‹ Études évangéliquesChapitre 112 sur 260 · Jean, xvi · texte numérisé non relu

Jean, xvi

3. « Chrislus natura sua lux erat, bonitate vero sua omnes prorsus liomines volebat illnminare; homines autem rnalitia sua oblatam ab eo lurem recipere noluerunt. » Maldonat, II, 400.

Il est même impossible qu'elles participent à la lumière; car lumière et ténèbres sont évidemment conçues comme deux entités irréductibles, deux forces morales contraires l'une à l'autre. L'évangéliste aurait-il voulu dire que les ténèbres n'avaient pas absorbé la lumière? Ce serait une façon par trop atténuée de célébrer le triomphe de la lumière sur les ténèbres, du Christ sur le monde. Mais s'il a voulu dire que certains hommes n'ont pas profité de la lumière, il s'est exprimé de façon fort incorrecte; car en interrogeant les termes symboliques dont il se sert, on ne voit pas que a l'obscurité » soit une quantité plus divisible que « la lumière ». L'une est ennemie de l'autre et peut lui céder la place, vaincue par elle. Quant à faire embrasser la lumière par les ténèbres, ou à signaler, comme chose remarquable, que les ténèbres n'ont pas embrassé la lumière, c'est à quoi l'évangéliste aura difficilement songé '. Peut-être le pluriel tenebrae, de la Vulgate, aura-t-il contribué, autant que le comprehenderunt, à tourner la pensée des commentateurs occidentaux vers les hommes ténébreux. On a supposé que le choix du verbe n'avait pas été gouvei*né par le terme figuré qui sert de sujet. On a pensé aux hommes qui n'ont pas voulu comprendre la vérité de l'P^vangile. Cependant l'auteur a parlé de la o-xoTÎa. et il ne serait pas naturel qu'il attribuât à la axoTi'a un acte d'intelligence. Il a dit que la lumière brille et non qu'elle instruit; il n'a pas dû dire que l'obscurité « n'a pas compris » la lumière. Après avoir déclaré que la vie est devenue la lumière des hommes, il n'a pas dû résumer toute l'efficacité, toute l'histoire de la lumière parmi les hommes, en ce qu'elle

1. « Si la -jxoT-'a, comme telle, ne reçoit pas la lumière, il n*v a aucune apparition de lumière (puisque la lumière est dans la txoti'x^ et s il est question d'une partie de la îxoti'ï qui ne se laisse pas éclairer, la chose n'a pas besoin d'être dite » (puisque l'obscurité n'existe qu'à condition de n'être pas éclairée'. Meyer-Weiss, 57.

brille au milieu de l'obscurité, comme si elle ne faisait pas autre chose, et avait pour succès principal de n'être pas reçue par l'obscurité. Le lecteur attend une indication positive touchant l'action de la lumière, une proclamation de victoire, non un aveu d'impuissance. L'œuvre de la lumière ne peut aboutir à un résultat négatif. Jean, dans cette partie du prologue, résume en termes généraux et abstraits l'économie de l'Evangile : il ne la concevait pas simplement comme une proposition de salut qui avait été refusée.

La plupart des Pères grecs, dont le témoignage est ici particulièrement important, parce qu'ils ont été bons juges du sens qui convenait au verbe qu'il s'agit d'interpréter, ont pensé que l'on relevait dans cette proposition l'incapacité des ténèbres à étouffer la lumière ^ « L'obscurité ne l'a point arrêtée », contenue, retenue. La lumière a fait son chemin dans le monde, malgré les ténèbres qui y régnent. Que cette idée soit bien celle de l'évangéliste, c'est ce qui résulte du parallélisme qui existe entre les deux parties du prologue, et qui se trouve garanti par cette interprétation : la première partie conclut au triomphe de la lumière sur l'obscurité ; la seconde conclut à la manifestation de vérité qui est procurée aux hommes par le Fils de Dieu ; d'un côté comme de l'autre, c'est la lumière qui l'emporte, la vérité qui se fait jour, malgré

1. Par ex., Origène (Brooke, I, 92) : 'H cxoria aùxb o& xaréXaêev el yàp où xaréXaêe Stcoçatra où xarÉXaêe. Kat ort àSc'oj^ev V] axotla. là <ptoç 5f,).ov ex TE oJv TreTiovÔev o cwTTjp xai ot Trapaoe^àuevot aùrou rà [xaÔYjtjLaTa, xà tSta TEXva, TV]; (ixoTtaç êv£pyoù(jT|Ç xatà tcov u'tcov tou «pcoroç xat ^ouXtibziar^ç àTioBtw^at à.Tz6 tôv àvôpwTtwv tô ^wç 'AXX' £7ret, èàv OeoçOTiàp viacov, oùSsi; x'àv poùÀTjTai SuvTQdSTat xaO' "^ifAcov, orsM éauxoù; ÈTaTreivouv, TOffOÛTw TrXeiouç êyi'vovTo, xai xart'T/uov (jcpoSpa ccpôBpa. Au témoignage des Pères grecs on peut ajouter celui des. Eplirera [Ev. concord. expos., éd. Môsinger, p. 5, ap. Rksch, Parallehexte zu Jo/ia/ines, 54) : « El haec lux in tenebris lucebat, et tenebrae eam non vicerunt. » 11 n'est pas sûr néanmoins que telle ait été la leçon du Diatessaron (cf. Nestlé, Einfûhrung in das Gr. N. Testament ^, 234.

ropposition du monde. La même idée revient dans un passage parallèle, de la première Epitre johannique ', où les ténèbres qui ont été chassées des âmes fidèles se trouvent en opposition avec la lumière qui brille maintenant pour elles. Le même verbe se retrouve encore une fois dans le quatrième Evangile, toujours associé avec les ténèbres, lorsque Jésus dit aux Juifs : « Pour un peu de temps encore la lumière est parmi vous. Marchez, tant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous prennent. Car celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va -. » La lumière et les ténèbres dont on parle en cet endroit sont les mêmes que dans le prologue. L'association d'idées est la même. Pourquoi le même verbe serait-il employé en deux sens différents dans deux phrases qui sont si étroitement apparentées pour le fond et pour la forme? On dit -^ que, dans le passage cité, le verbe signifie a surprendre », sens qui ne convient pas au prologue, tandis que le sens de « saisir, appréhender », se trouve garanti par l'Ecclésiastique et TEpître aux Romains ^. Mais il ne s'agit pas d'une simple surprise, de la nuit qui attend le voyageur; il s'agit de la puissance

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