ascension Fa ravi auit j fggards de la terre; tout est accompli, car ce qu'il a fait] iilb à tout, ^kis Christ se succède à lui-même dans la j IWSOtîfie de rÉglise, L'Église est un corps dont la tête est j éans les cieux, L'Église militante a hérité de la eonditîoii j du Christ humilié et souffrant. Elle représente ici-bas son j difjn chef, comme Fils de Thomme, et le représenteml comme tel jusqu a la fin des siècles. Elle n'est sans douta j à Jé&us-Christ que ce que le corps est h la tête* qui lui | commantque le mouvement et détermine Ioua ses actes; | mais elle n'est (las liée moins étroitement u Jésus-Christ ' Biù^ la tête Test au corps; elle ne fait rien ça^î ç?\\!ii'\ç\^'tîv^^

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mais ellû fait par lui tout ce qu'il a fait sur la terre; elle continue son œuvre, mais par lui et pour lui ; lïlle est tout le corps, elle n'est pas la tète. Et tandis que la ttHe ou k chef, Jésus-Christ, règne dans la paix et dans la gloire du cieU le corps, qui est l'Église^ resté sur la terre^ souffre sur la terre tout ce que souffrirait Jesua-Christ s'il était encore 6ur la terre; car ayant le même esprit^ car invoquant soû nom, car livrant à l'erreur et au péché le même combat, elle doit avoir les mêmes ennemis, rencontrer les mémm obstacles, exciter les mêmes inimitiés, subir la même p«ision. Elle doit subir tout cek, ou bien elle n'est pas l'Église; l'agonie de Jésuâ-Ghrist doit continuer dans la i>ersonne de l'Église (1), ou bien il n'y a pas d'Église; la lêtc étant vivante, le corps doil vivre, et, vivant sur la tenre, vivre d*une vie terrestre^ c'est-à-dire souAVir; voilà oequi manque ou voilà ce qui 7^ë$te à souffrir après que Jésui- Christ a souffert ; voilà le signe que son œuvre se fait suf la terre ; voilà le sceau brûlant, mais glorieux, que le Mattre imprime à ceux qui sont siens; voilà pour rËiçlise le moyen de correspondre à son Chef; et c est ici le lieu d'observer que le terme dont saint Paul fait usage ne sî-cnifiii pas sim» plement achever ^ mais aussi con^espondre: c'est en continuant Jésuî^hrist, lui rendre ce qu'on a reçu de lui. Christ est la victime de l'Église, et l'Église est la victime de Jésus- Christ, L'Église, d'ailleurs, est la servante de Jésus-Cliri^; si elle ne souffrait pas, c'est qu'elle n'agirait pas, car elte ne ï>eut agir sans souffrir; et si eUe n'agissait pas^ elle ne correspoiïdrait pas à soii Chef, elle ne scnirait pas son Maître qui, de son cAté, paraîtrait l'oublier ou la désavouer* Sous tous ces rapports, il manque, et. jusqu'à la fin fta

/l^#iéNtJi«ri ûù, à^mb juRqu^à Ih ëji du lïioade, il &t fêut pu dumir ptùâatâ m i*mp§4è. « (Fascm^ Ptmfi**. ÉdUWu dt v..f Vi^^ct%^ViïQA^V\.,^i»^^VtRk\

A{:HS?AKf us »0fVfHA!fCF.5 Dl GHRIST. 87

siècles^ il manquera, H y aura quelque chose à ajouter aux afflictions de Jésus-Christ^ non pas sans doute à ses agiotions personnelles qui sont complètes dans tous les sens, Quuâ à celles quil a réaolUj si Fon peut parler ainsi, d'en* duper jusqu'à la fin des siècles dans la personne des fidèles, N'attribuez au corps rien de ce qui n'appartient qu'à la tlle ; n'imputez pas aux afflictions du corps le mérite et la «rtu rédeniptrice qui n'appartient qu'aux souffrances de h tête ; c'est bien : mais laissez le corps, qui est TÊglise, aitwîr dans une communauté d^amour et de souffrances •ï€C la tète qui est Jésus-Christ, il n'ùsi guère besoin de vous prouver, mes frères, que ^ut C0 que nous venons de dire de l'Église s'applique né* ■ksairement au fidèle^ c'est-à-dire que le fidèle est appelé ' Isouffrir comme rÉglise. Membre d'une Église souffrante^ comment ne souffrirait-il pas? Qu'est-ce au fond que les Joaftances de l'élise, sinon les souffrances de ses mem- Iregî Oii peuinelle souffrir, si ce n'est dans ses membres? Kt comment concevoir une douleur de TËglise dont ses ntis membres oe seraient pas participants? Ne nous arrétons pas k prouver ce qui est évident; passons plus loin* fidèle, par rapport à Jêsus-Christj porte en soi tous les lères de FÉglise ; il la résume tout entière; tellement ii, par un décret de DieUj rhumanité se trouvait tout up réduite à deux individus, l'un fidèle et Tiiutre în- ICj rien ne serait changé que le nombre ; et ces deux us représenteraient complètement, vis-à-vis de Jérist, le monde et TÉglise; car si l'Église, dans mn actuel^ est aux yeux de Jésus-Chri»t une seule per^ ,e, qu'il appelle son.épouse, rien, à cet égards ne seit changé; m serait encore une personne, en qui Jésust ferait sa demeure^ et qu'il continuerait à appeler épouse. Ce qui aurait disparu, c^ &i^m^ \i^^^yc^^w^

la communauté; mais tout le reste demeurerait. Eh bien, ce qui se manifesterait alors ^ ce qui alors serait évident, existe dès à présent^ mais enveloppé; dès à présent k fidèle est, avec Jésus-Christ, dans les mêmes rapports qoa TÉglise; dès à présent Tâme fidèle est, aussi bien que \% glise entière, l'épouse de Jésus-Christ. Et tout «e qui est imposé à l'Église par sa qualité d'Église, toute sa destinée, toute sa vocation, nous le transportons à chaque chrétien. Nous disons de lui, coinme de l'Église, qu^il est le corpi de cette tête qui est dans le ciel; nous disons de lui^ comme de l'Église, qu'il succède à Jésus-Christ humilié et le représente sur la terre; nous disons de lui, comme de l'Église, qu'il a, sauf les mérites et la puissance propre^ b même œuvre à faire que Jésus-Christ ; nous disons de lui, comme de l'Église, qu'il a les mêmes ennemis à combattre que son Maître et les mêmes obstacles à surmonter; nous disons que si l'Église dont Jésus-Christ s'est fait la victime est, à son tour, la victime de Jésus-Christ, le fidèle ne Test pas moins; car, encore une fois, cette continuation, ce complément dont parle notre texte, n'est pas une simple continuation, un simple complément, mais une correspondance; c'est l'humanité s'immolant pour Jésus-Christ comme Jésus-Christ s'est immolé pour elle; et cette immolation, ce sacrifice perpétuel qui se consomme en grand et d'une manière éclatante dans le corps de l'Église, s'accomplit en particulier et obscurément en chacun des membres dont se compose ce grand corps.

Nous avons tout à l'heure, mes frères, fait une supposition qui vous a paru extrême; nous avons supposé l'humanité réduite à deux individus, dont l'un représenterait l'Église et l'autre le monde; il ne semblait pas en effet qu'il fallût moins de deux individus pour représenter deux mondes. Nous n'avons pourtant pas été assez loin, et nous

ACnlKANT LES SOiTFHANCKS ÏÏE CHRIST. S&

witivons* sans rien changer d'essentiel ^ réduire les deux .ndivîdus iiiiii seul; l'Église et le monde seront encore là; ti Vôccasion, le sujet du combat n'auront pas disparu. Cet homme resté seul après k disparition du genro humain, cet homme que je suppose chrétien (car s'il ne 1 était pas^ il n'y aurait plus Heu ti la continuation des souffrances de Christ), cet homme porte un monde dans sa chair. Cet homme qui s'écrie h tout moment : a Qui me délivrera de t ce corps de mort? Quand donc ce quil y a de mortel en Kmoî sera-t-il absorbé par la vie? » cet homme n'est un mÊA homme qu'en apparence ; ce n-est qu*en apparence quil est délivré de tout advei^saire et de tout ennemi ; il en t<>ujours, il Ta sous ses pieds, je Tavoue, puisquil est : > n.n; il est toujours de nouveau victorieux, mais la ■jfetoif^ la plus complète et la moins disputée suppose un ■versa h'e et un combat. Je ne vous parle pas de cet in- Hlible ennemi^ qui fut visible à Jésus-Chrîst dans le désert, ei ilont la haine inépuisable s*achame le plus sur les plus tldMes; je ne veux parler que du monde, ^Le monde est tout entier dans cette chair infectée par le ^Biier pt^ché, et dont le plus sanctifié d'entre les chrést obligé f non de suivre, mais de réprimer Timpul- FAinsi donc, de même que rÈghse dans le monde, ncl homme aussi, dans sa chair , continue^ achève, pour i part, les attbctions de Jésus-Christ; car les ennemis que gus-Christ n'a trouvés qu autour de lui, cet homme les en âoi,

s*étonne d'être appelé à compléter les souffrances Jésus-Christ; mais on pourrait s'étonner d*abord que Bx qu'il est vcmu suiuver n*aient pas été immédiatement msés de toute souflmnce, et que leur félicité soilajour- B. Car enfin, que les fidèles souffri'iil pour compléter les ailielioDîï àe leur Sauveur, ou qu'iU SiauKteT\\ \fâ^w \tivsN»

9ù ut FIPBLB

autre raison^ toi^ours est-il qu'ils serrent ; on ne le p«id nier; et on ne le peut expliquer, à moins d'entrer pteine-i ment dans la pensée de saiot Paul. Pourquoi, en eflM, sQuffriraiient*ils, si rien ne manquait, dans aucun sens, wx afflictions de leur Sauveur) Or voici, là- dessus , ee <ju«t nous enseigne la sagesse évangélique.

Christ n'est pas venu, par ses souffrances, nous di^peiH ser de souffrir, ni par sa mort nouâ dispenser d# mourir Nous n'avons pas pu, nous n'avons pas dû le prétendra. Que pèse, si d'ailleurs elle nous est nécessaire, la légtee afiUetion du temps présent auprès du poids étemel d'une gloire infiniment excellente) Non, Christ n'est pas verni pour nous délivrer de la souffrance et de la mort, mû pour nous apprendre à souffrir et à mourir. H a mieux ftlt que de supprimer la souffrance et la mort; il les a rea* dues utiles, d'inutiles qu'elles étaient. Que dis-je utilest Que ce mot est faible ! Il les a rendues si préeieuses, que leur conservation, quant au fidèle, est un des bienfaits de Dieu. Que Jésus-Christ fût venu ou quil ne fût point venu en la chair, une chose est certaine, c'est que, à moins de nous dépouiller de notre volonté propre, c'est que, à moiai de mourir à nous-mêmes, nous ne pouvions revivre, noufl ne pouvions, tels que nous avait faits le péché, arriver à la joie que par la souffrance, à la vie que par la mort. Celui qui en doute se méconnaît profondément, et ne méconnatt pas moins les lois du monde moral. L'homme ne serait point déchu, l'homme ne serait point séparé de Dieu, l'homme ne serait point incorporé avec le monde, par sa seconde nature, s'il pouvait sans déchirement revenir à ses anciens rapports avec Dieu. La souffrance et la mort, in^ troduites dans le monde comme signe et comme consé-* quence de notre déchéance, aboutissaient à deux fins; el/es étaient destinées à servir eutre \e% mains de Jésus-

^ ACBXVAKT LES SOUSPHÂIICES Dl CHBIST. 9t

53rt^ mais entre ses seules mains ^ à la purificatîoii de

rhomiDe déchu. Jésus-Christ, par conséquent, îi*a eu garde

de tes siipprimer; il s*est emparé de ce mal pour en faire

|biea; impuissantes, infécondes sans luij les souffrances

. court sont devenues par lui mie semence de vie. Et en

I, m^ frères^ après a%'oir accepté Jésus-Chrislj suppri-

^por la pensée toutes les souffrances; faites, avec Je-

ist, mourir la mort elle-mêoie ; introduisez sans

tenâîtifiii le fidèle dans k paix et dans la sécurité : n'est-ce

Wêê enlever à sa foi tout exereice, tout moyen de se eon-

Klar et de se dé^elopp^r, et n'est-ce pas vouloir que la

^■lence ne devienne jamais un arbre? Comment ferez^

^^im pour ffu'il ne soit pas nécessaire, après comme avant

Jim «Christ, que T homme traverse la soufîmnce pour

mmtr à la joie, et la mort pour arriver à la vieT Rien ne

pOiiaîl être rhangé à cette nécessité, aussi inviolable que

Il iiirtioe même qui a attaché le Sauveur k la croix; non,

mn lie pouvait être changé à cette nécessité ; Jésus-Christ

Ue Ta donc point aholie; mais 11 a donné un sens à nos

iwffrances et à noire mortatité^ et il en a fait, ce qu'elles

B'eoeent Jamais été sans lui, une rosée amère ^qui déve^

k/fé êi mûrit dans nos Ames le germe béni de la foi.

Ceux qui n'ont pas accepté respérance de TÉvangile, n'en souffrent pas motn^Sj mais ils soufl'rent inutilement et it, comme des esclaves et non comme des enfants, iftà espèrent et qui se fondent en Jésus-Christ^ nous au contraire un étrange et merveilleux spectacle, d'hommes infirmes, caducs et mortels, pour qui la loce et la mort ne sont plus une nécessite involonament subie, mais en quelque sorte un acte de volonté, » que, consentant à ces ch^^ti ments, ils les transforment sacrifiera. Le chrétien ne souffre ni ne meurt malgré I; il wui d'avance ioui ce que veut son Uatoft, <£VV\iV

cessité pour lui se change en liberté. Il sait qu'il doit être dépouillé : eh bien, il lui plaît que Dieu Taide à se dépouiller; il sait qu'il doit mourir : eh bien, il prend les devants sur la mort^ en mourant tous les jours à lui-même^ en se séparant tous les jours de lui-même. Membre de Jésus- Christ souffrant et humilié, il sait que, si un est mort^ tons donc sont morts^ que pour être uni à Jésus-Christ ymsA, il faut être uni à Jésus-Christ mourant; il reçoit donc comme un gage de communion et d'adoption, Thumiliation et k souffrance; et il n'a jamais un sentiment plus vif de cette communion et de cette adoption, que lorsqu'il est afOigé et humilié. Il comprend, il fait plus, il voit qu'à mesure que les coups de l'adversité se fatiguent sur lui, le vieil homme» qu'il doit faire mourir, meurt en lui de plus en plus; et  finit par discerner le sens de ces étonnantes paroles d'un apôtre, ce que celui qui a souffert en la chair a cessé de « pécher. » Ainsi les afflictions et la mort ne sont à ses yeux que la conséquence naturelle et le complément nécessaire des afflictions et de la mort de Jésus-Christ.

Que la carrière du fidèle soit semée d'autant d'épines, qu'elle soit même souvent plus rude que celle de l'infidèle, il n'y a donc pas lieu de s'en étonner. Et quand il plairait à Dieu d'aplanir son sentier, toujours est-il qu'il lui faudrait trouver au bout de la route cette mort qui, de l'aveu des philosophes sincères, est la plus amère de nos afflictions, cette mort dont l'ombre sinistre se projette pour ainsi dire en arrière et s'étend sur nos plus beaux jours. « Quelque (( belle que soit la comédie en tout le reste, a dit un sage « chrétien, le dernier acte est toujours sanglant. » Heureux encore, heureux celui que l'aiguillon divin avertit souvent de la présence du Maître ! Et en revanche, qu'elle est rude dans son apparence unie, qu'elle est redoutable dans son aménité, la vie du chrétien que des calamités n'avertissent

AciïËVArrr les souffrais ces de chuist.

pasl C^est l'effet des prospérités temporelles d'endovmîr et-l 'aveugler. Quel effort dans la paix extérieure pour se tenir |

cillé! Quels élans pour avancer sur cette mer dont un calme funeste a rendu les eaux pesantes comme du plomb! i Et si l'on ne dort point, et si Ton avance néanmoins, savex* vous à quel prix"? Savez- vous par quels combats întérieurâ^ il faut suppléer à ces combats extérieurs que Dieu nous

fuse? Savez-vous quels châtiments s'imposera cette âme.

;e Ûieu^ à ce quil semble, s^obstine à ne point chàtierî vous de combien de sueur et de sang on baigne, en |

passant, cette route fleurie? Car il faut les soutï'rances

iir que Jésus- Gbrist nous profite, comme il faut Jésus-

rist pour que les souffrances nous profitent. Et si la paix ftrivej, si le jour vient où Ton peut impunément être heu*| reux, c'est après que Tépreuve accomplie n'a plus laissé dans rame du fidèle assez de levain pour corrompre la masse* 1

Ainsi y mes chers frères^ l'Église pâtit, et le chrétien, enidoppé dans la destinée de l'Ëglîse^ le chrétien soumis k 1 1m même loîj pâtit avec FÉglise et comme rÉglîsc»

Mais saint Paul, remarquerez- vous peut-ôtrCj ne dit pas : Je souffre avec son corps, qui est FÉ^lisc; il dit : Je soufîm son corpsj qui est i'Éghse* C'est que chaque fidèle^ et mt chaque ministre, est à l'Église ce que TÉglise elle-

lîme est h Jésus^hrist; c'est qu'il con^espond comme membre au corps entierj comme le corps entier correspcmd à la tète ; non pas que lui-mome ne soit immédiatement en nipport avec la tête, non pas que le fidèle ne puisse reeeroir que des mains de TÉglise la nourriture que Dieu loi destine. Cette erreur fondamentale d'une communion feont nous nous sommes sé[)arés k cause de cette erreur ■ttlia^ nous la repoussons de toute notre force, comme { PHficieuse en elle-même et comme mèi^e de toutes les < prreur». Mais il n'en reste pas moins vrai que, tout en de-

pomri

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meurant«tttaché aa ohef qm «si Jésus-<}hri6t,le fidële imh sortit à l'^lise^ et qae tout de même <|u'il reçoit d'dk mille Inens^il lui est serviteur sans tresser Âe Fétre deiésoi- Christ; car^ à. proprement parler^ c^e^ Jésus-Cfarist ^qnll sert en servant l^glise. Qu^'Ost-ce, en effet, «que servn* nt glîse? c'est Védifier, dans tous les sens du «ot, soit en im communiquant ce qu^on a de force et de lumièee, \ lui amenant de nouveaux membres^ et en aidant, que Dieu en donne la force, à l'assenlblafge desudnts^ 00^ comme le dit formellemerit^ftcftre apdtre^-àl^édificatioii^èb construction du corps de Christ. Or, dé tels «erviees, «6t-ac l'Église qui les reçoit ou «strce Jésus-Christ? «C^est l'Ëg^ et c'est Jésus-*Christ; mais c'est Jésus-€hrist qvÎMSii efltk suprême et demierctojet; car il s'agit, en dernier vémM^ de se dévouer à une Église qui se dévoue elle-même à Jésu* Christ, n s'agit d'amener des âmes captives ài-obéissaiioe de 3ésus-Christ; c'ei^ donc aider l^glise à màer Jésus- Christ.

Et nous avons ici, mes frères, à ^gnaler deux «nreun : Tune serait de croire que le simple fidèle ne peut, ^honnis des castrés particuliers, servir directement l'Église comme Ëglise; l'autre, qu'on ne la sert réellement que quand «n la sert en sa qualité d'Église. Deux opinions 'également dénuées de fondement, quoique non pas peut-être>égaflemeat dangereuses. Rien, dans l'Évangile, ne nous autorise i croire qu'aucun fidèle soit plus déshérité du droit de veiBor aux intérêts de l'Église comme telle, que ne l'est le citoyen^ dans un pays libre, de veiller aux intérêts de la république; toute l'histoire des plus beaux temps de l'Église Ëbonde«ii exemples contraires à cette opinion, et conformes au priacipe qui fait de l'Église chrétienne un peuple de minisfa^ et d'apôtres : les dons sont divers, les aptitudes inégales; mais tout chrétien, comme te\, etv ô^^ÇiwrroL ^\»»\nfe

ACUKVAlfT LES SOCPFRAKCiiS DS CHRIST. 95

certaine mesure. D'un autre côté, on s'abuserait fort sur les intérêts de l'Église et sur sa tiature même, si l'on comptait pour rien les ser\ices indirects^ qui sont également à la portée de tout le monde et qui sont les plus importants. Ces services indirects^ qu'est-ce, mes chers frères? pas ■ttlre chose qu'une conduite innocente, une vie de renoncement, et l'habitude de la charité. A défaut, ou plutôt tu-dessDs de tout autre moyen, il faut compter celui-là. Et comme on ne peut en faire usage, c'est-à-dire en un seal moi, comme on ne peut être chrétien sans accepter, pur delà les douleurs communes à tout le genre humain, desdonleurs d'une nature supérieure, les douleurs de cet enfiuitement spirituel qui foi*me Christ en nous, ces douleurs, endurées dans le simple exercice de la vertu chrétienne, comptent au nombre de celles qui profitent à l'Église. Et sans doute saint Paul avait aussi ces douleurs en vue, aussi bien que les contradictions et les résistances du dehoi*s, lorsqu'il fisait dans notre texte : a Ce qui manque aux afflictions de • Jésus-Christ, j'achève de le souffrir en ma chair pour t son corps qui est l'Église, b

Oui, c'est au prix de toutes ces souffrances, générales et individuelles, involontaires ou volontaires, du corps ou de nme, que l'Église reste unie k son Chef, que l'Église est le corps de Christ. Elle se fortifie de toutes ces souffrantes, die tire son honneur de toute cette honte, elle vit de toutes ces morts. Cela lui est si essentiel, que quand elle aura cessé de combattre et de souffrir, elle aura cessé de vivre, à moins que lu plénitude de l'humanité ne soit déjà entrée dans son sein, et que le monde ne soit devenu l'Église. Mais tant que, dans la chrétienté elle-même (je laisse de côté les {laïens; , les vrais fidèles seront en minorité, il y aura lutte et souffrance. L'Église n'a pas jelé *vis yavxw^s ^lasvs k iemin des intérêts de ce monde. ïlle \e\ix t*\.,*^ vi'3^.\ti\^

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trt.'s favorable^ elle les sert à leur insu; mais elle procède de TEsprit, non de la chair; du del^ non de la terre; de Dieu^ non de Thomme* Elle ne se présente pas comme ralliée et la complice, mais comme l*ennemie des passions liuniaines; et le premier dessein qu'elle annonce n'est pas de nous revêtir^ mais de nous dépouiller. 11 y a înimitid entre elle et les vices du monde^ entre elle et les vertus dtt monde* Les Bages, qui ne sont pas sages de sa sagesse, ne la haïssent pas moins que les insensés; ils la haïssent comme insensée. Éternellement étrangère dans ce monde^ maigre les apparences (car ce n'est pas elle^ mais son fantôme qui reçoit les hommages de la multitude ), elle est sans cesse obligée de conquérir la place qu'elle y occupe ; elle vU, si Ton ose ainsi parler, non d'un revenu assuré^ mais du butin qu'elle fait au jour le jour; elle n'est pas établie dans le niondcj elle y est campée ; son existence est toujours en question; et tandis que tout homme, en venant au monde* appartient à la société, aucun n'appartient d avance à l'Église; elle n'a de citoyens que ceux qu'elle arrache aa monde; à peine peut-on dire qu'elle vit : sa vie cî^t tint' perpétuelle résurrection ; elle sort incessamment du tombeau , A force de vérité^ ut par conséquent k force àv convenance avec la nature des choses et la nature de l'hoinrar^ elle a imposé aux nations modernes plusieurs de ses maximes^ une civijisation nouvellCj et jusqu'à son nom; les ptiuples qui se disent chrétiens forment réellemenl une seule nation en face de ceux qui ne le sont pas; ©t le temps peut-être n'est pas éloigné où, dans un certain sens, 1* monde entier sera chrétien ; mais alors même ce ne seront pas les principes fondamentaux, mais les idées secondain«9i les applications ilu christianismej que le monde auni adop tées; ce ne se m pas le monde qui alt'ermira dans le $o\ te racines de larb^ dont il est bien aîse de cueillir les frait*;

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^m ces racines Je veux dire les vérités qui sont à la base de k ^Ê forde l'Église, n'en seront pas moins contraires et odieuses H âriiomme naturel^ et tant que cet homme naturel, dont le ^' chrétien même trouve si longtemps des restes au dedans ^ Je lui, forraerd la majorité dans le monde, il est clair que ■ rÉgJise devra combattre, disputer sa vie, souffrir par conr^ sapent comme son Chef a souffert.

L Quelle idée se font-ils de la eondition de TËglisej quelle ^Pûtelligence ont-ils de ses principes, comment se repré- M.*ntent-ils les rapports du corps avec la tête et des membres avec le corps^ ceux qui, de leur pleine autorité^ relèguent iiïins les premiers temps du christianisme, comme dans un âge héroïque et presque fabuleux, tout ce qu'il y a de tralîique dans le christianisme et dans sa profession^ Veulentib^ puisqu enfin il n'y a pas d'autre alternativej veulent-ils (|u on dise que le christianisme a commencé par la tragédie et continua par la comédie t Car, hélas 1 ne serait-ce pas une triste comédie qu*un christianisme qui^ ne voulant pas continuer Jésus-Christ dans ses souffi^ances^ ne voudrait donc pas le continuer dans ses vertus, et qui ne compren- I Ami pas qu aujourtrhui comme toujours, être chrétien, I c*est partager avec Jésus-Christ, h Tcxemplc de Simon le I Cyrénéen, le dur fardeau de la croix? En vérité, ce serait I en savoir moins sur le christianisme que n'en ont su, touchant la vie humaine, ces sages de tous les temps qui ont dérJarê que la vie est un combat. Et en effet, ce n'est que pour rhorame absolument vendu à la chair que la vie n'en ul pas un; toute vie qui a cherché sou principe ailleurs que dans les întéTêls matériels ne peut être qu'un combfit ; et qu'iîSt-ce que le christianisme sinon la vie par excellence, t!t ainsi donc le combat par excellence, le combat avec toute , m gi'avitc, tout son danger, toutes ses angoisser, tout son cb&ntemetU, toute sa sanglante hoTteuTl tiv%OYvsA^ V

cbement : vous n'êtes chrétiens qu'autant etii mesure que le christianisme est pour vous tout ce que je vions de diie^ autant et à mesure que vous pouvez dire av^c la même .vérité que saint Paul, quoique dans.des circonstances différentes : a Ce qui manque aux afflictions de Christ, j'aohève de Je a souffrir en ma chair pour son coi^ps qui est llâg^ise. » C'est par où je finis^ mes frères; car mou but n'a puôtre uniquement d'expliquer le sens des paroles de Paul^ «et de lever le scandale qu'elles peuvent d'abord donner,. Si (vous «net compris que.^ dans un sens^ il ne .manque rien^aui^ afflictions de Jésuâ-Christ, et que, dans un autre sens^ il y manquera toiyours, il y aura toujours un reste à souffrir jusqu^à la fin des siècles qui sont réseivés sur la terre^^ 1^ glise et à Thumanité ; si vous avez compris que TËglise a -est autre ohosequeirhomme de douleurs pei^pétué dans ;Iaj)ei^ sonne dcfceux qui lui sont unia, il r&ut absolument .que vous vous demandiez si^ comme saint Paul^ vous achevez en votre; chair pour l'Église de Jésus-Christ le i?este des souffrances de Jésus-Christ. Car je ne présume pasque vous coimaissiez si peu votre propre religion que de yeiiir nous dire : Saint Paul était apôtrcyetje nele^uispas; saiptiPaul •fut mis à part, et J'on.m'a laissé dans la m^sse : dans quelle masse^ je vous {«rie? cette masse elle-même n'a-rt-?elle;pas été mise à part? cette masse n'est-elle pas l'Église? 1!Éj$lise n'est-elle pas une société d'apôtres? y en. a-trîl quelques-uns dans son sein qui aient seids le.privilége desouffrir pour elle? quelqu'un en est-il exclu?. tout le monde ,n'ar i-il pas le droit et le devoir de combattre et de mourir^pour elle, ne fût-ce quedans la lutte obscure et.concentrée de l'esprit contre la chair, et de la volonté régénérée contre la volonté criminelle? Non, non, vous avez tous ? été nus à part; et en eonséquence il n'est aucun devons qui ne doive ^^ £fe/22âiid0r ;' Qu'ai-je, voloutaisemeut ) sQuffertpour Jéau^

ACHEVANT LES SOriT RANGES DE GBR EST* 99

Christ et pour son corps qni est l'Égiisé? qtiels combats âi*je livrés pour la té\e et pour I^ corps? et de quels lambeaux de ce vieil homme, qui? je dois faire mourirj ai-je ensanglanté le rhemîn de ma vie?

Qm€ si trèfle face du christianisme paraît, au premier eoup d*œilj niélaiicolique et même affreuse, n'avez-vous pa^ de quoi combattre en vous cette impression naturelle? Ah ! si i objection vous paniît sans réponse, vous n*aveï pas compris les éléments mêmes de la religion que vous prottBSCEf^i VOUS ne posséder Jésus-Christ d'aucune manière* Si tous aimiez iésus-Christ, ^objection tomberait d*el!eménia, en supposaiit qu*elle eût pu s^élever; si vous ne Taimez paSj elle subsiste , et nous n'avons rien à répondre. Car avec cet amour, vous comprendrez que ces soufftances sont à la fois une nécessité, une bénédiction , une gloire^ et sans Famour vous ne conce^Tez rien de tout cela. \vpc t'amouT, tous comprendrez qu'on sacrifie son sang el sa vie h l'élise, de m^me que l'amour de k pahie vous feît comprendre peut-être qu'on abandonne joyeusement choses pour le sîdut de la république; mais sans l'a- V vous ne pouvez le comprendre. Avec l'amour, vous rrez iravunce toutes ces afflictions se convertir en joie, rr*» qne si , h mesure que l'homme extérieur tombe, omme intérieur se renouvelle, à mesure aussi que le b<mlietir extérieur diminue, le bonheur intérieur se fortifie et grmdit, poussant d un même élan ses racines en bas et ses briltcheH en haut ; smis Tamour, tout cela n'est pour vous fe chimère . Ave c raniour, vous trouverez que Dieu voug encore du bonheur de rosle^ et que, tout bien comidéréi la piété a les promesses de la vie prtisente aussi bien que celles de la vie à venir ; sans Tamour, vous trouverez petite ei mesquine la plus large \mi c\u*V\ \vQ>a:m\ ^^\s&. Ufiedes bicm de ce nmmh. Le tout e&l iVau^ct v 'sv n^"^^

jfcriiîc ■lie cl Fliiie

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aimez, vous comprendrez; si vous aimez^ vous direz ave^^ saint Paul : « Je me réjouis dans les souffrances que j'ena dure. » Et n'avez-vous pas^ par delà les ineffables consolations qui se trouvent dans.ramour, la vue de ce repos et de cette gloire du ciel^ dont la promesse assurée est la racine même de votre amour?

L'Église a besoin de vos souffrances, parce qu'elle a be* soin de vos services. L'Église n*a pas trop de tous ses enfants et de tout leur amour. Vous devez voir avec quel effort douloureux elle lutte contre les ennemis du dehors et contre ceux du dedans. Vous devez voir de quelles larmes amères et de quelle sueur de sang^Ue inonde son Grethsémané. Vous avez dû entendre le bruit de sa flagellation^ et ces hommes qui^ insultant à ses yeux bandés (car à peine sait-elle aujourd'hui où sont ses ennemis, où sont ses amis), lui crient avec dérision : a Devine qui t'a frap- « pée! » Vous n'entendez pas peut-être cette ancienne clameur : « Ote, ôte, crucifie ! » Sa crucifixion, en certains lieux, c'est le mépris des uns^ leur dédaigneuse tolérance, et l'hommage dérisoire des autres. Ailleurs^ bien loin d'être clouée à une croix, elle est sur un trône; mais regardez de près, regardez bien : vous verrez qu'elle y est enchaînée. Sous toutes les formes, y compris celle du respect, elle subit son irrévocable destinée; et si vos yeux vous la mon* traient tranquille, honorée, consolidée dans les institutions publiques, le danger n'en serait que plus grand et votre zèle n'en serait que plus nécessaire : vous auriez moins à craindre pour elle, si elle invoquait à grands cris le secours. Ne dites donc pas en vous-mêmes : Profitons, pour prendre un peu de repos, de cette trêve momentanée. Il n'y a pas de trêve, il n'y en aura jamais; vous vous reposerez dans le ciel. Tour à tour, ou plutôt tout ensemble, rÉglise attaque et se défend, \1È.g\\^e se. ^xVfc k ^^^ fcou-

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tières pour les protéger et au delà de ses frontières pour conquérir. Allez avec elle partout où elle va. Fortifiez-la sur le terrain qu'elle occupe; ajoutez à son empire des provinces nouvelles; accomplissez avec elle Tordre que lui a donné Jésus-Christ^ d'annoncer l'Évangile à toute créature. Architectes de la maison divine^ constructeurs d'une autre Jérusalem^ prenez d'une main la truelle et de l'autre l'épée; détruisez l'erreur^ répandez la vérité; répandez surtout le parfum^ l'odeur vivifiante de l'Évangile par une conduite pure^ sainte^ honorable devant Dieu et devant les hommes^ et toute pleine de charité et de bonnes œuvres à la gloire de Jésus-Christ. — Ainsi soit-il.

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