‹ Études évangéliquesChapitre 123 sur 260 · Jean, m · texte numérisé non relu

Jean, m

premier né. Cette irrégularité apparente, dont on ne s'étonnerait qu'à moitié chez saint Paul, est extraordinaire dans le quatrième Evangile, où les idées se déduisent assez lentement, l'une amenant l'autre, sans inversion déconcertante pour le lecteur. A ne consulter que Tenchaînement naturel des pensées, ce que Ton attendrait ici serait un développement sur la personne du Verbe manifesté, pour déterminer sa situation à l'égard de ceux qui par lui deviennent fils de Dieu, et pour préparer la définition solennelle et précise de l'incarnation. Le fil des idées est rompu par ces considérations abstraites sur la génération spirituelle des enfants de Dieu ; et quand on les a lues, on se voit en présence d'une autre énigme, d'une idée qui ne se relie pas bien à ce qui préède. On était entraîné dans une spéculation de longue portée, et l'on est tout à coup ramené en arrière par cette révélation inattendue : « Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. » Au point de vue de l'agencement extérieur des phrases dans le prologue, la construction n'est pas moins anormale : après la strophe (pii finit par les mots : « en son nom », l'artifice ordinaire de la construction rythmique demanderait plutôt qu'on parlât du V^erbe ; puis, comme la définition de l'incarnation se rattache par une conjonction à ce qui précède, il semblerait que la proposition précédente ait dû fournir quelque amorce à la reprise, et pourtant il n'en est rien.

Les commentateurs font de louables efforts pour éclaircir ce passage difficile. Si l'on suit rigoureusement la construction grammaticale, étant donné que le pronom relatif, dans la proposition : « Ceux qui ne sont pas nés du sang », etc!, paraît dépendre du participe, « ceux qui croient ' », on arrive à cette idée, ([ue les croyants

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deviennent par le Christ ce qu'ils étaient déjà par le fond de leur nature, des enfants de Dieu K C'est la rédemption des pneumatiques, dans le système de Valentin ; mais ce ne peut être l'idée de l'évangéliste, pour qui la naissance des hommes selon l'esprit ne se confond pas avec leur naissance naturelle, et n'est une nouvelle naissance que par rapport à celle-ci, non par rapport à un germe de vie spirituelle qui serait déposé dans les élus au commencement de leur existence. Dans le contexte et dans la pensée de la tradition chrétienne qui a adopté cette lecture, une telle interprétation n'est pas admissible. Elle ne le serait, dans une certaine mesure, que si l'opinion de Tertullien 2 touchant l'origine de la leçon canonique de ce passage était fondée, et si les sectateurs de Valentin y avaient substitué le pluriel au singulier, pour y trouver leur conception des pneumatiques. Dans ce cas, le verset modifié aurait eu réellement le sens qu'on vient de voir, bien que, si on l'interprète d'après l'ensemble de la doctrine johannique, il doive recevoir une autre signification.

On obtient un sens orthodoxe et satisfaisant par l'hypothèse, d'ailleurs naturelle et vraisemblable, d'un accord grammatical fondé sur le sens des termes ^, le pronom relatif dépendant, en réalité, des « enfants de Dieu », et prenant la forme du masculin pluriel ^ sous l'influence de l'idée qui domine tout le passage : les hommes qui ont

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