‹ Études évangéliquesChapitre 114 sur 260 · HOLTZMANN · texte numérisé non relu

HOLTZMANN

4. EccLi. XV, 1, 7 ; Rom. ix, 30, où il est question de s'approprier la justice.

ténébreuse qui l'envahit en le rejoignant, et le met dans l'impossibilité de continuer sa route, de marcher dans la lumière et la vie. Les deux passages de l'Evangile sont rigoureusement parallèles : d'un côté, nous voyons les ténèbres, qui, d'une manière générale, n'ont pas réussi à arrêter la lumière ; de Tautre, les ténèbres, qui, dans le cas particulier des Juifs, vont bientôt les arrêter, sans qu'ils retrouvent ensuite la lumière maintenant offerte. Au contraire, les endroits cités de l'Ecclésiastique et de saint Paul ne sont pas réellement parallèles aux textes évangéliques, puisque les hommes y sont le sujet du discours. Pour établir le parallélisme, on suppose toujours implicitement que axoTia, dans notre passage, se rapporte directement aux hommes, et que le verbe doit exprimer une action convenable à des hommes. Or l'hypothèse est toute gratuite. Les ténèbres ne désignent pas plus les incrédules que la lumière ne désigne les fidèles. Si l'on veut définir, en deux mots la lumière et les ténèbres, il faut dire que la lumière est le salut par Jésus, et que les ténèbres sont le péché, la puissance du mal et du démon •. Ainsi la première partie du prologue de Jean, celle qui constitue à vrai dire la préface de l'Evangile, est remarquable par l'unité de la pensée, la régularité de la construction, la clarté de l'expression. Elle contient la formule du salut. La seconde partie, plus développée, en donnera l'explication réelle et concrète ; puis viendra le

1. Cf. Jean, viii, 12 : êyw elat tô cpwç tou xocixou. I Jean, i, 5 : ô 6eoç (pu; è(jTt xat ixoTt'a èv aùrto oùx eariv. « Tenebrae quae luci Christi opponuntur, perpetuo pro morura pravitate et vitae erroribus accipiuntur, a quibus nos Ghristus revocavit. » Maldonat, II, 398. Aucun indice ne fait supposer derrière les ténèbres qui résistent à l'action divine « la matière inerte de la théologie philonienne, qui s'oppose, elle aussi, à l'action du Logos » (J. Réville, 99; cf. les remarques de GniLL, 110). Il s'agit évidemment de lumière et de ténèbres par rappoi't aux hommes, c'est-à-dire de la révélation du Vei'be-Clirist, et des obstacles qu'elle rencontre.

récit, à l'appui de la préface générale et de l'introduction historique. Mais Tunité intime et l'harmonie extérieure de la préface générale paraissent dépendre de la lecture : « En ce qui fut fait parut la vie. » Si l'on écarte cette lecture, on compromet l'harmonie des idées et du développement littéraire. Et la clarté de la conclusion ne semble assurée que si les termes « vie, lumière, ténèbres » ont un sens identique dans le prologue et dans le corps du livre : sinon Ton ne sait plus -ce qu'est la vie, ni quel est au juste le rapport des ténèbres et de la lumière. Le Verbe, qui était au commencement en Dieu, et par qui le monde a été fait, a paru dans le inonde, apportant la vie éternelle, sans que les ténèbres aient pu Tempècher de faire ici-bas son œuvre de lumière.

La seconde partie du prologue, qu'on pourrait appeler la préface historique de l'Evangile, est consacrée à expliquer la mission de Jésus-Christ par comparaison avec celle de Jean-Baptiste, La mention du Précurseur fait voir que l'on est déjà sur le terrain de l'histoire évangélique. Toutefois c'est encore l'auteur qui parle presque seul, émettant des considérations générales sur la manifestation du Verbe dans la chair, et sur les conséquences de sa venue. On peut dire que le récit commence à l'endroit où Jean-Baptiste est mis en présence des Juifs, quoique le début ' : a Et voici quel fut le témoignage de Jean, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour l'interroger », se rattache assez étroitement à ce qui précède, tandis que le passage de la théorie abstraite à la réalité des faits est très nettement mar-

i. Jean, i, 19.

que par les mots ' : « Il y eut un homme envoyé de Dieu, qui s'appelait Jean. » Là est le commencement de l'Evangile, et ce trait ne laisse pas dêtre significatif" ; car il établit un rapport très étroit entre la tradition johannique et celle qui est à la base des Synoptiques. L'auteur du quatrième Evangile entre en matière de la même façon que Marc.

Le parallèle entre le Baptiste et Jésus est repris à deux fois : d'abord en termes généraux ^, puis par une définition plus précise^. Les particularités de rédaction qui caractérisent la première partie se rencontrent encore dans celle-ci, mais à un moindre degré : l'enchaînement des propositions successives par les répétitions de mots n'existe plus partout, quoique la coupe et la cadence des phrases soient à peu près aussi régulières. Il est vrai d'ailleurs que la coupe harmonique de la phrase et le goût des répétitions de mots se remarquent aussi dans les discours de l'Evangile.

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