Meyer-Weiss
grâce n'est pas un don qui serait censé en remplacer un autre et se manifester une fois pour toutes ; elle est un don unique en son genre, inépuisable dans sa distribution, perpétuel dans sa durée, qui n'est venu et ne vient que par Jésus '.
En introduisant le nom de Jésus-Christ, Tévangéliste touche au terme qu'il poursuivait depuis le commencement du prologue : l'identification expresse du Verbe éternel avec Jésus de Nazareth, le Messie. Désormais il ne sera plus question du Verbe, et Jésus occupera seul l'attention du lecteur ; mais celui-ci est bien averti de ce qu'est Jésus, et si le nom même.du Verbe ne se rencontre plus dans la suite du livre, la doctrine du prologue ne cessera pas de dominer les récits et les discours qui constituent l'Evangile spirituel -.
Une seule chose reste à dire, pour expliquer en quoi consiste la vérité procurée aux hommes par Jésus, le Verbe fait chair, et comment lui seul a pu la leur communiquer 3. Nul homme, pas même Moïse, n'a pu voir Dieu en son essence. Il n'y avait pour le révéler aux hommes que le Monogène divin, qui est dans le sein du Père. C'est par lui que l'on connaît Dieu véritablement, par lui seul qu'on peut le connaître. Il est l'unique révélateur, comme il est l'unique sauveur. Il est la vie, la lumière, la grâce ; il est la vérité. Avec ce dernier trait, les prémisses de l'Evangile sont définitivement posées ; la démonstration va se faire par le détail, au moyen de faits choisis et de discours appropriés, jusqu'à ce qu'on
1. HoLTZMANN, 39. « Moyses acceptam ab alio id est a Deo legera ils quibus tradere jubebatur tradidit, Christus graliam non accepit sed fecit, quia ipse fons erat graliae. » Maldoxat, II, 426.
2. EÙotvvsXiov alwvtov, olxsiwç iv XsyÔTjdoixsvov TTVâuixaTixôv. Obigène, I, 7 (Brooke, I, 11).