Personne n'a jamais vu Dieu
Le Fils naonogène \
Qui est dans le sein du Père, Nous l'a fait connaître.
La liaison de ce paragraphe avec le précédent est facile à saisir, dès qu'on adopte la leçon de Tertullien. L'évangéliste vient d'annoncer que le Verbe a paru sur la terre, et il l'a représenté agissant dans le monde comme un être qui en Fait paitie, comme un agent de salut qui, dans sa mission terrestre, destinée à donner à Dieu des enfants adoptifs, était lui-même né de Dieu. 11 va dire en quoi a consisté cette naissance toute spirituelle et toute divine : c'est que le Verbe, qui était en Dieu au commencement,
1. Au lieu de (xovovevviç ôsô; (rass. XBGL), on lit dans le texte reçu et dans la Vulgate ô ij.ovoysvtj; ulo;, unigenitus filius.
LE PROLOGUE Dl" QUATRIÈME ÉVANGILE 169
s'est fait chair, c'est-à-dire s'est fait homme, et qu'il a demeuré parmi nous. Rien de phis naturel que cette suite d'idées, et la simple conjonction a et • » suffit pour établir le rapport d'un énoncé à l'autre. S'il n'est pas question du Verbe dans le verset précédent, mais de ceux qui, grâce à lui, deviennent enfants de Dieu, l'enchaînement logique des pensées ne laisse pas d'être analogue pour le fond, mais la forme de la déduction est beaucoup moins régulière. Le verset où l'on décrit la naissance spirituelle des croyants devient une sorte de parenthèse qui ne peut introduire la formule . « Et le Verbe s'est fait chair. » Cette formule devra se rattacher grammaticalement et logiquement à ce qui est dit plus haut ^ : « A tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en lui. » Celui qui donne ce pouvoir n'est pas autre que le Verbe fait chair. Mais ne semble-t-il pas à tout lecteur non prévenu qu'il v a comme une pensée tombée dans l'intervalle des deux qu'on se voit obligé d'associer, la pensée du premier né par qui les hommes de bonne volonté deviennent eux-mêmes fils de Dieu ? Bien que l'incarnation du Verbe soit l'explication attendue et préparée depuis le commencement du prologue, il n'en est pas plus naturel qu'elle soit amenée ex abrupto^ avec une sorte d'emphase, et comme pour introduire un développement nouveau, sans rapport immédiat avec ce qui précède. Jean-Baptiste a été présenté de la sorte ^; mais c est parce que l'Evangile commence réellement à
1. X7.\ ô /ovo; nxz,\ êvsveTo. Le xat marque la reprise du sujet annoncé précédemment, comme dans i, 19, non le passage à un autre sujet (Baldensperger, 30, n. 2), comme dans ii, l et 13. Un développement nouveau commence avec le v. 14, en tant que l'auteur, ayant parlé en général du témoignage de Jean et de la naissance surnaturelle du Christ, va mettre expressément le témoignage du Précurseur en rapport avec lincarnalion.
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l'endroit où le Précurseur entre en scène. Depuis lors l'évangéliste ne l'a pas perdu de vue, et la définition de l'incarnation est étroitement liée au témoignage de Jean. En lisant le verset précédent comme on le lisait au second siècle, on n'est pas obligé d'admettre dans cette partie du prologue une division accentuée, que la marche générale du discours ne réclame pas, et qu'elle semblerait plutôt devoir exclure ^
« Le Verbe s'est fait chair »,. c'est-à-dire il s'est fait homme. La chair désigne ici l'être vivant, comme il arrive souvent dans le langage biblique, et l'être vivant qu'est l'homme. Il va de soi que l'être corporel en qui le Verbe s'est manifesté était homme et non corps inanimé, homme complet, intelligent et libre, et non animal doué seulement de vie sensible ^. Cependant la nature matérielle de l'homme est plus directement visée, pour mieux indiquer les deux extrêmes que réunit l'incarnation : le Verbe éternel et la chair mortelle ^. Le Verbe est devenu homme, ce qu'il n'était pas auparavant, mais sans cesser d'être Verbe et sans rien perdre de ses divines prérogatives, puisque l'on ajoute aussitôt que les hommes ont vu sa gloire. S'il
1. Les commentateurs supposent volontiers une liaison ad sensuin : un simple xai suffit, disent-ils, pour amener le grand fait qui est au fond de la perspective esquissée précédemment. Mais reconnaîti*e que le V. 14 fait suite à tout le prologue est avouer qu'il ne fait rigoureusement suite à rien. Divers interprètes ont essayé de le rattacher au v. 4, au V. 9, au V. 11. Voir Schanz, 94.