‹ Études évangéliquesChapitre 109 sur 260 · De fide, III · texte numérisé non relu

De fide, III

4. Origène, qui suit la leçon t^v, mentionne la variante it-zl comme se trouvant (xal Tot/a oùx àriôàvo);; dans quelques manuscrits. (Brooke, II, 84.) Tischendorf adopte celte lecture, qui est celle du ms. Sinaitique ; mais, si répandue qu'elle ail pu être dans l'antiquité, c'est une correction voulue de la leçon t,v.

l'existence idéale des choses dans le Verbe avant la création K Les deux interprétations sont peu naturelles, puisque le mot « vie » se trouvera ensuite appliqué au Verbe lui-même, qui est la vie et la lumière, et ne signifiera plus la vie des choses dans le Verbe. Qu'il s'agisse de la vie naturelle, censée communiquée aux créatures par le Verbe, ou de l'existence idéale des créatures dans le Verbe avant la création, la pensée n'a rien que de subtil en soi, et elle est contredite par le contexte immédiat. Ghétif rempart contre les interprétations hérétiques greffées sur ce passage ! La ponctuation que saint Ambroise dit avoir été celle des Alexandrins et des Egyptiens était infiniment plus commode contre Arius et Macédonius. Si on lit : « Rien n'a été fait sans lui de ce qui a été fait ; en lui était la vie », on n'a plus de difficulté. L'idée est plane, et l'hérétique est confondu. La tradition finit par céder à l'utilité et à la facilité du sens -. Les interprèles modernes condamnent à la fois la construction et les interprétations anciennes. Il nous semble qu'il y

1. S. Augustiji et beaucoup d'autres après lui. « Recevons toutes les lumières que l'Evangile nous présente. Nous voyons ici que tout, et même les choses inanimées qui n'ont point de vie en elles-mêmes, étaient vie dans le Verbe divin par son idée et par sa pensée éternelle. » BossuET, FJévations, 12» sem. 10® élév. Cf. S. Thomas, Sum. theoL, p. 1, q. 18, a. 4. ScHMiEDEL [art. Gospels, Encyclopedia hihlica, II, 1799-1800) maintient la lecture : « Ce qui fut fait en lui était vie », en supposant une antithèse entre ce qui a été réalisé éternellement dans le Verbe, et ce qui a été fait par lui dans le temps ; mais cette antithèse n'est pas indiquée, et elle bouleverse la suite des idées.

2. La leçon vulgaire paraît avoir été adoptée d'abord en b'gypte (peut-être dans la recension d'Hésychius). S. Ambroise [Ps. 36, 35) : « Alexandrini quidem et iEgyptii (il s'agit des contemporains et non des anciens docteurs d'Alexandrie; ailleurs. De fide, III, 6, supr. cit., s, Ambroise dit : plerique docti et fidèles) legunt : Oinnia per ipsum fada su/Il, et sine ipso factum est nihil quod factum est, et interposita distinctione subjiciunt : In ipso vila est. Salva sit fidelibus illa distinctio, ego non vereor légère : Quod factum est in ipso, vita est, et nihil habet quod teneal Arianus, quia non illius venena considère, sed lectionis sacrae consuetudinem recognosco. »

aurait lieu de séparer celles-ci de celle-là. Les interprétations sont en désaccord avec le contexte ; mais la construction est réclamée par la loi rythmique du discours. De plus la fermeté de la tradition à maintenir une lecture dont on ne percevait pas nettement le sens est un indice que le critique. ne doit pas négliger. La construction peut être primitive, sans que les interprétations soient tout à fait justes. Et la leçon actuelle, si facile, ne pèche-t-elle point par excès de facilité?

En complétant par : a de ce qui fut fait », la proposition : « et sans lui rien ne fut fait », on ne fortifie aucunement le sens de cette proposition. Il n'y a là ni explication ni emphase, mais simple développement pléonastique du discours '. Le membre de phrase s'alourdit et devient trop long. Tout lien est brisé entre la seconde strophe et la troisième. Celle-ci commence par une proposition boiteuse, visiblement trop courte, incomplète, et de sens indéterminé : « En lui était vie. » Il y avait de la vie dans le Verbe : ainsi la pensée de l'auteur, qui considérait le Verbe dans son rapport avec la création, remonte maintenant dans l'éternité pour contempler de nouveau le Verbe en lui-même. Et tout aussitôt Ton retombe dans le temps, dans la création, sur la terre : la vie que l'on regarde dans le Verbe est présentée comme la lumière des hommes. L'harmonie est aussi défectueuse entre les deux membres de phrase que l'équilibre dans le premier, et la logique dans le rapport établi entre cette strophe

1. Quand même on admettrait, avec Baldexsperger, 9, que £vév£-o av6;co7:o;, v. 6, vient en antithèse avec Iv àp//, ^,7 b Àoyo;, pour marquer la supériorité absolue du Christ sur Jean-Baptiste, il ne s'ensuivrait pas que 3 vçyovîv ajoute quoi que ce soit à l'assertion générale xx'; /t>>p"ç aÙTOù |v£v£TO ojoÈ ev. L'addition n'aurait de sens que dans une hvpothèse absurde, à savoir : s'il y avait des êtres incréés, non devenus, qui eussent acquis l'existence, c'est-à-dire fussent devenus, par un autre que le Verbe.

et la précédente. Il n'est pas non plus conforme à la pensée ni au style johanniques de dire qu'il y avait de la vie dans le Verbe; car le Verbe n'a pas la vie comme un don acquis ; le Verbe est la vie, comme il est la lumière.

La phrase : « Ce qui fut fait en lui était vie », est susceptible d'un sens très facile et très naturel, qui s'accorde parfaitement avec le contexte, et qui est même, en quelque façon, réclamé par lui. Si on le propose ici avec quelque hésitation, ce n'est pas qu'on ne le trouve infiniment probable; c'est que la réserve s'impose lorsqu'on apporte une interprétation nouvelle à un texte que les commentateurs' ont retourné depuis des siècles sans avoir soupçonné ce qui paraît être l'explication véritable. Mais on peut dire, dans le cas présent, que la tradition est partagée, que la lecture et l'interprétation communément reçues depuis le v® siècle ne sont pas vraiment traditionnelles, puisque les plus anciens témoignages leur sont contraires. La faveur que leur accorde maintenant la critique ne peut accroître sensiblement leur autorité, si cette critique a manqué de largeur et de perspicacité. Reprendre la construction ancienne, y trouver un sens clair, logique, raisonnable, c'est relever en quelque sorte la tradition primitive du discrédit où elle est tombée sur ce point, alors qu'elle ne le méritait pas entièrement. Qu'il nous soit donc permis de soumettre au jugement des théologiens et des critiques, en reprenant la lecture ancienne, de préférence à celle que les docteurs plus récents ont trouvée si avantageuse contre les ariens et les pneumatomaques, cette traduction : « Ce qui était, en cela était vie ^ »

1. La même interprétation a été défendue récemment par Van Hoo- NACKER, Le prologue du quatrième Evangile, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, II, i; et par Jannaris, i9/ John s Gospel and the Logos, dans la Zeitschrift fur die neut. Wissenschaft, 1901, i, p. 24.

Rien n'est plus familier à l'auteur du quatrième Evangile que de placer ainsi en tête de la phrase une sorte de proposition absolue, et de continuer son discours en changeant le sujet. Quelques versets plus loin, dans la suite du prologue, on a un exemple de la même construction : « Mais ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu •. » L'évangéliste va parler de ce que le Verbe a fait dans le monde créé par lui. et, pour désigner le monde, il emploie le terme que lui fournissaient les derniers membres de la strophe précédente. Mais, comme il ne s'agit pas d'un rôle quelconque du Verbe dans le monde, et que la seule mission dont on veuille parler ici est Tincarnation, « ce qui fut fait » se trouve représenter le genre humain, ou la terre habitée par les hommes. Un parallélisme très régulier existe entre les deux propositions : a En ce qui fut fait », dans le monde, « il y eut vie * », c'est-à-dire la manifestation du Verbe, qui est pour les hommes la source de la vie éternelle, et : « La vie était la lumière des hommes », la vie qui apparaissait dans le Verbe incarné était pour les hommes la lumière du salut.

Les commentateurs ont souvent cherché à reconstituer, au moyen du prologue de Jean, une sorte d'histoire complète du Verbe, et ils se sont préoccupés de retrouver dans ce passage une indication sur son rôle dans l'intervalle compris entre la création et l'incarnation. Le fait est que l'évangéliste ne paraît pas avoir grand souci de cet intervalle ni de la façon dont il a pu être employé. Une seule idée remplit le prologue : le Verbe, par qui Dieu a fait le monde, est le Fils de Dieu, Jésus-Christ, qui

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