‹ Études évangéliquesChapitre 139 sur 260 · S. Irénée a aussi l'autre lecture · texte numérisé non relu

S. Irénée a aussi l'autre lecture

gène », et les autres en ajoutant « fils ' ». Mais celte hypothèse radicale compromet visiblement l'harmonie de la phrase; elle ne tient pas compte de ce que la seconde leçon ne s offre pas à la critique dans les mêmes conditions que la première, puisque Taddition du mot a Dieu » introduit une difficulté au lieu d'une explication, tandis que la seconde rend au contraire la lecture facile et se présenterait plutôt comme une addition réfléchie, à cause de l'article qui est placé devant l'adjectif a monogène ». [1 est évident que la leçon orientale donne un très bon sens et termine convenablement le prologue. Le Verbe incarné a déjà été désigné plus haut, quoique d'une façon indirecte, comme le Monogène de Dieu, et, dès le commencement du prologue, le Verbe a été présenté comme Dieu. Ces deux termes importants se trouveraient réunis fort à propos dans la conclusion pour expliquer comment Jésus-Christ a pu révéler Dieu aux hommes : il est le Monogène à qui Dieu fait part de la gloire divine, et qui est Dieu de toute éternité ; son apparition sur la terre est la manifestation de Dieu ; par ses discours, ses miracles, tout ce qu'il fait, il montre Dieu à qui veut le voir. Et l'on objecte, contre la leçon occidentale, que, si la désignation de « Monogène divin » s'accorde parfaitement avec ce qui précède, il n'en est pas tout à fait ainsi du « Fils monogène » ; car cette formule ferait supposer que le Verbe incarné a déjà été auparavant signalé comme Fils, ce qui n'est pas ; elle devrait servir aussi à expliquer pourquoi Jésus révèle Dieu aux hommes, et elle ne l'explique pas, attendu que la qualité de Fils, ou même de Fils unique, sans autre indication, ne nous apprend

1. Hypothèse de Resch, 65. « L'absence de l'article dans les plus importants documents est fatale à l'idée que Oed; aurait été substilué accidentellement à jiô;. " Westcott-Hort, appendix, 74. Ce fait paraît également défavorable à l'hypothèse de Resch. Mais la substitution pourrait avoir éié volontaire.

pas pourquoi Jésus est à même de révéler Dieu K Cependant la première objection tombe si l'évangéliste a parlé plus haut 2 de celui « qui est né de Dieu » ; et la seconde peut sembler faible, le « Fils unique » ayant qualité pour faire connaître Dieu son Père. Tischendorf ^ observe que l'attribution du nom de Dieu à Jésus répond à une tendance naturelle des chrétiens, et il remarque en même temps que la leçon orientale a quelque chose d'un peu étrange. 11 est vrai que l'introduction du mot « Dieu » n'aurait rien^que de naturel dans un endroit où il ne rendrait pas plus difficile l'intelligence du discours ; mais la substitution du mot « Dieu » au mot « Fils », dans le cas présent, peut sembler invraisemblable, parce que, de prime abord, le mot « Fils » donne à la phrase un sens plus facile que le mot « Dieu ». Une théologie quelque peu lourde n'at-elle pu s'étonner du « Monogène Dieu » ? Dès qu'on traduit : « Le Verbe était Dieu », par a le Verbe était une personne divine », on est plus satisfait du Fils monogène que du Monogène-Dieu. N'est-ce pas ce qui a fait la fortune de la leçon occidentale, après lui avoir donné naissance ? Si l'on s'en tient au sens strict du texte, l'anomalie qui choquait Tischendorf disparaît en partie. « Le Verbe était de nature divine... Nul n'a vu la Divinité. Un Monogène de nature divine'* a révélé (Dieu). » La personnalité du Verbe n'est pas indiquée dans la qualification de « Dieu », mais par son rapport avec Dieu, le Verbe étant « en Dieu », et distinct de lui, c'est-à-dire du Père. On ne comprendrait guère l'emploi si fréquent de la formule « Monogène Dieu » dans l'ancienne littérature chrétienne, si elle n'avait pas une origine scripturaire. Les

1. HoRT, Duo Dissertations, I (Cambridge, 1876), p. 14. Cf. Har- NACK, op. cit., I, 720, n. 1.

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