Cf. XVII
L'EAU ET L'ESPRIT
(JKAN, III, 1-21)
Le colloque de Jésus avec Nicodèmeest le pendant johannique de ce qu'on lit dans les premiers Evangiles touchant le magistrat qui demanda au Christ ce qui! fallait faire pour posséder la vie éternelle * . La réponse historique du Sauveur posait les conditions moralesdel'admission au royaumedes cieux, sans aucune préoccupation de rite ni considération ihéologique sur l'économie du salut. Pour l'auteur du quatrième Evangile, le royaume des cieux est intérieur aux croyants et anticipé dans l'Eglise chrétienne. On y est initié par un acte symbolique qui représente et opère la régénération spirituelle; et la régénération est coordonnée à la foi que réclame pour lui-même le Fils envoyé du ciel pour sauver le monde. Cette foi se substitue à la pénitence et au renoncement que le Christ synoptique exigeait de ceux qui voulaient entrer dans le royaume des cieux.
III, 1. Et il y avait un des pharisiens, appelé Nicodènae, magistrat des Juifs. 2. Il vint le trouver de nuit et lui dit : « Rabbi, nous savons que tu es venu de la part de Dieu comme) docteur ; car nul ne peut faire ces
1. Cf. Marc, x, 17. La question de la vie éternelle est sous-entendue dans Jean, m, 2. Dans Luc, xviii, 18, celui qui interroge le Sauveur est dit ipywv, comme Nicodème. L'incapacité de celui-ci à comprendre le mystère du salut correspond à l'attitude du chef synoptique devant les exigences morales de l'Évangile (Marc, x, 22; Matth. xix, 22; Luc, xvni, 23). Holtzmann, 70. Ce qui est dit de l'origine céleste de Jésus, v. 13, est la contre-partie de Marc, x, 18; Luc, xviii, 19. Cf. Matth. xix, 17. Grill, 341.
miracles que tu fais, si Dieu n'est avec lui. » 3. Jésus répondit et lui dit: « En vérité, en vérité, je le (le) dis, si l'on ne naît à nouveau, on ne peut voir le royaume de Dieu » 44. Nicodème lui dit : « Comment un homme peut-il naître étant vieux ? Peut-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et renaître ? » 5. Jésus répondit : « En vérité, en vérité, je te (le) dis, si l'on ne naît de l'eau et de l'esprit, on ne peut entrer dans le royaume de Dieu. 6. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'esprit est esprit. 7. Ne t'étonne pas de ce que je t'ai dit : Il faut que vous naissiez à nouveau. 8. L'esprit souffle où il veut et tu en entends le bruit, mais tu ne sais d'oîi il vient ni oîi il va ; ainsi en est-il de quiconque est né de l'esprit. »
Cette conversation se rattache, de la façon la plus étroite, à la remarque générale qui a été faite auparavant sur les résultats du ministère de Jésus à Jérusalem K Nicodème est, dans la pensée de l'évangéliste, le type des croyants imparfaits qui veulent bien reconnaître en Jésus, à cause de ses miracles, un docteur envoyé de Dieu, mais à qui la proposition de l'Evangile spirituel paraît d'abord une énigme indéchiffrable. Comme beaucoup d'autres récits du quatrième Evangile, celui-ci débute par les indications historiques indispensables pour situer le discours, et l'enseignement s'achève pour le lecteur, sans aucun souci du personnage et de la circonstance qui en fournissent l'occasion.
11 y avait donc, parmi les Juifs de Jérusalem que l'on dit avoir..cru en Jésus à cause des miracles qu'il faisait, un homme appelé Nicodème, qui était pharisien et membre du sanhédrin. C'est en qualité de docteur de la Loi qu'il appartenait à la haute assemblée. Son nom est grec, mais l'usage de noms propres grecs était fréquent alors chez les Juifs palestiniens. Le Talmud connaît un Nicodème contemporain de la ruine de Jérusalem, dont le nom juif était Buni, et qui aurait été disciple de Jésus. Cette tradition rabbinique peut dépendre de TEvangile. Nicodème