‹ Études évangéliquesChapitre 130 sur 260 · Cf. Jean, v, 27; viii · texte numérisé non relu

Cf. Jean, v, 27; viii

3. II Clem. 9, 5 : Xpt<7Tàç ô xupioç h CMaoLç T,p.aç, wv aàv to TrpojTov 7rv£u|jLa, èyéveTO càp^. Maldonat, II, 414 : « Veram ego rationem (quamobrem Joannes potius dixerit Verhuin caro, quam Verbuin honio factum est) esse arbitror quod hominem Verbo opponere voluerit, id est infimum summo. » Mais ce n'est |)as pour marquer un abaissement du Verbe ; c'est plutôt parce que le mot àvOpcoTioç n'aurait pas signifié assez nettement l'humanité réelle et n'aurait qu'insuffisamment distingué le Verbe-Christ du Verbe éternel (BALDKxsPEur.EK, 35). Le Logos de Philon est dit àvOptoTro;. S. Paul donne le même nom au Christ préexistant; cf. I Cor. XV, 45-49.

est vrai que Tévangéliste s'est abstenu de spéculations sur la condition du Verbe, en tant que Dieu, pendant sa mission terrestre, rien pourtant ne serait plus contraire à son esprit et à ses principes que d'admettre une diminution réelle du Verbe en ce qui regarde son état divin. Les données des Synoptiques, de Paul, de Jean ne sont pas à juxtaposer par une sorte de combinaison matérielle, mais plutôt à superposer, les indications de fait ne devant pas réagir sur les définitions théoriques, et celles-ci ne devant porter aucun préjudice à la réalité. On a vu, même en ces derniers temps, plusieurs théologiens protestants admettre que le Verbe incarné s'était privé de sa science, de sa félicité, de sa gloire, de sa conscience même et de son éternité divines, pendant son pèlerinage sur la terre : c'est pour cela que le Sauveur n'aurait pas connu le jour du jugement, que ses connaissances humaines auraient été limitées; c'est en ce sens que, d'après Paul, le Christ aurait dépouillé « la forme de Dieu » pour prendre a la forme de serviteur )),et se serait a abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à la mort ' ». Sorte de monophysisme terre à terre, où l'historien ne peut voir qu'une construction artificielle et dépourvue de réalité. Les Evangiles synoptiques montrent Jésus agissant : c'est le Christ de l'histoire. Paul et Jean complètent cette connaissance historique par une notion métaphysique de la personnalité suréminente de Jésus : cette notion peut servir à expliquer les faits, mais ne doit pas servir à les altérer ou à les supprimer. Réciproquement les faits doivent être compris à la lumière de la théorie et n'être pas employés à en contrôler le principe. Les deux écrivains com-

1. 5; Iv |xopo?, Osoj 'JTriîycDv îa-jTÔv àxsvcoçsv (loçtpirjv BoûXo'j Xaêbiv,

STXTTci'vwîîv ÉajTÔv Yîvo;jL£vo; 0-Txoo; ;-i£/p- OavaTou. Phil. il, 6-8;

cf. II Cor. viii, 9. Sur les diverses conceptions de la kénose, voir NiTZSCH, Lehrbuch dêr evangelischen Dogmatik, 480-482.

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parent les états du Christ, son état éternel et son état temporel, et la comparaison affecte nécessairement la forme d'une histoire successive, dont l'état éternel constitue le premier moment. Mais on n'est pas autorisé à transporter dans l'ordre des faits ce qui est relation métaphysique, ni dans l'ordre métaphysique ce qui est matière de fait. Le dépouillement du Fils de Dieu fait homme et son incarnation expriment la relation de la divinité avec l'humanité de Jésus, non une transformation réelle de sa vie divine. C'est l'adaptation de la théologie à l'histoire, du transcendant au sensible : ce n'est pas matière d'histoire ni d'observation critique.

En disant que le Verbe a demeuré parmi nous, l'évangéliste se place au point de vue de la manifestation publique du Verbe en Jésus, point de vue qui domine tout le prologue et rend oiseuse la discussion sur le rapport de l'incarnation, regardée comme fait initial de la vie du Sauveur, avec la donnée synoptique de la conception virginale. Le Verbe a demeuré parmi nous, comme autrefois Dieu, présent dans l'arche, habitait au milieu de son peuple *. Le mot « nous » se rapporte à la génération contemporaine de l'auteur et spécialement au cercle des disciples, puisque ce sont ces derniers seulement dont on peut dire qu'ils ont vu la gloire du Verbe incarné. L'évangéliste parle comme un témoin oculaire de la vie de Jésus, et les personnes qu'il s'associe doivent être dans les mêmes conditions. Toutefois, la distinction des anciens disciples qui ont vu, et des fidèles qui depuis ont cru sans avoir vu, n'est pas accentuée dans ce passage, si bien que le témoignage apostolique, le seul qui serait

1. V. 14. xal ê(7)CY,va)T£v év YjJx'iv. « Credo.... voluisse Joannem verbo ;i tal)ernaculo deducto significare Verbum Dei non tanquani indigenarn in patria sua, sed tanquam hospitem et peregrinum in aliéna apud nos ad tempus tanUmi habitasse. » Maldonat, II, 415. Cf. Il Pier. i, 13. II peut y avoir aussi réminiscence d'EccLi. xxiv, 8..

visé si l'on interprétait le texte à la rigueur, se confond, dans la perspective, avec le témoignage de la chrétienté contemporaine, pour constituer l'attestation unique de ceux qui ont vu ou voient le vrai Christ. La distance qui sépare l'âge proprement apostolique de l'époque plus récente où écrit Fauteur est hardiment supprimée, ou négligée comme n'important pas à la valeur du témoi-

Les témoins de Jésus ont vu la gloire du Verbe incarné, c'est-à-dire la gloire du Verbe en tant qu'elle s'est manifestée dans les miracles, renseignement, la mort et la résurrection du Christ. Ils ne Tont pas seulement contemplée de leurs yeux, ils en ont eu l'intelligence et ils en ont recueilli le fruit. Cette gloire n'est pas simplement la gloire de Dieu, ni les attributs divins du Verbe, mais tout ce qui a paru de divin dans la carrière terrestre de Jésus. Tout cela, considéré comme un reflet de la gloire dont le Verbe jouit éternellement près de Dieu, est la gloire qu'ont vue les disciples du Sauveur. C'est une gloire telle qu'un fils unique peut la recevoir de son père. Les mots « unique » et « père » sont ici des termes de comparaison, quoique la pensée de l'évangéliste se porte en fin de compte sur l'unique Fils qu'est Jésus et l'unique Père qu'est Dieu '. Jésus est le Monogène divin, le seul Dieu né de Dieu ; à ce titre il participe infiniment à la gloire divine, tout comme un fils unique recueille en partage les biens de son père. Car il s'agit toujours du

1. w; aovovâvo-Jî ■zxz'x ::aTpôç. L'absence d'article oblige à considérer ces nùots comme noms communs ; le mot « père » est employé plus loin avec l'article (v. 18) pour désigner le Père céleste. Il devrait en être de même ici, pour le cas où m; ne serait pas un terme de comparaison et serait à traduire par a en qualité de ». Cf. Meyer-Weiss, 69; Holtz- MANN, 36. Noter combien cette allusion à la dignité du Fils unique est plus intelligible et naturelle s'il a été question de la filiation divine du Christ dans le v. 13.

Verbe incarné, de la manifestation temporelle de la gloire du Verbe en Jésus Fils de Dieu ^ Le Verbe fait homme a paru, à ceux qui ont vu sa gloire, tout rempli de la grâce et de la vérité divines ^. La grâce et la vérité ne sont pas précisément la bonté miséricordieuse et la véracité de Dieu •^, mais les dons divins du salut. La « vérité » ne désigne pas seulement ici la véritable connaissance de Dieu, mais la réalité des biens supérieurs. Ces biens étaient dans le Verbe incarné pour être communiqués à ceux qui voudraient le recevoir.

C'est au Verbe incarné que Jean-Baptiste a rendu témoignage, ou plutôt, pour parler comme l'Evangile, qu'il « rend témoignage ». Le point de vue idéal de l'évangéliste apparaît clairement en cet endroit. Jean-Baptiste lui sert d'argument, et voilà pourquoi Jean-Baptiste parle maintenant; il témoigne pour les lecteurs de l'Evangile. Il dit du Verbe incarné, en se référant à une déclaration antérieure, parallèle à ce que nous lisons dans les Synoptiques ^ : « C'était lui dont j'ai dit : Celui qui vient après moi est passé devant moi, parce qu'il était avant moi ^ »

1. « Loquitur autem Joannes, ut opinor, de Verbo etiarn quatenus horao erat : nam etiam ut horao unigenitus erat Dei et omnem ejus gerebat gloriam. » Maldonat, II, 417,

2. Les mots Tr^Tipr,; yàptxo; xat àXrjOet'aç se rapportent logiquement à I6£a(ray.£0a ttjv Sc5;av aùtoù. Pour l'emploi irrégulier du nominatif dans un cas semblable d'apposition, cf. Marc, xii, 40; Phil. m, 19.

3. Le rapprochement avec « la miséricorde et la fidélité » riGX"! IDn, si souvent mentionnées dans l'Ancien Testament, a donc plus d'apparence que de réalité. Cf. Grill, 103.

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